EA' PRÉDICATION DE SAINT JEAN BAPTISTE
1" ÉLÉv. La parole de Dieu lui est adressée.
Verrons-nous donc bientôt paroître Jésus? Nous le cachera-ton encore longtemps ? Qu'il vienne; qu'il illumine le monde. Non: vous n'êtes pas encore assez préparé : sa lumière
vous'^ébïouiroit : il faut voir auparavant saint Jean Baptiste.
« L'an quinze de l'empire de Tibère Gésar, Ponce-Pilate » étant gouverneur de Judée, Hérode étant tétrarque de la » Galilée, Philippesonfrèrerétantdel'Iturée, et du paysdes » Traehonites, et Lysanias de la contrée d'Abilas, sous le » ponlÉtieat d'Anne et de Caïplie, la parole de Dieu fut adres- ■», sée à Jean, iils de Zacharie, dans le désert ' ». Elle lui est adressée comme aux anciens prophètes: l'esprit de prophétie se renouvelle et se fait entendre parmi les Juifs après cinq cents ans de silence; elles dates sont bien marquées selon le style de l'Ecriture.
Il n'éfoit pas nécessaire que Jean fît des miracles pour autoriser sa mission et sa prophétie. Les autres prophètes n'en avoient pas toujours fait : la conformité avec l'Ecriture et la convenance des choses justifioient leur envoi. La vie de saint Jean étoit un prodige perpétuel. Il étoit né sacrificateur, et sa mission tenoit de l'ordinaire : on se souvénoitdes merveilles de s'a conception et de sa naissance. Né comme Samson d'une mère stérile^ comme lui il étoit nazaréen, c'est-à-dire, consacré à Dieu dès qu'il vint au monde ^ : tout ce quinaissoit delà vigne, ou qui peut enivrer lui étoit interdit ; sa retraite dans le désert étoit miraculeuse, etson abstinence étonnante : en se nourrissant de sauterelles, il prenoit une nourriture vile, désagréable et légère, mais expressément rangée parmi les viandes permises par Moïse dans le Lévitique, où « les ani- » maux qui avoient de longues cuisses, comme tout le genre » des sauterelles, quoiqu'ils marchassent à quatre pieds, » étoient séparés des volatiles impurs ^ » , qui n'avoient pas cette distinction. Ainsi il vivoit en tout selon les règles de la loi : il prouvoit son envoi par les prophètes précédents ; et surtout la sainteté de sa vie, le zèle et la vérité qui rêgnoient dans ses discours, l'autorisoient parmi le peuple, et le faisoient paroître un nouvel Elie.
C'étoit en effet sous celte ligure qu'il avoit été annoncé par le prophète Malachie " : et c'étoit un grand avantage au saint
' Iaw. m. 1. 2. = Jud. XIII. 2. ô. — = Lev. XI. 21. 22. 23. —
^.Mal. m. 1.
SUR LES MYStÊRïiS. 333
précurseur, non-seulement d'avoir eu un prophète qui le prédit si expressément, comme on a vu : mais encore d'être âguré dans le prophète le plus zéléèt le:pius autorisé qui fût jamais, c*est-à-dire par Elie, que son zèle fît transporter au ciel dans un chariot enflammé.
Isaïe même l'avoit annoncécomme celui «dont la voix pré- » paroitJe chemin du Seigneur dans le désert ' ». El quand on l'en vit sortir tout d'un coup, après y avoir passé toute sa viedès son enfance ,.pour annoncer la pénitence dont il portoit l'habit, et dont il exerçoit avec tant d'austérité toutes les pratiques, le peuple ne pouvoit pas n'être point attentif à un si grand spectacle.
Allons donc écouter avec tous les Juifs ce nouveau prédicateur de la pénitence, si saint, si admirable, et si renommé par toute la contrée.
11° ÉhÉv. La prophétie d'Isaïe sur saint Jeau Baptiste, et comment il prépara la voie du Seigneur.
