LE CRI DE SAINTE ELISABETH ET SON HUMBLE ÉTONNEMENT
A la voix de Marie et à sa salutation, « l'enfant tressaillit dans son sein; et remplie du Saint-Esprit elle s'écria : » Ce grand cri de sainte Elisabeth marque tout ensemble et sa surprise et sa joie ; « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni 2. » Celui que vous y portez est celui en qui toutes
Luc, I, 43. — 2 IbicL, 41, 42.
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les nations seront bénies : il commence par vous à répanrlre sa l)étiécliction : « D'où me vient ceci, que la Mère de mon Sei^Mieur vienne à moi * ? » Les âmes que Dieu aborde, étonnées de sa présence inespérée, le premier mouvement qu'elles (ont est de s'éloigner en quelque sorte comme indignes de cette grâce : u Retirez-vous de moi, Seigneur, disait saint Pierre, parce que je suis un pécheur 2. » Et le Centenicr : « Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison ^. » Dans un senjLlable sentiment, mais plus doux, Elisabeth, quoique consommée dans la vertu, ne laisse pas d'être surprise de se voir approchée parle Seigneur d'une façon si admirable. « D'où me vient ceci, que la Mère de mon Seigneur », et qui le porte dans son sein, « vienne à moi? » Elle sent que c'est le Seigneur qui vient lui-môme, mais qui vient et qui agit par sa sainte Mère : « A votre voix, dit-elle, l'enfant que je porte a tressailli dans mon sein * : » il sent la présence du maître, et commence à faire l'office de son précurseur, si ce n'est encore par la voix, c'est par ce soudain tressaillement : la voix môme ne lui manque pas, puisque c'est lui qui secrètement ajiime celle de sa mère. Jésus vient à lui par sa mère, et Jean le reconnaît par la sienne.
Dans cette dispensation des grâces de Jésus-Christ sur Elisabeth et sur son fils à la Visitation de la sainte Vierge, l'avantage est tout entier du côté de l'enfant. C'est ce qui fait dire à un saint Père ^ : « Elisabeth a la première écouté la voix, mais Jean a le premier senti la grâce : Elisabeth, » poursuit saint Ambroise, « a la première aperçu l'arrivée de Marie : mais Jean a le premier senti l'avènement de Jésus : » fila Mariœ, iste Domini sensit adventum.
Elisabeth, comme revenue de son étonnement, s'étend sur la louange de la sainte Vierge : « Vous êtes heureuse d'avoir cru ; ce qui vous a été dit par le Seigneur sera accompli ' : » vous avez conçu vierge, vous enfanterez vierge : votre Fils remplira le trône de David, et son règne n"aura point de fin.
Croyons donc, et nous serons bienheureux comme Marie : croyons comme elle au règne de Jésus et aux promesses de Dieu : Disons avec foi : « Qua votre règne arrive ' : » Crions
» Luc, I, 43. — 2 Ibid.,v, 8. — 3 Matth., viii, 8.— * Luc, i, 44. — * Ambr., 1. n, in Luc, n. 23. — « Luc.f i, 45. — ' Matth. ^ vi, 10.
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avec tout le peuple : « Béni soit celui qui est venu au nom du Seigneur, et béni soit le règne de notre père David * ! »
La béatitude est attachée à la foi : « Vous êtes bienheureuse d'avoir cru : Vous êtes bienheureux, Simon, parce que ce n'est point la chair et le sang qui vous ont révélé » la foi que vous devez annoncer, « mais que c'est mon Père céleste ^. » Et où est cette béatitude de la foi? « Bienheureuse d'avoir cru : ce qui vous a été dit s'accomplira ^. » Vous avez cru, vous verrez : vous vous êtes fiée aux promesses, vous recevrez les récompenses : vous avez cherché Dieu par la loi, vous le trouverez par la jouissance.
Mettons donc tout notre bonheur dans la foi : ne soyons point insensibles à cette béatitude : c'est Jésus-Christ lui-même qui nous la propose : la gloire de Dieu et sa volonté se trouvent dans notre béatitude : ce qui est bienheureux est excellent en même temps : il est plus heureux de donner que de recevoir, c'est-àdire il est meilleur. On est bienheureux de croire : il n'est rien de plus excellent ni de meilleur que la foi, qui, appuyée sur les promesses, s'abandonne aux bontés de Dieu et ne ionge qu'à lui plaire : Beata quse credùHsti.
IV^ ÉLÉVATION