‹ Elévations à Dieu sur tous les mystères de la religion chrétienne [microform]Chapitre 33 sur 38 · LE BAPTÊME DE JÉSUS · texte numérisé non relu

LE BAPTÊME DE JÉSUS

I" ÉLÉv. Premier abord de Jésus-Christ et dé saint Jèaiï.

Pendant que saint Jean Baptiste faisoit retentir les rives du Jourdain, et toute la contrée d'alentour, de la prédication de la pénitence, et qu'on accouroît de tous côtés à son baptême , où il en faisoit attendre un autre plus efficace de la part du Sauveur qu'il annonçoit , le Sauveur « vint lui-même » de Galilée pour être baptisé de la main de Jean ^».

Ce fut donc alors qu'arriva ce que Jean raconte ailleurs aux Juifs : a Je ne le connoissois pas ^ ». Il parle manifestement du temps qui avoit précédé le baptême de Jésus-Christ : car il l'avoit trop connu dans son baptême , et par des marques trop éclatantes , pour en perdre jamais l'idée. Mais ce fut lorsqu'il l'aborda la première fois, que saint Jean Baptiste pouvoit dire : « Je ne le connoissois pas , mais je suis venu

• Joan. I. 16. — = Matlh. m. 13. — ^ Joan i. 31. — ' Ib.

donnant le baptême d'eau, afin qu'il fût majiifesté en Israël'». Car outre qu'en baptisant le peuple, Jean annonçoit , comme on a Yu , un meilleur baptême, il devoit encore arriver que Jésus-Christ , en se présentant au baptême ayec les autres, seroit distingué par la manifestation que nous allons voir. « Ce fut» donc « alors que Jean rendit ce témoignage : J'ai vu , » le Saint-Esprit descendant du ciel comme une colombe , et » demeurant sur lui ; et je ne le connoissois pas : mais celui » qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, m'a dit : Celui sur qui « vous verrez descendre le Saint Esprit et demeurer sur lui , » c'est celui qui baptise dans le Saint-Esprit. Et je l'ai^ : et » je lui rends ce témoignage, que c'est le Fils de Dieu ^ ».

Ainsi le Saint-Esprit decendu du ciel „et se reposant sur Jésus- Christ , devoit être la marque^ pour le reconnoître. Cette marque fut donnée à tout le peuple aubaptême de Jésus-Christ, mais saint Jean , qui êtoit l'ami de l'époux , la vit avant tous les autres , et reconnoissant Jésus-Christ dont il se trouvoit indigne de toucher les pieds, « il ne vouloitpas le baptiser^ ».

Un des caractères de saint Jean , c'est l'humilité , qui paroît dans touies ses actions et dans toutes ses paroles ; mais Jésus le devoit surpasser en cette vertu comme en tout le reste : et on ne peut voir sans étonnement que sa première sortie soit pour se faire baptiser par son serviteur. Et nous rougissons de la pénitence , pendant que Jésus ,, l'innocence même se va initier à ce mystère , et ne sort de l'obscurité de son travail mécanique que pour se mettre par le baptême, ne craignons point de-le dire , au rang des pécheurs-

IPélév. Jésus-Christ commande à saint Jean de le baptiser.

Jésus-Christ venant au baptême avec- tout \'e reste du peuple , « Jean l'en empêchoit , lui disant : C'est vous qui » me devez baptiser, et vous venez à moi S) ! Ce qu'on res- » sent à cette parole d'humilité et d'étonnement est inexplicable. Répétons-la avec componction : « Et vous venez » moi ! » et vous venez me soumettre cette tête sur laquelle je

• Joan. I. 31—2 joan. j. 32. 33. 34. — ' Matth. iil. 14. — * Ib. 13. 14.

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vois le Saint-Esprit reposé! Non ; non , donnez-moi vos pieds , dont encore je ne suis pas digne ; et puisque c'est au baptême de votre sang que je dois tout , laissez-moi vous reconnoître. Mais Jésus lui dit : « Laissez-moi faire mainte- » nant ; car il faut qu'en cette sorte nous accomplissions toute » justice ' ». L'ordre du ciel le demande, et la bienséance le veut : Decet , « il est à propos » , il est bienséant.

C'étoit donc l'ordre d'en haut, que Jésus , la victime du péché, et qui devoitl'ôter en le portant, se mît volontairement au rang des pécheurs : c'est là cette justice qu'il lui falloit accomplir. Et comme Jean en cela lui devoit obéissance , le Fils de Dieu la devoit aux ordres de son Père. « Alors Jean ne, » lui résista plus ^» ; et ainsi toute la justice fut accomplie dans une entière soumission aux ordres de Dieu.

