‹ Elévations sur les mystèresChapitre 124 sur 229 · LE CANTIQUE DE MARIE : PREMIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

LE CANTIQUE DE MARIE : PREMIÈME PARTIE

Ces premiers transports d'une âme qui sort d'elle-même et qui déjà ne se connaît plus sont suivis d'un calme ineffable, d'une paix qui passe les sens et d'un cantique céleste.

« Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit est ravi de joie en Di,eu mon Sauveur^. » Que dirai-je sur ce divin cantique? Sa simplicité, sa hauteur qui passe mon inteUigence m'invite plutôt au silence qu'à parler. Si vous voulez que je parle, ô Dieu, formez vous-même mes paroles.

Quand l'âme, entièrement sortie d'elle, ne glorifie plus que Dieu et met en lui toute sa joie, elle est en paix, puisque rien ne lui peut ôter celui qu'elle chante.

« Mon âme glorifie : mon âme exalte le Seigneur » : après qu'elle s'est épuisée à célébrer ses grandeurs, quoi qu'elle ait pensé, elle l'exalte toujours Je perdant de vue, et s'élevant de plus en plus au-dessus de tout.

« Mon esprit est ravi de joie en Dieu mon Sauveur. » Au seul nom de Sauveur, mes sens sont ravis; et ce que je ne puis trouver en moi, je le trouve en lui avec une inébranlable fermeté.

» Jerem.^ i, 6. -° ^ luc^ i, 46 et seq.

XiV SEMAINE. — VI' ELÉVAÏiuN. 225

« Parce qu'il a regardé la bassesse de sa servante. » Si je croyais de moi-fnômc pouvoir attirer ses ïegards, ma bassesse et mon néant m'ôteraientle repos avec l'espérance. Mais puisque de lui-môme, par pure bonté il a tourné vers moi ses regards, j'ai un appui que je ne puis perdre, qui est sa miséricorde par laquelle il m'a regardée, à cause qu'il est bon et libéral.

Elle ne craint point après cela de reconnaître ses avantages, dont elle a vu la source en Dieu et qu'elle ne peut plus voir que dans ce principe : « Et voilà, dit-elle, que tous les siècles me reconnaîtront bienheureuse. »

Ici étant élevée à une plus haute contemplation, elle commence à joindre son bonheur à celui de tous les peuples rachetés, et c'est comme la seconde partie de son cantique.

Vl« ÉLÉVATION.

SECONDE PARTIE DU CANTIQUE A CES PAROLES : LE TOUT-PUISSANT m'a FAIT DE GRANDES CHOSES.

« Celui qui seul est puissant a fait en moi de grandes choses, et son nom est saint, et sa miséricorde s'étend d'âge en âge et de race en race sur ceux qui le craignent ^ » Elle commence à voir que son bonheur est le bonheur de toute la terre, et qu'elle porte celui en qui toutes les nations seront bénies. Elle s'élève donc à la puissance et à la sainteté de Dieu, qui est la cause de ces merveilles.

Celui qui est seul puissant a fait en moi un ouvrage seul digne de sa puissance : un Dieu homme, une mère vierge, un enfant qui peut tout; un pauvre dépouillé de tout et néanmoins sauveur du monde, dompteur des nations et destructeur des superbes.

« Et son nom est saint : » Dieu est la sainteté môme : il est saint et sancliOant : et quand est-ce qu'il le paraît davantage, que lorsque son Fils, qui est aussi celui de Marie, répand la miséricorde, la grâce et la sainteté d'âge en âge sur ceux qui le craignent?

Si nous voulons participer à cette grâce, soyons saints ; ec publions en même temps, avec toutes les nations, que Marie est bienheureuse.

» Luc, I, 49, 50.

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