DIEU PARLE A MOÏSE ET LUI FAIT DELIVRER LE PEUPLE HEBREU
"Pharaon me résiste ! — Etends donc ta baguette :
Les eaux se changeront en sang:
Et dans ce sang tout meurt ; et la foule inquiète
Brûle de soif en gémissant.
Pharaon me t-ésiste ! — Or, voici les grenouilles
Couvrant, souillant tout le pays:
Des marais, des bas-fonds, ces hideuses dépouilles
Sont partout, jusque sur les lits !
Pharaon me résiste ! — Eh ! bien frappe la terre
Du pied.... Sitôt par millions, Par nuages épais, naîtront de la poussière
D'insupportables moucherons !
Pharaon me résiste ! — Appelle ici les mouches Qui dardent, qui piquent au vif:
Elles s'acharneront, dévorantes, farouches. Produisant un mal excessif !
Pharaon me résiste ! — Aveuglement funeste !
Je frapperai toujours plus fort :
Dans toute son horreur voici venir la peste.
L'air est plein de germes de mort !
Pharaon me résiste ! — A quoi faut-il descendre ?..
Les ulcères feront-ils mieux ?
Sur l'homme et l'animal répands donc de la cendre
Les couvrant d'ulcères affreux !
Pharaon me résiste ! — Invoque le tonnerre,
La tempête et le feu du ciel:
D'une énorme grosseur, la grêle meurtrière
Fait un ravage universel !
Pharaon me résiste ! — Accourez, sauterelles.
Eclipsez l'astre radieux ; Consiunez, dévorez, jusqu'aux moindres parcelles.
Ces champs qui me sont odieux !
Pharaon me résiste ! — Amenons les ténèbres Qui dureront pendant trois jours :
Xos ennemis, perdus dans ces ombres funèbres, Voudront-ils encore être sourds ?
Pharaon me résiste ! — O démence suprême !
Quand donc en verrai-je le bout ?
Pour écraser enfin cette malice extrême.
Je vais frapper mon plus grand coup !
Le premier né du roi, celui de la servante,
Celui de tous les animaux, Seront frappés de mort . . . L'horreur et l'épouvante
Hurleront devant de t^ls maux !
Israël sera sauf; — ^flans toutes ces souffrances.
J'épargnerai jusqu'à vos chiens ; Xe craignez pas pour vous; mes dernières vengeances"
Sont pour les seuls Egyptiens !
Je leur ferai pousser une clameur si forte
Que nul n'a jamais entendu, Et n'entendra jamais un cri de cette sorte.
Au sein d'aucun monde éperdu !
Pharaon vous criera de partir au i^lus vite, Avec vos biens et vos troupeaux :
"Nous mourons, dira-t-il, notre terre est maudite : Voici le fléau des fléaux !"
Comptez les jours du mois qui commence l'année : Comptez jusqu'à quatorze jours...
Alors, tenez-vous prêts. . . Au soir de la journée. Je vous sauverai pour toujours !
Chacim dans sa maison, chacun pour sa famille, Je veux qu'on immole un agneau;
Qu'il ne soit que d'un an, que de blancheur il brille . . . Immolez de même un chevreau.
Or. vous prendrez leur sang pour en marquer vos por- Je passerai pendant la nuit; [tes...
Les anges de la mort, en funèbres cohortes. Passeront eux-mêmes sans bruit.
Leur glaive touchera les maisons non marquées, Et toits les premiers nés mourront ! . . .
Mais vos maisons, à vous, par le sang indiquées Les anges les respecteront.
A l'entour de vos reins ayez votre ceinture.
Car le départ presse beaucoup :
Dans vos mains un bâton, aux pieds votre cliaussure;
Mangez l'agneau pascal debout.
Voici l'heure ! . . . Partez ! . . . A travers la mer Rouge;
Ne craignez rien, vous passerez. . .
Un canal est ouvert . . . Aux côtés rien ne bouge . . .
L'autre bord vous appelle. . . Entrez !. . .
Pharaon viendra-t-il arrêter votre fuite ?
Ah! c'est ici que je l'attends; Ici je vais moi-même arrêter la poursuite
De ses orgueilleux combattants.
Il vient plein de fureur . . . Après vous il s'engage,
Défiant les flots suspendus . . .
La mer, en bouillonnant referme le passage . . .
Les ennemis n'existent plus !
Et maintenant, marchez vers la terre promise:
Peuple, ton exil est fini !
Ne t'ai-je pas enfin délivré par Moïse ?. . .
N'es-tu pas mon peuple béni
Ce jour oii j'ai brisé vos chaînes d'esclavage. Qu'il vous soit comme un monument :
Célébrez, transmettez la Pâque d'âge en âge. Qu'elle dure éternellement !
Comnie un gage d'amour et de reconnaissance.
Consaci'ez-moi vos prejniers-nés :
Voilà votre tribut... Voilà ma récompense..
Qu'ils me soient librement donnés !"
* Erudimini. '
Qui n'a pas entendu cette grande parole
Dont frémit encor l'univers ?
O langage de Dieu !. . . la nature frivole
N'est plus rien avec ses concerts !
Admiramini et obstupescite.
Quelle est cette terreur qui s'empare du monde ? . . .
On n'entend plus le moindre bruit ...
Tout se tait, dans les cieux, sur la terre et sur l'onde,
Même les clameurs de la nuit !
Incrédules, debout ! — C'est le temps de vous rendre :
Le prodige va s'accomplir !
Au ciel levez les yeux : Dieu va se faire entendre :
Vous allez enfin tressaillir !
Vox de cœlis dicens.