« Comme il est écrit dans le livre des paroles du prophète » Isaïe : La voix de celui qui crie dans le désert ! Préparez les "> voies du Seigneur : rendez droits ses sentiers : aplanissez » le chemin : toute vallée sera comblée, et toute montagne » et toute colline abaissée et aplanie : et toute chair verra le » salut qui vient de Dieu ^».
Deux moyens de préparer les voies au Christ nous sont montrés dans cet oracle d'Isaïe : l'un, qu'il devoit «prêcher devant lui à tout le peuple d'Israël le baptême delà pénitence?», pour préparer son avènement, ainsi que saint Paul le dit dans les Actes : et l'autre, qu'il devoit « montrer au peuple ce » Sauveur », comme il est^ncore porté dans le même sermon de l'apôtre.
Concevons donc ces deux caractères de saint Jean Baptiste ; laissons-nous préparer par le grand précurseur à l'avénement du Sauveur des âmes.
' Is. XL. 3. Marc. i. 2. 3. — ' Marc. t. 2. 3. Is. XL. 3. t. C. Luc. m.4. 5 — ^ Act. xiu. 24. 25.
III' ÉLÉV. Première piéparation par les terreurs de la pénitence.
La prédication de la pénitence a deux parties : l'une , de relever les consciences humiliées et abattues : c'estcequ'Isaïe appelle « combler les vallées.» : l'autre , d'abattre les cœurs superbes : c'est ce que le même prophète appelle «abaisser » les montagnes et aplanir les collines». Saint Jean fait l'un et l'autre ; et pour commencer par le dernier , il abat les superbes, en disant aux pharisiens etauxsadducéens: «Race de » vipères, de qui apprendrez-vous à'fuir la vengeance qui doit » venir ? Faites donc de dignes fruits de pénitence....; caria » cognée' est déjà à la racine des arbres'» . Il ne s'agitpasd'un ou de deux ; c'est une vengeance publique et universelle. « Tout arbre qui ne porte point de bon fruit sera coupé et jeté » au feu^» . Toutes ces paroles sont autant de coups de tonnerre sur les cœurs rebelles. Et celles-ci où il parle de Jésus-Christ ne sont pas moins fortes : « Il a un van en sa main, et il pur- » géra son aire , et il recueillera le bon grain dans son gre- » nier , et il brûlera la paille d'un feu qui ne s'éteint pas *» .
Tout cela est préparé par ces premières paroles : « Faites » pénitence, car le royaume des cieux est proche" ». Le monde dans peu de temps verra paroître son juge : plus il apporte de miséricorde, plus ses jugements seront rigoureux. Abaissez-vous donc , orgueilleuses montagnes , qui semblez vouloir menacer le ciel, abaissez vos superbes têtes. « Ce » n'est pas » , dit saint Chrysostôme^ , « aux feuilles ni aux » branches, mais à la racine, que le cognée est attachée ». Il ne s'agit pas des biens du dehors j des honneurs et des richesses , qu'on peut appeler les feuilles et les ornements de l'arbre , ni de la santé ou de la vie corporelle que l'on peut comparer aux branches qui font partie de nous-mêmes : c'est à la racine , c'est à l'âme qu'on va frapper : il y va du tout; et le coup sera sans remède. Et ce ne sont pas seulement les plantes venimeuses et malfaisantes qu'on menace ; c'est la paille , les serviteurs inutiles ; ce sont les arbres infructueux que le feu brûlera toujours sans les consumer ; et pour périr
' Mattli. m. 7. 8. — - Jb. 10. — ■' ll.i. 1?.. — ' MattU m. 2. — Clirys. in Mattli. Honi. XI. ii. 3.
