‹ Elévations à Dieu sur tous les mystères de la religion chrétienne [microform]Chapitre 34 sur 38 · LE JEUNE ET LA TENTATION DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

LE JEUNE ET LA TENTATION DE JÉSUS-CHRIST

ï" ÉLÉv. Jésus poussé au désert en sortant du baptême.

«Jésus pleindu Saint-Esprit» qui s' é toit reposé sur lui sous la figure sensible d'une colombe^ «quitta le Jourdain, et fut » poussé par l'esprit dans le désert^». C'est-à-dire, que, tout en sortant du baptême , plein de l'esprit de gémissement, il alla , colombe innocente, commencer son jeûne etpleurer nos péchés dans la solitude. Selon saint Matthieu , « il y fut » conduit par l'esprit* » ; selon saint Marc, il «y fut jeté, em- » porté, chassé S) ; selon saint Luc, « il y fut poussé». Quoiqu'il en soit, nous voyous que par le baptême nous sommes séparés du monde , et consacrés au jeûne ou à l'abstinence , et à combattre la tentation. Car c'est ce qui arriva au Sauveur du monde aussitôt après son baptême.

La vie chrétienne est une retraite : «Nous ne sommes plus » du monde, comme » Jésus-Christ « n'est pas du monde *». » Qu'est-ce que le monde ? si ce n'est , comme dit saint Jean, » Concupiscence de la chair"» , sensualité, corruption dansses désirs et dans ses œuvres ; ou « concupiscence des yeux» , curiosité , avarice , illusion , fascination , erreur , et folie dans l'affectation de la science ; et enfin, « orgueil » et ambition. Aces mots dont le monde est plein, et qui en font comme la

• Rom. XII. 5; Gai. m. 26. 27. 28. 29. — - Luc. iv. I. — ^ Matth. IV. 1. — ^ Marc.: I. 12. — = Joan. xvill. 14. — " I. Joan. II. 16.

substance , il faut opposer la retraite , et lious faire comma un désert par un saint détacliementde notre cœur.

La vie chrétienne est un combat ; le démon à qui une âme échappe , « prend sept esprits plus mauvais que lui' » ,.ppur nous tenter avec de nouveaux efforts ; et il ne faut jamais cesser de le combattre.

Dans ce combat , saint Paul nous apprend « une » éternelle « abstinence» ; c'est-à-dire qu'il faut nous sevrer du plaisir des sens , et n'y jamais attacher son cœur. « Car celui qui » entre en lice dans le cojubat de la lutte, s'abstient de tout ; K il le fait pour une couronne qui se fane et se flétrit en un » instant ; mais celle que nous voulons emporter est éter- » nelle ^» .

C'est pour préparer et expier les défauts de notre retraite, de nos combats contre les tentations, de notre abstinence , que Jésus- Christ est poussé dans le désert : son jeûne de quarante jours figure celui de toute la vie , que nous devons pratiquer en nous abstenant des mauvaises œuvres, et contenant nos désirs dans les bornes de la loi de Dieu. Ce doit être là le premier effet du jeûne de Jésus-Christ. S'il nous appelle plus haut, et qu'il nous attire, non pas simplementau renoncement par le cœur, mais encore àun délaissement effectif du monde, heureux d'aller jeûner avec Jésus- Christ , faisons notre félicité de son désert, -i

IP ÉLÉV. La quarantaine de Jésus-Christ, selon saint Marc.

L'évangéliste saint Marc , le plus divin de tous les ab'réviateurs abrège en ces termes l'évangile de saint Matthieu : « II » fut dans le désert quarante jours et quarante nuits ; et il » étoit tenté du diable : et il étoit avec les bêtes; et les anges » le servoient^) . Oùl'on voit en même temps comme dans un tableau, Jésus-Christ seul dans le désert , où le diable est son tentateur, les bêtes sa compagnie, et les anges ses ministres.

Pourquoi Jésus avec les bêtes , et quelles compagnes lui donne-t-on dans le désert ? Fuyez les hommes, disoit cette voix à un ancien solitaire. Les bêtes sont demeurées dans

' Marc. X!I ^:y. — = T Cor. ix. 2-4. 25. — ' Miittli. i, 13.