Accomplissons aussi toute justice: ne laissons rien échapper des ordres de Dieu : allons à la suite de Jésus nous dévouer à la pénitence : souvenons- nous de notre baptême qui nous y a consacrés , et puisqu'en effaçant le péché il n'en éteint pas les désirs, préparons-nous à un combat éternel; entrons en lice avecle démon , et ne craignons rien puisque Jésus-Christ esta noire tête.

111° 12LÉV. Jésus-Christ est plongé dans le Jourdain.

Jésns-Christ est donc caché dans les eaux , et sa tête y est plongée sous la main de Jean. Il porte l'état du pécheur : il ne paroit plus ; le pécheur doit être noyé ; et c'est pour lui qu'étoient faites les eaux du déluge. Mais si les eaux montrent la justice divine par cette vertu ravageante et abîmante , elles ont une autre vertu ; et c'est celle de purifier et de laver. Le déluge lava le monde , et les eaux purifièrent et sauvèrent les restes du genre humain. Jésus-CJirist plongé dan? les eaux leur inspire une nouvelle vertu qui est celle de laver les âmes. L'eau du baptême est un sépulcre , « où noussom- M mes jetés » tout vivants « avec» Jésus-Christ, « mais pour y ressusciter avec lui *» . Entrons ; subissons la mort que notre

' Matth. III. 13. 14. 15. — ^ Ib. 16. — ' Rom. vi. 2. 3. 4 ; Coloss. n. 12.

344 ■ ÉLÉVATIONS :\::.S'-- V -■ "^'ï

péché mérite ; mais n'y demeurons pas, puisque Jésus-Christ l'a expié en se baptisant pour nous ; sortons de ce mystique tombeau, et ressuscitons avec le Sauveur pour ne mourir plus. N'oublions jamais notre baptême, où ensevelis dans les eaux , nous devions périr ; mais au contraire nous en sortons purs comme du sein d'une nouvelle mère. Toutes les fois que nous retombons dans le péché , nons nous noyons , nous nous abîmons : toutes les fois que par le recours à la pénitence nous ressuscitons notre baptême , nous commençons de nouveau à ne pécher plus. Où retournez-YOUS , malheureux? Ne vous lavez-vous que pour vous souiller davantage? la miséricorde d'un Dieu qui pardonne vous sera-t-elle un scandale , et perdrez-vous la crainte d'offenser Dieu à cause qu'il est bon ! Quoique la pénitence soit laborieuse , et qu'on ne revienne pas à la sainteté perdue avec la même facilité qu'on l'a reçu e la première fois , néanmoins les rigueurs mêmes de la pénitence sont pleines de douceur. Ces rigueurs tiennent encore plus de la précaution que de la punition. Faites donc pénitence de bonne foi , et songez qu'en vous soumettant aux clefs de l'Eglise , vous vous soumettez en même tempsr à toutes les précautions qu'on vous prescrira p'our votre salut.

IV° ÉLÉv. Manifestation de Jésus-Christ.

Vraiment il est véritable que « celui qui s'humilie sera » exalté ' ». Jean s'humilie, etunDieu l'exalte en le faisant, pour ainsi dire , son consécrateur pour se dévouer sous sa main à la pénitence. Mais Jésus s'humilie beaucoup davantage, puisqu'il se met aux pieds de Jean plus que Jean ne vouloit être au dessous des siens , et qu'il le choisit pour le baptiser. Il est donc temps, ô Père éternel, que vous glorifiiez votre Fils? Et voilà « que » Jésus a s'élevant de l'eau, où» il s'étoit enseveli, « le ciel s'ouvre : le Saint-Esprit » , qui n'avoit encore été vu que de Jean Baptiste , « descend publi- » quement sur le Sauveur; sous la figure d'une colombe, » et se repose sur lui ^ » . En même temps une voix part d'en haut comme un tonnerre, et on entendit ces mots hau-

' Matth. xxiil. 12. — 2 Ib. 10. 17.

SDR LES MYSTÈRES. 345

tement et distinctement : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé » étijïmje me plais ». C'est parla qu'étoit désigné le Fils unique : « C'est mon serviteur » , disoit Isaïe ' , « c'est celui que j'ai choisi, et en qui mon âme se plaît ». Mais ce serviteur est en même temps le Fils unique , à qui il est dit : « Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui » ; et encore : « Je vous ai engendré de mon sein devant l'auro- » re'». Mais ce qui étoit séparé dans la prophétie, se réunit aujourd'hui dans la déclaration du Père céleste : « Celui-ci » est mon Fils bien-aimé en qui je me plais" «. Je m'y plais uniquement, comme dans celui qui est mon unique; je me plais dans ses membres qu'il a choisis, parce que, je me plais en lui : et je n'aime plus rien sur la terre que dans cet unique objet de ma complaisance.

