GRANDEUK DE LA FIDELITE
Les loups, en cherchant à s'instruire Dans les gros livres des savants, L^n jour, arrivèrent à lire Que les chiens étaient leurs parents.
Flairant aussitôt leur affaire.
Ils dirent: Voici du renfort !
Et s'avançant vers la clairière, Ils sortent d'un commun accord.
Que cherchent-ils? L^ne entrevue Avec messieurs les nobles chiens.
Que veulent-ils? Ils ont en vue De les gagner comme soutiens.
"Bonjour, amis, grande nouvelle !
On dit que nous sommes cousins :
Donc notre existence mortelle Doit couler par mêmes chemins.
Pour vous, hélas ! quel esclavage Est le vôtre, en captivité !
Oh ! si vous saviez l'avantage De notre chère liberté !
Unissons-nous par alliance, Xous aurons les mêmes bienfaits; Oublions rancune et vengeance, Et sig^nons un traité de paix.
Votre apjDui nous est nécessaire Autant que le nôtre à vous tous.
En quête de la bonne chère, Unis, qui tiendra contre nous ?
Auprès des brebis grassouillettes Vous nous introduirez d'abord; Agneaux, dindons, poules replètes Nous mangerons avec transport !
Nous vous régalerons ensuite Des friandises de nos bois.
Où nous tenons toujours marmite Abondante et douce à la fois.
Car là, les plaisirs de la chasse, Nous les goûtons incessamment :
Est-il un emploi qui surpasse Un exercice aussi charmant ?
Et Sous le rapport militaire, Songez que nous sommes puissants Nous sonunes rompus à la guerre, Nous avons de terribles dents !"
Les nobles chiens, à ce langage, Se sentirent tout irrités :
"Assez, loups, de ce bavardage.
Vraiment, nous sommes insultés.
Si nous avons même origine, Aujourd'hui, c'est tout différent :
Parmi vous, la race canine Ne connaît plus aucun parent.
Ayant forfait à la nature, Vous avez forfait à l'honneur :
Monstres, brigands, vile roture, Vous êtes des objets d'horreur !
Maudits soient vos conseils de traîtres ! Jamais nous n'irons avec vous.
Abandonner, trahir nos maîtres î Non ! Nous ne sommes pas si fous.
On nous choyé dans la famille; Nous aimons, nous sommes aimés !
Qu'importe à nous la pacotille Des biens dont vous êtes oharn}& ?
Notre maison, notre apanage, Vaut mieux que votre liberté :
Vous ne vivez que de carnage, Nous ne vivons que de bonté !
Et la chasse, quoi qu'on en dise.
Paraît bien rare dans vos bois :/ Vos maigres flancs, avec franchise, Admettent qu'ils sont aux abois !
Vous n'aurez pas notre volaille, Ni nos agneaux, ni nos brebis :
S'il le faut, nous sommes de taille A combattre pour nos amis !
Nous faire peur n'est pas facile :
Nous avons des dents, nous aussi !
Race non moins lâche que vile, Allez, retirez-vous d'ici !
Il vous appartient de séduire, Car c'est là l'œuvre des démons !
Mais jamais vous ne pourrez dire Que le stigmate est sur nos fronts
Ni stigmate d'apostasie, Ni stigmate de lâcheté.
Arrière votre hypocrisie !
Vive notre fidélité !"
MORALE
C'est ainsi que les chiens eux-mêmes Donnent à l'homme des leçons :
Leurs discours sont des anathèmes Contre renégats et poltrons.
Comme les chiens, la race humaine Est en butte aux séductions; L'orgueil, la colère, la haine Causent mille défections.
Honte aux séducteurs qui concertent La bassesse et la trahison !
Honte aux malheureux qui désertent Et patrie et Religion !
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FOKCE DU NATUREL
Un lièvre, nn jour, fit la folie De voyager en compagnie De maître chien qui le pria.
De part et d'autre, on se jura
Une amitié forte et sincère.
Le chien disait: "Mon cher confrère,
Ne craignez rien.
Je saurai bien Vous protéger et vous défendre." — Et l'autre disait, d'un cœur tendre :
"Moi si peureux,
Je suis heureux De voyager enfin sans crainte Qu'on me poursuive et qu'on m'éreinte .
Du bruit ! Qu'est-ce ?" Un autre mâtin, Sortant du bois, parut soudain....
Se croyant perdu sans ressource.
Le lièvre, aussitôt prend sa course.
Les dçux chiens courant après lui !. . . . Il n'existe plus aujourd'hui.
Car il fut pris et mis en pièces.
Vaines promesses !
Qui l'attrappa ?
Qui l'étrangla ?
Le même ehien qui, tout à l'heure, Disait: "A peine que j'en meure, Je vous défendrai contre tous."
Mes chers amis, que pensez-vous De l'occurrence ?
Pour moi, je pense Que le penchant, le naturel, Est un tyran universel Dont il faut redouter sans cesse L'empire et la scélératesse.
Le poète l'a -dit : — on ne le sait que trop - "Chassez le naturel, il revient au galop."