‹ Elévations poétiquesChapitre 2 sur 58 · INTUITION DE DIEU · texte numérisé non relu

INTUITION DE DIEU

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie.

Quand j'ai considéré, dans son immensité, L'univers et la terre avec l'humanité.

Tout se rapporte à l'homme.

Maître, seigneur et roi !

Mais à l'homme lui-même Dieu révèle, impose sa loi.

Eloquence admirable, intelligence extrême, Tout est dans l'univers une leçon de foi.

Mon âme était ravie,

Confondite, éblouie.

Quand j'ai considéré l'immensité des cieux. J'ai reconnu, là-haut, dans l'astre radieux,

Le glorieux emblème

De Dieu, l'Etre suprême;

La lune au front d'argent.

C'est la Vierge Marie ; Les étoiles du firmament, Sont les anges, les saints, troupe presque infinie. Faisant avec bonheur, cortèû^e au Tout-Puissant.

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie.

Quand j'ai considéré rininiensité des airs. N'est-ce pas Dieu qui parle aii milieu des éclairs ?

X'est-ce pas le tonnerre

Qui marque sa colère ?

Et le bel arc-en-ciel

Qui promet sa clémence ?

Enfin, douces comme le miel, La pluie et la rosée, en torrents d'abondance, Sont les grâces sortant de son coeur paternel.

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité du sol. Comme un aigle géant, au gigantesque vol.

Le globe dans l'espace

Roule, passe et repasse,

Ne s'arrête jamais.

Portant à sa surface Terres, mers, montagnes, forêts !

Et tout cela', dé loin, n'est qu'un point qui s'efface L'univers est si grand à nos veux stupéfaits !

Mon âme était ravie.

Confondue, éblouie.

Quand j'ai considéré l'immensité des mers. J'ai vu se déchaîner les flots traîtres, pervers :

Grand Dieu ! que de victimes

Dans leurs sombres abîmes !

La mer, dans ses fureurs.

De la vie est l'image. . .

La vie, où tant de voyageurs, Ballottés, tourmentés, font sans cesse naufrage. Périssent, loin du port, dans des gouffres d'horreurs !

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie.

Quand j'ai considéré l'immensité des' bois. Partout la confiance et la crainte à la fois :

Les charmants oiseaux chantent.

Les ombres nous enchantent;

Mais le serpent hideux

Et la bête sauvage Dé peur font dresser nos cheveux; Image des démons nous guettant au passage. Pour dévorer notre âme et nous perdre avec eux.

Mon âme était ravie.

Confondue, éblouie.

Quand j'ai considéré l'immensité des champs. Dans les fleurs, la verdure et les blés jaunissants.

On pressent l'allégresse,

La beauté, la richesse

Du royaume divin.

Nos voeux, notre prière.

Doivent monter comme un parfum.

Le germe qui fleurit, pourrit d'abord en t^rre; Ainsi, nous qui mourons, nous revivrons demain !

Mon âme était ravie.

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité des monts. C'est là sur les hauteurs, c'est là que nous voyons

La vanité du monde :

Tout nous y semble immonde :

On veut l'abandonner . . .

Plus haut, plus haut encore, Nous voyons les aigles planer :

Un ennui plus profond aussitôt nous dévore : C'est Dieu ! C'est Dieu qui veut au Ciel nous entraîner !

Mon âme était ravie.

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité de l'air Qui pénètre partout jusqu'au fond de la mer.

Tous les vivants respirent,

Naissent, vivent, expirent

Dans ce vaste élément.

Ainsi Dieu nous pénétré Encore plus intimement Car tout être est en Dieu, Dieu se trouve en tout être, Infusant existence, action, mouvement !

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie.

Quand j'ai considéré l'immensité du vent. Il souiïle. hurle, tempête, et passe en soulevant

Des torrents de poussière;

Il ravage la terre,

Brise, écrase, détruit î

Sur mer, que de nauffrages !

L« monde chancelle à ce bruit !

Notre vie est ainsi toute pleine d'orages; Malheur à l'imprudent que le monde séduit !

Mon âme était ravie.

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité de l'eau. Un jour que Dieu voulut faire un monde nouveau,

L'eau noya le vieux monde.

Par la grâce et par l'onde

Sont formés les chrétiens.

Vapeurs, brouillards, nuages, Lacs, ruisseaux, fleuves souverains, Océans infinis, battus par les orages.

Vie ou mort, l'eau partout coule autour des humains.

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie.

Quand j'ai considéré l'immensité du feu. Le feu réchauffe, éclaire et pénètre tout lieu.

C'est une bienfaisance;

Mais oh ! quelle souffrance

Quand il brûle à l'excès !

Les volcans, les cratères Font voir ses terribles effets :

Il dévore souvent des régions entières.

Et sa rage, en enfer, ne s'éteindra jamais !

Mon âme était ravie.

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité du temps. Qui comptera jamais les jours et les instants

Que durera le monde ?

O merveille profonde !

Le passé, Tavenir.

Sont des choses présentes Pour Dieu qui nous voit tous' venir. Qui contemple déjà les scènes effrayantes Où le monde devra s'effondrer et finir !

Mon âme était ravie.

Confondue, éblouie.

Quand j'ai considéré l'immensité de foi Dans le coeur des chrétiens envers le divin Roi.

Est-il un sacrifice.

Est-il même un supplice

Que Dieu n'inspire pas ?

Qu'importe la souffrance.

Les labeurs, les croix, les combats ?

Les yeux fixés au ciel, le coeur plein d'espérance. Vers Dieu qui nous attend nous dirigeons nos pas.

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie.

Quand j'ai considéré l'immensité d'amour Entre les saints et Dieu dans l'éternel séjour.

L'amour vrai sur la terre,

C'est le coeur d'une mère

Pour ses enfants chéris:

C'est le coeur de l'Eglise, Le monde au i^ied du crucifix î Mais il n'est pas d'amour, sur la terre, qui luise Comme le feu sacré dans les divins parvis !

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité du vrai. La vérité qui luit est un éclair, un trait

De lumière et de flamme.

Qui transporte notre âme

Par ses divins appas.

Et pourtant les nuages Obscurcissent tout ici-bas.

Mais lâ-haut, dans le ciel, au lieu d'ombre et d'images, C'est toi, splendeur de Dieu, qui nous éclaireras !

Mon âme était ravie.

Confondue, éblouie.

Quand j'ai considéré l'immensité du beau. La beauté qui rayonne est un divin flambeau :

Elle émet mille charmes,

Nous émeut jusqu'aux larmes.

Et captive nos coeurs.

Si la beauté du monde S'impose ainsi par ses splendeurs, Que notre émotion sera vive et profonde, Quand nous verrons de Dieu tous les charmes vain-

[queurs !

Mnn âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité du bien Eclatant de partout dans le monde chrétien.

Dieu sur la croix expire,

Et je vois le martj're,

Les sublimes vertus,

Les charités sans nombre, De tous ceux qui suivent Jésus.

Du bien qu'on voit là-haut tout ce bien n'est qu^une om- Allons, montons au Ciel avec tous les élus ! [bre:

Mon âme était ravie,

Confondue,^ éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité du coeur. De notre âme qui peut sonder la profondeur ?

Le coeur est un abîme

Effrayant et sublime !

Jetez-y les plaisirs,

Les honneurs, la fortune.

Eien ne peut combler ses désirs.

Un désir plus brûlant sana cesse l'importime : La faim, la soif de Dieu causent tous nos soupirs !

Mon âme était ravie.

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité du Ciel. Je ne vois même plus l'espace universel !

Auprès de ce royaume.

Le monde est un atome.

Une ombre, un pur néant !

De lumière et de gloire Tout resplendit, tout est brillant !

C'est l'extase, l'amour, l'hosanna, la victoire ! Au milieu des élus, c'est Dieu tout rayonnant.

Mon âme était ravie.

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité de Dieu. 8a présence dépasse et le temps et le lieu I

O Dieu, maître des maîtres.

Source de, tous les êtres.

Que votre empire est doux !

Vous voulez qu'on vous aime Au ciel face à face avec vous !

Objet de tous nos voeux, rassasiement suprême, Votre félicité se partage avec nous !

lÎ0ix la plu0 î^mafiante

et Batx la plus îExqutse

Quelle est dans l'Univers Iti voix la plus puissante? Est-ce la voix du sol aux tremblements affreux?. ^La voix de l'aquilon hurlant dans la tourmente?. . . Ou la voix du tonnerre ébranlant tous les cieux?. .

Est-ce le bruit des tîots se heurtant avec rage?. . . Des chutes, des torrents, l'effroyable clameur?... Le fracas des canons vomissant le carnage?. . . Ou le rugissçment des lions en fureur ? . . .

Non, non. la voix la plus puissante.

Oh ! c'est la voix de 1* Univers :

Soleil, lune, étoile brillante.

Forêts, montagnes, grandes mers, Oiseatix, poissons, bêtes superbes, Arbres géants, modestes herbes,

Fleurs et fruits parmi le gazon, Merveilles de chaque saison, Homme, chef-d'oeuvre incomparable..

Tout être proclame avec feu, Energie et force ineffable, Le nom si terrible de Dieu !

