VIII' SEMAINE
LA DÉLIVRANCE PROMISE DEPUIS ADAM JUQU'a LA LOI.
I" ÉLÉV. La promesse du libérateur des le jour de la perte.
Ce fut le jour même de notre chute que Dieu dit au serpent, notre corrupteur : «Je mettrai une inimitié» éternelle « entre » toi et la femme, entre ta race et la sienne : elle brisera la »tête'».
Premièrement, on ne peut pas croire que Dieu ait voulu effeclivement juger ou punir le serpent visible, qui étoit un animal sans connoissance : c'est donc une allégorie oii le serpent est jugé en figure du diable dont il avoit été l'instrument. Secondement, il faut entendre par la race du serpent les menteurs, dont il est le père , selon cette parole du Sauveur : « Lorsqu'il dit des mensonges, il parle de son propre » fonds, parce qu'il est menteur, et père du mensonge *». En troisième lieu, par «la race de la femme» il faut entendre l'un de sa race, un fruit sorti d'elle qui brisera la tête du serpent. Car on ne peut pas penser que toute la race de la femme soit victorieuse du serpent, puisqu'il y en a un si grand nombre qui ne se relèvent jamais de leur chute. La race de la femme est victorieuse, en tant qu'il y a quelqu'un des enfants de la femme , par qui le démon et tous ses enfants seront défaits.
Il n'importe que dans une ancienne version, cette victoire sur le sexpent soit attribuée à la femme, et que ce soit elle qui en doive écraser la fête : ipsa conleret. Car il faut entendre que la femme remportera cette victoire, parce qu'elle mettra au monde le vainqueur. On concilie par ce moyen les deux leçons : celle qu'on trouve à présent dans l'original,
' Gen. m. 5. -= Gcn. i!i. 15 - ^ Jrsn. vii'i. 44.
({ui attribue la victoire au fils de la femme, et celle de notre version, qui Tattribue à la femme même. Et en quelque manière qu'on Tenlende, on voit sortir de la femme un fruit qui écrasera la tête du serpent, et en détruira l'empire.
Si Dieu s'éfoit contenté de dire, qu'il y auroit une inimitié éternelle entre le serpent et la femme, ou avec le fruit qu'elle produiroit, et que le serpent lui prépareroit par derrière et à «son talon» de secrètes embûches, on ne Verroit point la victoire future de la femme ou de son fruit. Mais puisqu'on voit que son fruit et elle briseroient la tête du serpent, la victoire devoit demeurer à noire race. Or, ce que veut dire cette race, ce fruit, pour traduire de mol à mot, cette semence bénite de la femme : il faut écouter saint Paul , sur cette promesse faite à Abraham : « En » l'un de ta race , en Ion fils, « seront bénies » et sanclifiées « toutes les nations de la terre ' » : où le saint apôtre remarque qu'il ne dit pas : «Dans les fruits que tu produiras», et dans tes enfants, (( comme étant plusieurs : mais en ton fils, comme dans un » seul » , et dans le Christ. Non dicit : et seminibus, quasi in multis, &ed quasi in uno, et scminituo, qui est Christus'' .
C'est donc en lui que toutes les nations seront bénies, toutes en un seul. Ainsi, dans cette parole adressée au serpent: «Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre » ta race et ton fruit» , on doit entendre que Dieu avoit en vue un seul fils 'et un seul fruit qui est Jésus-Christ. Et Dieu, qui pouvoit dire également, et devoit dire plutôt, qu'il raetfroit cette inimitié entre le dragon et l'homme, ou le fruit de l'homme, a mieux aimé dire qu'il la mettroit entre la femme et le fruit de la femme , pour mieux marquer ce fruit béni , qui étant né d'une vierge , n'étoit le fruit que d'une femme : dont aussi sainte Elisabeth disoit : « Vous êtes bénie entre » toutes les femmes , et bénit le fruit de vos entrailles'». Vous êtes donc , ô Marie ! cette femme qui par votre fruit devez écraser le tête du serpent. Vous êtes, ô Jésus ! ce fruit bénit, en qui la victoire nous est assurée. Je vous rends grâces, mon Dieu , d'avoir ainsi relevé mes espérances. Et je vous
' Gcn.sxii. 18.- - Gai. m. IC. — 'Luc. i.42.
SUK LES MYSTÈRES. 131
clianterai avec David : « mon Dieu, ma miséricorde ' » ! et encore : «Est-ce que Dieu retirera sa miséricorde à jamais ? » Dieu oubliera-t-il la pitié, ou dans sa colère liendra-t-il » ses miséricordes renfermées '^ » ? Non, Seigneur miséricordieux et bon, vous n'avez pu, si on l'ose dire, les retenir : puisqu'au jour de votre colère, et lorsque vous prononciez leur sentence à nos premiers parents et à toute leur postérité, il a fallu que vos miséricordes éclatassent, et que vous fissiez paroître un libérateur. Dès lors vous nous promettiez la victoire ; et pour nous la faciliter vous nous avez découvert la malice de notre ennemi, en lui disant: «Vous attaquerez » par le talon ^ » ; c'est-à-dire, vous attaquerez le genre humain par l'endroit où il touche à la terre, par les sens : vous l'attaquerez par les pieds , c'est-à-dire, par l'endroit qui le soutient : vous l'altaquerez, non point on face, mais par derrière , et par adresse plutôt que par force.
Ce malheureux esprit nous attaque par les sens par où nous tenons à la terre, lorsqu'il nous en propose les douceurs , et il prend l'homme par la partie foible. Défions-nous donc de nos sens; et dès qu'ils commencent à nous inspirer quelque désir flatteur , songeons au serpent qui les suscité contre nous.
Mais voici encore une autre attaque : nous croyons être fermes sur nos pieds, et que l'ennemi ne peut nous abattre : « J'ai » dit en moi-môme, dans l'abondance « de mon cœur » je ne )> serai point ébranlé et « je ne vacillerai » jamais ' » ! C'est alors que l'ennemi me surprend et qu'il m'abat. C'est alors qu'il faut que je dise avec David, que a le pied de l'orgueil ne » vienne pas jusqu'à moi ^» : que je ne m'appuie jamais sur ma présomptueuse confiance , qui me fait croire que j'ai le pied ferme, et qu'il ne me glissera jamais. Mettez, chrétien , mettez votre force dans l'humilité; ne la mettez pas dans vos victoires. passées. Lorsque vous croirez que vous êtes affermi dans la vertu , et pouvoir vous soutenir de vous-même; il vous renverse comme un autre saint Pierre, par cela même où vous mettez votre force, qui vous fait dire comme ùcet apôtre:
' Ps. i.xxvin. 7. — - Ps. Lxxxvi. 7. 8. d. 10. — ' Gcn. m. 15. - ^Ps. sxix. 7.--PS. XXXV. 12.
Moi vous renoncer? « Je donnerai ma vie pour vous' ». Au lieu d'écouter un courage présomptueux, reconnoissez votre foiblesse , et l'ennemi vous attaquera en vain.
Mais voici le plus dangereux de tous ses artifices. II ne vous attaquera pas en face , mais subtilement par derrière; il vous cachera ses tentations : il vous inspirera comme au Pharisien une fausse action de grâce : « Seigneur, dit-il, je vous rends grâces '» . Mais c'est ensuite pour vous occuper de vos jeûnes, de vos pieuses libéralités , de votre exactitude à payer la dime, de votre justice qui vous met au dessus des autres hommes : il vous attaque par derrière, et vous présentant en face l'action de grâce, en elle il vous insinue le plus fin orgueil. Il a bien d'autres artifices. Ce n'est qu'un doux entretien qu'il vous propose : Dieu est-il assez rigoureux pour défendre si sévèrement ces innocentes douceurs? Je saurai me retenir et je ne laisserai pas aller mes désirs. Il vous attaque par derrière, comme un habile ennemi ; il tâche de vous dérober sa marche et ses desseins : vous périrez, et de l'un à l'autre vous avalerez le venin.
Lorsque vous le sentez approcher avec de telles insinualions, et qu'il tortille, pour ainsi parler, par derrière et autour de vous , alors sans regarder trop les appâts trompeurs dont il fait un piège à votre cœur, car c'est peut-être d'abord ce qu'il veut de vous , pour ensuite vous pousser plus loin , jetez-vous entre les bras de celui qui en écrase la tête : regardez sa croix ; car c'est là que , dans la douleur et dans la mort, il a renversé l'impire du diable , et rendu ses tentations inutiles.
11° ÉLÉv. La délivrance future marquée même avant le crime, et dans la formation de l'Eglise en la personne d'Eve.
Dieu n'avoit point ordonné la chute d'Adam, à Dieu no plaise ! mais il l'avoit prévue, et avoit trouvé bon delà permettre, dès qu'il le créa dans l'innocence. Il ne faut donc pas s'étonner qu'il ait figuré dès lors Jésus-Christ en Adam, et l'Eglise dans Eve, lorsque pendant son sommeil il tira la
' Joan. xiil. 37. — => Lue. xviM. 1 1. 12.
Sun LES MYSTÈRES. 133
femme de çcUe espèce de plaie qui fut faite dans son côté; de même que l'Eglise futtiréeducôté ouvert de Jésus-Christ, pendant qu'il dormoit dans le repos d'une courte mort, dont il devoitêtre bientôt réveillé, conformément à cette parole que l'Eglise chante à la résurrection de notre Seigneur : « Je me suis endormi , et j'ai été dans le sommeil : et je me » suis levé, parce que le Seigneur m'a pris en sa protection '». Ainsi la chute d'Adam n'étoit pas sans espérance, puisqu'avec les yeux de la foi, il pouvoit voir dans celle qui avoit donné occasion à sa perte, son espérance renaissante, et dans la plaie du sacré côté de Jésus-Christ, la formation de l'Eglise, et la source de toutes les grâces. C'est pourquoi saint Paul applique à Jésus-Christ et à l'Eglise ce qu'Adam dit alors à Eve : « Tu es l'os de mes os, et la chair de ma chair ^) . et le reste que nous avons observé ailleurs.
m* ÉLÉT. Adam et Eve figures de Jésus-Christ et de Marie : riiaage du salut dans la ciiute même.
ODieu! quelle abondance de miséricorde, et que les sujets d'espérance se multiplient devant nous ! puisqu'on même temps qu'un homme et une femme perdoient le genre humain. Dieu qui avoit daigné prédestiner un autre homme et une autre femme pour les relever, a désigné cet homme el cette femme jusque dans ceux qui nous donnoient la mort! Jésus-Christ est le nouvel Adam : Marie est la nouvelle Eve. Eve est appelée «mère des vivants^) , même après sa chute, comme l'ont remarqué les saints docteurs, et lorsqu'à dire le vrai, elle devoit plutôt être appelée la mère des morts. Mais clic reçoit ce nom dans la figure de la sainte Vierge, qui n'est pas moins la nouvelle Eve, que Jésus-Christ le nouvel Adam. Tout convient à ce grand dessein de la bonté divine. Un ançc de ténèbres intervient dans notre chute : Dieu prédestine un angede lumières, quidevoit intervenir dans notre réparation- L'ange de ténèbres parle à Eve encore vierge : l'ange de lumières parle à Marie qui le demeura toujours. Eve écouta le ienfateur et lui obéit; Marie écouta aussi l'ange du salut et lui
' Ps. iti. G. — = Eph. v. 29. 30. 31. Geii n. 23. 24. - ••' Gen. m 20,
obéit. La perte du genre humain qui se devoil consommer en Adam commença par Eve : en Marie commença aussi notre délivrance ; elle y a la même part qu'Eve a eue à notre malheur, comme Jésus-Christ y a la même part qu'Adam avoit eue à noire perte. Tout ce qui nous a perdus se change en mieux. Je vois paroître un nouvel Adam, une nouvelle Eve, un nouvel ange : il y a aussi un nouvel arbre, qui sera celui de la croix, et un nouveau fruit sur cet arbre, qui détruira tout le mal que le fruit défendu avoit causé. Ainsi l'ordre de notre réparation est tracé dans celui de notre chute : tous les noms malheureux sont changés en bien pour nous; et tout ce qui avoit été employé pour nous perdre, par un retour admirable de la divine miséricorde , se tourne en notre faveur.
lY" ÉLÉv. Autre figure de noire salut dans Abel.
