PROCLAMANT LUI-MÊME SON EXISTENCE
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Audi Israël, quœ ego loquor in auribus vestrin.
Deut. V., I.
L'univers tout entier, rempli d'intelligence, Eayonnant de sagesse et d'art et de science, Est la preuve qu'un Dieu, d'un pouvoir infini, En est le Créateur adorable et béni. De mes yeux corporels je regarde le monde ; Et des yeux de mon âme, à clarté plus profonde, Je vois Dieu comme force et principe de tout. Tel un chef-d'œuvre humain que je trouve debout Me révèle à l'instant l'architecte invisible, Son plan, son action, son empreinte invincible. Des artistes ! — vous dis-je, en voyant ces tableaux. Ces chars, ces monuments, ces palais, ces vaisseaux. Et plus l'œuvre est immense, admirable, sublime, Plus je suis convaincu de l'esprit qui l'anime.
Or, maintenant, voyez ! — Le monde n'est-il pas, Plus que tous les travaux des auteurs d'ici-bas, Un chef-d'œuvre ineffable, au milieu des espaces, Où notre œil suit de Dieu les invincibles traces ? Que Dieu cesse d'agir ; l'univers affolé Dans le sombre néant soudain s'est écroulé ! Mais que Dieu reparaisse : aussitôt sa présence
Répand à l'infini la vie et l'existence
Distinct, indépendant, de ce monde mortel, Dieu subsiste en lui-même, Immuable, Eternel !
Je suis donc bien certain qu'un Créateur existe .... Pourquoi faut-il, ici, que mon âme s'attriste Pour tant de malheureux non encor satisfaits ?. . . . Convaincus et croyants, le seront-ils jamais ? Ou seront-ils toujours les victimes du doute ?. . . . " Si Dieu vit, s'écrient-ils, s'il entend, s'il écoute, Que ne parle-t-il pas ? .... Il faudrait que sa voix Avec force, d'en Haut, retentît quelquefois. . . . Lui faut-il de nos cœurs l'amour et la prière ? Serons-nous ses enfants ? Sera-t-il notre Père ? . . . . Qu'il se révèle donc et nous attire à lui ! Car tant qu'à son appel nous n'aurons pas frémi, Qui pourra le connaître et croire qu'il nous aime ? "
Pourquoi cette folie, ou plutôt ce blasphème,
De vous dicter des lois, ô Seigneur des seigneurs ?
Que nous importe, à nous, misérables pécheurs, .
Si c'est votre décret de garder le silence,
Et de cacher au Ciel votre divine essence ?
Car entre vous et nous tout commerce est banni :
De- vous jusqu'au néant l'abîme est infini !
Les mille voix de la nature, Mon Dieu ! sont pourtant votre voix Tout être est votre créature ; Tout nous parle selon vos lois.
Les cieux racontent votre gloire, La terre chante vos bienfaits :
Hymnes de grâce et de victoire, D'amour, d'allégresse et de paix !
Vous murmurez avec la brise, Gazouillez avec le ruisseau ; Vous gémissez avec la bise, Et vous chantez avec l'oiseau.
Vous grondez avec le tonnerre, Et vous courez avec le vent ; Aux flancs de la montagne altière, Vous criez avec le torrent.
La nuit, dans les ombres profondes, On entend d'étranges rumeurs :
Ces clameurs des bois et des ondes Ne sont-elles pas vos clameurs ?
Voilà votre voix grandiose. . . .
Mon Dieu ! — n'est-ce donc pas assez ?
Et votre bouche est-elle close, Comme disent les insensés ?
On veut que vous parliez vous-même Plus haut, plus fort que l'univers ; Que votre parole suprême Soit plus vive que les éclairs.
Ce grand prodige est-il possible ?
Seigneur, daignerez- vous parler ?
Voudrez-vous à l'homme insensible Plus clairement vous révéler ?
Admiramini et obstupescite.
Quelle est cette terreur qui s'empare du monde ?
On n'entend plus le moindre bruit !
Tout se tait, dans les cieux, sur la terre et sur l'onde,
Même les clameurs de la nuit !
Incrédules, debout ! c'est le temps de vous rendre :
Le prodige va s'accomplir !
Au ciel levez les yeux : Dieu va se faire entendre :
Vous allez enfin tressaillir !
Vox de cœlis dicens.