Quelle est dans l'Univers la voix la plus exquise?. Est-ce le triste ou gai ramage de l'oiseau ? . . . Est-ce dans le treillis le soupir de la brise?. . . Ou le gazouillement du limpide ruisseau?. . .

Est-ce le frôlement de la feuille qui tombe* ? . . . Le baiser d'une mère au front de son enfant ? . La prière du coeur s'exhalant sur la tombe ? . ». . D'une âme vers les Cieux le départ triomphant?. . .

Xon. non. la voix la plus .exquise, Oli ! c'est la voix de l'Univers :

Astres brillants, lune indécise, Forêts, montagnes, grandes mers, Oiseaux, poissons, bêtes superbes.

Arbres géants, modestes herbes, Fleurs et fruits parmi le gazon, ^lerveilles de chaque saison.

Homme, chef-d'oeuvre incomparable,.

Tout être murmure avec feu.

Douceur et tendresse ineffable.

Le nom si suave de Dieu !

Unix ht riîmurrfi

PROCLAMAXT L'EXISTENC?: ET L'OEUVRE DE T>IEV.

Invisihilia Dei fer ea quae facta sunt in tellecfa, conspiciuntur-,

Rom. I. 20.

On dit que runivers. en matière cosmique, Etait à l'origine entièrement réduit :

Qu'une vapeur immense et partout identique Existait au milieu d'une profonde nuit.

Eh bien ! répondez-moi, parlez, je vous adjure, Atomes primitifs, êtes-vous éternels ?

Ou le point de départ de toute la nature Dépasse-t-il encor vos principes mortels ?

Les Atomes.

Le fait que votre esprit, avec indifférence,

Nous contjoit existant ou n'existant jamais, ,

Prouve l'inanité de toute notre essence :

C'est- pieu qui nous créa : nous ne venons qu'après !

On dit que la chaleur, mère de la lumière. Pénétra l'univers dans cet état gazeux; Et que l'attraction sépara la matière En des amas distincts, devenus globuleux.

Atomes, répondez, êtes-\ous par essence.

Doués d'attraction, et chauds et lumineux ? Dites, pouvez-vous seuls expliquer la présence De ces globes divers, si vastes, si nombreux ?

Les Atowes.

Sans cesse nous perdons et chaleur et lumière : En nous le feu brillant n'est pas essentiel ! L'attraction non plus: autrement la matière N'eût formé qu'un seul globe immense, universel !

On dit qu'une autre force apparut dans l'espace; Que les globes enfin se mirent à tourner; Que des anneaux géants, rompus de la surface, ,V l'entour des soleils durent tourbillonner.

Atomes, ces soleils, ces terres, ces systèmes Trouveront-ils en vous leur explication ? Vous est-il naturel de tourner sur A'ous-mêmes. Et d'imprimer aux corps cette rotation ?

Les Atomes

Oh! c'est Dieu qui lança les systèmes solaires! Chute à l'intérieur, chute à l'extérieur : Ces deux activités sont deux forces contraires: " Les mettre ensemble en nous, quelle funeste erreur !

On dit que par les lois d'affinités chimiques,

Le refroidissement, la gravité des corps.

Notre monde provient des éléments cosmiques, '

Tel qu'aujourd'hui nos yeux le voient avec transports.

Atomes, quelles sont ces lois de la matière ? N'est-ce que le hasard ou la fatalité ? Viennent-elles de vous? Est-ce à vous que la terre Doit tous ses minéraux et sa stabilité ?

Les Atomes

Non ! . . . Xe sommes-nous pas d'espèces différentes Avec nombre et mesure, avec proportion ? Cherchez donc en Dieu seul ces lois intelligentes. Merveilles de sagesse et de précision !

On dit qu'en certains corps la croissance, la vie, La reproduction, apparurent un jour; Qu'en eux-mêmes ces corps ont trouvé l'énergie Pour -inimer partout ce terrestre séjour.

Atomes, qu'avez-voiis à dire en ce mystère ? Est-ce de vos flancs bruts un effort spontané i En vous ftiultipliant, en remplissant la terre, Est-ce de vous qu'enfin tout végétal est né ?

Les Atomes

Quelle aberration! Quelle affreuse folie !

Entre l'atome inerte et l'atome agissant.

La distance est immense, insondable, infinie !

Nul ne peut la franchir que le Dieu Tout-Puissant !

On dit que l'animal, autre forme vivante, Dans les airs, dans la mer, sur le sol verdoyant. Apparut à son tour, plus parfait que la plante, Marchant, sentant, criant, entendant et voyant !

Atomes, dites-nous, est-ce là votre ouvrage t Etant organisés au sein du végétal, Avez-Vous pu, d'un bond, opérer le pas-sage, Et devenir enfin matière d'animal ?

Les Atomes

Non ! . . . Impossible à nous de franchir cet abîme ! Entre la plante aveugle et l'animal c^ui sent. C'est une différence admirable et sublime. Une énigme, un mystère encore plus pressant , !

VU

On dit que par milliers les espèces éteintes. Dans les terrains anciens se retrouvent partout ; Et qu'issus de ces morts, aux 'fossiles empreintes. Les genres actuels le\ir ressemblent en tout !

Atomes, est -il vrai que toutes ces espèces Viennent d'un o^enne seul, par transformation ? Animaux, végétaux, lentement et par pièces. Sont-ils le simple fruit d'une évolution ?

Les Atomes

Tout vivant sur la terre est parfait dans son type On ne voit nulle part la monstruosité : Preuve que chaque espèce a son propre principe, Et que Dieu la doua d'immutabilité î

Et pour couronnement, voici l'homme qui pense, L'honune qui délibère, agit de son plein gré, Qui parle, se connaît, jouit de conscience. Et trouve en son esprit l'univers concentré !

■Atomes, d'où vient donc une telle excellence ? Vos tissus les plus fins et les plus délicate Ont-ils pu sécréter la fière intelligence Qui darde jusqu'au Ciel ses rayons, ses éclats ?

Les Atomes

Devant l'esprit humain que l'univers s'incline ! Voilà le vrai chef-d'oeuvre et l'image de Dieu ! Sur le plus noble corps une haleine divine Peut seule expliquer l'homme et son âme de feu !

Le monde a rendu témoignage :

Quelle voix peut être plus sage ?

Ainsi donc, mon Dieu ! l'on Vous voit,

Ou mieux, l'on Vous touche du doigt,

Quand Vous produisez la matière,

Et la chaleur et la lumière,

Avec foyers d'attraction.

Et double révolution

De tous les astres dans l'espace;

Quand les minéraux à leur place

Viennent sûrement se ranger;

Lorsque viennent se dégager

Les mille espèces végétales

Et tant de formes animales

Qui ne s'entrecroisent jamais;

Lorsqu'enfin, prodigue à l'excès,

Vous soufflez votre intelligence,

Et communiquez votre essence

Au corps du roi de l'univers.

Oui ! c'est à ce^ titres divers,

Seigneur, que Vous êtes visible.

Qu'avec un bonheur indicible.

On se prosterne devant Vous.

Il nous est si cher et si doux

De penser que notre origine.

Etant de noblesse divine,

Nous devons retourner un jour

Vivre en votre propre séjour !

Combien aveugles, misérables,

Combien insensés et coupables,

Les méchants qui ne Vous voient pas !

Pour eux, tout devient ici-bas

Horreur^ nuit profonde et mystère.

L'homme sans foi se désespère.

D'où vient-il? Et quelle est sa fin ?

S'il meurt, où sera-t-il demain ?

Voilà le terrible problème

Qu'il roule toujours en lui-même,

Et qui le glace de terreur.

Mais pour moi, je Vous vois, Seigneur,

Je vois, je crois, j'espère et j'aime.

Et mon seul bonheur, c^est Vous-même !

De plus en plus ravissez-moi !

Augmentez sans cesse ma foi !

Jfaux sauantH rnnfnnàuB

Mk

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Les prétendus savants, dans leur fière attitude,

Etaient là groupés devant moi, Accusant de stupide et lâche servitude

Tous les disciples de la foi.

O belle occasion ! . . . O chance précieuse Que tous ces gens en ce moment ! . . .

Je leur tendis les bras, dans mon ardeur fiévreuse, Et je leur criai prestement :

"Savants, savants, de votre ineffable science

Donnez-moi donc un aperçu; Venez donc dissiper la profonde ignorance

Dans laquelle je fus conçu.

Pour vos esprits, sans doute, il n'est point de mystère

Dans toute la création ! . . . .

Heureux mortels pour qui tout être de la terre

Trouve son explication !

Vous qui n'admettez rien sans pouvoir le comprendre, Vous comprenez donc l'univers î . . . .

A l'admettre incompris oseriez-vous descendre ? . . . . Quel acte illogique et pervers !

Eh ! bien, révélez-moi l'origine des choses ! . . ,

Car si le monde est éternel, Pourquoi sa contingence ? . . . Où donc en sont les

Si vous dites qu'il est mortel ? [causes,

Je vous entends placer au sein de la matière

Une inhérente attraction:

Pourquoi n'a-t-on pas vu la masse tout entière

S'unir dans sa concrétion ?

Où prenez-vous la force, à tendance contraire,

Qui, séparant les éléments.

En fit par millions, et chacun dans sa sphère.

Les soleils et les firmaments ?

La matière, réduite en atomes infimes,

Devrait au fond se ressembler :

Mais les corj^s primitifs ont leurs vertus intimes:

Voulez-vous me les révéler ?

