‹ Élévations poétiques [microforme]Chapitre 14 sur 63 · LES DEUX FLEUVES · texte numérisé non relu

LES DEUX FLEUVES

é moi,

grèves !

Je vois des fruits, je vois des fleurs, Je vois de l'herbe et de l'ombrage ;

Et tous ces attraits du rivage

M'arrachent des cris et des pleurs,

Car je dis à ma barque : arrête ; A descendre là je m'apprête :

J'y coulerais des jours si doux !.

Mais le courant n'a pas d'oreilles :

Je bondis, loin de ces merveilles, Dans les bouillons et les remous.

Je débouche, à lu fin, dans une mer immense, Et voilà que tout brille à mes yeux éblouis ;

Je découvre partout des charmes inouis ;

Mon âme entre en extase et j'admire en silence.

J'admire l’azur de la mer,

La sérénité de la brise

Et la délicatesse exquise

Des parfums répandus dans l'air ; J'admire des îles nombreuses Regorgeant de fleurs gracieuses,

De gazon, d'ombrage et de fruits. …

Oh! combien je me félicite De n'avoir pu, durant ma fuite, Descendre aux rivages proscrits !

EEK, pee

Qui ne voit qu'un tel rêve est une nllégorie ?

Le fleuve irrésistible est le fleuve du temps :

C'est en vain que, charmé, l'on voudrait, par instants, S'arrêter pour jouir des douceurs de ln vie

Comme un éclair où comme un trait Dans notre course furibonde,

Parmi les tourbillons du monde,

Le plaisir passe et disparait.

Si nous n'avions d'autre espérance, Que deviendrait notre existence ?

Un désespoir perpétuel !....

Voici done lu clef du mystère :

Ne pas trop estimer la terre,

Et voguer tout droit vers le ciel.

C'est là que nous attend le bonheur véritable, Dans une immensité de lumière et d'amour, Dans l'océan divin, dans l'immortel séjour,

Où brille du Très-Haut la gloire incomparable.

Pourquoi Dieu met-il ici bas

Tant d'images de son essence ?

Pourquoi tant de magnificence, Taut de richesse et tant d'appâts ?

Est-ce. pour y fixer nos âmes ?

Non, c’est pour raviver les flamnimes De nos élans vers le bonheur :

Car l’image, partout si belle,

Nous montre en l'essence éternelle Infiniment plus de splendeur,

Peut-être nous vivons depuis longues années, Et nous glissons toujours sur le fleuve fatal f Peut-être arrivons-nous près du terme final ; Et qui peut retenir nos barques entrainées ?

Peut-être hélas ! avons-nous vu.

Sur nos têtes, plus de nuages

Que fleurs et fruits sur nos rivages ; Peut-être l'orage est venu ;

Et par un double sacritice,

Dieu veut ainsi que s'accomplisse Notre carrière et notre sort,

Eh ! bien, songeons que la souffrance Mérite avec plus d'affuence

Le bonheur du céleste port.

Lieu de retrs

MANREZE

le chemin Ste-Foy, prè , Québec,

ALL L EE € PL Dita m —

Quelle est cette villa charmant.

Où ln nature nous enchante

Par son aspect silencieux,

Par ses arbres mujestueux,

Par ses fleurs aux vives parures, Par ses oiseaux, par ses verdures, Par son doux climat de printemps ?— C'est Manrèze des retraitants.

Quelle est cette ample résidence Où l'art, avec magnificence,

Sur un splendide piédestal,

Dans un maintien noble et royal, Nous montre le grand saint Ignace, Et, sous ses pieds, l'ignoble face

Du diable aux gestes révoltunts ? — C'est Manrèze des retraitants.

Quelle est cette aimable demeure Où la porte s'ouvre à toute heure, Pour accueillir le pèlerin

A Notre-Dume du cheinin,

Dans des cellules spacieuses Montrant images précieuses

A leurs bien-aimés habitants 7— C'est Manrèze des retraitants,

tenu par les Révds Pères Jésuites, sur

LA ‘it

ce

Quelle est cette maison d'étude, De prièr et de solitude

Où le doete religieux,

Pur dex exercices pieux,

Des méditations profondes

Et des affections féconcles, Elève à Dieu ses pénitents ?— C'est Manrèze des retruitants

Quelle est cette sainte retraite Où, duns ln paix Ju plus parfuite, Un jour passe comme un éclair, A contempler, d'un regard clair, Nos éternelles destinées,

Et de nos trop courtes années Les trop infertiles instants ? — C'est Manrèze des retraitants,

Quel est ce salutaire asile Tout imprégné de l'Evangile, Tout plein de lu grâce de Dieu, Où l'amour divin, comme un feu, Comme une abondante lumière, Projette sur notre carrière

Ses rayons les plus éclatants ?— C'est Manrèze des retraitants, Heureux le prêtre ou le fidèle Que la grâce divine appelle

À venir se réconforter.

Se recuillir, se délecter,

Se consoler de l’infortune.

Et bien combler toute lacune Dans son cœur, sa vie et son temps, À Manrèze des retraitants !

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