SUR LES MYSTÈliks. 349

letir état naturel , et pour ainsi parler,. dans leur innocence: mais parmi les hommes tout s'est perverti par le péché. « Toute chair a corrompu ses voies ' » . On ne trouve parmi les hommes que dissimulation , infidélité, amitié intéressée, commerce de flatteries pour s'amuser les uns les autres, mensonges, secrètes envies avec l'ostentation d'une trompeuse bienveillance , inconstance , injustice et corruption. Fuyons du moins en esprit ; les bêtes nous seront meilleures que la conversation des hommes du mondé.

Nous serons exposés à la tentation avec Jésus-Christ notre modèle ; mais comme lui nous aurons aussi les anges pour ministres. A la lettre ils viennent servir le Sauveur dans le besoin où il voulut être après un si long jeûne; mais en même temps nous devonsnous souvenir qu'ils sont « esprits adminis- » trateurs pour ceux qui sont appelés au salut ^» ; et qu'en l'honneur du Sauveur ils se rendent les ministres de ceux qui jeûnent avec lui dansledésert , qui aiment la prière et laretraite , et qui vivent dansl'abstinence de ce qui contente la nature, n'y donnant jamais leur cœur.

m* ÈLÉv. Les trois tentations, et le moyen de les vaincre.

«Après qu'il eut jeûné quarante jours et quarante nuits, » il eut faim ^ » : car il avoit bien voulu se soumettre à cette nécessité. Etant donc pressé de la faim selon la foiblesse de la chair qu'il avoit prise , le diable profita de cette occasion pour le tenter : « Si vous êtes le JFils de Dieu , ordonnez que ces » ipierres se changent en pain » ; ou comme l'exprime saint ■.LUîe: /«Dites à cette pierre qu'elle se change eu pain S). Etrange tentation , de vouloir persuader au Sauveur qu'il se montrât le Fils de Dieu et fît preuve de sa puissance , pour satisfaire aux goûts et aux besoins de la chair ! Entendons que c'est là aussi le premier appas du monde : il nous attaque par les sens , il étudie les dispositions de nos corps , et nous fait tomber dans ce piège. Telle est doncla première tentation ,qui est celle de la sensualité.

La seconde tentation , ainsi qu'elle est rapportée par saint

' Gen. VI, 22. — ^ Heb. 1. 14. — ' Mallh. \\. 2. 3. — " Uic. TV. 3.

Matthieu , est d'enlever Jésus-Christ dans la cité sainte , et le mettre sur le haut du temple , enlui disant: « Si vous êtes le » Fils de Dieu, jetez-vous en bas ; car il est écrit : Que les anges » ont reçu un ordre de Dieu pour vous garder dans toutes » vos voies : ils vous porteront dans leurs mains , de peur - ill;: " Que vos pieds ne se heurtent contre une pierre ' » . Nous éprouvons cette tentation , lorsque , séduits par nos sens , sans craindre notre foiblesse, nous nous jetons comme dans un précipice", dans Toccasion . du péché , sous Tespérance téméraire d'un secours extraordinaire et miraculeux. C'est ce qui arrive à tous les pécheurs , lorsqu'ils méprisent les précautions qui fontéviter les périlsoù l'on asouventsuccombé: ce qui est tenter Dieu de la manière lapins insolente.

La troisième tentation vientdireclement flatter l'orgueil. Le démon nous élève sur une montagne, d'oià il nous découvre tous les empires du monde qu'il promet de nous donner si nous l'adorons ^ Voilà comme ij flatte la sensualité , la témérité et l'ambition ; et voyez comme il sait prendre son temps : il attaque par le manger celui qui est comme épuisé par un si long jeûne ; il porte à une téméraire confiance en Dieu celui qui vient de le contenter parle sacrifice d'un jeûne si agréable : et dans une preuve de vertu si étonnante, il tente , par l'ambition de commander à tout le monde, celui qui, se commandant si hautement à lui-même, mérite de voir le monde entier à ses pieds et gouverné par ses ordres.

Telles sont « les profondeurs de Satan '«.Que « j'ai peur » dit le saint apôtre \ « qu'il ne >. nous « déçoive par ses fi- » nesses, ainsi qu'il a séduit Eve «! Et encore^ : « Ne nous » laissons point tromper par Satan , car nous n'ignorons point » ses pensées, ses adresses, ses artifices » ; comme il sait prendre le temps et se prévaloir de notre foiblesse.

Nous n'avons à lui opposer que la parole de Dieu. A chaque tentation Jésus-Christ oppose autant de sentences de l'Ecriture. Lisons-la nuit et jour , passons notre vie à méditer la loi de Dieu , c'est le moyen d'opposer sa parole à notre ennemi et de le renvoyer confus.