Tout métal, n'est-ce pas, quand il se cristallise.

Prend un angle particulier, Qui donc donne aux cristaux leur forme si précise

Et leur aspect si régulier ?

Voulez- vous m'expliquer cette douce lumière Par laquelle nous voyons tout ? . . .

Est-ce un frémissement agitant la matière ? . . . LTn fluide courant partout ? . . .

Maîtres, vous le savez, le feu produit encore

Le calorique et la chaleur:

Quel est cet élément que plus d'un peuple adore,

Si précieux par son ardeur ?

Et l'électricité, puissance féerique.

Chaleur, lumière, mouvement.

Ne m'en direz-vous pas la nature énergique.

L'ineffable éblouissement ?

Savez-vous les secrets.de la terre qui tremble, Des volcans qui lancent le feu ! . . .

De l'interne fournaise à qui l'enfer ressemble, Savez-vous la force et le jeu ?

Quand les lourds ouragans nous apportent la grêle

Qui hache les blés des vallons, Nous direz- vous comment la glace à l'eau se mêle,

Comment se forment les grêlons ?

En quoi l'être organique et l'être inorganique

Ont-ils des traits si. différents ?

Vous dites : "Par la vie." — Ah ! la simple phj^sique

Est donc à bout d'expédients !

Dites ce qu'est la vie ! . . . Est-ce chose inscrutable Chez la plante et chez l'animal ?

Dites son origine ! . . . Est-elle inabordable A votre esprit transcendantal ?

La matière peut-elle, aimable, complaisante. Nous donner ce qu'elle n'a point ? . . .

Notez que l'animal, mieux doué que la plante, A des sens actifs en appoint !

Non seulement des sens, mais un instinct sagace

Qui le guide infailliblement !

Comment, sans la raison, est-il si perspicace,

Faisant tout inconsciemment !

D'un germe dans le sol, on dans une matrice,

La plante ou l'animal surgit; Et dans son rejeton, laforme créatrice

Intacte, identique, survit.

D'où vient que chaque espèce, en ses traits légitimes,

Se conserve indéfiniment ?

Nous expliquerez- vous ces merveilles sublimes

Qui nous comblent d'étonnement ?

Nous direz-voiis pourquoi chaque espèce à sa taille

Arrive et ne va pas plus loin ?

Pourquoi faut-il toujours que le vivant défaille

En dépit du plus tendre soin ?

Nous direz-vous comment se produit la nature

Mâle et femelle tour-à-tour ?

Comment en équilibre on voit la créature

Se multiplier chaque jour ?

Dites par quel moyen le beau sexe est imberbe.

Alors que vous êtes barbus :

Ici, peau de satin; là, moustache superbe :

Expliquez ces deux attributs !

Me direz-vous comment s'exerce l'influence Du cerveau sur tout notre corps ?

Avec quelle harmonie et par quelle puissance Organe et nerf ont leurs rapports ?

Puis l'homme n*a-t-il pas, mieux doué que la bête,

Les lumières de la raison ?

N'a-t-il pas, pour mûrir les projets dans sa tête,

Jugement et réflexion ?

Voyez son libre-arbitre avec sa conscience, Pour choisir le mal ou le bien. . . .

Affamé de bonheur, voyez comme il s'élance. Cherchant à rompre tout lien !

Savants, que dites- vous de ces prérogatives ? . . . .

De cet être intellectuel ? . . . .

De notre liberté ? . . . . De nos âmes captives

Toujours en essor vers le Ciel ?. . . .

Vous ne me direz pas que cette intelligence

N'est que de la sensation ! . . . .

Que d'un cerveau plus fin, plus noble en son essence,

Elle est pure sécrétion !

La sensibilité purement animale

Peut-elle si haut s'élever ? . . . .

Parlez-moi dignement, de façon magistrale, Sans chercher à vous esquiver !"

Déjà tous mes savants, les uns après les autres,

Sans mot dire avaient disparu :

Irréfragable aveu que tous ces fiers apôtres

Ne savent rien. . . Qui l'aurait cru ?

Ce qu'ils savent un peu n'est qu'une humble parcelle.

Une goutte d'eau dans les mers !

Ce qu'ils ne trouvent point dans leur pauvre cervelle

Est ptiis vaste que l'univers !

Au mystère ils se croient, — aveugles volontaires,—

Des étrangers libres d'égards; Et je les vois soumis aux milliers de mystères

Qui se dressent de toutes pasts !

Qu'ont -ils jamais compris à l'essence des choses

Dans l'univers matériel ?

Furent-ils empêchés par d'aussi piètres causes

De croire à ce monde mortel ?

Admirez leur orgueil et leur inconséquence :

Ils rejettent Dieu non compris.

Et le monde ignoré dans son intime essence

Est bon pour leurs faibles esprits !

Laissons-les s'aveugler .... Mj'^stères pour mystères,

Vivent les mystères de Dieu !

Ne sont-ils pas plus beaux, plus grands, plus salutaires

Que les secrets de ce bas lieu ?

Lorsque l'homme est tout seul à comprendre le monde,

N'y rien voir n'est pas étonnant; Mais Dieu nous parle-t-il ? . . . Sa clarté nous inonde :

Nous n'hésitons plus maintenant !

Dieu n'a-t-il pas parlé par lui-même à nos pères ? . . .

Par ses prophètes ? . . . Par son Fils ? . . . N'a-t-il pas opéré, ruisselants de lumières,

Les miracles les plus précis ?

Savants, je reste froid devant votre science;

Mais devant le Verbe Divin, Oh ! je frémis de joie et de reconnaissance :

Voilà l'enseignement certain !

Que nous importe-t-il de ne pas tout comprendre Dès que nous comprenons ce point :

Que si la voix de Dieu vers nous daigne descendre, Elle ne nous trompera point ?

Si mon esprit pâlit devant la créature,

Qu'est-il devant le Créateur ?

Je ne puis rien comprendre au sein de la nature :

Puis- je comprendre son Auteur ?

Quoi donc ! Dieu n'est-il pas plus grand que les ouvra- Qu'il laisse tomber de ses mains ? [ges

N'est-il pas au-dessus des esprits les plus sages Dont se glorifient les humains ?

Qu'on puisse le scruter comme on scrute le monde

Sans qu'il écrase notre esprit, Il cesse d'être Dieu: son essence profonde

S'évapore et s'évanouit !

La grandeur insondable est son propre domaine : Que je suis fier de mon grand Dieu !

J'en serais tout confus si la sagesse humaine Le renfermait en son milieu I

Seigneur, soyez béni, vous qui daignez m'instruire

Des éternelles vérités !

Arrière les savants qui veulent me séduire

Par leurs vaines stupidités !

Et quand même ils pourraient de la nature entière

Me dévoiler tous les secrets, Pourraient-ils m'enseigner la divine carrière

Que Dieu nous donne en ses décrets ?

Si jusqu'à vous, mon Dieu, par amour et par grâce,

Vous daignez élever. nos coeurs; Si vous daignez. Là-Haut, révéler votre face

Aux élus sauvés et vainqueurs;

Si vous nous attirez par d'ineffables joies

Vers l'empire surnaturel ; Si vous avez, pour nous, déterminé les voies

Qui conduiront à votre Ciel;

Ne serez- vous pas seul, en cela, notre Maître,

O Dieu de toute vérité ?

Par quel autre que vous pourrais-je bien connaître,

Atteindre la félicité ?

Oii chercher les trésors de la vie éternelle

Sinon dans les enseignements De Pierre qui régit votre Eglise immortelle

Et dispense vos sacrements ?

Combien donc, ô Seigneur, la science divine

Est-elle toujours au-dessus De la science humaine, impuissante, enfantine,

Qui laisse nos esprits déçus !

Sur un unique point la science du monde Est vraie et bonne en même temps :

C'est quand elle voit Dieu comme source féconde De tous les êtres palpitants;

Quand elle voit partout la divine puissance

Et la divine majesté, La divine sag-esse. et la divine essence

Avec la divine bonté.

Eclater, rayonner, dans l'espace admirable

Où se balance l'univers, Dans les astres des cieux, dans la terre habitable,

Dans les airs, les bois et les mers !

Donnez-nous, ô savants, cette aimable science Qui nous jette en face de Dieu :

Jamais vous ne pourrez, avec trop d'abondance, Combler, sur ce point, notre voeu !

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Muni^mv fartb tri-faaa

Comme on entend, le soir, la brise qui soupire

Et qui veut toujours soupirer; Comme l'eau qui murmure en un tendre délire

Et qui veut toujours murmurer; Comme l'oiseau o^azouille et l'insecte bourdonne;

Comme l'étoile brille au ciel; Comme le beau soleil resplendit et rayonne;

Comme tout chante l'Eternel . . .

Ainsi mon âme ardente a des élans suprêmes

Vers les délices du bonheur. . .

Qui comblera mon âme en ses désirs extrêmes ? .

Qui pourra contenter mon coeur ?...

Mon coeur avec dégoût regarde les richesses,

Les plaisirs et la volupté, Les gloires, les honneurs, les vaines allégresses

D'un monde aflPolé, transporté. . . .

Le bonheur n'est pas là !.. . Le bonheur n'est pas même

Dans les plus candides amours; Car au sein du foyer domestique oii l'on s'aime.