« Dieu tourna ses yeux sur Abel et sur ses présents, et ne » regarda pas les présents de Caïn'». Dieu commence à écouter les hommes, et à recevoir leurs présents; il est apaisé sur le genre humain , et les enfants d'Adam ne lui sont plus odieux. Abel le juste est par sa justice une figure de Jésus- Christ, qui seul a offert pour nous une oblation que le ciel agrée , et apaise son père sur nous.
Mais Abel fut tué par Caïn , il est vrai ; et c'est par cet endroit-là qu'il devint principalement la figure de Jésus- Christ, qui, plus juste et plus innocent qu'Abel, puisqu'il étoit la justice même, est livré à la jalousie des Juifs, comme Abel à celle de Caïn. Car pourquoi est-ce que Caïn haïssoit son frère? «Pourquoi», dit saint Jean, «le fit-il mourir»? sinon « parce» qu'il étoitmauvais, malin et jaloux, et «que ses œu- » vres étoient mauvaises, comme celles de son frère étoient » justes - ». De même les Juifs haïrent Jésus, et le firent moui'ir, comme il ditlui-même, « parce qu'ils étoient mau- » vais , et qu'il étoit bon ^ » , Ce fut « par envie » qu'ils « le » livrèrent» à Pilate, ainsiquePilate le reconnoît lui-même \ Le diable , cet esprit superbe etjaloux de l'homme , fut l'insligateur des Juifs , comme il Tavoit été de Caïn : et leur ayant
' Gen. IV. 4. 5. — "I. Joan. m. 12.-' Joan vill 40. 44.XV. 23. 24 25. — 'Matlli. XXVII. 18.
inspiré sa malignité, ils firent mourir celui qui avoit daigné se faire leur frère , comme Caïn fit mourir le sien.
La mort d'Abel est donc pour nous un renouvellemeuî d'espérance , parce qu'il est la figure de Jésus. Le sang d'Abel, versé sur la terre, cria vengeance au ciel contre Caïn; «et » quoique le sang de Jésus-Christ jette un cri plus favorable'», comme dit saint Paul, puisqu'il crie miséricorde; toutefois, par l'ingratitude et l'impénitence des juifs, « le sang de » Jésus fut sur eux et sur leurs enfants ^ », comme ils Tavoient demandé. Abel le juste est le premier des enfants d'Adam qui subit l'arrêt de mort prononcé contre eux : la mort faite pour les pécheurs commença par un innocent à exercer son empire ; et Dieu le permit ainsi, afin qu'elle eût un plus foible fondement : le diable perdit les coupables en attaquant Jésus, en qui il ne Irouvoit rien qui lui appartînt. C'est ce que figura Abel; et injustement tué il fit voir, pour ainsi parler, que la mort commençoit mal, et que son empire devoit être anéanti.
Prenons donc garde que « tout le sang innocent ne vienne » sur nous, depuis le sang d'Abel le juste, jusqu'au sang de » Zacharie, qui fut tué entre le temple et l'autel ^a. Nous prenons un esprit meurtrier quand nous prenons un esprit de haine et de jalousie contre nos frères innocents , et notre part est avec celui qui est « homicide dès le commence- » ment*». Non-seulement parce qu'il tua d'un seul coup toutlo genre humain ; mais encore parce que , pour assouvir sa haine contre les hommes, il voulut d'abord verser du sang, et que la première mort fût violente, et montrer, pour ainsi dire,, parce moyen , que nuln'échappcroit à la mort; puisqu'Abcl le juste y succomboit. Mais Dieu tourna sa fureur en espérance pour nous , puisqu'il voulut que le juste Abel, injusteraent tué par Caïn , fûtla figure de Jésus-Christ qui est le juste par excellence , et dont l'injuste supplice devoit être la délivrance de tous les criminels.
' Heb. XII. 24. -- MaU!i. xhym. 25. - -Ib, xxiil. 35.-^ Joaii. Vlii. 4'i.
V" Éliv. La bonté de Dieu dans le délugs universel.
Nous avons vaque les hommes une fois corrompus par lo p^xlié s'enfoncèrent dans leur corruption, jusqu'à forcer Dieu par leurs crimes à se repentir de les avoir faits, et à résoudre leur perte entière par le déluge universel. L'expression de l'Ecriture est étonnante : « Dieu , pénétré de douleur » jusqu'au fond du cœur: Je perdrai, dit-il, l'homme que » j'ai créé' », c'est-à-dire, que la malice des hommes ctoit si outrée, qu'elle eût altéré, s'il eût été possible, la félicité etla joie d'une nature immuable. Quoique la justice divine fût irritée jusqu'au point que marque une expression si puissante, Dieu néanmoins suspendoit l'effet d'une si juste Vengeance , et ne pouvoit se résoudre à frapper. Noé fabriquoit lentement l'arche que Dieu avoit commandée, et ne cessoit d'avertir les hommes durant tout ce temps de l'usage auquel elle étoit destinée. «Ils furent incrédules», dit saint Pierre ', eten présumant, «toujours sans se convertir», delà patience de Dieu qu'ils attendoient, ils mangeoient et bu voient jusqu'au jour que Noé entra dans l'arche '. Dieu différa encore sept jours le déluge tout prêt à fondre sur la terre, et donna encore aux hommes ce dernier délai pour se reconiioîtrc.
No-'-S avons vu que la prophétie d'IIénoch, bisaïeul de Noé, avoit précédé : Dieu ne pouvoit, pour ainsi parler, se résoudre à punir les hommes, et il lit durer les avertissements do ses serviteurs près de mille ans.
A la lin, le déluge vint, et on vit alors un terrible effet de la colère de Dieu ; mais il voulut en même temps y faire éclater sa miséricorde et la ligure du salut futur du genre humain. Le déluge lava le monde, le renouvela et fut l'imaue du baptême. «En figure de ce sacrement qui nous devoitdéli- » vrer huit personnes furent sauvées^ ». Noé fut une figure de Jésus-Christ, en qui toute la race humaine devoit être renouvelée. En celte vue il fut appelé Noé, c'est-à-dire, consolation , repos ; lorsqu'il vint au monde , son père Larace
' Gen. VI. 6. 7. — ' I. Pet. m. 20.- 3 Mattli. xxlV 38. Luc. XVU. 20, 27. C&n. vu. 4. 10. — ' 1. i'd. in. 20. 21.
SV-ÏS. LliS MYSTÈRES». 137
élit prophétiquement : « tlelui-ci uous consolera de tous )) les travaux de nos mains et de toutes les peines que nous I) donne la terre que Dieu a maudite ' ». Dieu n'envoie point de maux qu'il n'envoie des consolations , et résolu malgré sa colère à la fin de sauver les hommes, sa bonté reluit toujours parmi ses vengeances.
VP ÉLÈV. Dieu promet de ne plus envoyer de déluge.
Mettons-nous à la place de Noé, lorsqu'il sortit de l'arche avec sa famille. Toute la terre n'étoit qu'une solitude : les maisons et les villes étoient renversées : il n'y avoit d'animaux que ce qu'il en avoit conservé ; des autres il n'en voyoitque les cadavres. Sa famille subsisfoit seule; et l'eau avoit ravagé tout le reste. En cet état figurons-nous quelle fut sa reconnoissance. Son premier soin fut de « dresser un » autel à Dieu qui l'avait délivré, et tout le genre humain eu » sa personne». Il le chargea «de toutes sortes d'animaux purs, oiseaux et autres ; et il offrit à Dieu son holocauste ^ » . pour lui et pour sa famille, et pour tout le genre humain qui en devoil renoître. Une dit pas en son cœur par une fausse prudence : il nous reste peu d'animaux , il en faut ménager la race ; il savoit bien qu'on ne perdoit pas ce que l'on consacroit à Dieu , et que c'étoit au contraire attirer sa bénédiction sur 1g reste, a Son holocauste fut en bonne odeur devant i» Dieu, qui lui parla en cette sorte ; Je ne maudirai plus » la terre à cause des hommes*». Et peu après ; «Je ferai un„ pacte avec vous et avec tous les animaux. Je ne les perdrai. » plus par les eaux, et jamais il n'y aura de déluge * » . L'arc: en-ciel parut dans les nues avec de douces couleurs.; et soit qu'il parût alors pour la première fois, et que le ciel auparavant sans nuages eût commencé à s'en charger par les vapeurs que fournirentles eaux du déluge ;, soit qu'il cùtdéjà . 'été vu, et que Dieu en fît seulement un nouveau signal de ?a clémence. Dieu voulut qu'il fût dans le ciel un sacrement: éternel de son alliance et de sa promesse. Au, lieu de ces nuages menaçants qui faisoient craindre un nouveau, déluge,.
' Ceu. V. 29.-=Ccn. Y:ii.20.-'Il,id.21.-»ll:J vilO. II.. 12. 13.
Dieu choisit dans le ciel un nuage lumineux et doux, qui, tempérantet modiliantla lumière en couleurs bénignes, fût aux hommes un agréable signal pour leurôter toute crainte. Depuis ce temps, Tarc-en-ciel a été un signe de la clémence de Dieu. Lorsqu'on voit dans TApocalypse son trône dressé '. l'iris fait un cercle autour de ses pieds, et étale principalement laphis douce des couleurs, qui est un vertd'émeraude. C'étoit quelque chose ae semniable qui parut aux soixantedix vieillards d'Israël. Et lorsqu'il se montra à eux dans le trône de sa gloire, « on vit à ses pieds unecouleur de saphir, » comme lorsque le ciel est serein ^», quoi qu'il en soit, ce beau vert et ce bleu céleste sont un beau signal d'un Dieu apaisé qui ne veux pms envoyer de déluge sur la terre. Le sacrifice de Noé, qui est celui de tout le genre humain, avoit précédé, en figure du sacrifice de Jésus-Christ, qui étoit pareillement l'oblation de toute la nature humaine. La promesse de la clémence suivit ; et ce fut le présage heureux d'une nouvelle race qui devoitnoître sous un visage bénin de son créateur, et sous des promesses favorables.
Dieu ! j'adore vos bontés. Accoutumez-moi à voir dans le ciel et dans toute la nature vos divins attributs. Qu'un ciel obscurci de nuages, comme courroucé, me soit une image de cette juste colère qui envoya le déluge ; et qu'au contraire la sérénité , ou un reste léger de nuages , me fasse voir dans l'arc-en-ciel quelque chose de plus clément, et plutôt de douces rosées que de ces pluies orageuses qui pourroient encore ravager la terre , si Dieu , pour ainsi parler, nen arrêtoit la fureur.
Dieu ne veut que pardonner : c'est un bon père, qui, contraint de châtier ses enfants à cause de l'excès de leur crime , s'attendrit lui-même sur eux par la rigueur de leur supplice , et leur promet ae ne plus envoyer de semblables peines. Dieu miséricordieux et bon , comment peut-on vous offenser ! Craignons toutefois, et n'abusons pas de cette bonté paternelle. Pour nous avoir mis à couvert des eaUx , sa justice n'est pas désarmée , il a encore les feux en sa
Apoc. IV. 2. 31. — ' Exod. xxiv. 10.
SUIl LES MYSTÈRES. 139
main , pour venger à la fin du monde des crimes encore plus énormes que ceux qui attirèrent le déluge d'eau.
VU' ÉtÉv. La tour de Babel ; Sera et Abraliam.
