SUITE DU TÉMOIGNAGE DE SAINT JEAN BAPTISTE
V ÉLÉV. Jean déclare qu'il u'éloit rien de ce qu'on pensoit.
Aprèslesmerveilles quiparurentau baptême de Jésus-ÇïirisJ, il y a sujet de s'étonner qu'il disparoisse tout .d'un côup||^^ur^ s'enfoncer dans le désert durant quarante jours et au tant^ei^ nuits. Après cela il revint et commença de prêcher.oPèndant sa retraite dans le désert, et après, Jean continuoit à lui rendre témoignage. Et ce fut alors que Jérusalem étonnée de, la prédication du saint précurseur, lui députa pour ainsi dire, dans les formes , des prêtres et des lévites du nombre des pharisiensquirinterrogèrent juridiquement.» Qui êtes-vous », lui dirent-ils? Car ils en avoient conçu une si haute opinion, qu'ils ne crurent rien moins de lui , sinon qu'il étoit le Christ. Mais « il confessa, et ne le nia pas, et il confessa » qu'il n'étoit point le Christ "». Cette façon de parler de l'évangéliste fait entendre qu'il prenoit plaisir à le répéter. Moi le Christ ! Je ne le suis pas; non; encore un coup je ne le suis pas. « Quoi donc! Êtes-vous Elie ?Non », dit-il. Qu'il aime à dire ce qu'il n'est pas, et à se réduire dans le néant! « Êtes-vous prophète ! Non» : toujours non, et toujours non : ce n'est qu'un non partout ; et Jean n'est rien à ses yeux. Il
' Ps.LXX. 9. 10. 11. 12. — =11. Cor. 1.9. —•' Luc. iv. 13. — ^Joanl. 19. 20. 21
est pourtant « prophète , et plus que prophète ' » , et le plus excellent de tous les prophètes : « il est Elie » en vertu : et quoiqu'il ne le soit pas en personne , il est plus qu'Elie , puisque par la sentence de Jésus-Christ « il est plus grand. » que tous les prophètes » . Et quoiqu'il soit si excellent, il n'est rien. Il n'a rien à dire de lui-même. Il prend le côté qui est contre lui, -Car en effet il n'est pas prophète comme les autres, pour prédire le Christ à venir, lui qui devoit le montrer présent. «Qui êtes-vousdonc'»? Il faut parler: car ceux que l'on vous envoie doivent rendre compte au sénat de Jérusalem qui les avoit députés à Jean. « Je suis la voix de celui «qui crie ». Qu'est-ce qu'une voix? Un souffle qui se perd en l'air : je suis une voix , un cri , si vous le voulez ; saint Jean s'exténue jusque là. On en vient à tourner contre lui toutes ses réponses : «Pourquoi donc baptisez-vous, si vous » n'êtes ni le Christ, ni Elie, ni prophète' »? Je baptise il est vrai, « mais dans »reau » : je ne fais que jeter sur les têtes, pénitentes une eau stérile, et plonger les corps dans une rivière. « Mais il y en a un au milieu de vous que vous » ne connaissez pas ». Le voilà donc encore une fois au dessous des pieds de Jésus, «indigne de lui dénouer le cor- » don de ses souliers * ». Comme il se baigne dans l'humilité et dans le néant! Non, non, non, dit-il toujours. Faut-il dire quelque chose? Ce n'est qu'une voix sans corps et sans consistance. Quelque grand qu'on soit, l'humiiitéqui ne peut mentir, ne laisse pas de trouver moyen d'anéantir tousses avantages. Apprenons à dire : non, mais sincèrement, lorsqu'on nous loue, sans exagération, sans emphase, sans trop d'effort. Car souvent tout cet effort est un artifice pour nous attirer des louanges, ou du moins de l'attention du côté des hommes. L'humilité ne songe point à s'étaler. Un simple non, sec et court, qui détruit tout, lui suffit, parce que ce non, dans sa sécheresse et dans sa brièveté, cache tout , fait tout disparoître, jusqu'à l'humilité même.
'Matth.xi.9.10 14.— 2 Joan. 1.22. 23. — Mb 25.26. ' Ib 27.