On pleure, on soupire toujours. . .

Est-il dans le voyage?. . . Est-il dans la science ?. . .

Est-il enfin dans l'amitié ? . . . .

Non !. . . Je trouve partout la fatale impuissance

Qui fait l'objet de ma pitié !

Mon Dieu, puisque mon âme est d'essence divine.

Elle est faite pour le divin . . .

C'est donc votre beauté, seule, qui me fascine.

Comme l'ange et le séraphin ....

Les bienheureux, au Ciel, contemplent sans nuages

Votre face qui les ravit. . .

Ici, dans l'univers, on n'a que des images

De votre incomparable esprit. . .

Eh ! bien, plus votre image est belle, immense et pure,

Plus elle a d'attraits pour mon coeur. . . Et quand je vous vois là, présent dans la nature,

Je palpite, enfin, de bonheur !

Laissez-moi, vains soucis de la terre et du monde, Jouir de ces reflets de Dieu ....

Mon bonheur est de voir l'immensité profonde, L'infini du firmament bleu,

L'étoile et le soleil, la lune et les nuages.

Les mirages de l'horizon, L'aurore et le couchant, les forêts, les bocages,

Les fleurs, les ruisseaux, le gazon.

Les montagnes, les mers, les vallons et les plaines,

Les papillons et les oiseaux. . . .

Mon Dieu, de vos grandeurs et beautés souveraines

Voilà les reflets les plus beaux î

Vous tous qui gémissez, ô pauvres de la terre,

Soyez donc heureux avec moi. ...

Pour ces transports d'amour, de bonheur salutaire,

Tout homme est riche comme un roi ....

C'est gratuitement que le Bon Dieu nous donne

Tant d'images de sa beauté. . . ; Dans cet éclat divin, qui sous nos yeux rayonne.

Se trouve la félicité. . . .

Pour Dieu si ravissant que notre coeur s'embrase !

Car rien qu'à regarder le ciel.

On pourrait ici-bas défaillir en extase.

Devant les traits de l'Eternel !

Mais ce bonheur terrestre est lui-même une image

Du bonheur que l'on goûte aux Cieux, Lorsque Dieu nous fait voir son auguste visage

Et ses rayons délicieux ....

Oh ! qu'il fera donc bon dans l'ineffable empire

De l'ineffable Majesté.

Puisque cet univers, oii le divin transpire,

Offre tant de suavité !

Que j'aie, en attendant, au milieu de l'espace.

Pour mon regard un coin du Ciel, Et je m'estime heureux d'un bonheur qui surpasse

Tous les biens du monde mortel î

Je me détache, alors, des vanités du monde,

Comme un prisonnier de ses fers; Et mon âme, plus libre, en amour plus féconde,

Imite l'aigle dans les airs:

Elle monte, elle plane, et monte et plane encore,

Voulant toujours monter plus haut.

Dans cette immensité, vers le Dieu qu'elle implore,

Pour l'aimer enfin sans défaut ....

Car si l'on doit, au Ciel, avec Dieu se confondre.

Pour ne faire qu'un avec lui, A ce bonheur divin pourquoi ne pas répondre,

Ne pas voler dès aujourd'hui ?

C'est là, dans un repos, dans une paix sublime,

Que je perds tous les souvenirs De ce monde cruel, inexorable abîme

Des malheureux et des martyrs. . . .

Je ne me souviens plus ni de la calomnie.

Ni de la haine des méchants.

Ni de l'adversité, ni de la maladie.

Ni de la mort aux coups tranchants.

Ni de la trahison, ni de l'ingratitude.

Ni de la perte des amis.

Ni de la pauvreté, ni de la solitude,

Ni des affronts, ni des ennuis !

C'est là, dans un repos, dans une paix sublime, Que je sens la force de Dieu;

Mon âme ne craint pas, là-haut, d'être victime Des faiblesses de ce bas lieu ....

L'erreur serait d'aimer les beautés que j'admire

Sans y voir Dieu qui les créa :

Malheiir à l'insensé que l'être aimable attire

Et qui ne -voit pas au-delà !. . .

Si l'on voit Dieu lui-même en ses pures images,

On ne sera jamais déçu :

Plus on voit, plus on aime, et plus nos amours sages

Nous sont un bonheur absolu !

Le monde me dira : "La plus parfaite image

Pour nous, de la divinité.

N'est-ce pas Têtre humain au sublime visage ? . . .

N'est-ce pas l'humaine beauté ?"....

Et moi, je dis : Sans doute ! . . . Aussi voilà le piège

Où vont tomber tant de mortels. . . .

Avec ses dons brillants, notre esprit fait cortège

A tous nos attraits corporels. . . .

Un tel être est si beau qu'on l'aime pour lui-même,

Comm^ s'il était notre fin ; Et nous cherchons alors notre bonheur suprême

Ailleurs que dans l'Etre Divin !

Le monde mè dira : "Le pouvoir de la vue

Ne saurait être si puissant :

Il faut, pour bien jouir de la beauté perçue,

La tenir d'un coeur embrassant !". . . Et moi, je lui réponds: L'âme est A'ite blessée

Par les émotions du coeur; Plus on aime et jouit par l'oeil et la pensée,

Plus on goûte un noble bonheur !

Oh ! qu'il nous soit donc dpux, en regardant la terre,

D'aimer comme l'on aime aux Cieux, Où dans un océan de divine lumière,

On n'aura besoin que des yeux !

Albgnrt^s ht la nature

Pr^lub^ au i^ymbnltam^ ht la nature

Les petits oiseaux

Petits oiseaux de l'air, vous qui chantez sans cesse Egayant l'âme humaine, adorant le Seigneur, Que nous disent vos cris, vos élans d'allégresse ?— Amour et confiance, innocence et bonheur.

Les papillons

Aimables papillons aux courses vagabondes, Aux ailes déployant mille vives couleurs, Nos volages esprits courent parmi les mondes Ainsi que vous, aux champs, errez parmi les fleurs.

Les fleurs

Fleurs suaves des bois, des jardins, des prairies. Dont s'émaille le sol et s'embaument les airs, N'êtes-vous pas, pour nous, les figures chéries Des humaines vertus aux spectacles divers ?

Les fruits

Fruits doux et savoureux, des fleurs charmantes suites, Rendement précieux de mille arbres féconds, Vous représentez bien les trésors de mérites Dont la couronne, au ciel, enrichira nos fronts.

Les ruisseaux

Ruisseaux qui murmurez, avec tant d'harmonie, En coulant sur le roc au milieu des roseaux. Vous présagez des cieux la musique bénie. Plus belle mille fois que nos chants les plus beaux.

Les fleuves

Des raillions de lacs, ruisseaux, fleuves, rivières. S'en vont, joignant leurs eaux, constituer les mers : Ainsi des millions de races congénères Ont fait le genre humain et ses peuples divers.

. La vier

Mer immense et profonde, orageuse et perfide. Heureux sont les vaisseaux que tu conduis au port ! La vie, autre océan de naufrages avide, Mène au ciel par la peine et la lutte et la mort.

Les nuages

Nuages précurseurs de brise ou de temj^ête, Passant, disparaissant avec rapidité, Quand je vous vois courir au-dessus de ma tête, Je dis: Ah! voilà bien notre instabilité.

L"* aigle

Roi superbe des airs, dominateur des cîmes, Toujours portant plus haut ton vol audacieux. Tu nous fais souvenir, en tes sphères sublimes. Que nous devons te suivre et monter jusqu'aux cieux.

Les astres

Xiune, étoiles, soleil, astres d'or et de flamme, Dont est rempli l'espace insondable du ciel. Vous êtes grands ; mais plus grands pour notre âme Sont les parvis de Dieu dans son temple immortel.

S^Qmbnltam^ ht la îîatur^

Hcec outeni in 'figura facta sunt nostri.

Ire Cor. X, 6.

Naturel et Surnaturel

Toujours je suis ravi, comme dans une extase, Quand je contemple à fond cet immense univers, Où j'aperçois un art dont la sagesse écrase, Tant de rapport frappants, innombrables, bien clairs, Entre tous les objets qu'exibe la nature

Et les êtres surnaturels :

Ceux-ci nous sont montrés, — ineffable peinture, —

Par les êtres matériels.

Dieu

J'admire le soleil éclatant de lumière.

Faisant vivre le monde et resplendir les cieux, Magnifique astre- roi pour la nature entière, Et pour l'humanité symbole glorieux

De Dieu le Créateur, le Monarque suprême,

Eclipsant tout par sa beauté.

Régnant sur l'univers et tirant de lui-même

Sa splendeur et sa majesté.

Sainte-Trinité

L'espace universel, en sa triple étendue.

Frappe mes yeux : longueur, largeur et profondeur ;

Sous trois états distincts, la matière à ma vue

Se présente; solide ou liquide ou vapeur;

Je vois un triple règne au sein de la nature :

Roche, Plante, Animalité; Mon âme reconnaît, là, sous chaque figure,

L'Auguste et Sainte Trinité.

Perfections divines

L'immensité des mers, du ciel et de l'espace Représente pour moi l'immensité de Dieu. . . . Comme on suit un éclair, on suit partout la trace Du sublime infini qui rayonne en tout lieu. L'univers si parfait, dans sa magnificence.