SUR LES MYSÏÈIIES. 335
à jamais, il suffit de ne porter pas de fruit. Car c'est alors qfie vient la rigoureuse parole du sévère Père de famille , qui visitant son jardin, prononce cette sentence contre le figuier stérile : « Car pourquoi occupe-t-il la terre? coupez-le et le » mettez dans le feu ' ». Tremblez donc, pécheurs endurcis; tremblez, âmes superbes et impénitentes, craignez cette inévitable cognée qui est déjà misie à la racime. Si. le serviteur tonne ainsi que fera lemaître quand il aura pris la parole ? « Si » ceux qui ont transgressé la loi de Moïse, sont inévitablement » puiiis , quel traitement recevront ceux qui auront outragé' » le Fils de Dieu méprisé sa paroîe et foulé' son sang aux. » pieds'». Où irons-nous dt)nc, race de vipères, qui ne produisons que des fruits empoisonnés?. Qui nous apprendra = à éviter la colère du Tout-Puissant qui nous poursuit ? Ou nous cacherbns-nôus devant sa face ? Collines,.» couvrez.T. " nous; montagnes , tombez sur nos têtes ^»..
IV'' ÉliÉV. La cousolation suit les terreurs.
« Pour moi, je vous donne un baptême d'eau, afin que » vous fassiez pénitence ; mais celui qui vient après moi est » plus puissant que moi et je ne suis pas digne de lui porter » ses souliers ; c'est lui qui vous baptisera dans le Saint-Esi>- prit et dans le feu * ». Si saint Jean:nous inspire tant de terreur; s'il nous brûle par la frayeur du feu éternel, et de l'implacable colère de Dieu, un baptême lui est donné pour nous rafraîchir. Allons donc avec tout Jérusalem, et avec toute fa Judée, et avec tout le pays que le Jourdain arrose , allons écouter le prédicateur de la pénitence, et recevons son baptêtae pour nous y consacrer. Car ce n'est pas ici un de ces foibles prédicateurs qui prêchent la pénitence dans la mollesse : celui-ci la prêche dans le ciliée , dans le jeûne , dans la retraite, dans la prière. Mais allons, en confessant nos péchés , non en général , ce que les plus superbes ne refusent pas; mais confessons chacun en particulier nos fautes cachées, et commençons par celles qui nous humilient davan-
•' Luc. xiu 7. — " Heb. x. 28. 29. — ' Luc. xxiii. 30. — < MtUi MI. II.
tage. Prenons un confesseur comme Jean Baptiste, sévère, mais sans être outré'. Car que dit-il aux pécheurs en général»? « Que celui qui a deux habits , en donne à celui qui n'en » a pas; et que celui qui a de quoi manger en use de même'». La colère de Dieu est pressante et redoutable : mais consolez-vous, puisque vous avez dans Taumône un moyen de l'éviter. Partagez vos biens avec les pauvres : il ne vous dit pas de tout quitter : c'est bien là un conseil pour quelquesuns, mais non un pas un commandement pour tous. Il ne nous accable donc pas par d'excessives rigueurs. Et que dit-il aux publicains, ces gens de tout temps si odieux ? les oblige-t-il à tout quitter? Non, pourvu qu'ils « ne fassent rien au delà » des ordres qu'ils ont reçus ^ ». Car la puissance publique 'peut imposer^;des péages pour le soutien de l'Etat : il lui faut, laisser arbitrer ce que demandent les besoins publics , et s'en tenir à l'exécution sans vexer le peuple. Il ne dit non plus aux gens de guerre : Quittez l'épée , renoncez à vos emplois ; mais : « Ne faites point de concussion , con- ') tentez-vous de votre solde * ». Le prince rendra compte à Dieu, et des tributs qu'il impose , et des guerres qu'il entréprend ; mais ses ministres , qui, sans inspirer de mauvais conseils , ne font qu'exécuter les ordres publics, sont à couvert aux yeux de Dieu par l'autorité de Jean. Jésus viendra donner les conseils de.perfeclion : Jean s'attache aux préceptes; et sans prêcher aucun excès, il console tout le monde en ouvrant la porte du ciel aux emplois non-seulement les plus dangereux-, mais encore les plus odieux, s'ils sont nécessaires , pourvu qu'on s'y renferme dans les règles.