360 ÉLEVA TÏOK^Sr .
rfh I^ÉLÉV. Saiut Jean app.elle Jésus l'Agneau dé- Dieir.. '■
- « Ceci », ce qu'on vient d'entendre, « se passa: en Béw thanie, au delà du Jourdain, ou Jean donnoit ]e baptême. » Êè iendeniàin Jean vit Jésus qui venoit à lui ; et il dit ; » Voila FAgneaii de Dieu ; voîlà celui qui 6te les péchés du n monde ' » . H faut bien cntëndTe ce témoignage de saint Jean Baptiste , où il découvre un graiid seeret-de Jésus-Christ. I> ie vit donc venir à lui : car il cdiitinua l'acte d'humilité qu'il avoit fait , lorsque, Jean étonné de son abaissement, s'écria: « Je dois être baptisé par vous , et vous venez à moi » '? Mais il falloït que Jésus honorât Jean qui lui rendoit témoignage ,^ et qu'il confirmât sa mission en allant à lui. Car si Jean dsvoitfaire connoïtre Jésus , Jésus aussi le devoit faire corinoître enson temps d'une manière bien plushaute,. et c'est un des mystères compris sous cette parole : « Laissez-moi faire ; ea? > c'est amsique nous devons accomplir toutéjustiee ^« , c'està-dire, nous rendre l'un à l'autre le témoignage mutuel que nous nous devons, Jean donc voyant Jésus venir à lui encore une fois , le montra à tout le peuple, en disant: « Yoilà l'A- » gneau de Dieu , voilà celui qui ôte lepéché du monde *», Tous les Jours , soir et matin , on immoloit dans le temple un agneau, et c'éfoit là cequ'ôn appeloitle « sacrifice continu "» ou perpétuel. Ce fut ce qui donna occasion à Jean de prononcer les paroles qu'on vient d'entendre: peut-être même que Jésus s'approcha de lui à l'heure oti tout le peuple sa,voit qu'on offroit ee sacrifice. Quoiqu'il en soit, dans ce témoignage qu'il rend au Sauveur , lui qui l'avoit fait connoïtre comme le « Fils unique dans le sein du Père ^) , dont il venoit déclarer les profondeurs , le fait connoïtre aujourd'hui comme la victime du monde. Ne croyez pas que cet agneau qu'on offre soir et matin en sacrifice perpétuel , soit le vrai agneau, la vraie victime de Dieu ; voilà celui qui s'est mis « en » entrant au monde à la place de toutes les victimes SV ; c'est aussi celui qui est la victime publique dii genre humain,
' Joan. I. 28. 29. — ^ Matlli. m. 15- — ^ Joan i. 29.— •* Exod. xxix. 38. 30. etseq. Ntim xxviii. 3. 4. et scq. — " Joan. i. f4. 18. — « Ps. \xxix. 7. 8; ITi'b. x. 5 fi. 7,
, ' SUR LÈS MYSTÈRES. 36 i^
et qiû seul peut expier et pterce grand péché qui est lasQurce detous les autres , et qui pour cela peut être- appelé « le » péché du mon de «, c'est-à-dire le péché d'Adam, qui est celui de tout l'univers. Mais en ôtant cq péché , il ôte aussi tous les autres. Venez à lui , petits et grands, comme à celui qui Yous purifie de tous vos péchés : « Car nous n'avons point » été rachetés de nos erreurs par or ni par argent , mais par » le sang innocent de Jésus-Christ comme d'un agneau sans » tache , prévu et prédestiné devant tous les temps , etide- » claré dans nos jours ' ». Baptisons-nous donc dans ce sang : je m'y suis baptisé moi-même, et dès le sein de ma mère j'en ai senti la vertu : je le montre donc aux autres; moi qui l'ai connu, le premier. Regardez-le cet agneau de Dieu , qu'Isaïe a vu en esprit, lorsq[u'il le représenta comme «l'aa gneau qui se laissera non-seulement tondre, mais» écorcher,^pour ainsi parler, a et immoler sans se plaindre^ » : quéJérémievoyoit, représentoit en sa personne, lorsqu'il dit : « Je suis comme un agneau innocent qu'on porte au sacri- » fice ^ ». Le voilà cet Agneau si doux , si simple, si patient, sans artifice, sanstromperie , qui sera immolé /pour tous les pécheurs. Il a déjà été immolé en figure , et on peut dire en vérité qu'il « aété tuéet mis à mort dès l'origine du monde ^ » . Il a été massacré en Abel le juste ; quand Abraham voulut sacrifier son fils , il commença en figure ce qui devoit être achevé en Jésus-Christ. On voit aussi s'accomplir en lui ce que cominencèrent les frères de Joseph. Jésus a été haï, persécuté , poursuivi à mort par ses frères : Il a été vendu enla personne de Joseph j jeté dans une citerne, c'est-à-dire, livré à la mort; il a été avec Jérémie dans le lac. profond, avec les enfants dans la fournaise, avec Daniel dans la fosse^. aux lions, C'étoit lui qu'on immoloit en esprit dans tous lés sacrifiGès. 11 étoit dans le sacrifice que Noé offrit en sortant de l'arche , lorsqu'il vit dans l'arc-en-ciel le sacrement de lâ paii ; dans ceux que les patriarches offrirent sur les montagnes, dans ceux que Moïse et toute la loi offroit dansle taberr
' I Pet. I. 18. 19. 20. — ^ Is. Lin. 7. — ' Jerem. xi. 19. — ' Apoc- XIII. 8. ' .-
iiacle , et ensuite dans le temple : et n'ayant jamais cessé (l'être immolé en figure , il vient maintenant l'être en vérité. En le voyant donc comme « l'agneau de Dieu » , saint Jean le voyoit déjà comme^nageant dans son sang. Nous l'avons en cet état dans l'eucharistie: et encore que son sang n'y soit plus répandu avec violence, il y ruisselle dans le calice : il y coule dans nos corps et dans noscœurs. Plongeons-nous dans le sang de cet agneau : « portons » ses plaies « et sa mor- » tification en nos corps S) : toujours tué, toujours immolé, il veut encore l'être en nous comme dans ses membres:
IIP ÉUÉv. Jean fait souvenir le peuple de la manière dont il avoit annoncé
et connu Jésus-Christ.
