‹ Elévations poétiques (volume 2)Chapitre 69 sur 80 · VRAI ET FAUX MERITE · texte numérisé non relu

VRAI ET FAUX MERITE

Le coq, un jour, disait à l'oie :

"Cher compagnon, que je te plains !

Pendant que je chante avec joie, J'entends toujours tes cris vilains.

Que ta démarche est donc pesante, Et ton grand cou démesuré !

Et quelle façon déplaisante De siffler d'un air effaré !"

L'autre reprit: "Coq, jamais l'homme Tes prouesses ne redira ; Tandis que, moi, j'ai sauvé Rome :

Mon nom dans l'histoire vivra !"

, "Je comprends ton impertinence, Dit le coq non déconcerté, Tu fis un acte de vaillance.

Fort douteux, dans l'antiquité;

Et tu crois que cet héritage A ta gloire suffit toujours :

Allons donc ! n'est-il pas plus sage De se distinguer tous les jours ?

Mon ardeur, mon courage extrême, Ma voix sonore et ma beauté Ont toujours fait de moi l'emblème De l'honneur et de la fierté.

Sur les clochers on me vénère; On m'admire sur les remparts; Et mes images, dans la guerre, On les porte comme étendards !

Mais toi, lourdaud, de la sottise N'es-tu pas l'emblème vivant ?

Ton image sur une église Ferait rire, même le vent !"

MORALE

Combien d'hompies, dont le nom brille, N'ont d'autres gages de valeur Que des souvenirs de famille Plus ou moins entachés d'erreur !

Combien plus noble est le mérite Des hommes vraiment glorieux Dont le cœur sans cesse palpite De transports fiers et généreux !

iHnuches iEnurant ht ïSegaut

HOKREUR DES ALIMENTS FALSIFIES

Deux vieilles mouches, tout en larmes, Se communiquaient leurs alarmes En voyant tout dans la maison* Se tourner en contre-façon.

"Plus de ce bon sirop d'érable, De ce bon sucre du pays, Si doux, si fin, si délecta'ble ....

Ce n'est plus qu'un salmigondis !

On boit du lait, c'est de l'eau pure; On goûte à la crème, elle est sûre; Le thé, c'est de l'herbe des bois; Le café n'est plus que des pois ! . . . . Pour nous dégoûter de la vie En voilà donc plus' qu'il n'en faut ! Ma sœur, n'avez-vous pas envie De vous laisser tomber d'en haut Dans cette coupe empoisonnée Qui finira tous nos ennuis ?"....

L'autre commère est entraînée Par tant de motifs inouïs; Et les deux mouches dans la coupe Tête première vont tomber, Croyant à l'instant succomber En touchant la maudite soupe. . . .

O surprise ! . . . . O fatalité ! . . . .

Le poison était frelaté,

Sans vertu comme tout le reste !,

Avec le plus superbe geste D'écœurement qui fut jamais, Les pauvres vieilles, en colère, Sortent du vase en criant: "Ouais !"

Pour mettre un terme à leur misère, Elles se privèrent de tout, Préférant mourir de dégoût !

Hommes, voyez-vous la bassesse De toutes vos contre-façons, Lorsque la mouche vous adresse De si remarquables leçons- ?

Jarbfnter, Chenilles et Crapaubs

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