Voici une suite de la promesse divine. Le genre humain fut ravagé , mais iion pas humilié par le déluge. La tour de Babel fut un ouvrage d'orgueil : les hommes à leur tour semblèrent vouloir menacer le ciel qui s'étoit vengé par le déluge , et se préparer un asile contre les inondations , dans la hauteur de ce superbe édifice. Il entra dans ce dessein un autre sentiment d'orgueil : « Signalons-nous», disoient-ils, un ouvrage immortel , « avant de nous séparer par toutes les » terres ' ». Au lieu de s'humilier, pendant que la mémoire d'un si grand supplice étoit encore récente, plus prêts à exalter leur nom que celui de Dieu, ils provoquèrent de nouveau sa colère. Dieu les punit, mais non par le déluge; et malgré leur ingratitude, il fut (idèle à sa promesse. La division des langues les força à se disperser: et en punition de l'union que l'orgueil avoit faite entre eux dans le commun dessein de se signaler par un ouvrage superbe, les langues se multiplièrent, et ils devinrent étrangers les uns aux autres.
Au milieu de votre colère. Seigneur, vous les regardiez en pitié, et touché de leur division, vous vous réserviez une semence bénite , oiî les nations divisées se dévoient un jour rassembler. Incontinent après le déluge , vous aviez daigné bénir Sera , en disant : a Que le Dieu de Sem soit béni, et » que Chanaan en soit l'esclave ' ». Ainsi dans la division des nations , la trace de la vraie foi se conserva dans la race de ce patriarche , qui vit naître de cette bénite postérité, Abraham, dont vous avez dit : a Qu'en sa semence toutes les na- » tions seroient bénites* ». Les voilà donc de nouveau bénites, et heureusement réunies dans cette promesse. Toutes les nations qui se formèrent et se séparèrent à Babel, doivent un jour redevenir un même penple. Vous prépariez un reniède à la division des langues dans la prédication aposto-
' Gen. XI. 4 et seq. — = Gcn. ix. 26. — ' Ibid. xil. 32.
140 ELÉVAllO.XS
lique qui les devoit réunir dans la profession de notre foi et dans Texaltalion de voire saint nom. Ainsi , dans l'élévalion de la tour et de Ja ville de Babel , l'orgueil divisa les langues; et dans rédificalion de votre Église naissante , riiumililé les rassembla tous : « Et chacun entendoit son langage ' » , dans la bouche de vos saints apôtres.
Unissons-nous donc, et parlons tous en Jésus-Christ un même langage; n'ayons qu'une bouche et qu'ua cœur, sans fraude, sans dissimulation, sans déguisement, sans mensonges : éteignons en nous tous les restes de la division de Babel. Prions pour la concorde des nations chrétiennes, et pourla conversion des nations infidèles. Dieu ! qu'il « n'y ait » plus ni Juif, ni Grec, ni Barbare, ni Scythe ^), Dieu béni aux siècles des siècles.
VIII" ÉLiiv. Jésus-CIirist plus expressément prédit aux patriarches.
Tout le genre humain se corrompoit: « Dieu laissa toutes les » nations aller dans leurs voies » , comme dit saint Paul dans les Actes*. Chacune vouloit avoir son Dieu, et le faire à sa fantaisie. Le vrai Dieu qui avoit tout fait, éloit devenu » le Dieu incounu * ; et quoiqu'il fût si près de nous » par son opération et par ses dons ; de tous les objets que nous pouvions nous proposer, c'étoitle plus éloigné de notre pensée. Un si grand mal gagnoitet alloit devenir universel. Mais pour l'empêcher, Dieu suscita Abraham, en qui il vouloit faire un nouveau peuple , et rappeler à la fin tous les peuples du monde pour être en Dieu un seul peuple. C'est le sens de ces paroles : « Sors de la terre, et de ta parenté ,. et de la » maison de ton père , et viens en la terre que je te mon- » trerai : et je ferai sortir de toi un grand peuple , et en toi » seront bénies toutes les nations de la terre* ». Voilà donc deux choses : premièrement : « Je ferai sortir de toi nn » grand peuple», qui sera le peuple hébreu; mais ma bénédiction ne se terminera pas à ce peuple: «Je bénirai» : je sanctilierai «en toitous les peuples de la terre», qui participant à ta grâce comme à ta foi, seront tous ensemble un seul
» Aci. II. G. -'Coloss. III. II.—' Act. XIV. 13. — ' Jbi-,1. XVII. 23. 27. -' Ucn. SU. 1. 2. :!.
SL'U LUS MYSTEIIES. 141
peuple retourné à suji créateur , après ravoir oublié tluraut tant de siècles.
Voilà le sens manifeste de ces paroles : « En toi seront «bénies toutes les nations de la terre ». Dieu seul, interprète de soi-même , a expliqué ces paroles : In te benedicentur « en toi seront bénis tous-Ies peuples de la terre », parcelles-ci : Insémine tuo, « dans ta semence* »; c'est-àdire comme l'explique doctement et divinement l'apôtre saint Paul : a dans un de ta race ; dans un fruit sorti de toi'», au nombre singulier. En sorte qu'il y devoit avoir un seul fruit, un seul germe, un seul (ils sorti d'Abraham, en qui, et par qui seroit répandue sur toutes les nations de la terre la bénédiction qui leur étoit promise en Abraham. Ce fruit, ce germe béni, cette semence sacrée, ce fils d'Abraham, «c'éloit le Christ », qui devoit venir de sa race. C'est pourquoi, comme remarque saint Paul , l'Écriture parle toujours au singulier : Non dicit : et seminibus ; sed quasi in uno ; et scmini tuo , qui est Christus : « Non en plusieurs, mais dans » un seul de ta race * ». Et c'étoit aussi cette semence bénite, promise à la femme dès le commencement de nos malheurs, par qui la tête du serpent seroit écrasée, et son empire détruit.
La même promesse a été réitérée à Isaac et à Jacob. C'est pourquoi , après cela , Dieu a voulu être caractérisé par co titre : « Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob * » : comme qnidiroit, le Dieu des promesses, le Dieu sanctificateur de tous les peuples du monde, et non-seulement des Juifs qui sont la race charnelle de ces patriarches, mais encore de fous les fidèles qui en sont la race spirituelle, et les vrais enfants d'Abraham, a qui suivent les vestiges de sa foi», comme dit saint Paul '. Et tout cela ne s'accomplit qu'en Jésus-Christ par qui seul le Dieu véritable, auparavant oublié parmi tous les peuples du monde , sans que personne le servit, si ce n' étoit les seuls enfants d'Abraham , a été prêché aux gentils qu'il a ramenés à lui après tant de siècles.
C'est pourquoi , dans tous les prophètes , la vocation des
'G?n. 5ii.3.-2GrJ. ni. 16. - * Ibid. - ' Ex. m. G.-'Ro:n. iv- 12.
f!i2 ÉLÉVATIONS
gentils est toujours marquée, coninie le propre caractère du • *Ghrist qui devoit venir ,#di^§aïictifier tous les peuples; c : • voilà çette^nronicsgft.^^î0À€raham, qui fait tout le fondement de- hptr^a^^^^^'^^ JÉi^^És!|^c'Mâns cette divine alliance faite avec Abraham, •"?Isa'a:c>|t^àcobj et soyons les véritables enfants de la promesse. Entendons toute la force de cette parole : « Etre eur- » fants de la promesse , c'est être les enfants promis à » Abraham » . Dieu nous a promis à ce patriarche : s'il nous a promis, il nous a donnés : s'il nous a promis, il nous a faits; car, comme dit saint Paul , a il est puissant pour faire » ce qu'il a promis : » non pour le prédire , mais pour l'accomplir, pour le faire. Nous sommes donc la race qu'il a faite d'une manière particulière : enfants de promesse , enfants de grâces , enfants de bénédiction, peuple nouveau et particulier que Dieu a créé pour le servir, non pour porter seulement son nom, mais pour être un vrai peuple, agréable à Dieu, sectateur des bonnes œuvres ; et comme enfants de miséricorde , choisis et bien - aimés , aimant Dieiu de tout notre cœur, et notre prochain comme nous-mêmes, cl étendant notre amour à toutes les nations et à tous les peuples , comme à ceux qui sont comme nous dans la destination de Dieu, « enfants d'Abraham et héritiers des pro- » messes ' ». Yoilà les promesses qui sont renfermées dans ce peu de mots : « en toi, dans un de la race, seront bénies toutes » les autres nations de la terre ».
IX lÉLÉv. La Circoncision;
On ne peut nier que la circoncision donnée à Abraham , ne soit une grande grâce % puisque c'est , comme dit saint Paul, « le sceau de la justice ^ », dans ce patriarche, le gage, et le sacrement de l'alliance de Dieu avec lui et toute sa race. Mais regardons toutefois ce que c'est que cette circoncision. C'est, après tout, une flétrissure, une marque dans la chair, telle qu'on la feroit à des esclaves. On ne marque pas ses enfants sur leur corps, on n'y marque que les esclave?,
« Ga'. m. 2y. — -Koiu. Jll. 2. — Mb. IV. 11.
SL'RÈES MYSTÈRES. î V3
comme une espèce d'animajH|i|^ppar servir. « Vous porte-;^' » rez mon alliance dans v6lré^|^P|^.y'di^oit Dieu à Abraham'. Écoutons : « dans votre clmîÉ»^P^^iie raXrcjueiservile et charnelle , plus capable de faire lun^^^pàj^^kye's, . que de faire un peuple d'enfants , ou pour parier-^^^Miù-,. plement, une famille. Sans doute Dieu deslinoit're'genre ■ humain à une plus haute alliance ; et c'est pourquoi aussi il la commence avec Abraham avant la circoncision , quand il le tire de sa terre , et qu'il lui fait ses promesses : Abraham encore incirconcis, « crut , et il lui futimputé à justice'». Il n'étoit pas encore circoncis , et cependant il crut à Dieu, et il fut justifié par cette foi, et la circoncision lui fut donnée a comme le sceau de la justice de la foi qu'il avoit reçue » incirconcis ^» . Les enfants de la promesse lui sont aussi donnés en cet état : « Je multiplierai ta postérité : en toi seront - » bénies toutes les nations » , ou, si l'on veut , « toutes les fa- » milles de la terre *n, en prenant les nations pour des familles, puisqu'elles ne sont en effet que la propagation d'un même sang. Nous voilà donc tous ensemble, et tant que nous sommes de fidèles, bénis dans Abraham incirconcis. Pourquoi? Sinon pour montrer qu'Abraham justifié avant sa circoncision, « est le père » ,dans ce même état «de tous » ceux qui chercheront » , comme dit saint Paul % « dans «notre père Abraham les vestiges de la foi qui l'a justifié, «lorsqu'il étoit encore incirconcis : » vesilgia fidei , quœ est in prœputio patris noslri Âhrahœ , comme raisonne l'apôtre.
Mais dans l'établissement de la circoncision que veut dire cette parole : « Si un enfant n'est pas circoncis au huitième » jour , son âme périra et sera effacée du milieu de son » peuple ", » Qu'a fait cet enfant de huit jours? et périroit-il sous un Dieu juste, si son âme étoit innocente? Race damnée et maudite , nous ne saurions recevoir aucune grâce du ciel , ni aucune espérance du salut, qui ne marque et ne présuppose notre perte. Nous recevons maintenant une meilleure et plus sainte circoncision , nous qui sommes régénérés par
' Gen. XVII. 13. — ^ j^^ ^y, C 3 jio,n I^, j 1, — < Gen. xiî. 3.— Rom. sv. 10. 11. 12. — « Gen. xvil. 14.
iïï ÉLÉVATIONS
lo o.iiJvèina. Mais la promesse est accompagnée de raalédiclion contre ceux qiii n'en seront point participants, a Si » un homme ne renaît do l'eau et du Saint-Esprit , il ne peut » entrer dans le royaume de Dieu ' ». Confessons donc humblement que nous en éiions naturellement exclus, et qu'il n'y a que la grâce qui nous y rétablisse. Reconnoissons notre perte , si nous voulons avoir part à la bénédiction du fds d'Abraham. Soyons, comme dit saint Paul % «la véritable » circoncision , en servant Dieu selon l'esprit » , et en retrancliant non cda chair» ,mais les cupidités charnelles , c'est-àdire la sensualité, en quelque endroit de notre âme et de notre corps qu'elle se rassemble. Car il nous est défendu « de » vivre selon la chair. En la suivant, nous mourrons : mais » si nous en mortifions les désirs et les actes, nous vi- » vrons* ». Il faut- donc, non pas seulement les retrancher , mais les arracher , et les déraciner à fond, autant qu'il nous est possible : autrement , avec un cœur partagé entre les sens et l'esprit , nous ne pouvons aimer Dieu « de toute notre » puissance, de toute noire pensée, de tout notre cœur * ».