Saint Jean avoit toujours dit, avant même que Jésus-Christ parût au monde , « qu'il y avoit quelqu'un dans le monde « dont il n'était pas digne de toucher les pieds ^ » ; à qui son baptême « préparoit la voie» , et n'étoit qu'un préparatoire; si l'on veut, un préliminaire d'un meilleur baptême que Jésus-Christ devoit donner. Saint Jean répète ce témoignage , et fait ressouvenir le peuple de la marque miraculeuse de la colombe mystique à laquelle il l' avoit connu *. Souvenonsnous donc de cette marque , et de tout ce qui parut ensuite dans le baptême de Jésus-Christ. Car c'est là primitivement que fut accomplie cette parole de Jésus-Christ : «Travaillez à »la nourriture que le Fils de l'homme vous doit donner : car » son Père l'a marqué de son sceau *» , l'a désigné, caractérisé en sorte qu'on ne puisse plus le méconnoître. Sout venons-nous donc du caractère sacré de Jésus-Christ ^ des cieux ouverts, de la colombe descendue, et delà voix qui fut puïe sur le Jourdain. « Portons nous-mêmes le caractère de « Jésus-Christ ^ » . Qu'il soit l'objet de nos complaisances^ Gommè il l'est de celle de son Père. « Entrons avec lui dans » l'èau du baptême"» ; renouvelons les promesses du nôtre, et demeurons éternellement dévoués à la pénitence.
' IL- Cor. VI. 9. 10. — 2 jiattl,. u\. 11. Marc i. 7. Joan. i. 23. 31. — 3 Ibid. I. 32. 33. 34. —^ Jb. vi. 27. — •' I. Cor. xv. 49. — " Gai, tu. 27.Koin. XI. 4. 5. fi et scq^
IV" ÉLÉV- Saint Jean appelle encore une fois Jésus-Christ l'Agneau de Dieu et ses disciples le quittent pour le fils de Dieu.
n Le lendemain Jean étoit avec deux de ses disciples, et » regardant marcher Jésus » (apparemment encore pourvenir à lui) , « dit : Voilà TAgneau de Dieu; et ses deux disciples » rentendirentcommeilparloit ainsi, et ils suivirent Jésus ' ». Le temps que Jean devoit demeurer en liberté étoit court, et il multiplie, comme on voit ,- coup sur coup son témoignage. « Voici » , dit-il encore une fois , « l'Agneau de Dieu » : et à l'instant deux de ses disciples se détachèrent de lui pour s'attacher à Jésus. Voilà donc Jésus devenu le maître des disciples de saint Jean : et on voit comment il lui préparoit la voie.
« Pendant qu'ils le suivoient, Jésus leur dit : Que cher- » chez-vous ? Et ils répondirent : Maître, où demeurez-vous*» ? (Car ils vouloient tout à fait se donner à lui.) « Et Jésus leur » dit : Venez et voyez ». N'en croyez plus personne , Venezet voyez vous-mêmes : car quand on vient, et qu'on veut voir de bonne foi , on connoît bientôt. « Ils suivirent donc Jésus : » ils virent oiji il demeuroit et ils passèrent avec lui le reste du )VJour; et il étoit environ la dixième heure du jour» . On conjecture dé là que c' étoit à la fin de la journée , et à peu près le temps qu'on offroit le sacrifice du soir : ce quidonna une nouvelle occasion à Jean de répéter : « Voilà l'Agneau de Dieu * » .