. Il nous vaut mieux d'être aimés de cette sorte que si nous l'étions en nous-mêmes, puisque, quelque vertueux que nous puissions être, nos mérites bornés ne nous attireroient jamais du côté dé Dieu qu'un amour fini : mais Dieu nous regardant eii Jésus-Christ , l'amour qu'il a pour son Fils s'étend sur nous ainsi que le Fils le dit lui-même. « Mon Père, je suis » en eux, et vous en moi ;.... afin que l'amour que vous avez » pour moi soit en eux ainsi que je suis en eux moi-même " ».

V* ÉLÉv. La manifestation de la Trinité , et la consécration de notre

baptême.

Le Père céleste a paru sur la montagne où Jésus-Christ s"'est transfiguré ; mais le Saint-Esprit ne s'y montra pas : le Saint-Esprit a paru dans celle oii il descendit en forme de langue; mais on n'y vit pas le Père : partout ailleurs le Fils paroît, mais seul : au baptême de Jésus-Christ qui donne naissance au nôtre , où la Trinité devoit être invoquée , le Père paroît dans la voix, le Fils en sa chair, le Saint-Esprit comme une colombe. Les eaux sont sanctifiées par celte présence : en la personne de Jésus-Christ toute l'Eglise estbap^ tisée , et le nouvel Adam consacré dans ses trois puissances où consiste l'imagede Dieu , ou , si l'on veut , dans ses trois

' Is. xui. 1. — 2 Ti-. M. 7. CïÂ. 3. — •• Mattl). ni 17. — ' Joan. xvii. 23. 20.

actes principaux , la mémoire , l'intelligence et ramour.La mémoire ou le souvenir est comme le trésor , la sourçe^et le réservoir des pensées ; l'intelligence est la pensée Jiitéllêctuelle elle-même ; l'amour est l'union de notre âmé avec la vérité qui est son objet. La vérité, c'est Dieu même. Disons avec le prophète : « Je me suis souvenu de Dieu , et j'en ai été » dans la joie' ». Ne nous contentons pas de nous souvenir de ce que Dieu nous a déjà mis dans l'esprit; si parla foi il nous fait venir à l'intelligence qui en est le fruit et qu'il daigne ouvrir nos yeux spirituels pour pénétrer ses niystères, suivons cette impression , et épanchons-nous en amour et actions de grâces. « J'entrerai dans le sanctuaire du Seigneur» ; dans mon intérieur qui est son temple : « 0-Dieu ! je me souvien- » drai de votre seule justice ^ » . Recevez toutes les pensées qui seront le fruit de ce souvenir. Que votre justice et votre vérité reluisent partout. Que j'aime votre justice , et que je vous serve avec un chaste amour ; c'est-à-dire , non par la crainte de la peine, mais par l'amour de votre justice. Père, je vous consacre tout mon souvenir; Fils, je vous consacre toute ma pensée ; Esprit saint , tout mon amour se repose en vous: donnez-moi le feu de la charité , et que ce soit là le feu dans lequel je serai baptisé.par la grâce de Jésus-Christ.

VI"" ÉLÉv. La généalogie de Jésus-Christ, par saint Luc.

Il y en a qui prétendent qu'à l'âge d'environ trente ans; avant que de commencer le ministère public d'enseigner le peuple , on étoit obligé de donner sa généalogie, et de la consigner dans le temple , et que c'est ce qui a donné lieu à saint Luc marquant l'âge de notre Seigneur, de rapporter en même temps sa généalogie à l'endroit de son baptême, par où il se disposoit à commencer son ministère. Quoi qu'il en soit, il faut toujours se souvenir qu'il n'était fils de Joseph qu'en apparence, utputabatur, comme le remarque saint Luc% et que de tous les côtés, en quelque sorte qu'on prît sa généalogie , ou selon la nature , ou selonia loi , il étoit toujours fils de David. Que s'il est vrai qu'il fallût ainsi rapporter

' Ps. Lxxv. 3. — Mb. LXX. 16. — ^ Luc. III. 25.

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sa^ràce pour êtreaflinis au ministère d'enseigner , que ce soit iint^moignagepour les Juifs, mais non pas une loi pour les chrétiens qui ne comptent pointd' autre race , ni d'autre naissance que celle du baptême, oîi ils sont tout d'un coup enfants de Dieu. Jésus-Christ a montré sa race pour lui et pour nous; il falloit qu'il vînt de David, d'Abraham et du peuple saint ; mais nous, qui sommes sortis de la gentilité, nous héritons des promesses, comme l'apôtre nous enseigne ' , et sommes enfants d'Abraham et de David par Jésus-Christ à qui nousnous sommes incorporés par la foi.

XXIIP SEMAINE. j

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