X' ÉLÉy. La victoire d'Abialiam, et le sacrifice de Melcliisédech.
La figure de notre baptême a été donnée à Abraham : n'aura-t-il point celle de notre sacrifice? Il revient victorieux d'une bataille , où il a défait quatre grands rois qui avoient enlevé Lot et tout son bien*; et au retour du combat, il trouve Melchisédech dont l'Écriture, contre sa coutume, n'explique point « l'origine » ni « la naissance, » ni « la mort : » sanspcreetsansmère,etrendusemblableauFilsdeDieu* », qui est sans mère dans le ciel , et sans père sur la terre : sans naître ni sans mourir, il paroît éternel comme Jésus- Christ; il est roi et pontife tout ensemble du Dieu Très-Haut, en figure du sacerdoce royal delanouvelle alliance; son nom est Melchisédech, « roi de justice, » il est « roi de Salem c'est- )):à-dire roi de paix » : et ce sont des titres de Jésus-Christ. -Abraham lui paie la dîme de toute sa dépouille, et il rcconnoît l'éminence de son sacerdoce ; lui qui portoit en
' Joan. m. 5.- =PliiIip. UI. 2. 3. — •' Rom. Yiil. 4. .12. 13-- ' Luc %n '^7,— '= Gcn. ïiv. 14. 15, et seq. — " Heb. vu. 1.2. 3, et seq.
SUR LES MYSTERES. i^r.
lui-même Lévi et Aaron qui dévoient soïlir de son sang : il humilie devant ce grand sacrificateur le sacerdoce de laloi,et toute la race de Lévi , où celle d' Aaron étoit renfermée , paie la dîme en Abraham à cet admirable pontife. Abraham qui se fait bénir par ses mains , se montre par là son inférieur; car « c'est une vérité sans contestation, que le moindre » est béni par le supérieur ' , » et lui soumet en même temps tout le sacerdoce de la loi.
Mais quelle est la simplicité du sacrifice de ce pontife ! « Du pain et du vin font son oblation ■ » : matières pures et sans aucun sang, dans lesquelles Jésus -Christ devoit cacher la chair et le sang de son nouveau sacrifice. Abraham y participe avant que d'être Abraham , et sans être encore circoncis. Ainsi c'est le sacrifice du peuple non circoncis, dont l'excellence est plus grande que des sacrifices de la circoncision. Allons donc avec la foi d'Abraham à ce nouveau sacrifice qu'Abraham a vu en esprit, et dont il s'est réjoui : comme « il s'est réjoui de voir le Sauveur' », qui devoit naître de sa race.
Biais n'est-ce point là une vérité contraire à celle qu'on vient de voir? Si Jésus-Christ sort d'Abraham , comme Lévi, il étoit en lui lorsqu'il s'humilia devant Melchisédech , et il lui soumet Jésus-Christ même. Ce seroit le soumettre à sa figure , à celui qui n'est que pour lui, et dont tout l'honneur est d'en être l'image. Mais de plus , qui ne sait que Jésus- Christ n'est pas dans Abraham , comme les autres ? Fils d'une Vierge, et conçu du Saint-Esprit, quoique d'un côté il sorte véritablement d'Abraham , de l'autre il est au dessus des enfantements ordinaires, et seul au dessus de tous les hommes , il n'est soumis qu'à Dieu seul.
Mettons-nous en Abraham : soumettons-nous avec lui au véritable Melchisédech, au véritable roi de Justice et de paix, «Au véritable pontife, selon l'ordre de Melchisédech*,» qui a été nommé tel par celui qui « l'a engendré de toute » éternité. » Desirons avec ardeur de participer à son sacrifice , offrons-nous en lui dans ce pain et dans ce vin de
*HeV, VIL 7, 2 Gen. xiv.18, — ^ Joaa. vill. 50- " Ps. cix. 3. 4.
iMy ÉLEVAVIO.NS
son oblaiion, dont, sans rien clianger au dehors, il fait £f chair et son sang. Simples, humbles, obéissants, purs ei chastes , mangeons en simplicité, « ce pain » des anges , « des »clus», et enivrons-nous «de ce vin qui produit les Vierges'.»
■..■■' XP ÉLjfv. La ten-e pi'omiïe.
La terre de Chanaan , promise à Abraham', n'étoit pas nn digne objet de son attente, ni une digne récompense de ss foi. Aussi Dieu le tient-il dans ce pays-là , comme un étranger, sans « qu'il eût un pied de terre, toujours sous des B tontes'», et sans aucune demeure fixe ^ Ainsi vécureni les autres patriarches, ses enfants «en se confessant étran- » gers et voyageurs sur la «terre , et soupirant sans cesse » après leur patrie. Mais si c'eût été une patrie »> mortelle; « ils eussent songé à y retourner », et y établir leur domicile ; «mais » on voit « qu'ils avoient toujours dans l'esprit le ciel », où tcndoitleur pèlerinage : «et Dieu » qui les y avoit appeléî « se disoit leur Dieu, parce qu'il leur avoit destiné une cité » permanente \ non point sur la terre , mais dans le siècle futur. La terre que Dieu leur promit en figure de ce céleslc héritage , fut promise à Abraham avant la circoncision : par conséquent ce n'est point la terre que les Juifs charnels occupèrent, mais une autre qui étoit marquée pour tous les peuples du monde.
Marchons donc dans un esprit de pèlerinage dans la terreoù nous habitons. Notre cœur se prend aisément à tout ce qu'il voit ; mais dès que nous sentons qu'il commence à s'attacher et comme à s'établir quelque part , passons outre , « car nous » n'avons point en ce lieu de cité permanente, mais nous en » cherchons une à venir... dont Dieu est le fondateur et l'ar- )) chitecte " ». Il n'y a point ici d'appui, ni de fondement , ni d'établissement pour nous. « Le temps est court », dit sain! Paul: « il ne nous reste plus autre chose à faire, sinon à » ceux qui vivent dans le mariage , d'y vivre comme n'y vivant »pas ' », et de n'être point attachés à une femme, encore ^lu'elle nous soit chère ; c'est par les personnes chéries que
•Zach. IX. 17. - - Gen, xn, 7. -' Art. VII. 5. - ' Ileb. XI. 9. - ' Heo. îX. 13. Î4. 15. 16. - "Ibid. xill. 13. 14- XI. 10. - '' I. Cor.yn-20,
SUR LES 3IYSTÈIIES. 1 '(7
doit commencer le détachement. « Que ceux qui pleurent », vivent aussi « comme ne pleurant pas; et ceux qui se ré- » jouissent, comme ne se réjouissant pas' : car ni la douleur, ni la joie n'ont rien de fixe sur la terre. De même «que ceux qui » achètent », ne croient pas avoir acquis la possession "d'una chose, sous prétexte qu ils en auront fait une acquisition légitime : « qu'ils soient comme n'ayant point acheté » , Car on ne possède rien : etce mot de possession n'a rien de solide. Enfin, « que ceux qui usent de ce monde et de ses biens , soient » comme n'en usant pas; parce que la figure de ce monde » passe ^ » Premièrement le monde , pour ainsi parler, n'est rien de réel , c'est une figure creuse ; et secondement c'est une figure qui passe, une ombre qui se dissipe. Je ne courrai plus après vous , honneurs fugitifs , biens que je vais perdre, plaisirs oii il n'y a que de l'illusion. «Yanité des vanités,
» et tout est vanité Craignez Dieu, et observez ses com-
» mandements ; car c'est là tout l'homme^ ».
XII' ÉLÉv. Le Sabbat.
Après le péché, il ne devoitplus y avoir de sabbat ni do jour de repos pour l'homme : nuit et jour, hiver et été , dans la semaille et dans la moisson , dans le chaud et dans le froid, il devoit être accablé de travail. Cependant, Dieu laissa au genre humain l'observance du sabbat, établi dès l'origine du monde , en mémoire de la création de l'univers : et nous le voyons observé à l'occasion de la manne ', comme une chose connue du peuple, avant que la loi fût donnée, où l'observance en est instituée plus expressément. Car dès lors on connoissoit la distinction du jour, ou les semaines établies : le sixième jour étoit marqué ; le septième l'étoit aussi comme le jour du repos, et tout cela paroît comme une pratique connue , et non pas nouvellement établie : ce qui montre qu'elle venoit de plus haut, et dès l'origine du monde. Dieu donc eut pitié dès lors du genre huïiiain , et en lui donnant un jour de relâche , il montre en quelque façon que , touché de compassion , il modéroit la sentence du perpétuel travail qu'il nous avoit imposé.
.'I.Cor.vii.30.- = lbid. 31.-'Eccl.xii. 8. 13.-' Esod. xvi. 23. 20.
l/l8 ÉLÉVATIONS
Mais il ne faut pas se persuader que ce soit là tout le mystère du sabbat : Dieu y liguroit le repos futur qu'il préparoit dans le ciel à SCS serviteurs. Car, comme Dieu, qui n'a point besoin de repos, avoit voulu néanmoins célébrer luimême un repos mystérieux au septième jour, il est clair qu'il le faisoit de la sorte pour annoncer de môme à ses serviteurs, qu'un jour, et dans un repos éternel, il feroit cesser tous les ouvrages.
C'est la doctrine de saint Paul, qui nous fait voir dans l'ancien peuple , et dès l'origine du monde, dans une excellente figure , la promesse d'un bienlieureuK repos '. L'apôtro appelle David en confirmation de cette vérité, lorsqu'il re marque que ce grand prophète promet aux enfants de Dieu un nouveau repos , oii « Dieu jure que les rebelles n'en- » treront pas'». Si initoibunt in requiem meam, et en môme temps un jour d'épreuve oi^i nous apprendrons à obéir à sa voix, selon ce qui est dit dans le même psaume : « Aujour- » d'hui si vous écoutez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs ^ : » autrement il n'y aura point de repos pour vous. Voilà donc deux jours mystérieusement marqués par le Seigneur, l'un pour obéir à sa voix , et l'autre pour se reposer éternellement avec lui : et c'est là « le » vrai « sabbat» , et le vrai repos qui « est laissé au peuple de Dieu ^ ».
Célébrons donc en foi et en espérance le jour du repos. Remontons à l'origine du monde , et aux anciens hommes qui le célébroient en mémoire de la création. Et encore que dorénavant, et dans la nouvelle alliance, ce jour soit changé, parce qu'il y faut célébrer, avec la résurrection de notre Seigneur, et dans le renouvellement du genre hnmain , une création plus excellente que la première , apprenons que ce repos n'en est que plus saint. Car nous y voyons le vrai repos de notre Seigneur ressuscité , qui est entré dans sa gloire par les travaux de sa vie et de sa douloureuse passion , et en môme temps le nôtre , par la vertu de sa vivifiante résurrection, où nos corps seront conformés au sien glorieux. Passons donc en espérance et en paix les jours du travail :
' Heb. m et iv. — ' Ibkl. iv. 3. 7. Ps. XC!V. 11.—' Ibid. 8. — * ric-b. IV. y.