V" ËLÉv. Lebaplêiiie de Jean, et celui de Jésus-Clirist-
« Je VOUS baptise dans l'eau ; mais celui qui vient après » moi vous baptisera dans le Saiiit-Esprit et dans le feu * ». Ce que Jésus-Christ explique lui-même à ses disciples , lorsqu'il leur dit en montant au ciel : c< Jean vous a donné un » baptéme d'eau, mais dans peu de jours vous serez baptisés » dans le Saint-Esprit ^ ». Saint Paul explique le baptême de
'Luc, III. 11. — - Ib. 12. 13. --3Ib. 14. — < Luc. m. IG. Mattb.' m. 11. — ' Act. 1. 5.
Jean par ces paroles : « Jean Baptiste a baptisé le peuple du )) baptême de la pénitence, en l'avertissant de croire en celui » qui devoit venir après lui , c'est-à-dire en Jésus ' ». Voilà donc deux différences des deux baptêmes : celui 'de Jean préparoit la voie à Jésus-Christ , en montrant que c'étoit en lui , et non pas en Jean , qu'il falloit croire pour avoir la rémission des péchés, et outre cela le baptême de Jean, ne donnoit ni le Saint-Esprit, ni la grâee , ni par elle le feu céleste de la charité qui consume tous les péchés ; et cet effet étoit réservé au baptême de Jésus-Christ.
Quand saint Jean oppose l'eau de son baptême au feu de celui de Jésus-Christ, et quand Jésus-Christ explique lui-même que ce baptême de feu et du Saint-Esprit est celui dont les disciples furent inondés au jour de la Pentecôte, on entend bien qu'il ne faut pas croire que le baptême de Jésus-Christ ne soit pas comme celui de Jean un baptême; mais c'est que celui de Jean ne contenoit qu'une eau simple, au lieu que l'eau que donnoit Jésus étoit pleine du Saint-Esprit et d'un feu céleste , c'est-à-dire de ce même feu du Saint-Esprit dont le déluge s'épancha sur toute l'Eglise dans le cénacle. C'est ce feu qui anime encore aujourd'hui l'eau du baptême, et qui fait dire au Sauveur, « qu'on n'a point de part à son » royaume, si l'on ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit -»; c'est-à-dire , dans le langage mystique , si l'on ne renaît de l'eau et du feu.
Voici donc la consolation des chrétiens. L'eau du baptême de Jésus-Christ n'est pas une eau vide et stérile : le Saint- Esprit l'anime et la rend féconde : en lavant le corps elle enflamme le cœur : si vous ne sortez du baptême plein du feu céleste de l'amour de Dieu , ce n'est pas le baptême de Jésus-Christ que vous avez reçu. La pénitence chrétienne , qui n'est autre chose qu'un second baptême , doit être animée du même feu. « Celui à qui on remet davantage, doit » aussi », dit le Sauveur % « aimer davantage». Quand vous n'avez que les larmes que la terreur fait répandre ,; ce n'est encore que l'eau et le baptême de Jean. Quand vous com-
'Aci. XIX. 4.— - Joau. m. 5. — "Luc. vu. 47.
mencez à aimer Dieu « comme l'auteur et la source de toute » justice'», Jésus commence à vous baptiser intérieurement de son feu , et son sacrement achèvera l'ouvrage.
VI' ÉLÉv. Quelle est la perfection de la pénitence.