' Matth. IV. 5. 6. — =• Ib. 8. — ' Apoc. ii. 24. — ' If. Cor. xi. 3. — 'Cor !i. U.

SUR LES MYSTÈRES. 3ol

IV" ÉLÉV. Quel remède il faut opposer à chaque tentation.

Oiï oppose à la tentation des remèdes ou particuliers ou généraux.

Les remèdes généraux sont le jeûne, la prière , la lecture, la retraite , où est renfermé le soin d'éviter les occasions : à quoi on peut ajouter l'occupation et le travail.

PoiÎT bien comprendre les remèdes particuliers , allons à l'école du Fils de Dieu , et voyons ce qu'il pratique.

A la tentation de la sensualité , et en particulier à celle de la faim , il oppose , qu'on ne vit pas seulement du pain ; que Dieu a envoyé la manne à son peuple pour le soutenir dans le désert : qu'il n'y a donc qu'à s'abandonner à sa providence paternelle ; qu'il nourrit tous les animaux jusqu'aux corbeaux, jusqu'aux serpents, et jusqu'à un ver de terre, sans qu'ils sèment, ni qu'ils labourent ; qu'il ne faut point désirer le plaisir des sens ; que sa parole , que sa vérité est le véritable soutien et le nourrissant plaisir des âmes. Et tout cela est compris dans cette parole de l'Ecriture citée à cette occasion par le Sauveur : « L'homme ne vit pas seulement de pain, » mais encore de toute parole », ou de toute chose « qui sort » de la bouche de Dieu ' » .

*A laseconde tentation, Jésus-Christ oppose ces mots : « Tune tenteras point le Seigneur ton Dieu'» . Celui qiii entreprend des choses trop hautes, queDieunine lui ordonne, ni nelui conseille, sous prétexte qu'il fera en sa faveur quelque chose d'extraordinaire qu'il n'a point promis, tente le Seigneurson Dieu. Il tente encore le Seigneur Dieu, lorsqu'il veut entendre par un effortde son esprit ses inaccessibles mystères, sans songer que « celui quientreprenddesonderlamajestésera opprimé par sa » gloire ^ ». Ceux-là donc tentent le Seigneur leur Dieu, et n'écoutent pas ce précepte : « Ne cherchez point des choses » plus hautes que vous "». Celui aussi qui entreprend de grands ouvrages dans l'ordre de Dieu, mais le fait sans y employer des forces et une diligence proportionnée , tente Dieu

' Matth. IV. 4. — ^ Ib. 7. Deut. m. 16. — = Prov. xxv. 27. — < Eccl. III. 22.

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manifestement et attend de lui un seeours qu'il n'a point promis. 11 en est de même de celui qui se jette volontairement dans le péril qu'il peut éviter, car s'il le peut, il le doit , et non par une téméraire confiance hasarder volontairement son salut. Celui qui dit par le sentiment d'un faux repos , je m'abandonne à la volonté de Dieu , et je n'ai qu'à le laisser faire, au lieu d'agir avec Dieu et de faire de pieux efforts , flatte la mollesse , entretient la nonchalance ,ël*tente le Seigneur son Dieu, qui veut que nous soyons coo'péràtéûrs de sa sagesse et de sa puissance. Dites donc, en faisant ce;que vous pouvez de votre côté, comme il l'ordonne : Je me repose sur Dieu ; je le laisse faire : car alors on ne songe qu'à se tirer du trouble, de l'agitation , de l'inquiétude : autrement vous tentez Dieu , et vous vous jetez à terre du haut du pinacle , dans l'espérance de trouver entre deux les mains des anges.

Pourquoi opposer à la tentation de l'ambition ces paroles: « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu , et le serviras seul ' ». Les hommes ambitieux s'adorent eux-mêmes : ils se croient les seuls dignes de commander aux hommes, et de remplir les grandes places ; ils ont une merveilleuse complaisance pour les conseils qu'ils ont imaginés pour y parvenir : ils se mettent au dessus de tous les hommes, dont ils croient faire des instruments de leur vanité; tous ceux-là s'adorent euxmêmes , et veulent que les autres les adorent. Ceux qui s'imaginent avoir ce que le monde appelle esprit supérieur , qui , ravis de la prétendue supériorité de leur génie à manier les hommes et les affaires, croient s'élever au dessus de tout le genre humain , s'adorent eux-mêmes , et se croyant les artisans de leur grandeur, les fabricateurs de leur fortune, les auteurs de leurs beaux talents, de leur habileté, de leur éloquence, ils disent : « Notre langue est de nous » : et nous nous sommes faits nous-mêmes : « qui est au dessus de nous ^ » ?