Allons donc à Jésus avec ces disciples, à l'heure de l'immolation. Voyons nous-mêmes où Jésus habite : et non contents de le voir par une stérile spéculation, achevons avec lui la journée. Heureuse journée : heureuse nuit, que l'on passe avec Jésus-Christ dans sa maison ! Seigneur , où habitez-vous? « Dites- moi » , céleste époux, « où vous habitez * , afin que j'y » aille aussi fixer ma demeure, et que mon âme errante et vagabonde « n'aille pas courir deçà et delà » avec d'autres que vous: car je ne veux point m'y arrêter , quoique peut-être ils se disent, ou qu'ils soient « vos compagnons ». Je ne veux m' attacher qu'à vous; et vos compagnons , même ceux qui marchent avec vous, me détourneroient de ma voie si j'avois
'Joan. 1.35. 36. 37.— ' Ib. 38. 39. — Ub. 29. — <Cant. i. 0.
de rattache pour eux. « Yèiijez !ô voyez ! ô demeurez )> ! Que ces paroles sont douces! Et qu'il est' doux de savoir où Jésus habite! -
V' Été V. Saint André amène saint Pierre à Jésus-Clirist.
« Un des deux disciples qui avoient ouï ce témoignage de » Jean , et qui avoient suivi Jésus, étoit André , frère àe Simon » Pierre. Il rencontra» premièrement « son frère, et il lui dit: M Nous avons trouvé le Messie ; c'est-à-dire » l'Oint , « et le » Christ : et il l'amena à Jésus, » qui le connut au premier abord, et savoità quoi il le destinoit. Et Jésus « lui dit en le » regardant: Vous êtes Simon , filsde'Jonas : vous serez appelé « Céphas, c'est-à-dire, Pierre' ». Il commence à former son Eglise: et il en désigne le fondement; « vous vous appellereis » Pierre ». Vous serez cet immuable rocher sur lequel je bâtirai mon Eglise. Quand un Dieu nomme, l'effet suit le nom : il se fit sans doute quelque chose dans saint Pierre à ce moment, mais qui n'étoit pas encore déclaré , et qui se découvrira dans la suite. Cartouteecin'étoitencore qu'un commencement: ni saint Pierre ne suivit entièrement Jésus-Christ, ni saint André ne demeura alors avec lui qu'un jour. Il suffit que nous entendions que les préparations s'achèvent, et que le grand ouvrage se commence ; puisque les disciples de Jean profitent de son témoignage pour reconnoître Jésus et lui amener d'autres disciples.
Quand nous trouvons la véirté , ne la trouvons pas pour nous-mêmes : montrons-la aux autres , en commençant par nos plus proches , comme saint André par son frère; soyons fidèles : nous ne savons pas qui nous amenons à Jésus: nous croyonslui amener un simple fidèle : mais celui que nous lui amenons est un Pierre , c'est le chef, c'est le fondement de son Eglise.
» Joan. I. 40. 41, 42.
VP^LÉV. Vocation de saint Philippe : Nathanaël amené à Jésus-Christ.
« Le lendemain '» ; ce n'est pas iuutilement que la suite dés jours est si bien marquée : l'évangéliste veut que l'on entende le prompt et manifeste progrès de l'œuvre de Dieu , et -ië fruit des préparations de saint Jean Baptiste. « Le lensfrÉemain» donc Jésus youM aller en Galilée, et il rencontra «"Philippe, et lui dit .: Suivèz-moi^» . Il n'attend pas que celuici le' cherche ; il le prévient. L'évangéliste remarque que Pln- » lippe étoitde Béthsayda, d'où étoient aussi André et Pier- » re » : pour nous faire entendre qu'ils se connoissoient les lins et les autres, et s'entre-communiquoient leur bonheur. Car Philippe fît part du sien à Nathanaël qu'il troujr^i, « et lui dit : « Nous avons trouvé celui que Moïse et la loi et les pro- » phètes nous ont annoncé. Jésus de Nazareth, fils de Joseph ^. » Et Nathanaël», qu'on croit être saint Barthélemi, c< lui ré- » pondit : Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth? » Philippe lui dit : Venez et voyez/ » . Ils s'amènent les uns les autres, mais à condition qu'ils s'instruiroient par euxmêmes. Soyons comme eux attentifs à l'œuvre de Dieu : allons et voyons. Ne nous en tenons pas si absolument à nos conducteurs, que nous n'éprouvions pas nous-mêmes et ne goûtions Jésus-Christ, afin de lui pouvoir dire comme faisoient les Samaritains à cette femme : « Nous ne croyons plus «maintenant sur votre récit, et nous avons connu par nous- » mêmes que celui-ci est vraiment le Sauveur du monde * ». Aussi cette femme leur avoit-elle ditqjmme les autres : «Ye- » nez et voyez; et ils étoient venus, et ils avoientvu; et ils » avoient invité le Sauveur de demeurer dans leur ville; et il » y demeura deux jours "» : et ils reconnurent le Sauveur du monde. Jean avoit tout mis en mouvement, et avoit réveillé le monde sur le sujet de son Sauveur. Le bruit s'en étoit répandu de tous côtés, et la femme Samaritaine elle-même avoit dit : « Je sais que le Christ vient» : il va paroitre, « et » nous apprendra toutes choses ' », tant on étoit attentif à sa venue.