« Les chemins tortus seront redressés , et les raboteux » seront aplanis ^> : ce senties paroles d'Isaïe rapportées par saint Luc. C'est-à-dire, qu'il faat que le cœur souffre la violence si sa péniteace est'sincère; car on n'est pas sans violence sous la bêche et sous le boyau : il faut que le bois qu'on veul aplanir gémisse longtemps sous le rabot : on, ne réduit pas sans travail les passions qu'on. veut abattre, les habitudes qu'on, veut corriger : il vous faut, pour vous redresser,, non-seulement une main ferme, mais encore rude di'abord : à mesurequ'elle avancera son ouvrage, son effort deviendra plus doux.; et à la fin , tout étant aplani , le rabot coulera comme de luimême , et n'aura plus qu'à ôter de légères inégalités , quevous-mème vous serez ravi de voir disparoître, afin de demeiirer tout uni souslamain de Dieu, et occuper la place qu'il vous donne dans son édifice. Les grands combats sont au commencement; lar douce inspiration de la charité vous aplanira toutes choses,.etc'est alors, comme dit saint Luc % q^iie « vous » verrez le salut donné de Dieu »».
Avant que ce salut pariit au monde, Isaïe avoit prédit quela pénitence devoit paroître dans toute sa vérité, dans toute sa régularité, dans toute sa force. Avoit-elle jamais mieux paru que dans le prédication de saint Jean Baptiste ! et la sévérité" de la vie s'étoit-ellejamaismieuxunieaveccelledela doctrine? paroissez donc, ilest temps, divin Sauveur : la voie vous est préparée par la prédication delà pénitence..
Yi\' ÉLÉV. Seconde préparatiou des voies du Seigneur, en montrant au.
mondcJésus-Christ.
Souvenons-nous que la préparation des voies du Seigneur a été mise en deux choses : dans la prédicaton de la pénitence,
' Conc. Triden. sess. VI. de Justif. cap. 6. — - Is. XL. 4. Luc. i:i. 5- — " Luc. ni. 6.
et dans la désignation de la personne de Jésus-Christ, Nous avons vu la première, passons à la seconde.
Saint Jean annonce aux Juifs plusieurs choses de Jésus- Christ : la première , qu'il alloit venir ; la seconde , qu'il étoit déjà au milieu d'eux sans être connu; la troisième, quiil étoit , et quelle étoit sa puissance.
Pour expliquer ce troisième point , il falloit que Jean commençât à se dépriser lui-même: «Je ne suis pas», disoit-il. ',. « celui que vous croyez : il en vient un après moi, qui est » plus puissant que moi , et dont je ne suis pas digne de por~ » ter ni de délier les souliers ».
Ce n' étoit pas assez de parler ainsi en général; il explique en quoi consistoitcette prééminence de Jésus-Christ. Il la fait consister premièrement dans son éternelle préexistence : « celui », dit -il '' , « qui est venu après moi , a été mis devant » moi , a été fait mon supérieur» : parce qu'il étoit devantmoi de toute éternité. Il étoit, et ce qu'il étoit avant Jean de toute éternité, a été cause de l'avantage qu'il devoit avoir sur lui dans le temps, et de ce qu'il a été fait son supérieur. La prééminence de Jésus-Christ consiste en second lieu dans sa plénitude : « Il est plein de grâce et de vérité' » ; car tout est en lui , et il est la source de la grâce : ainsi elle regorge de sa plénitude, la grâce se multiplie en nous sans mesure : « Nous » avons tous reçu de sa plénitude , et grâce pour grâce ^ » une grâce en attire une autre : la grâce de la Prière attire celle de l'action, la grâce de la patience attire celle de la consolation; la grâce qui nous rend fidèles dans les moments , attire celle de la persévérance, la grâce de cette vie attire celle de l'autre. « Moïse a donné la loi ^ » qui étoit stérile et ne consistoit qu'en figures; propre à nous déclarer pécheurs, et non pas à nous justifier; propre à nous montrer le chemin , mais non pas à nous y conduire, ni à nous y faire entrer : « par Jésus- » Christ est venue la grâce » qui nous fait agir; « et la vé- » rite « , au lieu des ombres. Enfin le dernier trait de prééminence en Jésus-Christ, c'est qu'il est « le Fils et le Fils
' Act. XIII. 2.'). Matth. m. 11. Marc. i. 7. Luc. III. 16. Joaii. 1.27. — J.;au. I. 15. 24. — '' Ib. l'j. — * Ib. IG. — * Jb. 17.