En s' adorant eux-mêmes, et en adorant leur propre orgueil , ils adorent en quelque sorte le diable qui l'a inspiré. Carie propre de ce superbe esprit, est d'avoir voulu s'égaler

' Matth. IV. 10. Dciit. VI. 13. ix. 20. — - Ps. XI. 5.

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à Dieu^ ets'adQrer.lui-mei4l;;et il règne sur ceux qu'il attire dans ses sentiments et dans ses révoltes. ,L

Pourquoi Jésus-Christ; ne dit-il rien à la vanterie du démon, qui se glorifie « d'avoir tous les empires en sa puis- » sance , et de les distribuer à qui il lui plaît , avec toute la » gloire qui y est attachée ' »? Il est vrai qu'en un certain sens il est le maître de l'iunivers par le péché qu'il y a introduit, par le règne de l'dolâtrie qui étoit comme universel. Il est vrai encore qu'en remuant les passions et l'ambition des hommes, il donne des fondements à la plupart des conquêtes et- des empires qui en ont été l'ouvrage ; il n'est pas vrai toutefois qu'il donne. des empires, parce que ces violentes passions des hommes n'ont que l'effet que Dieu veut , et que c'est lui qui donne la victoire. Mais Jésus-Chi-ist le laisse se repaître de sa fausse gloire, et, content d'apprendre aux hommes à adorer Dieu, il leur apprend à la fois que par là ils reverseront le superbe empire du démon déjà prêt à tomber à t^erre.

V° ÉiÉV. De la puissance du démon sur le genre humain.

Quand Dieu créa les purs esprits, autant qu'il leur donna dejpart à son intelligence, autant leur eu donna-t-il à son pouy0r: et en les soumettant à sa volonté , il voulut pour l'ordre du monde, que les natures corporelles et inférieures fussent soumises à la leur , selon les bornes qu'il avoit prescrites. Ainsi le monde sensible fut assujetti à sa manière au monde spirituel et intellectuel : et Dieu lit ce pacte avec la nature corporelle, qu'elle seroit mue à la volonté des anges, autant que la volonté des anges , en cela conforme à celle ' de Dieu , la détermineroit à certains effets.

Concevons donc que Dieu , moteur souverain de toute la nature corporelle ; ou la meut , ou la contient dans une certaine étendue, à la volonté de ses anges. Parmi les esprits bienheureux il y en a qui sont appelés des vertus, dont il est écrit : « Anges du Seigneur , bénissez le Seigneur ; bénissex » le Seigneur » , vous (qu'il appelle) « ses vertus ou ses puis-

' Luc. IV S>-

' Soi- ÉLÉVATIONS

il' 'M

sances.' ». Et encore : a Angèsfdu Seigneur, louez le Sèi- » gneur;;.Vertus du Seigneur ,^ louez le Seigneur ^». C'est peut-être" de ces vertus ou de ces puissances qu'il est écrit : « Dieu sous qui se courbent ceux qui portent le monde ^ ». Et quoi qu'il en soit, nous voyons dans toutes ces paroles une espèce de présidence de la nature spirituelle sur la corporelle.

Combien la force des anges prévaut à celle des hommes et des animaux , et quelle domination elle est capable d'exercer sur eux sous l'ordre de Dieu : il l'a lui-même déclaré par le carnage effroyable que fit un seul aiige dans toute l'Egypte , dont il fit mourir tous les premiers-nés , autant parmi les animaux que parmi les hommes"; et encore par celui se lit si promptement dans l'armée de Sennachérib qui assiégeoit Jérusalem* .

On pourroit pourtant demander si Dieu conserve le même pouvoir aux anges déserteurs et condamnés ; mais saint Paul a décidé la question, lorsque, pour exciter les fidèles à résister vigoureusement à la tentation , il les avertit que « nous » n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre des » princes et des puisances » , qu'il appelle encore à cause de leur origine, « des vertus des cieux" » , après même qu'ils en ont été précipités, pour nous montrer qu'ils conservent encore dans leur supplice la puissance comme le nom qu'ils avoient par' leur nature. Et il ne faut pas s'en étonner, puisque Dieu, qui les pouvoit justement priver de tous les avantages naturels, a mieux aimé faire voir, en les leur conservant, que tout le bien de la nature tournoit en supplice à ceux qui en abusent contre Dieu. Ainsi l'intelligence leur est demeurée aussi perçante et aussi sublime que jamais; et la force de leur volonté à mouvoir les corps , par cette même raison leur est restée , comme du débris de leur effroyable naufrage.

