SUR LE SAINT VIEILLARD SIMÉON
« Il y avait dans Jérusalem un homme juste et craignant Dieu, nommé Siméon, qui vivait dans l'attente de la consolation d'Israël, et le Saint-Esprit était en lui: et il lui avait été révélé par le Saint-Esprit qu'il ne mourrait point, qu'auparavant il n'eût vu le Glirist du Seigneur *. » Voici un homme admirable, et qui fait un grand personnage dans les mystères de l'enfance de Jésus. Premièrement, c'est un saint vieillard qui n'attendait plus que la mort : il avait passé toute sa vie dans l'attente de la céleste consolation. Ne vous plaignez point, âmes saintes, âmes gémissantes, âmes qui vivez dans l'attente; ne vous plaignez pas si vos consolations sont différées: attendez : attendez, encore une fois : Expecta : reexpecta ^. Vous avez longtemps attendu, attendez encore : expectans expectavi Dominum ^ : attendez en attendant: ne vous lassez jamais d'attendre. « Dieu est fidèle*, » et il veut être attendu avec foi : attendez donc la consolation d'Israël. Et quelle est la consolation du vrai Israël? C'est de voir ane fois, et peut-être à la fin de vos jours, le Christ du Seigneur.
Il y a des grâces uniques en elles-mêmes, dont le premier trait ne revient plus, mais qui se continuent ou se renouvellent par le souvenir. Dieu les fait attendre longtemps pour exercer la foi et en rendre l'épreuve plus vive: Dieu les donne quand il lui plaît d'une manière soudaine et rapide : elles passent en un moment : mais il en demeure un tendre souvenir et comme un parfum : Dieu les rappelle, Dieu les multiplie, Dieu les augmente: mais il ne veut pas qu'on les rappelle comme de soimême par des efforts violents: il veut qu'on l'attende toujours: et on ne se doit permettre que de doux et comme insensibles retours sur ses anciennes bontés. « Que ceux qui ont des oreilles pour entendre, écoutent ^. » Telle sera, par exemple, une certaine suavité du Saint-Esprit, un goût caché de la rémission des péchés, un pressentiment de la jouissance future ; une impression aussi efficace que sublime de la souveraine majesté
1 Luc, II, 25, 2G. — 2 Isa., xxvni, 10, 13. — 3 Psal. xxxix, 2. — * U Thessal., m, 3. — ^ Luc.^ xiv, 35.
de Dieu, ou de sa i)onl6 et de sa commuriicalion en Jésus- Christ; d'autres sentiments que Dieu sait et que saint Jean dans V Apocalypse appelle « la manne cachée *, » la consolation dans le désert, l'impression secrète dans le fond du cœur du « nouveau nom de Jésus-Christ, que nul ne connaît que celui qui l'a reçu 2. » C'est la consolation de Siméon dans ce mystère. Tous les fidèles y ont part, chacun à sa manière, et tous doivent le comprendre selon leur capacité.
0 Dieu et Père de miséricorde, faites-moi entendre ce nouveuu nom de votre Fils : ce nom de Sauveur que chacun de nous se doit appliquer par la foi, lorsque Dieu dit à notre âme : « Je suis ton salut 2. )) La voilà la consolation de Siméon : voyons comme il y est préparé.
VP ÉLÉVATION.
DEENIÈRE PRÉPARATION A LA GRACE QUE SIMÉON DEVAIT RECEVOIR : LE SAINT-ESPRIT LE CONDUIT AU TEMPLE.
L'attente de Siméon était une préparation à la grâce de voir Jésus; mais cette préparation était encore éloignée : la dernière et la plus prochaine disposition, c'est qu'après avoir longtemps attendu avec foi et patience, tout d'un coup il sent dans son cœur une impulsion aussi vive que secrète, qui le pressait à ce moment d'aller au temple, sans qu'il sût peut-être distinctement ce qu'il y allait trouver, Dieu se contentant de lui faire sentir que ses désirs seraient satisfaits. « Il vint » donc « en esprit au temple : » il y vint par une secrète instigation de l'esprit de Dieu. Allons aussi en esprit au temple, si nous y voulons trouver Jésus-Christ. N'y allons point par coutume, par bienséance : « Les vrais adorateurs adorent Dieu en esprit et en vérité * : » c'est le Saint- Esprit qui les meut, et ils suivent cet invisible moteur.
Le temple matériel, l'assemblée visible des fidèles est la figure de leur invisible réunion avec Dieu dans l'éternité. C'est là le vrai temple de Dieu : le vrai temple de Dieu où il habite, c'est la sainte et éternelle société de ses saints, réunis en lui par Jésus-Christ. Ainsi aller au temple en esprit, c'est s'unir en esprit
iApoc, II, n. — 2 ibid. — 3 Psal. XXXIV, 3. — * Joan., iv, 24.
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à ce temple invisible et éternel, où Dieu, comme dit l'Apôtre, <( sera tout en tous *. »
Allons donc en esprit au temple; et toutes les fois que nous entrerons dans ce temple matériel, unissons-nous en esprit « à la sainte et éternelle Jérusalem - » où est le temple de Dieu, où sont réunis les saints purifiés et glorifiés, qui attendent pourtant encore à la dernière résurrection leur parfaite glorification, et l'assemblage consommé de leurs frères qui manquent encore en leur sainte société, et que Dieu ne cesse de rassembler tous les jours.
Là donc on trouve Jésus-Christ, mais Jésus-Christ entier, c'està-dire le chef et les membres : mais il ne sera entier que lorsque le nombre des saints sera complet. Ayons toujours la vue arrêtée à cette consommation de l'œuvre de Dieu, et nous irons en esprit au temple pour y trouver Jésus-Christ,
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