‹ Elévations sur les mystèresChapitre 123 sur 229 · LE TRESSAILLEMENT DE SAINT JEAN · texte numérisé non relu

LE TRESSAILLEMENT DE SAINT JEAN

Quand l'âme dans son ignorance et ses ténèbres ressent les premières touches de la divine présence, après ce premier étonnement par lequel elle semble s'éloigner, rassurée par sa bonté, elle se livre à la confiance et à l'amour. Elle sent je ne sais quels mouvements, souvent encore confus et peu expliqués : ce sont des transports vers Dieu et des eiïorts pour sortir de l'obscurité où l'on est, et rompre tous les liens qui nous y retiennent. C'est ce que veut faire saint Jean, saisi d'une sainte joie il voudrait parler ; mais il ne sait comment expliquer son transport. Jésus-Christ, qui en est l'auteur, en connaît la force ; et quoiqu'en apparence il ne fasse rien, il se fait sentir au dedans par un subit ravissement qu'il inspire à l'âme. Ame qui te sens saisie

* il/arc, XI, î), 10. — 2 Matlh.y xvi, 17.— s Luc.^i,

d'un si doux senliment, s'il ne t'est pas encore permis de p;irler, il t'est permis de tressaillir!

Venez, Seigneur, venez me toucher d'un saint et inopiné désir d'aller à vous. Que ce désir s'élève en moi aujourd'hui à la voix de votre mère : faites-moi dire avec Elisabeth : « D'où me vient ceci? » Failes-moi dire : Elle est « heureuse d'avoir cru », etjeveuximilersafoi. Faites-moi tressaillir comme Jean -Baptiste; et enfant encore dans la piété, recevez mes innocents transports. Je ne suis pas un Jean-Baptiste, en qui votre grâce avance l'usage de la raison; je suis un vrai enfant dans mon ignorance : agréez mon bégaiement, et l'a, a, a de ma langue S qui n'est pas encore dénouée : c'est vous du moins que je veux; c'est à vous seul que j'aspire; et je ne puis exprimer ce que votre grâce inspire à mon cœur.

Y^ ÉLÉVATION

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