SUR LliS MYSiÈUÎiS. l/'jO
souffrons et travaillons avec Jésus-Clirist, pour végïîer ansd avec lui, et nous asseoir dans son trône, où il nous appelle. « Ces jours de travaux » sont « courts ; et la i^loire » qui nous en revient « sera éternelle ' ». Nous pouvons même, par avance, goûter ce repos, par le moyen de l'espérance, « laquelle » ditsaint PauP, « sertà notre àme » , eîà notre foi, « comme « d'une ancre ferme et assurée». Et de même qu'au milieu des eaux et dans la navigation , l'ancre soutient nn vaisseau et lui fait trouver une espèce de siirelé et de port; ainsi parmi les agitations de cette vie ,« assurés sur la promesse de » Dieu confirmée par son inviolable serment"», nous godions le vrai repos de nos âmes. Soutenons avec foi et avec courage les troubles de cette vie : jouissons en espérance du sacré repos qui nous attend : reposons-nous cependant en la sainte volonté de Dieu, et altacliés à ce rocher immuable , disons hardiment avec saint Paul " : « Qui pourra nous séparer de
» l'amour de Jésus-Christ? je suis assuré», avec sa grâce,
(( que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, » ni les puissances , ni les choses présentes , ni les futures , »ni la violence, ni tout ce qu'il y a , ou de plus haut dans » les cieux, ou de plus profond dans les enfers, ni aucune » autre créature quelle qu'elle soit, ne sera capable de nous » séparer de l'amour de Dieu en Jésus-Christ notre Sei- » gneur ».
N'est-ce pas là le repos que le môme apôtre nous a promis, et ne le goûtons-nous pas dès cette vie? Livrons-nous à Dieu en Jésus-Christ; et par une sainte soumission à celui qui seul nous peut tirer de tous nos maux , vivons en paix et en joie par le Saint-Esprit.
ÏX= SEMAINE.
liLÉVATlON SUR LA l.OT ET LKS l'HCH'IUJTlES QUI PROMETTENT LE LlfiÉr: - TEUK ET LUI PRÉPARENT LA VOIE.
i'° iJLÉv. Le peuple captif : Moïse lui est montré comme son libérateur.
Avant que le peuple tût introduit à la terre promise, il falloit qu'il éprouvât un long exil , une longue captivité , une
' Il.Cor. IV.17, etc. - = Ilcb. vi- 10- " Ib. 17.-' Kom vili 33.30.0^
longue persécution, en figure de la sainte Église , qui est le vrai peuple , et le vrai Israël de Dieu , qui ne peut être introduit à la céleste patrie que par la persécution, la captivité et les larmes de l'exil.
L'Église, dans sa plus profonde paix, n'est guère sans son Pharaon , du moins en quelques endroits. Il vient quelque a nouveau roi sur la terre qui ne connoît point Joseph', » ni les gens pieux : et en général il est vrai , comme dit saint Paul, que « tous ceux qui veulent vivre pieusement en Jé- » sus-Christ , doivent souffrir persécution* », en quelque sorte que ce soit: et, comme dit saint Augustin , que « celui » qui n'aura point gémi comme voyageur et étranger, n'en- » trera pas dans la joie des citoyens ?).
Il y a deux sortes de persécutions : l'une est ouverte et déclarée, lorsqu'on attaque ouvertement la religion; l'autre cacliée et artificieuse, comme celle de ce Pharaon, qui, jaloux de l'abondance du peuple de Dieu, en inspiroit la haine à ses sujets , et cherchoit des moyens secrets de le détruire : a Venez, » dit-il, « opprimons-le sagement * », c'est-à-dire secrètement et finement. On ne forçoit pas les Israélites à quitter leur religion, ni à sacrifier aux dieux étrangers : on les laissoit vivre, eton neleurôtoit pas absolumentce qui étoitnécessaire ; mais on leur rendoit la vie insupportable, en les accablant de travaux, et leur proposant des gouverneurs qui les opprimoient. On en vint à la fin pourtant à la persécution à découvert , et « on condamnaleurs enfants mâlesà être noyés » dans le Nil ^ » : ce qui signifie en figure qu'on ne laisse rien de fort et de vigoureuxàun peuple qui n'arien de libre et dontonabat le courage, enle faisantlanguirdans l'oppression. Malgré cette oppression. Dieu ne laisse pas de conserver les gens vertueux dans son peuple, comme il fit les mâles parmi les Israélites : et contre toute espérance il leur naît même des libérateurs du sein des eaux, où ils dévoient être noyés, à l'exemple de Moïse, de sorte qu'ils ne doivent jamais perdre l'espérance.
' Exod. I. 8. — - II. Tim, m. 12. —^ Exod. 10. 11. et seq. — « Ibid. 22.
SUR LKS MYSÏKP.tS. loi
11° lîlfLV. Deux moyens avec lesquels Moiss est montré au peuple.
La première chose que Dieu fit pour faire connoître à son peuple qu'il leur préparoit un libérateur en la personne de Moïse, fut en permettant qu'il fût exposé au même supplice que les, autres, et comme eux jeté dans le Nil pour périr ' : il en fut néanmoins délivré comme Jonas , qui sortit des abîmes de la mer, et du ventre de la baleine qui Tavoit englouti : et comme le Fils de Dieu , dont la résurrection ne put pas être empêchée par la profondeur du sépulcre , ni par les horreurs de h mort.
Dieu fait une seconde chose dans Moïse. Après lui avoir inspiréde quitter la courde Pharaon et de la princesse sa fille, qui l'élevoit comme son enfant dans les espérances du monde : « Quand Moïse fut cru », dit l'Écriture ^, « il alla s'unira ses » frères»; c'est-à-dire, selon le commentaire de saint Paul*, « qu'étant devenu grand, il niaqu'ilfûtle fils de la fille de Pha- » raon ; aimant mieux être affligé avec le peuple de Dieu, » que de goûter le plaisir temporel et passager du péché, » et trouvant de plus précieuses richesses dans l'ignominie
» de Jésus -Christ que dans les trésors de l'Egypte , il
» abandonna l'Egypte avec foi, sans craindre la haine du » roi » mortel , qui , au lieu d'être son père , comme auparavant, «ne songeoit plus qu'aie faire^mourir*.» Ilpriten mainla défense des Israélites par un instinct divin ; il les vengea d'un ég^'ptien qui les maltraitoit:et, comme remarque sainlElienne, « il crut que ses frères entendroient que Dieu les devoitsau- » ver par sa main, mais ils ne l'entendirent pas°» : et il fallait pour les sauver, qu'il en souffrît les contradictions qui '''lièrent si avant, qu'elles le forcèrent à prendre la fuite. Ainsi la persécution vint de ceux qu'il devoit sauver, etDieu, par ce moyen, le montra au peuple comme leur Sauveur et l'image de Jésus-Christ.
Pasteurs, conducteurs des âmes, qui que vous soyez, ne ^l'oyez pas les sauver sans qu'il vous en coûte : admirez en ^'Oïse les persécutions de Jésus et buvez le calice de sa passion,
j^' K.vod. 11. 3. et seq. — = Ibicl. 11. — ' lleb. XI. 24. 25. 2G. 27. — Cxod. II. 15. — » Act. vil. 2:,.
t,^2 KLKVATIONS
IIl'' i;li;v. Moïse figure de la diviiiifé tie Jcsus-Clirist.
(( Le Seignour ilUà Moïse : Je l'ai fait le Dieu de Pliaraori, » et. Aaron sera ton prophète '». Le sauveur du peuple lidèlc devoit cire un Dieu : Dieu iiiême lui en donne le nom en singulier , ce qui n'a que cet exemple. Il dit ailleurs : « Vous « êtes des dieux '^» : ici, « Je t'ai fait imDieu». Une marque de divinité , c'est d'avoir des prophètes , qui pour cela sont appelés les prophètes du Seigneur : Aaron est le prophète de Moïse. Moïse est revêtu de la toute-puissance de Dieu : il a en main la foudre , c'est-à-dire , cette baguette toute-puissante qui frappe les fleuves, et en change les eaux en sang : qui les frappe de nouveau, et les fait retourner à leur nature, qu'il étend vers le ciel , et répand partout des ténèbres épaisses et palpables : mais qui, comme un autre Dieu, les sépare d'avec la lumière, puisque le peuple juif demeure éclairé, pendant que les Égyptiens , enveloppés d'une ombre affreuse et profonde, ne sauroient faire un pas. Celle puissante baguette fait bouillonner des grenouilles et des sauterelles, change en mouches insupportables toute la poussière de la terre, envoie une peste inévitable sur les animaux de l'Egypte, et opère les autres prodiges qui sont écrits dans l'Exode *.
Yoilà donc Moïse comme un Dieu qui lait ce qu'il veut dans le ciel et dans la terre, et tient toute lanature en sa puissance. 11 est vrai que Dieu limite son pouvoir : « Je t'ai fait» dit-il, « le Dieu de Pharaon » ; ce n'est pas un Dieu absolument, mais le Dieu de Pharaon; c'est sur Pharaon et sur son royaume que tu pourras exercer cette puissance divine. Il n'en est pas ainsi du Sauveur du nouveau peuple , qui est appelé absolument « Dieu ; par qui tout a été fait^ » ; qui est appelé, «au dessus de tout Dieu béni aux siècles des siècles ^ » : et ainsi du reste. Mais aussi ne falloit-il pas que le serviteur fiitégal au maître. « Moïse étoit,» ditsaint Paul", « comme un fidèle servi- » teur dans la maison de Dieu ; mais Jésus étoit comme le fils » dans sa propre maison, qui est en nous. «
' Ex. VII. 1. — - Ps. LXXXI. 6. — 5 Exod. IV. V. Yl. VII. et £cq — ' Joan. I. 3. — '■ Rom. ix. 5. — ° Heb. m. 5. 6.
Sri{ Mi.S JÎÏSTICIUC.S. 1.')3
Mais s'il y a eu dans M(jÏ3e, qui devoit sauver le peuple lidcle, une lumière si manifeste de ladi\inil(', et une si haute parlicipaLion du titre de Dieu , iaiit-il s'(''!onncr si la substance cl « lapléniiude de la divinité habite corpoi'elle- )) ment en Jésus-Christ ' », qui, en nous sauvant du péché, devoilnous sauver de tout mal? Pour achever la ligure, Moïse, qui étoit le Dieu de Pharaon , en étoit en méine temps le médiateur. Pharaon lui disoit : « Priez pour moi '» . Et à la prière de Moïse, Dieu délournoilscs fléaux et fuisoit cesser les plaies de rÉgypte. Ainsi Jésus, qui est « notre Dieu », est en même temps « notre médiateur ^» , notre intercesseur toutpuissant, à qui Dieu ne refuse rien : « el il n'y a point d'au- » tre nom par lequel nous devions ê!rc sauvés ' ». Mettons donc notre conliancc en Jésus qui est tout ensemble et Dieu et médiateur , d'autant plus grand cl au dessus de Moïse, que Moïse n'est Dieu que pour envoyer des plaies temporelles, et qu'il n'est médiateur que pour les détourner : mais « Jésuspasseenbienfaisant et guérissant tous les malades^ ». Il ne déploie sa puissance que pour m.ontrer ses bontés, et les plaies qu'il détourne de nous sont lés plaies de l'esprit. Mettons-nous entre ses mains salutaires, il ne demande autre chose , sinon qu'on le laisse faire : dès lors il nous sauvera, et « le salut est son œuvre ° ».
lY" Él.Év. LaPâque et la délivrance du peuple.