' Joan. 1. 43. — ' Ib. 44. — ^ Ib. 45. ~ ■* Ib. 40. — ^ Ib. iv. 42. — " Ib. 29.42. — ' Ib. IV. if).
Vil" ÉLÉv. Jésus-Christ se fait connoître par lui-même aux, noces ^de Cana
en Galilée.
« Trois jours après on faisoit. des noces à Cana en Galilée, et la mère de Jésus y étoit; et Jésus y fut aussi con- » vie ' ». Ce passage ne regarde point saint Jean Baptiste, et appartient aux mystères de Jésus-Christ même : ainsi hous en traiterons ailleurs; et ici nous voulons seulement montrer combien l'évangéliste est attentif à marquer la suite des jours. On voit qu'il vouloit lier la manifestation de Jésus à ces noces, avec le témoignage de saint Jean Baptiste. « Ceci », dit-il, la députation à saint Jean, et sa réponse, « étoit arrivé en Béthanie. Et le lendemain Jean vit Jésus qui venoit à lui ». Et «le » lendemain Jean étoit encore là ». Et encore : « Le lende-- » main Jésus trouva Pllilippe^ Et trois jours après il se fit def » noces ». Tout cela est lié ensemble dans l'ordre des jours : on voit que l'évangéliste saint Jean nous veut faire suivre la manifestation de Jésus-Clifist, premièrement par saint Jean Baptiste, et ensuite par Jésus-Christ lui-même. C'est pourquoi il est écrit à la fin ' : « Ce fut ici le commencement des » miracles de Jésus; et il manifesta sa gloire» (par lui-même); « et ses disciples crurent en lui » : non plus seulement par le témoignage de saint Jean Baptiste, mais par lui-même et par les effets de sa puissance. Aussi ne voyons-nous pas que l'évangéliste s'attache depuis à marquer les jours, et il côritinue son histoire sans l'observer davantage. « Après cela », dit-il \ « il vint à Capharnaum, où il demeura peu de jours » . Et « après cela Jésus et ses disciples vinrent en Judée * » . Méditons tout : dans l'Écriture tout à son dessein et son mystère; et s'il n'est pas toujours entièrement expliqué, c'est que Dieu veut qu'on le cherche.
Vlll*' ÉLÉV. Jésus-Christ baptise en même temps que saint Jean. Nouveau témoignage de saint Jean, à cette occasion, lorsqu'il appelle Jésus-Christ l'Epoux.
Voici une autre sorte de témoignage de Jean. Pendant que Jésus et lui baptisent tous deux ensemble dans la Judée, et
' Joan. 11. 1. — = Ib. I. 28. 29. 35. 43. — ^ Ib. u. 11. — " Joan.ii. 12. — ^ Ib. m. 22.
qu'on alloit à l'un et à Taulre, « Il s'éleva une question entre » les disciples de Jean elles Juifs sur la purification »; c'està-dire, sur le baptême. Et « les disciples de Jean lui vinrent » dire : Maître, celui qui étoit avec vous au delà du Jourdain, » et à qui vous avez rendu témoignage, baptise, et tout le » monde va à lui ' ». Ils croyoient qu'étant venu lui-même à Jean pour s'en faire baptiser, on ne devoit pas quitter Jean pour lui. Dieu permit cette dispute et cette espèce de jalousie des disciples de saint Jean Baptiste, pour donner lieu à cette instruction admirable du saint précurseur : « L'homme » ne perut rien avoir qui ne lui soit donné du ciel ' », Dans cette règle admirable qu'il pose pour fondement, est la mort de l'amour-propre et de la propre élévation. L'amoiir-propre, à quelque priï que ce soit, et indépendamment de toute autre chose, ne songe qu'à s'élever; mais l'amour de Dieu, toujours -humble, mesure son élévationà la volonté de Dieu, et ne vou-^ di-oit pas même s'élever, si Dieu ne le vouloit: toute autre éleyiïîbn iui deviendroit non-seulement suspecte, mais encore odietise. Sur ce fondement, saint Jean continue : « Vous me = » rendez vous-même témoignage que j'ai dit : Je ne suis pas le » Christ, mais je suis envoyé devant lui. Celui qui a l'é- » pouse est l'époux; mais l'ami de l'époux qui est présent' et » qui l'écoute, est transporté de joie par la voix de l'époux, » et c'est par laque ma joie s'accomplit ^ ».
