XVI' SEMAINE. — V° ÉLÉVATION
0 Jésus ! ô Emmanuel! ô Sauveur ! ô Dieu avec nous! ô vainqueur du péché! ô lien de la divine union ! J'attends avec foi ce bienheureux jour, où vous recevrez pour moi le nom de Jésus, où vous serez mon Emmanuel, toujours avec moi, parmi tant de tentations et de périls. Prévenez-moi de votre grâce, unissezmoi à vous; et que tout ce qui est en moi soit soumis à vos volontés.
V' ÉLÉVATïOiN.
JOSEPH PREiND SOIN DE MARIE ET DE l'eNFANT : VOYAGE DE BETHLÉEM.
Après le songe de Joseph et la parole de l'ange, ce saint homme fut changé : il devint père : il devint époux par le cœur. Les autres adoptent des enfants : Jésus a adopté un père. L'effet de son mariage fut le tendre soin qu'il eut de Marie et du divin enfant. 11 commence ce bienheureux ministère par le voyage de Bethléem, et nous en verrons toute la suite.
Que faites-vous, princes du monde, en mettant tout l'univers en mouvement, afin qu'on vous dresse un rôle de tous les sujets de votre empire? Vous en voulez connaître la force, les tributs, les soldats futurs, et vous commencez pour ainsi dire à les enrôler. C'est cela ou quelque chose de semblable que vous pensez faire : mais Dieu a d'autres desseins que vous exécutez sans y penser par vos vues humaines. Son Fils doit naître dans Bethléem, humble patrie de David : il Ta fait ainsi prédire par son prophète S il y a plus de sept cents ans; et voilà que tout l'univers se remue pour accomplir cette prophétie.
Quand ils furent à Bethléem, au dehors pour obéir au prince qui leur ordonnait de s'y faire inscrire dans le registre public, et en effet pour obéir à l'ordre de Dieu dont le secret instinct les menait à l'accomplissement de ses desseins, « le temps d'enfanter de Itfarie arriva ^ : » et Jésus, fils de David, « naquit dans la ville où David avait pris naissance ^ : » son origine fut attestée par les registres publics : l'empire romain rendit témoignage à la royale descendance de Jésus-Christ; et César, qui n'y pensait pas, exécuta l'ordre de Dieu.
Allons aussi nous faire inscrire à Bethléem : Bethléem, c'est-
* Mich., v, 2. — 2 Luc, u, 2,4. — 3 Joan., vn, 42.
à-dirc maison du pain : allons y coûter le pf^in céleste: le pain des anges devenu la nourriture de l'homme : regardons toutes les églises comme étant le vrai Bethléem et la vraie maison du pain de vie. C'est ce pain que Dieu donne aux pauvres dans la nativité de Jésus ; s'ils aiment avec lai la pauvreté, s'ils connaissent les véritables richesses : Edent pauperes et saiurabuntur : « Les pauvres mangeront et seront rassasiés S » s'ils imitent la pauvreté de leur Seigneur et le viennent adorer dans la crèche.
VP ÉLÉVATION.
l'étable et la crèche de jésus-christ.
Dieu préparait au monde un grand et nouveau spectacle, quand il y fit naître un roi pauvre; et il fallut lui préparer un palais, et un berceau convenable. « 11 est venu dans son bien: et les siens ne l'ont pas reçu ^ : il ne s'est point trouvé de place 3 « pour lui, quand il est venu. La foule et les riches de la terre avaient rempli les hôtelleries: il n'y a plus pour Jésus qu'une étable abandonnée et déserte, et une crèche pour le coucher. Digne retraite pour celui qui dans le progrès de son âge devait dire: « Les renards ont leurs trous, etles oiseaux du ciel, » qui sont les familles les plus vagabondes du monde, « ont leurs nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête *. » Il ne le dit pas par plainte ; il était accoutumé à ce délaissement : et à la lettre, dès sa naissance, il n'eut pas où reposer sa tête.
C'est lui-même qui le voulut de cette sorte. Laissons les lieux habités par les hommes : laissons les hôtelleries où régnent le tumulte et l'intérêt: cherchez pour moi parmi les animaux une retraite plus simple et plus innocente. On a enfin trouvé un lieu digne du « délaissé. » Sortez, divin enfant; tout est prêt pour signaler votre pauvreté. Il sort comme un trait de lumière, comme un rayon du soleil : sa mère est tout étonnée de le voir paraître tout à coup : cet enfantement est exempt de cris, comme de douleur et de violence. Miraculeusement conçu, il naît encore plus miraculeusement : et les saints ont trouve
« Psal. XXI, 27. — 2 Joan., i, 11. — ^ Luc, ii, 7. — * loid.f ix, o6
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encore plus étonnant d'être né que d'ôtre conçu d'une vierge. Entrez en possession du trône de votre pauvreté. Les anges vous y viennent adorer. Quand Dieu vous introduisit dans le inonde, ce commandement partit du haut du trône de sa majesté : « Que tous les anges de Dieu l'adorent*. ^> Qui peut douter que sa mère, que son père d'adoption ne laient adoré en même temps? C'est en figure de Jésus que l'ancien Joseph fut « adoré de son père et de sa mère^; » mais l'adoration que reçoit Jésus est bien d'un autre ordre, puisqu'il est « béni el adoré comme Dieu au-dessus de tout, aux siècles des siècles ^. » Ne pensez pas approcher de ce trône de pauvreté avec l'amour des richesses et des grandeurs. Détrompez-vous, désabusezvous, dépouillez-vous, du moins en esprit, vous qui venez à la crèche du Sauveur. Que n'avons-nous le courage de qui! ter en effet, pour suivre pauvres le Roi des pauvres ! Quittons du moins tout en esprit; et au lieu de nous glorifier du riche appareil qui nous environne, rougissons d'être parés où Jésus- Christ est nu et délaissé.