Reflète la divinité :

Chacun des attributs de la divine essence

Est là dépeint, gravé, sculpté.

Sagesse divine

Dans l'ordre et l'harmonie offerts par la nature, -^ Dans l'admirable instinct de tous les animaux. Dans les nobles concepts de notre âme si pure. Dans la sublimité des mondes sidéraux.

Voyez-vous éclater la sagesse divine

Dont ces merveilles sont le fruit ?

Plein de l'Esprit de Dieu, tout être s'illumine

Plus brillant qu'un astre qui luit.

Puissance divine

En voyant sous le ciel des puissances terribles : La puissance du feu, la puissance des mers, La puissance des vents aux coups irrésistibles, La puissance des lois qui règlent l'univers, Je m'écrie : Ah ! l'Auteur de toutes ces puissances

Est infiniment plus puissant, Lui qui rend l'océan gonflé de violences

Faible comme un enfant naissant.

Bonté divine

Il est bon le soleil dont le feu nous éclaire. Elle est bonne la lune embellissant les nuits. Bonne l'étoile au ciel, bonne surtout la terre Aux délices sans fin, aux innombrables fruits; Mais 'toutes ces bontés, n'est-ce pas Dieu lui-même

Qui les créa dans l'univers ?

La voilà donc partout, cette Bonté suprême

Dont les trésors nous sont ouverts.

Sainte Vierge

J'admire notre lune à la face argentée. Souveraine charmante aux gracieux aspects. Empruntant du soleil sa liunière enchantée. Et versant à la nuit ses limpides reflets : Emblème doux et pur de la Eeine chérie

Qiie Dieu combla de sa faveur, Qui fut Immaculée et s'appela Marie.

Divine mère du Sauveur.

Aîiges et Saints

A la voûte des cieux, j'aime à voir les étoiles Paraître, étinceler, surgir par millions. Illuminant du soir les ténébreuses voiles:

Et tous ces astres d'or, ces vastes légions, Reportent mon esprit aux illustres phalanges

Des Elus qui brillent au Ciel :

Je vois surgir alors et les saints et les anges

Derrière ce dôme mortel.

Le Ciel

Et ce dôme d'azur ou d'or ou de lumière

Où glissent jour et nuit des nuages si beaux.

Tous ces champs variés de terrestre matière,

Ces mers, ces continents, ces vallons, ces plateaux. . .

Quel temple merveilleux !... Je me reporte au temple

Infiniment plus éclairé, Plus somptueux, plus grand, sans égal, sans exemple.

Où le seigneur s'est retiré !

Lumière du Ciel

Soleil, nous te devons la lumière du monde; Te devrons-nous aussi la lumière des Cieux ? Xon, non ! — Cette clarté rayonnante et profonde. C'est le Seigneur lui-même ou l'éclat de ses yerix. O divine atmosphère, élément sans nuage.

Dont s'éclairent les Bienheureux, En leur manifestant l'immortel héritage

Tu les éblouis de tes feux î

Chaleur du Ciel

Soleil, nous t€ devons la chaleur de la terre:

Te devrons-nous aussi la céleste chaleur ?

Xon, non ! — Ce doux climat que jamais rien n'altère,

C'est notre Dieu lui-même ou l'amour de son coeur.

O divin calorique, élément sans froidure.

Dont s'échauffent les Bienheureux, p]n leur communiquant l'immortelle nature.

Tu les embrases de tes feux !

Gloire du Ciel

J'admire tour-à-tour les fleurs de la vallée, Le diamant, l'or pur, le cristal du ruisseau, La lune, le soleil, la voûte constellée, L'aurore, l'océan, le papillon, l'oiseau; Et je me dis: Les saints, étincelants de gloire.

Vêtus de la splendeur des Cieux, Ornés d'attraits divins, couronnés de victoire, •

Sont mille fois plus radieux !

Beauté du Ciel

O beauté du soleil ! — O l:>eauté de la lune ! — O charmes de l'étoile ! — O charmes de la nuit ! — O splendeur de la terre ! — O splendeur de Neptune !- O grâces de l'oiseau, de la fleur et du fruit ! — Vous faites tressaillir mon coeur et tout mon être.

Mais devant la beauté des Cieux, Ah ! je vous vois toujours pâlir et disparaître.

Quand je lève plus haut les yeux.

Richesse du Ciel

N"ai-je pas devant moi les richesses du monde : Or, cristal, diamants, argent, perles, rubis ? Je vois l'homme, partout où la fortune abonde, S'enivrer du désir d'être riche à tout prix... Ces richesses, pourtant, ne sont que de l'ordure.

Auprès des Pactoles du Ciel Où coulent à pleins bords, sans trêve, sans mesure,

Les flots du trésor immortel.

Parfums du Ciel

Je trouve doux, exquis, les parfiuns de la terre: L'arôme du lilas, de la sauge et du lis. Du muguet au vallon, de la rose au parterre. Et de l'héliotrope et de l'amaryllis;

Mais ces fleurs, ces odeurs, sont à peine l'image

Des parterres du paradis, Oii, délectant les saints, un parfum se dégage

Mille fois plus doux, plus exquis.

Musique du Ciel

Des bruits harmonieux captivent mon oreille : Fanfares des hiunains, ramages des oiseaux, Murmures de la nuit quand la terre sommeille, Clameurs de l'aquilon, gazouillis des ruisseaux; Mais je pense: Là-Haut, c'est une autre harmonie'

Dont s'enivrent les Bienheureux:

O musique céleste ! . . . O puissance infinie

De ces concerts mélodieux !

Délices du Ciel

L'eau pure des torrents dont Dieu nous désaltère,

Les aliments si bons, si doux, si précieux.

Dont il soutient nos corps au banquet de la terre,

Ne figurent-ils pas le pain délicieux

Dont il nourrit nos coeurs, dont il nous sanctifie

Au sacrement de- son Autel ?...

Et surtout les festins, les ivresses de vie

Qui sont les délices du Ciel ?

Félicité du Ciel

Du soleil, en été, la lumière ruisselle,

Et les oiseaux, ravis, font entendre leurs chants;

D'émail, de pourpre, d'or, la nature étincelle;

Qu'ils sont doux les parfums des jardins et des champs !

Suave volupté ! . . . Mais plus suave encore

Est le bonheur spirituel; Et toi, bonheur de Tâme à peine es-tn l'aurore

De la félicité du Ciel î

Hosanna du Ciel

Des vents, des bruits divers, agitent la nature : Soupirs, accords plaintifs des arbres balancés, Voix de l'oiseau qui chante ou de l'eau qui murmure, Clameurs des ouragans ou des flots courroucés. . . . Ces voix, ces chants, ces cris, sont un brillant hommage

Au Maître qui les ordonna ; Et pour nous, ces concerts ne sont-ils pas l'image.

L'écho du céleste hosanna ?

Extase du Ciel

On n'entend plus dans l'air aucun souffle d'orage; Ni murmures, ni vents, ne descendent des cieux; Les flots viennent sans bruit mourir sur le rivage; Au désert, dans les bois, tout est silencieux : C'est l'adoration muette et solennelle,

Recueillement, prière, ardeur; C'est l'avant-goût lointain de l'extase éternelle

Au sein du suprême bonheur.

Elans vers le Ciel

Voyez-vous les oiseaux émigrer dans les nues, De pays en pays, de climats en climats ? Pourquoi s'éloignent-ils des régions connues, Vers d'autres régions qu'ils ne garderont pas ? Ils espèrent toujours, en de nouvelles plages.

Trouver un bonheur plus réel; Et nous, dans notre exil, dans nos pèlerinages.

Que cherchons-nous, sinon le Ciel ?

La vie

Je vois tous ces vaisseaux, de rivage à rivage. Transporter sur les mers les hommes voyageurs. Or, qu'est-ce que la vie ? . . . Un mystique voyage Sur l'océan du monde aux flots remplis d'horreurs.

Que d'écueils ! de récifs ! d'effroyables orages !

Que de tourbillons désastreux !

Ah! que d'infortunés, victimes des naufrages,

N'arriveront jamais aux Cieux !

Fluctuations de la vie

On voit souvent des lacs, à surface dormante, Avec la transparence et l'éclat du cristal... Des fleuves charroyant leur masse bouillonnante Parmi les rocs avec un vacarme brutal.... Ainsi régnent pour nous, en deux sortes de vies,

Le calme et l'agitation :

Heureux l'homme paisible ignorant les furies

Du trouble et de la passion !

Tribulations de la vie

Que d'inégalités et que d'intempéries A travers les beaux jours, dans les divers climats î Coups de soleil, de vent, de tonnerre ou de pluies, De précoce gelée ou de cruels frimas ! Présages toujours vrais de nos propres misères

Et de nos tribulations :

Le temps mauvais nous peint nos tristesses amères.

Le beau nos consolations.

CapHces de la vie

On voit de tendres fleurs, odorantes, brillantes, S'entr'ouvrir et mourir après quelques instants; D'autres, sans nul éclat, fétides, répugnantes. Prospérer au soleil et demeurer longtemps; Die même l'on verra d'admirables génies

S'éteindre souvent les premiers.

D'autres que l'on croirait dignes des gémonies

Ne s'en aller que les derniers.

