ENCORE SUR LA PERPÉTUELLE VIRGINITE DE MARIE
Pourquoi, saint Évangéliste, avez-vous dit ces paroles : Et non cognoscebat eam donec peperit : « Et il ne l'avait pas connue, quand elle enfanta son premier-né ^? » Que ne disiez-vous plutôt qu'il ne la connut jamais, et qu'elle fut vierge perpétuelle? Les évangélistes disent ce que Dieu leur met à la bouche ; et saint Mathieu avait ordre d'expliquer précisément ce qui regardait l'enfantement virginal, et l'accomplissement de la prophétie d'isaïe, qui portait « qu'une vierge concevrait et enfanterait un fils 2. »
Au reste on ne peut penser sans horreur que ce sein virginal, où le Saint-Esprit avait opéré, dont Jésus-Christ avait fait son temple, ait jamais pu être souillé; ni que Joseph, ni que Marie même aient pu cesser de le respecter. Avant sa conception et son enfantement, elle avait dit en général : « Je ne connais point d'homme ^: » saint Joseph était entré dans ce dessein; et y avoir manqué après un enfantement si miraculeux, c'eût été un sacrilège indigne d'eux et une profanation indigne de Jésus- Christ même. Les frères de Jésus mentionnés dans l'Évangile, et saint Jacques qu'on appela frère du Seigneur constamment, ne l'étaient que par la parenté, comme on parlait en ce temps, et la sainte tradition ne Ta jamais entendu d'une autre sorte. Qui a jamais seulement pensé parmi les chrétiens que Jésus ne fût pas le fils unique de Marie, comme de Dieu? Si, ce qui est abominable à penser, il n'eût pas été son fils unique, lui aurait-il en la quittant donné un fils d'adoption? Et quand il dit à saint
i Matth., I, 25. — 2 Isa., vu, li. — 3 Luc, i. 34.
XVl'' SEMAINE. — W ÉLÉVATION. 247
Jean : « Voilà votre mère; » et à elle : « Voilà votre fils* », ne montre-t-il pas qu'il suppléait par une espèce d'adoption ce qui allait nnanquer à la nature? Loin donc de la pensée des chrétiens le blasphème de Jovinien, qui a été l'exécration de toute l'Église I Dieu a marqué aux évangélistes ce qu'ils devaient précisément écrire, et ce qu'il voulait qu'on réservât à la tradition de son Église pour l'expliquer davantage. Apprenons de là qu'il faut penser de Marie tout ce qu'il y a de plus digne et d'elle et de Jésus-Christ, quand môme l'Écriture ne l'aurait pas toujours voulu exprimer avec la dernière précision et netteté, et qu'il aurait plu à Dieu le laisser expliquer à fond à la tradition de son Église, qui a fait un article de foi de la perpétuelle virginité de Marie.
Quand est-ce qu'il a plu à Dieu de manifester au monde la merveille de l'enfantement virginal? Constamment ce n'a pas été durant la vie du Sauveur, puisqu'il lui a plu de naître et de vivre sous le voile du mariage : en quoi il a confirmé que le mariage était saint, puisqu'il a voulu paraître au monde sous sa couverture. On a donc prêché la gloire de l'enfantement virginal, quand on a prêché toute la gloire du Fils de Dieu, et en attendant, Dieu préparait à la pureté de Marie, en la personne de saint Joseph son cher époux, le témoin le moins suspect et le plus certain qu'on pût jamais penser.
Dieu fait tout convenablement : admirons sa sagesse, et laissons-lui conduire toute notre vie.
IV^ ÉLÉVATION
SUR CES PAROLES d'iSAIE RAPPORTÉES P.'^R l'ÉVANGÉLISTE : SON NOM SERA APPELÉ EMMANUEL.
H Son nom sera Emmanuel : Dieu avec nous ^. » Ce sont de ces noms mystiques que les prophètes donnent en esprit pour exprimer certains effets de la puissance divine, sans qu'il soit besoin pour cela qu'on les porte dans l'usage. Si nous comprenons la force de ce nom « Emmanuel, » nous y trouverons celui de Sauveur. Car qu'est-ce qu'être Sauveur, si ce n'est
» Joan., XIX, 26, 27. — 2 Jsa., vu, 14 ; Matlh., i, 1^.
d'ôter les péchés, comme l'ange l'a inlerprélé? Mais les péchés étant ôtés et n'y ayant plus de séparation entre Dieu et nous, que reste-t-il autre chose, sinon d'(Mre unis à IJieu, et que Dieu soit avec nous parfaitement? Nous sommes donc parfaitement et éternellement sauvés, et nous reconnaissons en Jésus qui nous sauve un vrai « Emmanuel. » Il est Sauveur, parce qu'en lui Dieu est avec nous ; C'est un Dieu qui s'unit notre nature: étant donc réconciliés avec Dieu, nous sommes élevés par la grâce jusqu'à n'être plus qu'un môme esprit avec lui.
C'est ce qu'opère celui qui est à la fois ce que Dieu est et ce que nous sommes : Dieu et homme tout ensemble : « Dieu était en Jésus-Christ se réconciliant le monde, ne leur imputant plus leurs péchés ^» et les effaçant dans ses saints. Ainsi Dieu est avec eux, parce qu'ils n'ont plus leurs péchés.
Mais ce n'était rien, si en môme temps Dieu n'eût été avec *ux pour les empêcher d'en commettre de nouveaux. Dieu est avec vous, dans le style de l'Écriture, c'est-à-dire que Dieu vous protège; Dieu vous aide, et encore avec un secours si puissant que vos ennemis ne prévaudront pas contre vous. « Ils combattront, disait le prophète, et ils ne prévaudront pas, parce que je suis avec vous 2. » Soyez donc avec nous, ô Emmanuel, afin que si après le pardon de nos péchés nous avons encore à combattre ses pernicieuses douceurs, ses attraits, ses tentations, nous en demeurions victorieux.
Est-ce là toute la grâce de notre Emmanuel ? Non sans doute : en voici une bien plus haute, qui aussi est la dernière de toutes : c'est qu'il sera avec nous dans l'éternité, « où Dieu sera tout en tous*: » avec nous, pour nous purifier de nos péchés: avec nous, pour n'en plus commettre : avec nous, pour nous conduire à la vie où nous ne pourrons plus en commettre aucun. Voilà, dit saint Augustin *, trois degrés par où nous passons, pour arriver au salut que nous promet le nom de Jésus, et à la grâce parfaite de la divine union par notre Emmanuel : heureux, quand non seulement nous n'aurons plus de péchés sous le joug de qui nous succombions ; mais quand encore nous n'en aurons plus contre qui il faille combattre, et qui mettent en péril notre délivrance !
1 II Cor., v, 19. — 2 Jerem., i, 19.— - 3 I Cor., xv, 28. — * S. August., passim.