Qui pourroit entendre la suavité de ces dernières paroles? Saint Jean" nous y découvre un nouveau caractère de Jésus- Christ, le plus tendre et le plus doux de tous : c'est qu'il est l'Epoux. Il a épousé la nature humaine qui lui étoit étrangère ; il en a fait un même tout avec lui; en elle il a épousé sa sainte Eglise, épouse immortelle , qui n'a ni tache ni ride ; il a épousé les âmes saintes qu'il appelle à la société, nonseulement de son royaume, mais encore de sa royale couche, les comblant de dons, de chastes délices ; jouissant d'elles, se donnant à elles ; leur donnant non-seulement tout ce qu'il a , mais encore tout ce qu'il est , son corps , son âme , sa divinité , et leur préparant dans la vie future une union
' Joaii. 22. 23. 24 et seq. — - Ib. m. 27. — ■' Ib. 28. 29.
iribomparablement plus grande. Voilà donc comme «il est » répoux», comme «ilarépouse. Je vous ai» , dit-il,, a épou- " sée en foi ' » . Donnez-moi votre foi, recevez la mienne. Je ne vous répudierai jamais , Eglise sainte; ni vous , âme que j'ai choisie de toute éternité : jamais je nejous répudierai. «Je » vous ai trouvée », dit le Seigneur,. « dans votre impureté , » je vous ai lavée, je vous ai parée , je vous ai ornée, j'ai » étendu mon manteau , ma couverture sur vous , et vous » êtes devenue mienne, Et facta es mihi ^ ». Epouse, prenez garde à sa sainte et inexorable jalousie : lîe partagez point votre coeur, ne soyez point infidèle ; autrement, si vous rompez le sacré contrat que vous avez fait avec lui dans .^ votre baptême , quelle sera contre vous sa juste fureur !
Voilà donc le caractère de Jésus. C'est un époux tendre , passionné, transporté, dont l'amour se montre par des effets .. inouïs. Et quel est le caractère de Jean? Il est « l'ami de l'é- MpôjiK qiiientendsa voix». C'est ce quineluiétoitpaseiicprearrive.^ jusqù' ici ill'avoit annoncé, ou sans le cpnnoîtreV ou saiis entendre sa parole ; maintenant qu'après s'être fait bàptisiBr par saint Jean il a commencé sa prédication , saint Jean ravi de l'entendre , et qu'ainsi qu'il l'avoit toujours désiré, le bruit de sa parole retentisse jusqu'à lui , il ne sait comment expliquer sa « joie ».
■ Telle doit être la joie du chrétien à la voix de Jésus-Christ, . à cette voix qui retentit encore dans son évangile ; à cette voix secrète et intérieure qui se fait entendre aufondducœur, et qui se répand dans toutes les puissances de l'âme.
. IX" ÉLÉV. Suite du témoignage de Jean : sa diminution et l'exaltation de ' .;; Jésus-Clirist.
•Écoutons ; saint Jean continue : « Il faut qu'il croisse et «que je diminue^ ». Nous voulons bien peut-être que la gloire de Jésus-Christ s'augmente ; mais que ce soit à notre préjudice et avec la diminution de la nôtre, le voulons-nous de bonne foi ? cependant c'est ce qu'il faut faire avec saint Jean; et il nous en donne les véritables raisons. C'est que Jésus-
' Osée. u. 19. 20. — - Ezech. xvi. S. 9. — ." Jean. m. 30. •
Christ « vient d'en haut » : c'est qu'il est parjipnséquent « au dessus de tous »: c'est que «l'homme n'est que terre , « et de lui-même ne parle que terre » : c'est que « Jésus- » Christ est venu du ciel ' » : et ainsi que notre gloire, si nous en avons, se doit aller perdre dans la sienne.
