RUSES PERMISES
Par finesse et ruse innocente, Il est «toujours permis de conserver sa peau :
Leçon de la fable suivante, Où l'ours par le renard fut mis dans le panneau.
Un renard affamé, ne sachant plus que faire,
Tant il avait maigre destin, Aperçut un pêcheur, au bord d'une rivière.
Occupé d'un riche butin.
L'homme chargeait dans sa voiture, Au moment de partir, tout son beau poisson frais.
"Oh ! voilà de la nourriture !" Dit le hère aussitôt, plus madré que jamais.
Un plan, comme un éclair, traverse à l'instant même
Son fertile et sublime esprit. . . .
Il fait le mort . . . Notre homme, objet du stratagème,
Arrive, s'arrête et sourit.
Il reconnaît près de la route, Un renard magnifique, inerte, inanimé ....
A sa cargaison il l'ajoute.
Et reprend son chemin, tout joyeux, tout charmé.
L'autre, près des poissons. Pétait bien davantage !
Tantôt vivant, et tantôt mort.
Il en faisait, de patte aussi prompte que sage,
Tomber plusieurs par dessus bord.
Bientôt, il s'esquive lui-même, Et, tout en se cachant, dévore son régal. . . .
Un ours, — ô terrible dilemme ! — Le surprend au milieu de ce festin royal.
"Bonjour, grogne l'intrus, ne t'enfuis pas, compère, C'est ta carcasse qu'il me faut :" —
"Nenni, tu feras mieux, reprend le pauvre hère, Car ma carcasse rien ne vaut.
Tu vois le poisson que je mange :
Approche, goûte, il est vraiment délicieux"...
Or, l'ours en fait grande louange.
Et demande au compère : "Est-ce un présent des
[dieux ?" Le renard aussitôt d'expliquer l'artifice
Qui lui procura ce festin "Fais comme moi, dit-il, car cette heure est propice;
Va, cours, et le truc est certain."
L'ours alléché se précipite.
Par un léger détour, à travers la forêt.
Et vient s'exposer au plus vite, Comme un animal mort, au pêcheur en trajet.
Le pêcheur, irrité d'avoir été victime
De l'artifice du renard.
Dit en lui-même : '"Encore un tour, encore un crime :
Et ! bien, malheur à toi, gaillard !"
Il descend, regarde et fait mine De ramasser mon ours qui jubile en son cœur :
Et v'ian ! sur la bête coquine Il décharge un bâton formidable et vengeur.
L'animal aveuglé, la tête en marmelade.
Avec le museau tout sanglant.
S'arrache, presque mort, à cette bastonnade.
Et file sous bois en hurlant.
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