Image de Dieu

Les mondes sont nombreux dans l'univers immense : Astres brillant au ciel, oiseaux volant dans l'air, Plantes couvrant le sol de leur magnificence, Animaux dans les bois et poissons dans la mer; Mais le plus noble monde, oh ! c'est nous qui le sommes,

Nous qui dominons en tout lieu :

C'est ici qu'on peut voir, dans la raison des hommes,

La plus l>elle image de Dieu.

Folw du monde

Pourquoi le monde est-il toujours si misérable ?. . . La cause en est le mal qui flétrit les humains, L'orgueil et l'avarice et le plaisir coupable, L'oubli du Créateur, de nos dernières fins .... Il faut bien trouver bon que Têtre irraisonnable

Cherche son bonheur ici-bas; Mais l'homme devrait-il, ô folie exécrable ! "

Se livrer aux mêmes appas ?

Emhvrhes du monde

La savante araignée, aussi fine qu'immonde. Captive dans sa toile et mouche et moucheron.... Quel portrait saisissant des embûches du monde !. . . . Un autre est le flambeau charmant le papillon : Ainsi les faux plaisirs éblouissent notre âme

Et l'entraînent dans leurs filets. .. .

Plus subtils que la toile et plus vifs que la flamme

Sont leurs fallacieux attraits.

Thièhres du monde

Les ténébreuses nuits, sans étoiles, sans lune, Avec un ciel couvert de nuages obscurs, Avec un air chargé de vapeur lourde et brune. Avec des vents malsains et des brouillards impurs,

Nous représentent bien la nuit du paganisme

Et les ténèbres de l'erreur; «

Gar tout est sombre et noir hors du catholicisme, En ce monde aveugle et trompeur.

Vanités du monde

Des fleurs, des papillons, l'éphémère existence, Le vol précipité de l'oiseau qui fend l'air. Le cours impétueux du torrent qui s'élance. L'astre filant, le trait, la fumée et l'éclair : Voilà, pour notre esprit, des images vivantes

Du monde et de ses vanités; Car les plaisirs mondains sont des ombres fuyantes,

Des rêves, des frivolités.

Anges Gardiens

J'admire le héros, le compagnon fidèle,

Qui défend son ami, le protège partout.

Et dont Taffection, si constante, si belle.

Ne demande, pour lui, qu'à s'immoler en tout :

Mais alors, je médite; et j'admire les anges

Que Dieu nous donne pour gardiens; O les dignes objets d'amour et de louanges

Que ces vrais amis des chrétiens !

Dévions

Vous voyez, dans les bois, des animaux féroces : Des tigres, des lions, des reptiles hideux : Que d'instincts dévorants ! Que d'appétits atroces ! Et povir le voyageur, que d'êtres dangereux ! . . . Mais je me représente, ennemis plus terribles,

Les démons sortis de l'enfer, Ces monstres rugissants, aux fureurs indicibles,

Affamés d'âmes, non de chair !

Lutte i)our les âmes

De fétides odeurs, irritantes, malsaines, Se mêlent dans les airs aux parfums les plus doux Aux souffles des zéphirs et des brises sereines Succèdent la tempête et les vents en courroux : De même, avec ardeur, se combattent sans cesse

Les bons et les mauvais esprits :

Que se disputent-ils? Quoi donc les intéresse ?..

Nos coeurs qui sont d'un si grand prix î

Immortalité de Vâme

Jouissant à nos yeux d'un éclat invincible. Toujours illuminé, toujours net et brillant, Aux morsures du temps restant incorruptible, Rayant tous les métaux, mais nul ne te rayant. Diamant, te voilà : de notre âme inmiortelle

Symbole aussi noble que pur : Comme toi nous vivrons, d'une vie éternelle.

Dans l'éternel monde futur.

Dieu fin dernière

Les modestes ruisseaux coulent vers les rivières: Les rivières s'en vont vers les fleuves géants; Les fleu^'^s, sans effort, ignorant les barrières. S'engloutissent enfin dans les grands océans : Ainsi tous les humains, sur ces terrestres plages,

Soit de bas lieu, soit de haut lieu.

Sont ordonnés pour tendre aux célestes rivages.

Se perdre en l'océan de Dieu !

Rédemption

La nature, en hiver, toute paralysée'.

De ses mortels frimas couvre le sol, et dort ; Arrive le soleil ... et la terre glacée, Devenant libre enfin, revit avec transport :

Ainsi quant se leva le Soleil de justice, Le monde endormi tressaillit ;

Et l'homme, délivré de l'enfer et du vice Put revivre avec Jésus-Christ.

Précieux sang

De la mort, moissonneuse implacable et cruelle, On voit avec horreur les spectacles navrants ; D'un monde corrompu la substance mortelle Se brise, et le sang coule en indignes torrents; Jésus-Christ immolé sur la croix du calvaire,

Nous donne son Précieux sang.

Qui pour notre salut coule enfin sur la terre.

Agréable au Dieu Tout-Puissant.

Eglise

S'élevant audessus des pouvoirs politiques. Régnant, pour le sauver, sur tout le genre humain, Plus parfaite qu'états, royaumes, républiques, L'Eglise est un empire immortel et divin ; La haine de l'enfer, ardente, inextinguible.

Ne l'ébranlé par aucun choc; En elle vit le Christ; sa base indéfectible

Est Pierre l'immuable roc !

Providence de Dieu

Dans la vie animée, avec mille tendresses. Les parents attentifs protègent leurs petits; La terre, l'air, la mer, nous comblent de largesses, Nous offrant tour-à-tour les fruits les plus exquis N'est-ce pas là de Dieu la douce prévoyance

Dans le domaine temporel ?

Combien plus douce encore est donc sa Providence

Pour notre bien spirituel !

Grâce de Dieu

La pluie et la rosée, en fertile abondance, Descendent sur le sol et fécondent les champs : Des prés, des fleurs, des fruits, la riche exubérance Remonte vers le ciel en hommages touchants; Ainsi de Dieu la grâce, opérant dans les âmes,

Féconde les coeurs les plus durs, Et leur fait accomplir, à Tardeur de ses flammes,

Les actes d'amour les phis purs.

Courroux de Dieu

Entendez-vous les voix grondantes du tonnerre Eclater dans la nue et courir dans les cieux ? Oh ! quelle explosion de fureur, de colère. Egalera jamais ces roulements atfi-eux ? On y voit, plein de crainte, une effroyable image

De Dieu contre l'homme irrité :

A ce fracas, mortels, aurez-vous'ie courage

D'aimer encor l'iniquité ?

Eclipse de Dieu

L'on voit avec terreur les éclipses funèbres Où le ciel devient sombre et l'astre pâlissant; Où des nuages noirs et d'épaisses ténèbres Evoquent dans les airs un aspect menaçant : Ce phénomène étrange évoque une autre crainte

Plus redoutable au coeur humain :

Celle que Dieu, caché, toute lumière éteinte,

Ne nous plonge dans le chagrin.

Grandes âmes

De superbes oiseaux montent vers les nuages, Planent dans les hauteurs en se jouant du vent; D'autres, petits, craintifs, au milieu des bocages. Courent de fleurs en fleurs d'un vol doux et fervent.

Tous ces nobles sujets nous fournissent l'emblème

Des esprits fiers et délicats Qui ne trouvent qu'en Dieu, clans la Bonté suprême,

De vrais et de dignes appas.

Ames religieuses

J'admire les oiseaux à tranquille attitude, Comme les cygnes blancs sur un lac enchanté. Au milieu des forêts, dans une solitude Où n'arrive aucun vent, aucune anxiété : Voilà bien votre image, âmes religieuses,

Dans vos monastiques réduits :

Votre asile est un Ciel : que vous êtes heureuses

D'oublier le monde et ses bruits !

A?7ies recueillies

Voyez- vous à l'écart les chenilles timides Filer et s'enfermer dans leurs sombres cocons ? Au soleil du printemps, les humbles chrysalides Se changent tout-à-coup en brillants papillons; Ceux-ci, prenant leur vol, émaillent les prairies

Des plus radieuses couleurs :

Ainsi l'on voit toujours les âmes recueillies

Briller des plus vives splendeurs.

Sainteté

Des inégalités, des hauteurs différentes, Enjolivent partout la surface du sol : Collines, mamelons et montagnes géantes, Et pics oii l'aigle seul peut élever son vol : De sommet en sommet, plus il est loin de terre,

Plus il voudrait monter encor :

Ainsi plus on est saint, plus notre âme légère

Monte vers Dieu dans son essor.

Amour

Parmi 1:ous les métaux et toutes les richesses, Quoi de plus fascinant, de plus brillant que l'or ? Un profane veut-il se répandre en largesses, Il ne sait rien de mieux que d'ouvrir son trésor ; Mais une autre richesse, infiniment plus grande.

Est l'or pur des saintes ardeurs :

Voulons-nous faire à Dieu la plus superbe offrande ?

Donnons-lui l'amour de nos coeurs !

Prière

Comme un parfum sacré qui s'élève de terre, Comme un pieux hommage, un tribut solennel, Les vapeurs de l'encens embaument l'atmosphère. Sous forme de nuage élancé vers le ciel . . . Ainsi montent vers Dieu les ferventes prières

Et les parfums du saint amour; Car les coeurs enflammés sont de vrais sanctuaires

Où fume l'encens nuit et jour.