C'est ce que ne font point les maîtres de l'erreur , qui veulent se faire un nom et une secte parmi les hommes. C'est ce que ne font point les prédicateurs, lorsque voyant que Dieu en suscite d'autres avec plus de grâce et de succès , au lieu de se réjouir à la voix de l'Epoux, qui se fait entendre par qui il lui plaît, entrent dans de basses jalousies. Mais saint Paul disoit : « Que m'importe, pourvu que Jésus-Christ soit annon- » ce , soit par occasion , soit en vérité '^ » ? Pourvu donc qu'il entendît la voix de l'Epoux , de quelque bouche que ce fût, il étoit content. Décroissez donc sans peine; voyez croître sans jalousie celui que vous voyez s'élever peut-être sur vos ruines : trop heureux d'avoir à vous perdre dans une lumière que l'Époux allume. Et vous , grands de la terre , qui voulez accroître votre nom , l'étendre à la postérité, faire tant de bruit dans le monde, qu'il offusque le nom des autres, et même qu'on parle de vous pliis que de Dieu, dites plutôt avec le prophète et avec saint Jean :« Qu'est-ce que l'homme », sinon « de la terre » ? ou , « n'est-ce que le fils de l'homnie » , si ca. n'est « du fumier et de la boue ^ » ? Et il veut avoir de la gloire ! Terre et poussière , pourquoi vous glorifiez-vous ! Mais de quoi vous glorifiez-vous ? Que toute gloire humaine se taise , et « que la gloire soit donnée à Dieu seul "» .
Parce que Jean a aimé cette goire , et qu'il a sacrifié la sienne à Dieu et à Jésus-Christ, quelle gloire égale la sienne? Le Fils de Dieu lui rend ce qu'il veut perdre; et au lieu du témoignage des hommes, qu'il a méprisé, il lui rend ce témoignage , « qu'il est le plus grand de tous les enfants des » femmes ^ » , parce qu'il a plus que tous les autres mortels sacrifié sa gloire au Fils unique de Dieu.
Pour nous donner part à cette gloire , Dieu mêle aux actions les plus éclatantes mille publiques contradictions; et ce qui
" Joan. m. 31.— - Philip. 1. 18.— 'Ps. vin. 5. Cil. 14. 15. Joan. m. 31.— ^ I. Tim. I. 17. — ^Matth. XI. 11.
est encore plus humiliant, mille secrètes foiblesses que chacun ne sent que trop en soi-même ; afin que laissant échapper la gloire humaine, nous n'ayons de joie ni de soutien qu'à voir croître celle de Dieu.
•At- . X'= ÉLÉV. Autre caractère de Jésiis-Clirist découvert par saint Jean.
«Il témoigne ce qu'il a vu et ce qu'il a ouï, et personne ne » reçoit son témoignage ' ». Autre caractère de Jésus-Christ : plus son témoignage est authentique et original, moins on le reçoit : la trop grande lumière éblouit les foibles yeux; et ils sont foibles, parce qu'ils sont superbes : les yeux humbles, les yeux abaissés sont éclairés; et si Jésus n'est écouté de personne, c'est que personne ne veut être humble.
Personne donc ne reçoit son témoignage : tout le monde par soi-même le rejette ; et il y a tout un monde qui ne veut pas le recevoir ; mais à travers cette opposition du monde opposé au témoignage de Jésus-Christ, ce témoignage se fait jour, et pénètre les humbles cœurs que Jésus prépare lui-même à l'écouter.
Un prédicateur zélé , comme saint Jean Baptiste , verra le témoignage de Jésus-Christ méprisé, et sa parole rejetée. Qu'il gémisse avec saint Jean, et qu'il dise : « Il témoiguece . V qu'il a vu et ce qu'il a ouï » : il a vu tout ce qu'il annonce dans le sein du Père , oiî il est vie et lumière ; s'il déclare aiix hommes les règles de la justice et les implacables jugements de Dieu, il les a ouïs dans le sein du Père où ils sont conçus et formés; « et personne ne reçoit son témoignage ».
Je ne vois point de fruit de sa parole que j'annonce ; quoiqu'elle ne soit autre chose que le témoignage de Jésus-Ghrist répété par ses ministres, personne ne nous écoute, et nous ne voyons aucun fruit de notre Évangile. -^
Pleurons donc sur le malheur et sur l'aveuglement des
hommes : pleuronssurle témoignage si certain de Jésus-Christ,
mais que personne ne veut. Mais consolons-nous en même
temps ; car Dieu sait à qui il veut faire recevoir en particulier
- ce témoignage, qui paroît si rejeté et si méprisé parle public.
