DEUXIEME LETTRE
Ma soeur, pourquoi parler du poids de la "souffrance'"?
Des "liens de l'infirmité'' ? . . .
Etes- vous bien venue à parler "d'impuissance",
Ajîrès avoir si bien chanté ?
Je le vois, un oiseau peut porter sa "blessure"'
Et chanter encor tendrement; Dans le feu d'un creuset plus d'une âme "s"épure",
Qui chante harmonieusement.
Eh! bien, voilà pour vous le motif d'allégresse :
Etre mal et. chanter encor. ...
Pour combien d'affligés, au fond de leur détresse,
La lyre e.st sans le moindre accord !
Eussions-nous, chère soeur, tous les chagrins du monde.
Le plus mystérieux chagrin Est d'éprouver sans cesse, en notre âme profonde.
De Dieu l'insatiable ïaim.
Et de même, entre tous les bonheurs de la terre. Un des plus charmants n'est-il pas
De ressentir en soi le souffle salutaire
Qui nous fait chanter nos combats ?
Oh ! sans doute, jamais les accents de nos lyres
N'égaleront notre idéal; Mais ne trouvons-nous point de suaves délires
Dans notre effort le plus bajial ?
Pennettez donc, ma soeur, que je vous félicite, En même temps que je vous plains :
D'un côté la douleur, le mal qui vous alite ; De l'autre, la lyre en vos mains !
Votre coeur est aimant, délicat et sensible, — Tous les coeurs poètes le sont ; —
Aux muses, par là même, êtes- vous accessible; Vous en avez la marque au front.
Il me souvient d'un autre ange de poésie Qui passa par votre couvent: (x)
Cet ange doit venir, de sa place choisie. Converser avec vous souvent.
Vous avez hérité des vertus de son âme
Et des talents de son esprit :
A vous les ailes d'or et les élans de flamme
Qu'on lui voyait pour Jésus-Christ.
Aimer, soutïrir, chanter, quel sublime partage !
C'est le plus parfait ici-bas. . . . Aimer, jouir, chanter: tel sera l'apanage
Du Ciel étincelant d'appas.
Aimons donc et chantons, puisque Dieu nous inspire. Puisque nos coeurs sont des oiseaux.
Alouettes, aiglons, que toujours plus attire Le soleil vers des cieux plus beaux !
(x) Soeur Marie de Bonsecours, née Marguerite Go8selin, de Verchères. Une autre fille des Muses qui illustra brillamment la même communauté, de 1864 à 1893, à St-Hyacinthe.
Chantons le Dieu Puissant dont la grandeur éclate
Dans l'univers majestueux !
Chantons le Doux Jésus qui, pour la terre ingrate,
Verse tout son Sang Précieux !
"Enfants tous deux de la même Patrie, Chantons ensemble et prions Dieu pour tous. A moi le Ciel et ses flots d'harmonie ! A vous le Sang qui rend l'âme à la vie \ Notre partage à tous deux est bien doux."