Mortification

O myrrhe, ta saveur n'est que de l'amertume; Ton précieux emploi, c'est d'embaumer les morts. . . Amers sont les chagrins dont l'esprit se consiune : Amère est la douleur qui torture nos corps,. . . O myrrhe, qu'es-tu donc? sinon le juste emblème

De la mortification.

De la mort qni promet, comme un baume suprême,

Ciel et glorification.

Douleur et joie

Il vente... il tonne... il pleut... Quelle noire tristesse !... Enfin le soleil brille et paraît souriant : Tout est beau, tout est frais, tout est plein d'allégresse; Le ciel est radieux, l'air est vivifiant. . .

On trouve donc toujours plus joyeuse nature Après la tempête et les pleurs :

Ainsi la joie humaine est plus douce et plus pure Après la peine et les douleurs.

Foi

L'astre du jour éclate et répand sa lumière : Quoi de plus agréable et de plus précieux ? Vous choisissez, parmi les êtres de la terre, Ce qui paraît meilleur, plus tentatif aux yeux. Mais une autre clarté, plus radieuse encore.

Est la lumière de la foi Qui nous découvre en tout le grand Dieu qu'on adore

Comme Père et Souverain Roi.

Espérance

Vous voyez l'arc-en-ciel, à la fin d'un orage. Promettre, dans la nue, un plus beau lendemain; Et vous vous souvenez qu'il fut jadis un gage De paix et de clémence envers le genre humain. Or, la croix de Jésus est elle-même un signe

Plus cgnsolant que l'arc-en-ciel ; Car on y voit briller, pour le pécheur indigne.

L'espoir du bonheur éternel.

Chanté

En été, la chaleur opère des merveilles : La nature s'émeut: le gazon reverdit; Voyez naître les fleurs aux corolles vermeilles: Voyez l'oiseau qui chante et se fabrique un nid. Plus merveilleuse encore est la chaleur, divine

Qui s'appelle la charité; A ce feu tout renaît, tout vit, tout s'illiunine.

Dans le monde ressuscité.

Pureté

O suave lis blanc, délicieux emblème

De la plus délicate et plus tendre vertu ;

Par tes parfums exquis, par ta blancheur extrême.

Par ta splendeur, enfin, que nous enseignes-tu ?

Oh ! sans doute que Tâme, à l'exemple de l'ange,

Doit briller par la pureté.

Et que plus notre vie est exempte de fange,

Plus elle a de sublimité.

Humilité

D'où vient cette senteur, et si pure et si fine. Qui m'enivre, ici-même, au milieu du gazon ? J'écarte les brins d'herbe, il faut que je m'incline; Mes yeux charmés, surpris, en trouvent la raison : La plus humble des fleurs, l'aimable violette.

M'enivre ici de son parfum :

Ainsi l'humilité, du fond de sa retraite.

Confond toujours l'orgueil humain.

Modestie

Quelle est donc cette plante à la mine pensive, Qu'un souffle fait trembler, et qu'un rien fait gémir ? Oh! c'est la délicate et' frêle sensitive !. . . Touchez la seulement . . . elle part à frémir ; Vous voyez retomber ses branches gracieuses

Et ses feuilles se contracter. . . .

Pour l'humble modestie aux alarmes pieuses.

Quel beau symbole à méditer *!

Simplicité

Admirez avec moi la charmante colombe.

Emblème d'innocence et de simplicité; Aux flèches du chasseur faut-il qu'elle succoml^e. Ignorant tout soupçon, toute méchanceté ? . . . .

Elle est vive, elle est gaie, elle est douce, elle est pure;

Son coeur est tendre et confiant, Elle vient à nos pieds becqueter sa pâture,

Et nous montrer son oeil brillant.

Force

Le sauvage éléphant qui, de ses pieds énormes. Ecrase tout obstacle à travers les forêts ; Ou son frère captif aux redoutables formes, Qui tire toute masse accrochée, à ses traits, Ne figure-t-il pas, par sa force invincible,

Les coeurs vaillants, déterminés.

Qui triomphent de tout, dans leur course inflexible,

Vers Dieu pour lequel ils sont nés ?

Terti'péTance

A peine dévorant quelques brins de fourrage. Sous un soleil de feu, dans un ciel découvert : Pour sa soif, quelquefois, manquant de tout breuvage; Ainsi va, de longs jours, le chameau du désert. . , . Merveille de courage et d'humble patience.

Dans son âpre frugalité.

C'est lui qui nous enseigne, avec la tempérance,

La parfaite sobriété.

Justice

Tout être organisé, dans un ordre admirable. Se développe autour de son axe central ; Ses membres deux à deux, en équilibre stable, Opposent l'un à l'autre un contrepoids égal. Or, l'homme sur ce plan fabrique la balance

Qui, ne penchant d'aucun côté, Représente à merveille, en leur indifférence,

La justice et la probité.

Prudence »

Qui nous enseignera la vertu de prudence ? Vous l'avez dit déjà, ce sera le serpent : Voyez le sur le sol, comme il glisse en silence, A travers le gazon comme il s'en va rampant ; Comme il sait, au besoin, se perdre dans les herbes.

Sous une roche ou dans un trou; Apparaît-il fuyant au milieu de vos gerbes ?

Tl sort, il vient on ne sait d'où.

Fidélité

Avez-vous comparé les subtiles finesses Du renard si fameux, si perfide en ses tours. Avec les amitiés, les tendres gentillesses De l'animal fidèle et sincère toujours ^ On y voit, d'un côté, le sourire hypocrite.

Le faux d'un visage qui ment.

De l'autre, la franchise et l'amour qui palpite

Dans un coeur plein de dévoûment.

Persévérance

Voyez-vous se hâter l'industrieuse abeille. Butinant dans les bois, les jardins et les prés. Déposant dans sa ruche, admirable merveille. Les sucs des fleurs, nectars embaumés et dorés ? Eh ! bien, l'enseignement de cette diligence

A ramasser un simple miel, N'est-ce pas l'industrie et la persévérance

Des saints à conquérir le Ciel ?

Ajyies stériles

Les coeurs oubliant Dieu seront comme des pierres Comme le grand chemin foulé par les passants. Comme le sol chargé de ronces meurtrières Où se font déchirer tous les épis naissants :

Dans cet état de mort, sur cette âme stérile,

La grâce du Ciel tombe en vain, Ainsi qu'une rosée, une pluie inutile

Sur un infertile terrain. •

Ames grossières

Nous voyons des oiseaux avaler des reptiles. Ou même se nourrir de cadavres abjects ; D'autres se délecter dans les eaux les plus viles. Ou prendre leurs ébats dans des milieux infects: Ces êtres dégoûtants nous offrent bien l'image

Des esprits charnels et grossiers Qui, se livrant au vice, en font leur apanage,

Et s'y délectent volontiers.

Corruption

Souffrant de mille maux, de mille maladies.

De mille infections, de mille infirmités,

Nos pauvres corps, hélas ! de nos âmes flétries

Figurent la laideur et les difformités;

Car l'âme pécheresse est une âme souffrante

De mainte affreuse passion :

Elle est aveugle ou sourde,' ou lépreuse ou mourante,

En proie à ta corruption.

Inconstance

Quel est donc ce reptile à couleur variable ? . . . C'est le caméléon qui change à tout instant : Blanc, jaune, rouge, ou vert ou bleu. . . l'insaisissable Se moque de notre oeil en le déconcertant. Or, n'est-ce pas ainsi que l'humaine inconstance

Echappe à toute fermeté ?

Vous ne trouvez jamais dans sa vaine prestance

Que faiblesse et fragilité.

Orgueil

Voyez le paon superbe: il agite sa tête;

Il élève sa queue en forme d'éventail;

De l'or et de l'azur la couleur s'y reflète ....

Il se pavane alors ; c'est là tout son travail ....

Se gonfler, s'admirer, se complaire en lui-même

Est tDute sa félicité : *

Il est donc à bon droit l'universel emblème

De l'orgueilleuse vanité.

Avarice

Avec quelle bassesse, avec quelle prudence, Le crapaud, dans son trou, se dissimule et vit ! On dirait qu'il ne songe, en sa triste existence, Qu'à chérir, en secret, un bien qui le ravit. Ob! l'horrible idéal de l'hiunaine avarice

Qui se renferme avec ses biens, lisant, pour en jouir, de ruse et d'artifice

Et des plus ignobles moyens.

Luxure

Dans tes yeux effrontés, dans tes airs d'impudence, On voit tous les instincts de la chair et du sang, O bouc ! toi qui sans gêne, avec impertinence. Promènes parmi nous ton aspect repoussant. Impossible de mieux exprimer la luxure

Que par ce hideux animal :

En le voyant passer, apprenez, âme impure,

La bassesse de votre mal.

Envie

S'irritant d'un brin d'herbe emporté par la brise, De tout objet suspect qu'elle voit s'ébranler, La vipère aussitôt, menaçante, indécise, Frappe l'air de son dard et se met à siffler.

Dans les dépits cruels qui tourmentent la vie

De ce reptile vicieux, Qui ne voit sur le champ l'emblème de Tenvie

Aux mille traits malicieux ?

Gourmandise

O porc sale et glouton qui mange, mange, mange. Avec avidité, jusqu'à n'en pouvoir plus. Et qu'on voit à la fin se coucher dans la fange, Pour geindre et s'endormir, indolent et perclus ! . . , Pourrait-on concevoir un plus digne symbole

De l'abominable gourmand Qui fait sans en rougir, de son ventre une idole.