Dieu établit en même temps deux monuments immortels delà délivrance de son peuple, dont Tun fut la cérémonie de la Pàque, et l'autre la sanctillcation des premiers-nés qu'il voulut qu'on lui consacrât \
C'est qu'il devoit envoyer la nuit son ange exterminateur, qui devoit remplir toutes les familles des Egyptiens de carnage et de deuil, « en frappant de mort tous les premiers- » nés, depuis celui du roi qui étoit assis sur le trône, jus- » qu'à celui de l'esclave enfermé dans une prison, et de tous » les animaux '» . Après cette dernière plaie, les Égyptiens
^ 'Coloss. n. 9. - = Exocl. vill. 8. - 'I. Tim. ii. 5. Ileb. ix- 13. 24.— Act. IV. 12. — = lôid. X. 3S. — '^ Ps. iji. y. — ' Ex. .\ii. cl i!U. — lùid. xu. 2'.).
i'i^ ÉLÉVATIONS
qui craignirent leur dernière désolation n'attendirent plus les prières des Israélites, mais les contraignirent à sortir. Pendant cette désolation des familles égyptiennes, auxquelles l'ange vengeur coupoit la tête, comme d'un seul coup, les Israélites furent conservés, mais par le sang de l'agneau pascal. «Prenez, » dit le Seigneur ', « un agneau qui soit sans » tache », en figure de la justice parfaite de Jésus. Il faut que comme Jésus , cet agneau soit immolé , soit mangé : « Trempez un houquet d'hysope dans le sang de cet agneau » immolé; « frottez-en les poteaux et le chapiteau avec le seuil » de vos portes. Le Seigneur passera la nuit pour extermi- » ner les Egyptiens ; mais il passera outre quand il verra à la » porte des maisons la marque du sang ». Dieu n'avoil pas besoin de cette marque sensible pour discerner les victimes de sa colère : elle n'étoit pas pour lui, mais pour nous , et il vouloit nous marquer que le sang du véritable agneau sans tache seroit le caractère sacré qui feroit la séparation entre les enfants de l'Egypte , à qui Dieu devoit donner la mort, et les enfants d'Israël , à qui il devoit sauver la viece Portons sur nos corps, avec saint Paul, la mortification » de Jésus ^» , et l'impression de son sang, si nous voulons que la colère divine nous épargne. Tout est prophétique et mystérieux dans l'agneau pascal. On n'en doit point briser les os, en figure de Jésus-Christ , dont les os furent épargnés sur la croix , pendant qu'on les cassoit à ceux qu'on avoit crucifiés avec lui. Il le faut manger en habit de voyageur, comme gens qui passent, qui ne s'arrêtent à rien, toujours prêts à partir au premier ordre : c'est la posture et l'état du disciple de Jésus, de celui qui mange sa chair, qui se nourrit de sa substance , dont il est la vie , et selon le corps et selon l'esprit. c< Mangez-le vite, car c'est la victime du passage du Sei- » gneur ' » ; il ne doit y avoir rien de lent ni de paresseux dans ceux qui se nourrissentde la viande queJésus nous adonnée. Il en faut dévorer la tête, les pieds et les intestins: il n'en faut rien laisser, touty est bonet succulent ; etnon-seulement la tête et les infestins, qui signifient ce qu'il y a en Jésus do
' Ex. XII 5. 7. et scq. - = 11. Cor. iv. 10 — 'Ex. xii. 11.
si:k li:s mystÈhls. 155
plusinlérieuret de plus sublime, mais encore les pieds, c'està-dire ce qui paroît de plus bas et de plus inilrine , ses souffrances, ses tristesses, ses frayeurs, les troubles de sa sainte âme , sa sueur de sang, son agonie : car tout cela lui est arrivé pour noire saUiî et pour notre exemple. N'ayez donc aucun doute sur sa foiblesse; ne rougissez d'aucune de ses hiimiliaiions-: une ferme et vive foi dévore tout. Au reste, n'y cberchez point des douceurs sensibles, cet agneau doit être mangé avec des herbes amères et sauvages, avec un dégoût du monde et de ses plaisirs ; et même , si Dieu le veut , sans ce goût sensible de dévotion, qui est encore impur et charnel. Tel est le mystère de la Pàque.
Faites encore en mémoire de votre éternelle délivrance une autre sainte cérémonie : « consacrez au Seigneur vos pre- » miers-nés ' » qu'il vous a sauvés ; offrez-lui les vœu-K, les prémices de votre jeunesse , chaque jour vos premiers désirs et vos premières pensées, car c'estluiqui les préserve delacorruption et qui les conserve pures et entières. N'attendez pas la tin de l'âge ni de la force pour lui offrirde malheureux restes de votre vie, et les fruits d'une pénitence stérile et tardive. C'est ce que demande le Seigneur: l'Éternel, le Tout-Puissant ne veut rien de foible ni de vieux.
V° ÉLÉ v. La mer Koiige.
Le passage de la mer Rouge ^ nous fait voir des oppositions à notre salut , qui ne peuvent être vaincues que par des miracles. On passeroit aussi tôt la mer à pieds secs, qu'on surmonteroitscs mauvais désirs et son amour-propre : mer orageuse et profonde, où il y a autant de gouffres que dépassions qui ne disent jamais : « C'est assez ^ ». L'Égyptien périt où l'Israélite se sauve. « L'Évangile est aux uns une odeui ^> de vie à vie, et aux autres une odeur de mort à mort * ». L'Église se sauve à travers la mer Rouge, quand elle arrive à la paix par les persécutions qui, loin de l'abattre , l'affermissent. Les méchants périssent sous les châtiments de Dieu, jCt les bons s'y épurent, comme dit saint Paul: pour les
' Ex. XIII. 2. — = Ib. XIV. 21. 22. 23. — ' Prov. xx.X. 15. 16. — — ' IL Cor. II. 16.
1h6 ÉLÉVATIONS
saints , la mer Rouge est un baptême ; pour les méchants , la mer Rouge est un abîme et un sépulcre.
Délivrés des maux de cette vie, et passés comme à travers d'une mer immense à la céleste patrie, nous chanterons avec les saints le «cantique de Moïse , serviteur de Dieu ' », c'est-à-dire le cantique de la délivrance, semblable à celui que Moïse et tout Israël chantèrent après le passage de la mer Rouge % « et le cantique de Tagneau » qui nous a sauvés par son sang, « en disant », comme il est écrit dans l'Apocalypse ^ : «Vos œuvres sont grandes et admirables. Seigneur » Dieu tout-puissant; vos' voies sont justes et véritables. Roi «des siècles. Qui ne vous craindra, Seigneur, et qui ne » glorifiera votre nom? parce que vous êtes le seul Saint et « le seul miséricordieux ; toutes les nations viendront et vous » rendront leurs adorations , parce que vos jugements sont » manifestés » dans la paix de votre Église , dans la punition exemplaire des tyrans ses ennemis, dans le salut de vos saints.
VI° ÉLÉv. Le désert : dm'ant le cours de cette vie on va de péril en péril,
et de mal en mal.
En sortant de la mer Rouge , le peuple entra dans un désert affreux", qui représente tout l'état de cette vie, oii il n'y a ni nourriture, ni rafraîchissement, ni route assurée ; dans un sable immense, aride et brîilant , dont l'ardente sécheresse produit des serpents qui tuent les malheureux voyageurs par des morsures mortelles. Tout cela se trouve dans cette vie : on y meurt de faim et de soif, parce qu'il n'y a rien ici-bas qui nous sustente et nous rassasie ; on s'y perd, on s'y déroute, comme dans une plaine vaste et inhabitée , où il n'y a ni vallon, ni coteau, et où les pas des hommes n'ont point marqué de sentier. Ainsi dans noire ignorance, nous allons errants en cette vie , sans rien avoir qui guido nos pas : nous y entrons sans expérience , et nous ne sentons notre égarement que lorsque, entièrement déroutés, nous ne savons plus par où nous redresser ; nous tombons
»Apoc. >:y. 3, — = Ex. XV. 1. — ^ Apoc. xv. 3. - " Ex.xv. 22. —
Si;U LES MYSTEUES. 157
dans le pays « des serpents brûlants', » comme les appelle Moïse ; c'est-à-dire dans nos brûlantes cupidités, dont le venin est un feu qui se glisse de veine en veine, et nous consume,
A ces quatre maux du désert, Dieu a opposé quatre remèdes. Il oppose la manne ^ à la faim ; l'eau découlée de la pierre ^ , à la soif; aux erreurs durant le voyage , la colonne de nuée lumineuse pendant la nuif; et aux serpents brûlants, le serpentd'airain'.Toutes choses qui nous (igurent Jésus.
Nous nous trouvons comme le prodigue , dans une région , où nous périssons faute de nourriture : les viandes de ce pays , n'ont rien de solide ". Dieii nous envoie la manne qui
est Jésus-Christ qui nous a donne la manne cachée que
» personne ne connoît que celui qui en goûte'. » La manne cachée, c'est la vérité; la manne cachée, sont les consolations spirituelles ; la manne cachée , c'est le sacré corps de Jésus. Cette divine nourriture paroît « mince et légère * » à ceux qui n'ont pas la foi , et à qui rien ne paroît solide que ce qui est palpable, sensible et corporel; en sorte qu'ils croient ne rien avoir, quand ils ne voient devant eux que les biens spirituels et invisibles ; mais pour ceux qui ont le goût de la vérité, cette nourriture leur paroît la seule solide et substantielle : c'est « le pain du ciel '■"; le pain dont se nourrissent » les anges " : pain céleste , » qui n'est autre chose que Jé- Gus-Christ qui est le Yerbe du Père , sa raison, sa vérité , sa sagesse.
Outre la faim, nous avons la soif; et, quoique par rapport à l'esprit, la faim et la soif qui ne sont autre chose que l'amour de la justice , semblent n'être qu'une même disposition, on y peut pourtant faire quelque distinction de la nourriture solide qui nous sustente, et de la liquide qui nous rafraîchit et tempère nos désirs ardents. Quoi qu'il en soit, nous trouvons ce doux rafraîchissement en Jésus-Christ qui promet à la Samaritaine « une fontaine jaillissante à » la vie éternelle", w et à tout le peuple, « des sources»,
' Nnm. XXI. 6.-'Ex. xvi. 14. 15. 10. — - ^ Niun. xx. 10. 11. 1?. — * Ex. xin. 21. 22. — = ÎNura. xxi. 0. 8. 9. - " Ex. xvi. 3. 14. 15. — ' Apoc.ii. 17.— ^Nam. xxi. 5.— » Jo.iii. vi. 31. 32. et £cq.— '"Ps.LXX.Vii. 25.-0 Joan. IV. 13. 14. -
iÔS KLÉVATIONS
OU plulôt « des fleuves d'eau vive. Si on les Ijoiton n'a plus » soif, » et tous les désirs sont contents. Ces sources intarissables ,• c'est la vérité, la félicité, l'amour divin , la vie éternelle qui se commence par la foi, et s'achève parla jouissance. Ces sources sont en Jésus-Christ; ces sources sortent de la pierre, du rocher frappé par la baguette de Moïse, c'est-àdire d'un cœur sec et dur, touché de l'impulsion de la grâce. En un autre sens, ces sources sortent d'un rocher qui est un des noms qu'on donne à Dieu, en lui disant : « Mon Dieu, mon rocher, mon soutien, mon refuge ^ » , la pierro solide sur laquelle je m'appuie. « Je mettrai dans Sion » , dit le prophète % « une pierre inébranlable ; » et celui qui « s'y » appuiera par la foi , ne sera point ébranlé, » Cette pierre, c'est Jésus-Christ : en s'appuyant sur lui , on se soutient : en se heurtant contre lui , en s'opposant à sa volonté , à sa doctrine, à sa grâce, à ses inspirations aussi puissantes que douces , on se rompt, on se met en pièces, on tombe d'une grande chute , et on se brise. De celte pierre , qui est Jésus- Christ, sortent les eaux de la grâce, les célestes consolations, et dans un amour chaste et pur, les divins rafraîchissements de la foi et de l'espérance. Moïse ne frappa qu'un seul rocher qui demeuroil immobile " ; mais les ondes qui en découlèrent, suivoient partout un peuple qui jamais ne demeuroit dans le même lieu. D'où vient cela? C'est dit saint Paul % qu'il y avoit « une pierre « invisible «et spirituelle » dont la corporelle étoitla ligure qui les suivoit , les accompagnoit , leur fournissoit des eaux en abondance ; « et cette pierre » invisible, « c'étoit Jésus-Christ», Appuyons-nous sur cette pierre fondamentale , sur ce roc immobile ; n'ayons de volonté que la sienne, ni de soutien que ses préceptes; un éternel rafraîchissement suivra notre foi.