' Joan. m. 32. i
Et pour preuve que ce témoignage, que personne ne reçoit, est néanmoins reçu de quelques-uns à qui Dieu prépare le cœur, saint Jeaii ajoute :« Celui qui reçoit son témoignage, atteste » que Dieu est véritable, car celui que Dieu a envoyé , ne dit » que des paroles de Dieu, parce que Dieu ne lui donne pa^^ » son esprit avec mesure '». Il est vrai en tout , et son témoignage ne se doit pas diviser. S'il est vrai, en annonçant les miséricordes, les condescendances, les facilités, il est vrai en annonçant les rigueurs. « Personne ne reçoit son.témoi- » gnage » . Les Athéniens en général méprisent en la bouche de saint Paul le témoignage de Jésus-Christ : mais Dieu parle en seci-et à Denis, aréopagite, et à une femme nommée Damaris '^ En une autre occasion ; « il- ouvre le cœur de Lydie, . » une teinturière en pourpre, pour écouter ce que disoitsaint » PaupM . Dieu sait le nom de ceux à qui il veut se faire sentir. Ne vous découragez point, ô prédicateur! une seule âme, que dis-je , une seule bonne pensée dans une seule âme vous récompense de tous vos travaux.
Et vous, peuples, écoutez vos pasteurs, vos prédicateurs, attestez en les croyant que Dieu est véritable en tout, et qu'il ne donne point son esprit avec mesure à Jésus-Christ dansson Église , puisque tout vice y est repris , et que toute yérité yesf enseignée. . *
XI' ÉLÉV. Saint Jean explique l'amour de Dieu pour son fils.
« Le père aime son Fils, et lui met tout entre lesmains *». Heureux ceux que Dieu met entre les: mains de son Fils qu'il aimesi parfaitement! Ceux qu'il met entre ses mains, ce sont ses fidèles, ses élus.
Qu'il les aime , puisqu'il les donne à son Fils ! amour du Père et du Fils, vous êtes ineffable , incompréhensible ! et je me perds dans cet abîme. Je le connois un peu par ses effets, que Dieu aime son Fils, qui est un autre lui-même , une autre personne, afin que son amour froiive où s'épancher, qui est
' Joan. III. 33. 34. — - Act. xvil. 18 et seq. — ^ Ib. xvi. 14. — ' Joan. lïi. 35. >.^,
le plaisir de l'amour ; mais un en substance , de peur que l'amour ne s'écarte trop de. sa source, et ne perde la perfection et l'agrément de l'unité: «Tout m'est donné par mon Père , » et nul ne connoîtle Fils, si ce n'est le Père; et nul ne con- ^) noît le Père, si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils l'aura » révélé '».
Jésus, faites-le-moi connoître ! Mais je ne sais quoi me dit dans le cœur que vous avez commencé de me faire cette grâce : Je commence à sentir par une douce confiance , que je lui suis donné de votre main. Heureux de lui être donné d'une main si chère ! Le Père nous aime encore davantage, en nous trouvant dans les mains de son Fils , et uni à lui. Aimons le Père qui nous donne au Fils : aimons le Fils qui nous reçoit delà main de son Père. « Si vous m'aimez, gar- » dez mes commandements ^» . Gardons-les donc par amour, et gardons avant toutes choses le commandement de l'amour, qui fait garder tous les autres.
XIP ÉLÉv. La récompense, et la peine de ceux qui ne croient point au Fils. Conformité du témoignage de saint Jean avec celui de Jésus-Christ.
« Qui croit au Fils a la vie éternelle. » Le Fils est lui-même la vie éternelle. La foi est une nouvelle vertu qui renferme toutes les autres. Dieu donne un aimable objet à cette foi : c'est Jésus-Christ. En lui on aime toute vérité et toute vertu , comme dans la source et dans le mo dèle. « Qui ne croit point au Fils n'a» ni grâce, ni vérité, ni vertu : il ne voit « point la vie, mais la colère-de Dieu de- » meure sur lui ». Elle yétoit déjà, et l'homme « naît enfant » de colère " » . Elle n'y tombe donc pas, elle y demeure, et Jésus-Christ l'en piouvoit ôter. Affreuse parole :« la colère de Dieu démeure suriui ». Qui en pourroit porter le poids? Elle y demeure; elle en fait son trône ; elle yrègne; etl'eriipire qii'elle y exerce est aussi terrible que juste : car, sans jamais lâcher prise elle accable un malheureux criminel. ;
Ce témoignage est semblable à celui de Jésus-Christ :
' Luc. X. 22. — - Joan. XIV. 15. — ^ Joan. ui. 36. — ^ Ephes. ii. 3.
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