i> unique , et le Fils toujours dans le sein de son père' ». Ce qui fait que la connoissaucede Dieu se va augmenter, puisque c'est celui qui est dans son sein, quinous enrévèlerale secret : « Jamais personne n'a vu Dieu, mais son Fils unique» va nous « découvrir le secret du sein paternel » : en sorte qu'en « le M voyant», nous «verrons son Père^>. Faut-il donc s'étonner si Jean ne se reconnoît pas digne de lui délier ses souliers? Si Jésus-Christ n'étoit qu'une créature , Jean en en auroit-il parlé ainsi? Qui a jamais parié ainsi, ou d'Elie un si grand prophète, oudeSalomon,oudeDavid, desigrandsrois,oudeMoïse lui-même? Aussi n'étoient-ils tous «que des serviteurs, mais » Jésus-Christ est le Fils unique^ ». S'il est éternellementdans le sein du Père ,il ne peut pas être d'une nature inférieure où dégénérante : autrement il aviliroit, pour ainsi parler, le sein 011 il demeure. Abaissons-nous donc à ses pieds, c'est le seul moyen de nous élever. Jean s'abaisse jusqu'à se juger indigne de déchausser son souverain, et Jésus, pour le relever, viendra bientôt recevoir de lui le baptême: et cette main qui se juge indigne de toucher les pieds de Jésus, « est élevée», dit, saint Chrysostôme ■* , « au haut de sa tête, pour verser dessus » l'eau baptismale » .
VIIt^ÉLÉv. Première mauièrede manifester Jésus-Christ, avaut que de
l'avoir \u.
Dieu avoit déterminé à saint Jean Baptiste deux temps où il devoit faire connoîtrë le Sauveur dont le premier étoit avant que de l'avoir vu. Quelle merveille ! Un artisan encore dans la boutique, et gagnant sa vie, est le sujet des prédications d'un prophète, plus que prophète , et si révéré, qu'on le prenoit poiir le Christ. C'étoit de cet homme dans la boutique que saint Jean disoit : « Il y a un homme au milieu de vous que » vous ne connoissez pas, et dont je ne suis pas digne detou- » cher les pieds ^ ». Il est plus grand que Moïse, il donne la grâce quand Moïse ne donne que la loi , il est devant tous les siècles, le Fils unique de Dieu , et dans le sein de son Père : nous n'avons de grâce que par lui, cependant vous ne le con-
' Joaii. I. 18. — = Ib. XIV. 9. — 3 Ileb. m. 5. C. — ' Clirys. Hom. ix. al.'às. Hom. m. iu. Matlb. ii 5. — ^ Joan. i. 20. 27.
noissezpas, quoiqu'il soit au milieu de vous. Dans quelle attente de si hauts discours devoient-ils tenir le monde , et quelle préparation des voies du Seigneur ! On s'accoutumoit à entendre nommer le Fils unique de Dieu qui venoit en annoncer les secrets; mais quoi ! c'étoit de ce charpentier qu'on pari oit ainsi ! Qu'est-ce , après cela, que la gloire humaine ? Qu'est-ce, devant Dieu, que la différence des conditions? Jean ne i'àvoit jamais vu, et ne le connoît peut-être que par l'impression qu'il en avoit ressenti au sein de sein de sa mère; elle se continuoit , et il éprouvoit que le Fils de Dieu étoit au monde par les effets qu'il faisoit sur lui. Aussi confessoit-il que « nous recevons tous de sa plénitude ' » , et il sentoit que c'étoitde là que lui venoit à lui-même cette abondance de grâce. Mais il se prépare de plus grands mystères : Jésus vaparoître au monde, et le premier qu'il va visiter, c'est Jean Baptiste; et si ce saint précurseur l'a si bien fait connoître avant que de l'avoir vu, quelles merveilles nous paroîtront quand ils seront en présence?