Dans nos erreurs, nous avons pour guide cette colonne de lumière , ce Jésus qui dit : « Je suis la lumière du monde; »qui me suit, ne marche point dans les ténèbres^ ».Dans toutes nos actions , ayons toujours Jésus-Christ en vue : songeons toujours à ce qu'il a fait, à ce qu'il a enseigné, à ce
' Joan. vu. 38. — = Ps. x\iî. 3. — Ms. xxvili. IC. Rom. ix. 33. — '- Exod. xvil. 6. Niini. XX. 10. 11. — '1. Cor. x, 'i. — " Joan. viil. 12.
SLR LES MYSTÈRES. 159
qu'il nous enseigneroit à cliaqus pas, s'il étoit encore au monde pour y être consulté ; à ce qu'il enseigne à chaque moment par ses inspirations , par des reproches secrets , par les remords de la conscience, par je ne sais quoi qui nous montre secrètement la voie. Prends garde aux sens trompeurs : marche dans la voie nouvelle , qui est Jésus-Christ.
Contre les serpens brûlants , Dieu a élevé dans le désert le serpent d'airain , qui est Jésus-Christ en croix , comme il l'explique lui-même '; Jésus-Christ qui se présente à nous dans «la ressemblance de la chair de péché * » . Qui le regarde à sa croix pour y croire, pour s'y appuyer, pour l'imiter et le suivre, ne doit craindre aucune morsure du péché. « El élevé «de cette sorte, « il tire à lui tout le mondée » Jésus exalté àla croix ! tous les regards sont sur vous : le monde entier met en vous son espérance, le monde qui croit en vous et que vous avez attiré.
Outre la céleste nourriture de la manne, on trouve encore dans le désert une autre sorte de nourriture. Le peuple charnel se dégoûtoit de la manne \ et ne se contentoit pas de ce pain du ciel : Dieu pouvoit, par une juste punition , leur soustraire tout aliment , et les laisser dans la faim; mais il a une autre manière de punir les désirs charnels , en y abandonnant ceux qui les suivent , conformément à cette parole : Dieu les « livra aux désirs de leurs cœurs ' », à leur concupiscence déréglée. « Ainsi il fit souffler un vent «impétueux, qui, d'au delà de la mer, porta des cailles au dé- Bsert, et les fit comme pleuvoir dans le camp "». C'est Dieu qui envoie les biens temporels comme les autres; car il est l'auteur de tout : mais souvent les biens temporels sont mi fléau qu'il envoie dans sa colère. C'est ce qui est écrit de ces cailles, nourriture agréable aux sens : mais dont il est dit : « les chairs en étoient encore dans leurs bouches, et » entre leurs dei>ts; et voilà que la colère de Dieu s'éleva » contre eux, et frappa le peuple d'une grande plaie'». Qu'avoit-il fuitpour être puni de cette sorte? Il n'avoit faitque pe rassasier d'un bien que Dieu même avoit envoyé: mais c'étoit un de ces biens corporels qu'il accorde aux désirs
' Joan. m. 14. — ' Rom. vin. 3. — ' Joau. xii. 32. — ^ Exod. xvi 12. 13.Num. XI. 4. 5. 6.-" Ps. Lxxx. 13. -*Nam. xi. 31. 32.- ■ Ib, 33,
IGO KrKVATiox?
aveugles des hommes charnels pour les punir. Il punit ensuite celte jouissance déréglée ; on ne voit de tous côtés que des sépulcres érigés à ceux qui ont satisfait leur concupiscence : ils en tirent leur nom ; on les appelle «des sépulcres » de COtTcupiscence ' » : parce qu'on y a été enterré en punition des concupiscences qu'on avoit voulu contenter, en les rassasiant des biens que Dieu donne à la vérité aux sens avides'.;- car tout bien, et petit et grand, et sensible et spirituel , vient de lui: mais dont il ne veut pas qu'on s'assouvisse.
Ne nous laissons pas repaître h. ces biens trompeurs , vrais en eux-mêmes, bons en eux-mêmes, puisque tout ce que Dieu lait est vrai et bon : mais trompeurs et empoisonnés par le mauvais usage que nous en faisons. Nourrissons-nous de la manne. Si toutefois il nous arrive de perdre durant quelque temps le goût de cette céleste nourriture , car Dieu le permet souvent pour nous exercer et éprouver notre foi, n'en revenons pourtant pas aux désirs charnels : mais en attendant que Dieu réveille ce goût céleste , demeurons en humilité et en patience.
Vil" ÉLÉV. La loi sur le mont Sinaï.
Quand Dieu voulut donner la loi à Moïse sur le mont Sfnaï, il fit quatre choses importantes, fl descendit au bruit du; tonnerre et des trompettes. Toute la montagne parut en feu,, et on y vit éclater la flamme dans un tourbillon de fumée. Dieu grava le Décalogue sur deux tables de pierre. II prononça les autres articles de la loi d'une voix haute et intelligible, qui fut entendue de tout le peuple^
Pour publier la loi évangélique , il renouvela ces quatre choses, mais d'une manière bien plus excellente. L'ouvrage commença par « un grand bruit » : mais ce ne fut ni la violence du tonnerre, ni le son aigu des trompettes , comme on l'entend dans un combat ; le bruit que Dieu envoya « fut » semblable à celui d'un vent impétueux » , qui" figuroit le Saint-Esprit, et qui, sans être terrible, ni menaçant, c( remplit toute la maison ^ » et appela tout Jérusalem au
' Num. XI 3i. — - Ex. xi\. x.\. xxiv. xxxi ^ AcL ii. 1. 2.
SUR I.KS aiVSTERKS. IGl
beau spectacle que Dieu alloit leur donner. « On vit un feu », mais pur et sans fumée , qui ne parut pas de loin pour effrayer les disciples , mais dont la flamme innocente ; sans la brûler ni entamer leurs clieveux , « se reposa sur leur tête'». Ce feu pénétra le dedans, et par ce moyen la loi de TEvangile fut doucement imprimée, non pas dans des pierres insensibles , mais un cœur composé de chair, et ramolli parla grâce. Il y eut une parole , mais qui se multiplioit d'jiinè manière admirable. Au lieu que sur la montagne de Sinaï, Dieu ne parla qu'une seule langue, et à un seul peuple : dans la publication évangélique, qui devoit réunir en un tous les peuples de l'univers dans la foi de Jésus-Christ et la connoissance de Dieu ; dans un seul discours , on entendoit toute, les langues , et « chaque peuple entendoit la sienne '». Ainsi Jésus établit sa loi bien autrement que Moise. Croyons, espérons, aimons ; et la loi sera dans notre cœur. Préparonslui des oreilles intérieures, une attention simple, une crainte douce qui se termine en amour.
De dessus du mont Sinaï, Dieu crioit : « N'approchez pas » ni hommes ni animaux » ; il y va de la vie : « et tout ce » qui approchera mourra de mort ^ » . Sur la sainte montagne de Sion, Dieu n'approche pas seulement sous la figure d'une ilamme lumineuse , mais il entre au dedans du cœur : ce beau feu prend la ligure d'une langue ; le Saint-Esprit vi-^nt parler au cœur des apôtres ; et de leur cœur doit sortir la parole qui convertira tout l'univers.
■ \ .. VHP ÉLÉY. L'Arche d'alliance.
« Il n'y a point de nation qui ait des Dieux s'approchant » d'elle , comme notre Dieu s'approche de nous''. Je serai au «milieu d'eux, et j'y habiterai, et je m'y promènerai % » allant et venant, pour ainsi dire, et ne les quittant jamais. Ainsi le fruit de notre alliance avec Dieu, et de notre union avec lui, est qu'il soit et qu'il habite au milieu de nous : et j'ajoute qu'il y habite d'une manière sensible. Ainsi habi-
• Act. II. 3. — = Ib. 4. 5. G. 7. s. etc. - ^ Ex. xix. 12. 13. 20. 21.— * Dcut. IV. 7. — = Lev. xxvi. 11. 12.
162 KiÉVA'riO.NS
toit-il dans le paradis terrestre , allant et venant , et comme se promenant dans ce saint et délicieux jardin. Ainsi a-t-il ■paru visiblement à nos pères, Alnaliam, Isaac et Jacob. Ainsi a-t-il paru à Moïse dans le feu du buisson ardent. Mais depuis qu'il s'est fait un peuple parliculier, à qui il a donné une loi et prescrit un cuUe, sa présence s'est tournée en chose ordinaire, dont il a établi la marque sensible et perpétuelle dans l'arche d'alliance.
Par sa figure, elle est le siège de Dieu : Dieu repose sur les chérubins et dans les natures intelligentes , comme dans son trône. Aussi y a-t-il dans l'arche deux chérubins d'or qui couvrent de leurs ailes le propitiatoire', c'est-à-dire la plaque d'or fin qui est regardée comme le trône de Dieu. II n'y paroissoit dessus aucune figure , marque de l'invisible majesté de Dieu, pur esprit, qui n'a ni forme ni figure, mais qui est une vérité purement intellectuelle, où le sens n'a aucune prise. La présence de Dieu se rendoit sensible par les oracles qui sortoieut intelligiblement du milieu de l'arche entre les deux chérubins; l'arche en cet état étoit appelée « l'escabeau des pieds du Seigneur '». On lui rendoit l'adoration qui étoit due à Dieu, conformément à cette parole : «Adorez l'escabeau de ses pieds' », parce que Dieu y habitoit, et y prenoit sa séance. C'étoit sur l'arche qu'on le regardoit, quand on lui faisoit cette prière : « Écou- »tez-nous, vous qui gouvernez Israël: qui conduisez tout » Joseph comme une brebis : qui êtes assis sur les chéru- »bins * ». Quand le peuple se mettoit en marche, on élevoit l'arche en disant: «Que le Seigneur s'élève, et que ses » ennemis soient dissipés , et que ceux qui le haïssent pren- » nent la fuite devant saface *«. Quand on alloit camper, on descendoit l'arche , et on la reposoit en disant : « Descendez, w Seigneur, à la multitudede voire peuple d'Israël"». Dieu donc s'élève avec l'arche, et il descend avec elle: l'arche est appelée le Seigneur, parce qu'elle le représentoit, et en attiroit la présence. C'est pourquoi on disoit aux anges, en introduisant
• Ex. XXV. 10. 11. 18. 22.- - I. Par. xxvHi. 2. Thven. ii. 1. — sps. xcviii ô. — * Ib. LXXix. 2. — ' Nam. x. 35. Ps. lxvu. 2, -
«>i'im. X. 30.
SUU LES MXSTJiRIiS. 163
l'arche en son lieu : « 0. princes, élevez vos portes! élevez- » vous, portes éternelles , et le Seigneur de gloire entrera ' » ; et encore : « Entrez , Seigneur dans votre repos, vous et Tar- B che de votre sanctification ^ » .
Et tout cela, en figure du Seigneur Jésus, dont saint Paul a dit : «Qui est celui qui est monté dans les cieux, sinon » celui qui auparavant est descendu dans les plus basses » parties de la terre'» ? Le même Seigneur Jésus , en montant aux cieux, laisse parmi nous son corps et son sang, et toute son humanité sainte dans laquelle sa divinité réside corporellement et ce que l'ancien peuple, disoit en énigme, et comme en nombre, nous le disons véritablement, en regardant avec la foi du Seigneur Jésus : « Vraiment il n'y a » point de nation dont ses Dieux s'approchent d'elle, comme » notre Dieu s'approche de nous ' » .
