TOME VII
?.-3ft EM^.VATIONS SUR LEJ^ MYSTm?.^.
VIP ÉLÉVATION.
SniTE DU CANTIQUK, OÙ SONT P:XPLFQUÉS LES EFFETS PARTICULiErtS lyfi
l'enfantement de marie et de l'incarnation du fils de dieu.
Pour expliquer de si grands effets, Marie en revient à la puissance de Dieu : « Il a, dit-elle, déployé la puissance de son bras : il a dissipé ceux qui étaient enflés d'orgueil dans les pensées de leur cœur. 11 a renversé les puissants de dessus le trône, et il a élevé les humbles ^ » Quand est-ce qu'il a fait toutes ces merveilles, si ce n'est quand il a envoyé son Fils au monde, qui a confondu les rois et les superbes empires par la prédication de son Évangile? Ouvrage où sa puissance a paru d'autant plus admirable, « qu'il s'est servi de la faiblesse pour anéantir la force, et de ce qui n'était pas pour détruire ce qui était, afin que ne paraissant rien du côté de l'homme 2, » on attribuât tout à li seule puissance de son bras. C'est pourquoi il a paru au milieu des hommes comme n'étant rien. Et lorsqu'il a dit : « Je vous loue, mon Père, Dieu du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces mystères aux sages et aux prudents, et que vous les avez révélés aux petits ^ : » n'a-t-il pas véritablement confondu les superbes et élevé ceux qui étaient vils à leurs yeux et à ceux des autres?
Marie elle-même en est un exemple : il Ta élevée au-dessus de tout, parce qu'elle s'est déclarée la plus basse des créatures. Quand il s'est fait une demeure sur la terre, ce n'a point été dans les palais des rois : il a choisi de pauvres, mais d'humbles parents et tout ce que le monde méprisait le plus pour en abattre la pompe. C'est donc là le propre caractère de la puissance divine dans la nouvelle alliance, qu'elle y fait sentir sa vertu par la faiblesse même.
« Il a rassasié les affamés, et il a renvoyé les riches avec ies mains vides*. » Et quand? si ce n'est lorsqu'il a dit : « Heureux ceux qui ont faim, car ils seront rassasiés ° : Malheur à vous qui êtes rassasiés, car vous aurez faim ^. » C'est ici qu'il faut dire avec Marie : Mon âme gloriiie le Seigneur et n'exalte
1 Luc 51,1 .„ 52. — 2 I Cor., i, 27-29. — 3 Matth., xi, 25. — ♦ Luc, !, 53. — s Malth., v, G. — 6 lue, vi, 25.
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que sa puissance, qui va paraître par l'infirmité et par la bassesse.
C'est là que l'âme trouve sa paix, lorsqu'elle voit tomber toute la gloire du monde, et Dieu seul demeurer grand.
\\\V ÉLÉVATION
EFFETS l'ARTICULlF-RS DE l'eNFA.NTEMENT DE MARIE DANS LES DEUX DERNIERS VERSETS DU CANTIQUE.
Les palais et les trônes sont à bas : les cabanes sont relevées : toute fausse grandeur est anéantie : c'est un effet général de l'enfantement de Marie dans toute la terre. Mais ne dira-t-elle rien de la rédemption d'Israël et de ces brebis perdues de la maison de Jacob, pour lesquelles son Fils a dit qu'il était venu? Écoutons la fin du divin cantique : « Il a pris en sa protection Israël son serviteur*. » Ce n'est point à cause des mérites dont se vantaient les présomptueux : au contraire, il a abattu le faste pharisaïque et les superbes pensées des docteurs de la loi : il a reçu un Nathanaël, vrai Israélite, simple, sans présomption comme sans fard et sans fraude : et voilà les Israélites qu'il a protégés, à cause qu'ils mettaient leur confiance, non point en eux-mêmes, mais en sa grande miséricorde : « Il s'est souvenu des promesses qu'il a faites à Abraham et à sa postérité, » qui doit subsister « apx siècles des siècles 2. »
Heureux que Dieu ait daigné s'engager avec nous par des promesses. U pouvait nous donner ce qu'il eût voulu : mais quelle nécessité de nous le promettre, si ce n'est qu'il voulait, comme dit Marie, faire passer d'âge en âge sa miséricorde, en nous sauvant par le don et nos pères par l'attente. Attachons-nous donc avec Marie aux immuables promesses de Dieu qui nous a donné Jésus-Christ. Disons avec Elisabeth : Nous sommes neureux d'avoir cru : ce qui nous a été promis s'accomplira. Si la promesse du Christ s'est accomplie tant de siècles après, doutons-nous qu'à la fin des siècles tout le reste ne s'accomplisse? Si nos pères avant le Messie ont cru en lui, combien maintenant devons-nous croire, que nous avons Jésus-Christ pour garant
» Uw., I, 54. — 2 Ibid., 5i, 55.
de ces promesses? Abandonnons-nous à ces pronnesses de grâce, à ces bienheureuses espérances et voyons dedans toutes les trompeuses espérances dont le monde nous amuse.
« Nous sommes les vrais enfants de la promesse : enf.mls selon la foi, et non pas selon la chair* ; » qui ont été montrés à Abraham, non point en la personne d'Ism;iël, ni dans les autres enfants sortis d'Abraham selon les lois de la chair et du sang, mais en la personne d'Isaac qui est venu selon la promesse par grâce et par miracles. Abraham a cru à cette promesse, « pleinement persuadé et sachant très bien que Dieu est puissant pour faire ce qu'il a promis 2. » Il ne dit pas seulement qu'il prévoit ce qui doit arriver, mais qu'il fait ce qu'il a promis : il a promis à Abraham des enfants selon la foi : il les fait donc. Nous sommes ses enfants selon la foi : il nous a donc faits enfants de foi et de grâce, et nous lui devons cette nouvelle naissance. Si Dieu nous a faits par grâce selon sa promesse, ce n'a point été par nos œuvres, mais par sa miséricorde qu'il nous a produits et régénérés. Nous sommes ceux que voyait Marie, quand elle voyait la postérité d'Abraham : nous sommes ceux au salut de qui elle a consenti, quand elle a dit : « Qu'il me soit fait selon votre parole'. » Elle nous a tous portés dans son sein avec Jésus-Christ, en qui nous étions.
Chantons donc sa béatitude avec la nôtre : publions qu'elle est bienheureuse, et agrégeons-nous à ceux qui la regardent comme leur mère. Prions cette nouvelle Eve qui a guéri la plaie de la première, au lieu du fruit défendu dont nous sommes morts, de nous montrer le fruit béni de ses entrailles. Unissonsnous au saint cantique, où Marie a chanté notre délivrance future. Disons avec saint Ambroise : « Que l'âme de Marie soit en nous pour glorifier le Seigneur : que l'esprit de Marie soit en nous pour être ravis de joie en Dieu notre Sauveur*. » Comme Marie, mettons notre paix à voir tomber toute la gloire du monde, et le seul règne de Dieu exalté, et sa volonté accomplie.
1 Galat., IV, 28; Rom., ix, 7, 8. — 2 Rom., iv, 20, 21. — ^ luc,^ i, 38. — * Arabr., in Luc, 1. 11, n. 26.