Toutefois il n'est pas nu : « sa mère l'enveloppe de langes * » avec ses chastes mains. Il faut couvrir le nouvel Adam, qui porte le caractère du péché, que l'air dévorerait, et que la pudeur doit habiller autant que la nécessité. Couvrez donc, Marie, ce tendre corps : portez-le à cette mamelle virginale : concevezvous votre enfantement? N'avez- vous point quelque pudeur de vous voir mère? Osez-vous découvrir ce sein maternel, et quel enfant ose en approcher ses divines mains? Adorez-le en l'allaitant, pendant que les anges lui vont amener d'autres adorateurs.
\IV ÉLÉVATION
l'ange annonce JÉSUS AUX BERGERS.
« Les bergers, » les imitateurs des saints patriarches et la troupe la plus innocente et la plus simple qui fût dans le monde, « veillaient la nuit » parmi les champs « à la garde de leurs troupeaux^. » Anges saints accoutumés à converser avec ces anciens bergers, avec Abraham, avec Isaac, avec Jacob,
* Hebr., i, 6 ; Psal. xcvi, 7. — ^Gai^i.^ iiKVii, 9-10. — 3 Rom., ix,5. — ^ Luc, II, 7. — » Ibid., 8, 9.
annoncez à ceux de la contrée que le grand pasteur est venu, que la terre va voir encore un roi berger, qui est le lils de David, « l'ange du Seigneur. » Ne lui demandons pas son nom, comme Manué; il nous répondrait peut-être: « Pourquoi demandez-vous mon nom qui est admirable ^ ? >. Si ce n'est qu'il faille entendre que c'est le môme ange qui vient d'apparaître à Zacharie et à la sainte Vierge. Quoi qu'il en soit, sans rien présumer où l'Évangile ne dit mot, « l'ange du Seigneur se présenta tout à coup à eux : une lumière céleste les environna, et ils furent saisis d'une grande crainte ^. » Tout ce qui est divin étonne d'abord la nature humaine pécheresse et bannie du ciel. Mais l'ange les rassura, en leur disant: « Ne craignez pas: je vous annonce une grande joie. C'est que dans la ville de David » (retenez ce lieu qui de si longtemps vous est marqué par la prophétie), « aujourd'hui vous est né le Sauveur du monde, le Christ, le Seigneur. Et voici le signe que je vous donne pour le reconnaître: vous trouverez un enfant enveloppé de langes, couché dans une crèche. » A cette marque singulière d'un enfant couché dans une crèche, vous reconnaîtrez celui qui est le Christ, le Seigneur : « Petit enfant qui est né pour nous : Fils qui nous est donné : » qui en même temps « est nommé l'Admirable, le Dieu fort, le Père de l'éternité, le Prince de paix '. » Aussi « au même instant se joignit à l'ange une grande troupe de l'armée céleste, qui louait Dieu et disait : « Gloire à Dieu, et paix sur la terre *. »
Remarquons ici un nouvau Seigneur à qui nous appartenons : un Seigneur qui reçoit de nouveau ce nom suprême et divin avec celui de Christ : c'est le Dieu qui est oint de Dieu, à qui David a chanté : « Votre Dieu, ô Dieu, vous a oint; vous êtes Dieu éternellement ^ : » mais vous êtes de nouveau le Christ, Dieu et homme à la fois : et le nom de Seigneur vous est affecté, pour exprimer que vous êtes Dieu à môme titre que votre Père : dorénavant à l'exemple de l'ange, on vous appellera le Seigneur en toute souveraineté et hauteur. Commandez donc à votre peuple nouveau : vous ne parlez point encore ; mais vous commandez par votre exemple : et quoi? l'estime du moins et l'amour de la pauvreté; le mépris des pompes du monde; la simplicité : l'ose-
1 Judic, xm, 17, 18. — 2 Luc, u, 9-12. — ^ Isa., ix, 6. — * Liic^ ii, ]3, 14. — e psnl. xuv, 8.
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rai-je dire? une sainte rusticité dans ces nouveaux adorateurs que l'ange vous amène et qui font toute votre cour, agréable à Joseph, à Marie et de môme parure qu'eux, puisqu'ils sont également revêtus de la livrée de la pauvreté.
Vin« ÉLÉVATION.