C'est donc le caractère de la vraie Eglise et du vrai peuplede Dieu, d'avoir Dieu en soi. Aimons l'Eglise catholique, vraie Eglise de Jésus-Christ, et disons-lui, avec le prophète : « Il n'y a que vous où Dieu est ^ » : vous êtes la seule qui se glorifie de sa présence. Rendons-nous dignes de son approche, et pratiquons ce que dit saint Jacques : « Appro- » chons-nous de Dieu, et Dieu s'approchera de nous^». Approchons-nous-en par amour, et il s'approchera de nous par la jouissance qui se commence en cette vie , et se consomme dans l'autre. Amen , amen.
IX' ÉLÉv. Les sacrifices sanglants, et le sang employé partout.
Tout est en sang dans la loi, en figure de Jésus-Christ et de son sang qui purifie les consciences. « Si le sang des boucs » et des taureaux sanctifie les hommes^ et les purge selon la » chair (des immondices légales), combien plus le sang do » Jésus-Christ qui s'est offert lui-même par le Saint-Esprit, » purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes, pour » faire que nous servions au Dieu vivant '?
L'apôtre conclut de là que « Jésus est établi médiateur du » nouveau Testament par le moyen de sa mort ' ». Ce qui
Ts. XXIII. 7. 9.-2 II. Par. vi. 41.Ps.cxxxi. 8.— 'Eph. iv. 9. 10. ~'Deuf IV. 7. — *-Is. XLV. 14. — *Jac. iv. S. — ' lleb. IX. 13. 14. 22 «Ibid. 15. Ifi. 17.
prouve que la nouvelle alliance est un vrai testament: «A » cause que comme le testament n'a de force que parla mort « du testateur » ; ainsi la loi et Talliance de l'Évangile n'a de force que parle sang de Jésus-Christ.
«Delà vient aussi que l'ancien Testament a été consacré » par le sang des victimes, dont l'aspersion après la lecture » de la loi fut faite sur le livre même , sur le tabernacle, sur » tous les vaisseaux sacrés, et surtout le peuple , en dip;int : » C'est ici le sang du Teslamentque Dieu a établi pour vous » . Ainsi toute la loi ancienne porte le caractère de sang et de mort, en figure delà loi nouvelle établie et confirmée parle sang de Jésus-Christ. C'est pourquoi , continue saint Paul, a dans l'ancienne loi tout est presque purifié par le sang, sans » lequel il n'y a point de rémission de péchés ' ».
Nous devons donc regarder les mystères de Jésus-Christ avec une sainte et religieuse horreur, en y respectant le caractère de mort, et encore d'une mort sanglante, en témoignage de la violence qu'il sefaut faire à soi-même, à l'exemple de Jésus-Christ, pour avoir part à la grâce de la nouvelle alliance, et à l'héritage des enfants de Dieu.
« Personne que le seul pontife ne pouvoit entrer dans le » Saint des saints » oii étoit l'arche, « et il n'y entroit qu'une » fois l'année » : mais c'étoit en vertu du sang de la victime égorgée ; « dans lequel il trempoit ses doigts pour en jeter » contre le propitiatoire, et expier le sanctuaire des impuretés » qu'il contractoit au milieu d'un peuple prévaricateur^». Ainsi ce qu'il y avoit deplussaint dans la loi qui étoit l'arche et le sanctuaire, contractoit quelque immondice au milieu du peuple ; et il falloit le purifier une fois l'année , mais le purifier par le sang. Purifions donc par le sang de Jésus-Christ levrai sanctuaire, quin'estpas fait de main d'homme , c'est-àdire notre conscience ; la vraie arche du Testament, et le vrai temple de Dieu , c'est-à-dire , notre corps et notre âme: et ne croyons point pouvoir avoir part au sang de Jésus, si nousmêmes nous ne répandons er/ quelque sorte notre sang par la mortification, et par les larmes de la pénitence.
' Ileb. îx. 18. 19. 20. 21. 22. Eïod. xsiv. 8.— -Ex. XXX. 10. Levit. :iVi. 2. 3. 14. 10. Hcb, IX. 7.
Jésus à qui le Ciel étoit dû comme son héritage par le tilro de sa naissance, « élant établi » , comme dit saint Paul , « Vhé- » ritier de toutes choses'», y a voulu entrer pour nous comme pour lui. S'il n'avoit à y entrer que pour lui-même, il n'auroit pas eu besoin d'y entrer par le sang d'un sacrifice; mais afin d'y entrer pour nous, qui étions pécheurs, il a fallu nous purifier et expier nos péchés par une victime innocente qui étoit lui-même.
n étoit donc tout ensemble , «le pontife y> qui nous devoit introduire dansle sanctuaire, et «la victime » qui devoit expier nos fautes : c'est pourquoi il n'est pas entré dans le sanctuaire par un sang étranger, mais « par son propre sang ". » Pontife saint qui n'avoit point à prier , comme celui de la » loi , pour lui-même, pour ses ignorances et pour ses péché:; » mais» seulement]» pour » les nôtres et «ceux du peuple ^), il nous a ouvert la porte : viclime innocente et pure : « il ;i » pacifié par son sang le ciel et la terre'; et pénétrant » dans le ciel S), il nous en a laissé l'entrée libre.
Entrons donc avec confiance dans cet héritage céleste ; et nous souvenant de ce qu'il en a coûté à Jésus pour nous en ouvrir la porte, que nos péchés nous avoient fermée, ne nous plaignons pas de ce qu'il nous en doit coûter à nousmêmes.
C'étoitàce jour solennel où le pontife enlroit dans le sanctuaire, qu'on offroit ces deux boucs, dont l'un étoit immolé pour le péché, et l'autre qu'on appeloit « le bouc émisai saire. Après que le pontife avoit mis les mains sur lui, et » en même temps confessé avec exécration et imprécation » sur la tête de cet animal les péchés de tout le peuple , il » étoit envoyé dans le désert "^ » , comme pour y être la proie des bêtes sauvages. Ces deux figures représentoient notre Seigneur, « en qui Dieu a mis les iniquités de nous » tous' ». Chargé donc de tant d'abominations, il a été séquestré du peuple, comme remarque saint Paul, « il asouf- » fert hors de la porte de Jérusalem ' » , comme excommu-
.' Heb. I. 2. - 2 jij i^. |j[^ 12. 14. 24. 25. - ' Ib. vir. 20. 27. — ' Coloss. 1. 20. — ^ Heb. iv. 14. — ^ Lev. xvi. 2. 3. 7. — ' Is. Liir. G. — ' Heb. XIII. 12.
nié dela.cité sain(e à cause de nos péchés qu'il portoit. Mais cY-toit nous qui étions les véritables excommuniés, et Tanathême de Dieu. Sortons en humilité de la société sainte ; et pour nousdélivrer de la malédiction qui nous poursuit, unissons-nous à celle de Jésus-Christ « qui a été lait anathêmo » et malédiction pour nous », comme dit saint Paul', « conformément à cette parole : Maudit celui qui a été pendu » à une croix- ». Reconnoissons-nous exclus de tout bien et de toute la société humaine par nos péchés : la croix , une mort douloureuse, et l'ignominie d'un honteux supplice est notre partage. Quoi ! en cet état nous pourrions nous plaindre d'être pauvres, méprisés, outragés, sans songer de quoi nos péchés nous ont rendus dignes? Nous sommes dignes de tout opprobre, de toute misère, pour avoir péché contre le Ciel, et avoir été rebelles contre Dieu. Ne nous plaignons donc jamais des misères que Dieu nous envoie : mais « sor- » tons hors du camp avec Jésus » , et allons nous unir à lui (f portant ses opprobres ^ » , assurés que ce n'est qu'en nous unissant à ses peines, à ses ignominies, à son anathéme , à sa malédiction , que nous serons délivrés de la nôtre.
X'' ÉLÉv. Le campement et la patrie.
Une des plus belles circonstances de la délivrance des Israélites, c'est qu'on ne logeoit point dans les déserts où ils furent conduits; on y campoit, on y étoit sous des pavillons ^; et sans cesse on enveloppoit et on transportoit ses maisons branlantes. Figure du christianisme , où tout fidèle est voyageur. Gardons-nous bien de nous arrêter à quoi que ce soit : passons pardessus; et toujours prêts à partir, toujours aussi prêts à combattre, veillons comme dans un camp. Qu'on y soit toujours en sentinelle. Dans les camps vulgaires il y a plusieurs sentinelles disposées, afin que toujours prêts h s'éveiller au premier signal , les soldats dorment un court somme, sans se plonger tout-à-fait dans le sommeil. Il y a plus dans le campement de la vie chrétienne ; chacun doit
' Gai. III. 13. — - Dciit x?u. 23. — ■"■ Ileb. siii. 13. — •• Num. i, 52. II. 34.
Sl.K LliS MYS'IÈRES. 1 (w
toujours veiller : chacun, en senUaelle sur soi-même, doit toujours être sur ses gardes contre un ennemi qui ne clôt point l'œil, « et qui toujours rode auiour de nous pour nous . dévorer ' ». Ne nous fions point au repos qu'il semble quelquefois nous donner : avec lui il n'y a ni paix, ni trêve, ni aucune sûreté que dans une veille perpétuelle.
Ainsi donc campoit Israël. Il supportoit ce travail pour enfin arriver à cette terre a coulanle de miel et de lait '^ » , tant de fois promise à leurs pères. C'étoit pour y introduire ce peuple que Moïse l'avoit tiré de l'Egypte, et lui avoit fait passer la mer Rouge. Mais, ô merveille de la divine sagesse, aucun de ceux qui s'étoient mis en marche sous Muïse pour arriver à cette terre n'y entra, excepté deux ^ : Moïse même ne la salua que de loin, et Dieu lui dit : « Tu l'as vue de ces » yeux, et tu n'y entreras pas; et Moïse mourut » à l'instant « par le commandement du Seigneur* ». Afin qu'on entre dans la terre promise , il faut que Moïse expire et que la loi soit enterrée avec lui dans un o sépulcre inconnu aux hom- » mes » ; afin qu'on n'y retourne jamais, et que jamais on ne se soumette à ses ordonnances. L'ancien peuple qui a passé la mer Rouge et qui a vécu sous la loi n'entre pas dans la céleste patrie : la loi est trop foible pour y introduire les hommes.
Ce n'est point Moïse , c'est Josué , c'est « Jésus » ( car ces deux noms n'en sont qu'un ) qui doit entrer dans la terre et y assigner l'héritage au peuple de Dieu °. Qu' avoit Josué do si excellent pour introduire le peuple à cette terre bénite, plutôt que Moïse? Ce n'étoit que son disciple, son serviteur, son inférieur en toutes manières : il n'a pour lui que le nom de «Jésus » , et c'est en la figure de « Jésus » qu'il nous introduit dans la patrie. Entrons donc , puisque nous avons Jésus à notre tête; entrons à la faveur de son nom dans la bienheureuse ferre des vivants. « Je vais » dit- il ", a vous » préparer le lieu » : j'assignerai à chacun le partage qui lui a été destiné : « il y a plusieurs demeures dans la maison de
' I. Pet. V. 8. - = Num. xin. 28. - •'' Tùid. xiv. 22 23. 30. - "DeuK XXXIV. 4. 5. — ^ fôid. {). Jus. 1. 2. 5. 6. 7. et seq. — '^ Joan. .\IV. 2.
lof> ÉLÉVATIONS
« mon Père. «Jésus, « noire avant-coureur est entré pour » nous ' » , et Fcnlrée nous est ouverte par son sang. « Dépe- » clions-nousclonc (rcn(rerc]anscereposétenieP'>:dépÊchonsnous, n'ayons rion de lent. « La voie qui nous est ouverte », dit saint Augustin, « ne sotiiïre point de gens qui reculent,nc « soulTrc point de gens qui se détournent, ne souffre point de » gens qui s'arrêtent» ; et si l'on s'avance toujours dans nn si roidc sentier sans faire de continuels efforts, on retombe de son propre poids.