‹ Elévations poétiquesChapitre 8 sur 58 · DIEU PARLE A MOÏSE ET LUI FAIT DELIVRER LE PEUPLE HEBREU · texte numérisé non relu

DIEU PARLE A MOÏSE ET LUI FAIT DELIVRER LE PEUPLE HEBREU

"Pharaon me résiste ! — Etends donc ta baguette :

Les eaux se changeront en sang:

Et dans ce sang tout meurt ; et la foule inquiète

Brûle de soif en gémissant.

Pharaon me t-ésiste ! — Or, voici les grenouilles

Couvrant, souillant tout le pays:

Des marais, des bas-fonds, ces hideuses dépouilles

Sont partout, jusque sur les lits !

Pharaon me résiste ! — Eh ! bien frappe la terre

Du pied.... Sitôt par millions, Par nuages épais, naîtront de la poussière

D'insupportables moucherons !

Pharaon me résiste ! — Appelle ici les mouches Qui dardent, qui piquent au vif:

Elles s'acharneront, dévorantes, farouches. Produisant un mal excessif !

Pharaon me résiste ! — Aveuglement funeste !

Je frapperai toujours plus fort :

Dans toute son horreur voici venir la peste.

L'air est plein de germes de mort !

Pharaon me résiste ! — A quoi faut-il descendre ?..

Les ulcères feront-ils mieux ?

Sur l'homme et l'animal répands donc de la cendre

Les couvrant d'ulcères affreux !

Pharaon me résiste ! — Invoque le tonnerre,

La tempête et le feu du ciel:

D'une énorme grosseur, la grêle meurtrière

Fait un ravage universel !

Pharaon me résiste ! — Accourez, sauterelles.

Eclipsez l'astre radieux ; Consiunez, dévorez, jusqu'aux moindres parcelles.

Ces champs qui me sont odieux !

Pharaon me résiste ! — Amenons les ténèbres Qui dureront pendant trois jours :

Xos ennemis, perdus dans ces ombres funèbres, Voudront-ils encore être sourds ?

Pharaon me résiste ! — O démence suprême !

Quand donc en verrai-je le bout ?

Pour écraser enfin cette malice extrême.

Je vais frapper mon plus grand coup !

Le premier né du roi, celui de la servante,

Celui de tous les animaux, Seront frappés de mort . . . L'horreur et l'épouvante

Hurleront devant de t^ls maux !

Israël sera sauf; — ^flans toutes ces souffrances.

J'épargnerai jusqu'à vos chiens ; Xe craignez pas pour vous; mes dernières vengeances"

Sont pour les seuls Egyptiens !

Je leur ferai pousser une clameur si forte

Que nul n'a jamais entendu, Et n'entendra jamais un cri de cette sorte.

Au sein d'aucun monde éperdu !

Pharaon vous criera de partir au i^lus vite, Avec vos biens et vos troupeaux :

"Nous mourons, dira-t-il, notre terre est maudite : Voici le fléau des fléaux !"

Comptez les jours du mois qui commence l'année : Comptez jusqu'à quatorze jours...

Alors, tenez-vous prêts. . . Au soir de la journée. Je vous sauverai pour toujours !

Chacim dans sa maison, chacun pour sa famille, Je veux qu'on immole un agneau;

Qu'il ne soit que d'un an, que de blancheur il brille . . . Immolez de même un chevreau.

Or. vous prendrez leur sang pour en marquer vos por- Je passerai pendant la nuit; [tes...

Les anges de la mort, en funèbres cohortes. Passeront eux-mêmes sans bruit.

Leur glaive touchera les maisons non marquées, Et toits les premiers nés mourront ! . . .

Mais vos maisons, à vous, par le sang indiquées Les anges les respecteront.

A l'entour de vos reins ayez votre ceinture.

Car le départ presse beaucoup :

Dans vos mains un bâton, aux pieds votre cliaussure;

Mangez l'agneau pascal debout.

Voici l'heure ! . . . Partez ! . . . A travers la mer Rouge;

Ne craignez rien, vous passerez. . .

Un canal est ouvert . . . Aux côtés rien ne bouge . . .

L'autre bord vous appelle. . . Entrez !. . .

Pharaon viendra-t-il arrêter votre fuite ?

Ah! c'est ici que je l'attends; Ici je vais moi-même arrêter la poursuite

De ses orgueilleux combattants.

Il vient plein de fureur . . . Après vous il s'engage,

Défiant les flots suspendus . . .

La mer, en bouillonnant referme le passage . . .

Les ennemis n'existent plus !

Et maintenant, marchez vers la terre promise:

Peuple, ton exil est fini !

Ne t'ai-je pas enfin délivré par Moïse ?. . .

N'es-tu pas mon peuple béni

Ce jour oii j'ai brisé vos chaînes d'esclavage. Qu'il vous soit comme un monument :

Célébrez, transmettez la Pâque d'âge en âge. Qu'elle dure éternellement !

Comnie un gage d'amour et de reconnaissance.

Consaci'ez-moi vos prejniers-nés :

Voilà votre tribut... Voilà ma récompense..

Qu'ils me soient librement donnés !"

* Erudimini. '

Qui n'a pas entendu cette grande parole

Dont frémit encor l'univers ?

O langage de Dieu !. . . la nature frivole

N'est plus rien avec ses concerts !

Admiramini et obstupescite.

Quelle est cette terreur qui s'empare du monde ? . . .

On n'entend plus le moindre bruit ...

Tout se tait, dans les cieux, sur la terre et sur l'onde,

Même les clameurs de la nuit !

Incrédules, debout ! — C'est le temps de vous rendre :

Le prodige va s'accomplir !

Au ciel levez les yeux : Dieu va se faire entendre :

Vous allez enfin tressaillir !

Vox de cœlis dicens.

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