Et devient un pourceau dormant ?

Colère

Les fureurs du lion nous glacent d'épouvante Dès qu'on entend ses cris ou ses rugissements . . . Quel objet de terreur !. . . Quelle image frappante De la colère humaine en ses emportements ! Le fauve courroucé, dans les forêts sauvages.

Met tout en fuite devant lui; Et l'homme furieux dans l'accès de ses rages.

Glace d'horreur l'âme d'autrui.

Paresse

A pas lents, sur la plage, avance la tortue, Ayant l'air de porter à regret sa maison; Elle est toute engourdie et paraît abattue; Vous la voyez buter sur un brin de gazon; Elle ne connaît rien qui l'excite et la presse,

Pas plus le désir que la peur :

Ainsi du fainéant se traîne la paresse.

Dans une invincible torpeur.

Mort spirituelle

Nous voyons les corps morts tomber en pourriture,' Devenir des fo3''ers d'insupportable odeur; Les vers en font bientôt leur horrible pâture, Et nul ne veut plus voir cette affreuse laideur. Pécheur, regarde-toi : regarde la figure

De ton âme en péché mortel :

Vices, corruption, perversité, souillure. . . .

Quoi de plus pestilentiel ?

Vieillesse

Je vois, dans les forêts, des chênes séculaires Oser s'enorgueillir et se croire immortels; Mais il arrive une heure où leurs chutes vulgaires Proclament sans pitié qu'ils sont loin d'être tels. ^Vinsi tout glorieux de leur verte vieillesse,

Des anciens croient vivre toujours; Mais enfin l'heure sonne où la mort vengeresse

Vient trancher le fil de leurs jours.

Mort corporelle

Quand les arbres, séchant, dépouillent leur feuillage; Quand leurs débris, au vent, viennent joncher le sol; Quand la neige descent, par flocons, du nuage ; Quand les oiseaux, fuyant, précipitent leur vol; Je dis: ''Que fais-tu donc, ô stupide nature ?"....

Mille voix, d'un commun accord, Eépondent : "Tu peux voir par notre flétrissure.

Ce que sera ta propre mort."

Fin du monde

Entendez ce bruit sourd, ce choc épouvantable. Quand, tout d'un coup, le globe est forcé de trembler ; Voyez, en mille endroits, — phénomène effroyable ! — Des montagnes bondir et d'autres s'écrouler :

Faible tableau des bruits, des chocs et des ruines Qui marqueront la fin des temps :

Effondrement du sol, des cités, des collines, Et mort de tous leurs habitants !

Signes précurseurs

On voit souvent au ciel des étoiles filantes Et des globes de feu, soudain, naître et briller; On voit même, parfois, des comètes errantes, Météores d'un jour, venir nous effrayer. . . . Oh ! que sera-ce donc, lorsqu'à la fin du monde

Les astres tomberont des cieux ; Lorsque lune et soleil, de couleur rouge immonde,

Auront l'aspect le plus affreux ?

Jugement dernier

Voyez le ciel rempli d'aurores boréales Ondulant, voltigeant et courant dans les airs; Sont -ce des jeux, des choeurs, d'immenses bacchanales, Qui se tiendraient là haut, au pays des éclairs ? Pour moi, j'y vois plutôt le symbole infaillible

Des feux qui rempliront les cieux Quand le Christ reviendra, comme un maître inflexible

Juger heureux et malheureux.

Purgatoire

J'ai vu les sombres murs où règne la justice. . . . Que de regrets amers souffrent les détenus ! Et comme ils sont ravis, quand finit leur supplice, De revoir les doux lieux que leurs coeurs ont connus ! Voilà votre symbole, ô feux du purgatoire !

Les larmes, les gémissements Des prisonniers divins se changent toiis en gloire

Dès que finissent leurs tourments.

Enfer

Au sommet des volcans, j*ai vu jaillir la lave. Les sinistres éclairs et les torrents de feux : Des entrailles du globe, en rompant toute entrave. Les flots rouges, pressés bondissent dans ces lieux. . J"ai dit : Est-ce l'enfer i est-ce l'abîme horrible

Où sont enfermés les damnés i Non ! — car il est vraiment mille fois plus terrible

L'enfer de ces infortunés.

Résrirrection

La semence qu'on jette à la terre féconde Meurt, se gâte et revient en superbes moissons: A mes yeux éblouis le spectacle du monde X'enseigne nulle part de plus vives leçons : ^'oyez tous les vivants transformés en poussière :

C'est la grande corruption :

Xe reviendront-ils pas dans leur forme première ?

Voilà la résurrection !

Eternité

Depuis combien de temps l'homme a-t-il pris sa place Comme chef-d'oeuvre et maître et roi de l'univers ? . . Combien de temps encor les astres dans l'espace Poursuivront-ils en paix leurs mouvements divers ' Futiles questions !... Le souverain problème

Est celui de l'éternité ! . . . .

Sans principe, sans fin. tel est l'Etre suprême

Dans son immutalité !

praclamant lut-même son existence

Audi Israël, quae ego loquor in aurihns vestris.

Deut. V., I.

L'univers tout entier, rempli cFintelligence. Rayonnant de sagesse et d'art et de science. Est la preuve qu'un Dieu, d'un pouvoir infini, En est le Créateur adorable et béni.

De mes yeux corporels je regarde le monde; Et des yeux de mon âme. à clarté plus profonde. Je vois Dieu comme force et principe de tout. Tel un chef-d'oeuvre humain que je trouve debout Me révèle à l'instant l'architecte invisible, Son plan, son action, son empreinte invincible. Des artistes î — vous dis- je. en voyant ces tableaux. Ces chars, ces monuments, ces palais, ces vaisseaux. Et plus l'oeuvre est immense, admirable, sublime, Plus je suis convaincu de l'esprit qui l'anime. Or, maintenant, voyez ! — Le monde n'est-il pas. Plus que tous ies travaux des auteurs d'ici-bas, Un chef-d'oeuvre ineffable, au milieu des espaces. Oii notre oeil suit de Dieu les invincibles traces ? Que Dieu cesse d'agir; l'univers affolé Dans le sombre néant soudain s'est écroulé ! Mais que Dieu reparaisse : aussitôt sa présence Répand à l'infini la vie et l'existence .... Distinct, indépendant, de ce monde mortel. Dieu subsiste en lui-même. Immuable. Eternel !

Je' suis donc bien certain qu'un Créateur existe... Pourquoi faut-il, ici, que mon âme s'attriste Pour tant de malheureux non encor satisfaits ? . . . Convaincus et croyants, le seront-ils jamais ? Ou seront-ils toujours les victimes du doute ? . . . •'Si Dieu vit, s'écrient-ils, s'il entend, s'il écoute, Que ne parle-t-il pas ? . . . Il faudrait que sa voix Avec force, d'En-Haut, retentît quelquefois. . . Lui faut-il de nos coeurs l'amour et la prière ? Serons-nous ses enfants ? Sera-t-il notre Père ? . . . Qu'il se révèle donc et nous attire à lui ! Car tant qu'à son appel nous n'aurons pas frémi, Qui pourra le connaître et croire qu'il nous aime ?"

JII

Pourquoi cette folie, ou plutôt ce blasphème. De vous dicter des lois, ô Seigneur des seigneurs Que nous importe, à nous, misérables pécheurs, Si c'est votre décret de garder le silence, Et de cacher au Ciel votre divine essence ? Car entre vous et nous tout commerce est banni : De vous jusqu'au néant l'abîme est infini !

Les mille voix de la nature.

Mon -Dieu ! sont povirtant votre voix :

Tout être est votre créature;

Tout nous parle selon vos lois.

Les cieux racontent votre gloire, La terre chante vos bienfaits :

Hymnes de grâce et de victoire, D'amour, d'allégresse et de paix !

Vous murmurez avec la brise, Gazouillez avec le ruisseau; Vous gémissez avec la bise, .

Et vous chantez avec l'oiseau.

Vous grondez avec le tonnerre.

Et vous courez avec le vent; Aux flancs de la montagne altière, Vous criez avec le torrent.

La nuit, dans les ombres profondes, On entend d'étranges rumeurs :

Ces clameurs des bois et des ondes Ne sont-elles pas vos clameurs ?

Voilà votre voix grandiose ....

Mon Dieu ! — n'est-ce donc pas assez ?. . . Et votre bouche est-elle close, Comme disent les insensés ?

On veut que vous parliez vous-même Plus haut, plus fort que Tunivers; Que votre parole suprême Soit plus vive que les éclairs.

Ce grand prodige est-il possible ?

Seigneur, daignerez-vous parler ?

Voudrez-vous à l'homme insensible Plus clairement vous révéler ?

Admiramini et obstupescite.

Quelle est cette terreur qui s'empare du monde ?

On n'entend plus le moindre bruit !

Tout se tait, dans les cieux, sur la terre et sur l'onde,

Même les clameurs de la nuit !

Incrédules, debout ! c'est le temps de vous rendre

Le prodige va s'accomplir !

Au ciel levez les yeux : Dieu va se faire entendre :

Vous allez enfin tressaillir !

Voœ de cœlis dicens.

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