Que si l'on dit que la force de la volonté des anges venoit de la conformité à la volonté de Dieu, qu'ils ont perdue, on ne songe pas que Dieu veut encore les faire servir de ministres à sa justice ; et en cela leur volonté sera conforme à celle

' Ps. CM. 20. 21. — 2 Dan. ni. 58. 61. Ps. CXLVIII. 2. — ^ Job. ix. 13. — ' Exod. II. 4. 5. xil. 12. 23. 29, xill. 15. — * IV. Reg. xix. 35. — « Ephes. VJ. 11. 12.

de Dieu , parce qu'ils feront encore , par une volonté mauvaise, la même chose que Dieu fait par une volonté qui est toujours boSnë.

Ainsi tous lésavantages naturels sont demeurés aux démons pour leur supplice. Dieu leur a tout changé en mal, et leur noblesse naturelle se tournant en faste, leur intelligence en finesse et en artifice , et leur volonté en partialité et en jalousie, ils sont devenus superbes, trompeurs et envieux, etréduit^par leur misère au triste et noir emploi de tenter les hoinines : ne leur restant plus , au lieu de la félicité dont ils jouissoient, dans leur origine, que le plaisir obscur et malin que peuvent trouver des coupables à se faire des complices , et des malheureux à se donner des compagnons de leur disgrâce. Dieu nous veut apprendre . par là quelle estime nous devons faire des dons naturels, de la pénétration, de Tintelligence et de la puissance ; puisque tout cela reste aux démons, qui n'en sont ni moins malheureux ni moins haïssables. Et leur pouvoir sur les hommes, loin de diminuer, s'est plutôt accru dans la suite par le péché qui nous a fait leurs esclaves. Au commencement Dieu avoit mis l'homme au dessous de Fange; mais seulement, comme dit David, « un peu au » dessous ' » . Mais par le.péché, le diable qui nous a vaincus, est devenu notre maître; et nous, comme dit Jésus-Christ lui-même, « enfants du diable ^» , esclaves livrés'a; ce tyran, non-seulement nous ne saurions nous tirer de cette servitude, mais nous ne pouvons pas même faire de'nous-mêmes le moindre e/Tortpouren sortir, en sorte que le démon est appelé par Jésus-Christ : « le prince du monde * » .

Ainsi notre délivrance ne consiste plus qu'en ce que cet esprit superbe qui domine sur tous les esprits d'orgueil , ayant osé attenter d'une manière terrible contré la personne du Filsde Dieu , encore qu'il « n'y Irouvàt rien qui fûtalui » , in me non habet quidquam \ par là a perdu son empire. Qui ne seroit étonné de lui voir enlever le Fils'^dBBieu sur une haute montagn.e et sur le pinacle dii temple? Comment ful-iî

-'^Ps.'vui. 6. — ' Joan. xiv. 34. 44. — ^ Joau. xir. 31. XîV. 30. svi. 3 . — "ib. XIV. 30. •

356 ^ÊLÉVÀTio:<S

permis à cet esprit impur non- seulement de toucher à ce corps innocent et virginal , mais encore de le transporter où il Youloit, comme s'il en eût été le maître ? Mais" c'est là qu'il a perdu ses forces: ilnepeutplusrien parce qu'il a voulu trop pouvoir. Le Fils de Dieu l'a vaincu en le laissant faire, et il a promis à ses lidèles d'anéantir sa puissance. ;

Cette promesse est contenue dans ces paroles de l'apôtre : « Dieu est fidèle; et il ne permettra pas que vous soyez tenté » par dessus vos forces ' . Les anges saints viendront à^'yotre » secours * », Vous avez a pour bouclier la foi * » , pour armes invincibles a le jeûne et la prière " » , et Jésus-Christ même pour soutien. Souvenez-vous seulement qu'il est dit delui: «Ih^est pasdemeurédanslavérité ; la vérité n'est pas eh » lui ; il est menteur.et père du mensonge * » : ce sont les paroles du Sauveur. Ainsi ayant perdu à jamais la vérité , il ne lui reste plus à vous proposer que le faux, l'illusion, la vanité même. Songez aussi que le même Sauveur a dit de cet esprit mensonger, qu'il est « homicide dès le commence- » ment " ». Il a tué nos premiers parents , » et par lui la mort » est entrée' ». Il vient donc encore à vous avec un esprit homicide : les plaisirs qu'il vous propose sont un poison ; ses espérances, un piège ; la vengeance où il vous anime , une cruaut^é contre vous-même; et le couteau qu'ilvous présente contre voire ennemi , plus contre vous que contre lui , vous percera le sein , pendant qu'il ne fera que lui effleurer la peau.

VP ÉLÉV. Comment Jésus-Christ a été tenté.

Un saint pape a remarqué " , et après lui tous les saints docteurs, que la tentation nous attaque en trois manières : par la suggestion , par la délectation , et parle consentement. La suggestion consiste dans une pensée , soit que le démon la jette immédiatement daus l'esprit , soit que ce soit èn%pus proposant des objets exérieurs. Le démon n'a pas pu aller plus avant dans la tentation clu Fils de Dieu ; mais à notre

' I. Cor. X. 13.— = Ps. xc. II. 12. lô- 10. — '^ Epli. vi. ll^r" ' Malth. XVII. 20. — ^ Joau. viu. 4i — " Ib. — ' Sap. ii. 24. — ^ G{%- Mas. 1. I. in Evau";. lauu. XVI- n. 1.

égard/qttand la:pensée est suivie d'une complaisance Tolontaire, et que l'esprit s'y arrête , on doit croire que le consentement et qui », comme disoit saint Jacques ' , « enfante la mort-» , suivra bientôt.

Arrêtez donc la tentation dès le premier pas qui est innocent , éf qui a pu être dans le Fils de Dieu; mais rejetez-la aussi de même. Car si vous lui laissez le moyen de vous chatouiller les sens , et si le démon qui peut même , comme veus voyez, remuer les corps, se meta agiter les humeurs , quelle tempête ne s'élèvera pas dans votre intérieur? Cependant Jésus dormira peut-être : réveillez-le donc promptement; réveillez la foi endormie ; coupez court et rompez le premier coup. Prévenez le plaisir naissant , ou des sens, ou de Tamîaition, ou de la vengeance; de peur que, se répandant dans ioute votre âme ^ il ne Tentraîne trop facilement au consen- Sement si artificîèùsement préparé.

, .,: yiPÉLÉV. Le diable a retiré, mais pour revenir.

v'^^t après que toute la tentation fut accomplie, le diable » séretira pour un temps ^ ». Il ne quitte doncjamais prise , quoique repoussé et vaincu : il revint plus d"'une fois tenter Jésus-Christ ; et apparemment il fit de nouveaux efforts dans le temps de sa passion et à l'heure de sa mort, qui est le a temps » que plusieurs entendent dans cet endroit de saint Luc. Quoi "qu'il en soit , nous devons entendre qu'il faut toujours veiller , et se tenir prêt.

Il est naturel à l'homme de se relâcher après le travail. Jamais il pévSfait si bon recommencer le combat, que lorque après une pénible victoire on cesse d'être sur ses gardes; c'est alors qu'on périt. On se dit à soi-même : Il faut se donner un peu de repos; j'ai vaincu par un grand effort ; qu'aije à craindre ? Les flots sont calmés , les vents apaisés, le ciel serein ; on s'abandonne au sommeil ; l'ennemi revient et reprend toutes les dépouilles qu'il ayoit perdues.

Mais croyons que le grand effort dé la tentation est dans les approches de la mort; parce que premièrement c'est li;

' Jac. !. 14. 15. — ? Luc. IV. 13.

temps de la décision ; et secondement , c'est le temps de la ibiblesse. Dieu '.jamais je ne suis plusfoible ; touts'émousse dans la vieillesse, et le courage plus que tout le reste. « Mon » Dieu, ne me délaissez pas dans le temps de ma défaillàn- » ce' ». Quand la force me manque, et que je n'ai point de ressource ni de courage , mes esprits sont offusqués ; j'ai dans le cœur « une réponse de mort - »; et de désespoir. Mon Dieu, aidez-moi. Voici le vemps donc saint Luc disoit : « Il le quitta jusqu'au temps * » : jusqu'au temps de défaillance , et d'horreur, jusqu'au temps oii, dansle dernier affoiblissement, les moments sont les plus précieux.

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