XVIII^ SEMAINE. — VHP ÉLÉVATION
portent cet effet miraculeux. Mais parce qu'ils y môlaient par rapport à eux une complaisance trop humaine, Jésus-Christ leur dit : Il es! vrai : « je vous ai donné ce pouvoir sur les démons : néanmoins ne vous réjouissez pas de ce qu'ils vous sont soumis; mais réjouissez- vous de ce que vos noms sont écrits dans le ciel *; » et ce discours se termine à rendre gloire à Dieu de l'accomplissement de sa volonté : « Il est ainsi, mon Père, parce que c'a été votre bon plaisir ^. »
Ceux aussi dont parle saint Paul ', qui donneraient « tous leurs biens aux pauvres et leurs membres mômes au martyre, » ne seraient pas dépourvus de quelque joie, en faisant à Dieu ce sacrifice apparent : et néanmoins, s'ils « n'avaient pas la charité » et celte céleste délectation de l'accomplissement de la volonté de Dieu, « ils ne seraient rien. » Cherchons donc à nous réjouir en Jésus-Christ de ce qui a réjoui Jésus-Christ môme, c'est-à-dire du bon plaisir de Dieu, et mettons là toute notre joie. Alors, guidés au temple par l'esprit de Jésus-Christ, nous le rencontrerons avec Siméon, et la rencontre sera heureuse.
VHP ÉLÉVATION.
qd'est-ce que recevoir Jésus-christ entre ses bras?
« Il prit l'Enfant entre ses bras *. » Ce n'est pas assez de regarder Jésus-Christ; il faut le prendre, le serrer entre ses bras avec Siméon, afin qu'il n'échappe point à notre foi.
Jésus-Christ est la vérité : le tenir entre ses bras, c'est comprendre ses vérités, se les incorporer, se les unir, n'en laisser écouler aucune, les goûter, les repasser dans son cœur, s'y affectionner, en faire sa nourriture et sa force : ce qui en donne le goût et les fait mettre en pratique.
C'est un défaut de songer seulement à la pratique : il faut aller au principe de l'affection et de l'amour. Lisez le psaume cxvni, tout consacré à la pratique de la loi de Dieu : « Heureux ceux qui marchent dans la loi de Dieu ". « Mais que fait David pour cela? Il la recherche, il l'approfondit, il désire qu'elle soit sa règle, il désire de la désirer, il s'y attache par un saint et fidèle amour;
1 Luc, X, 19, 20. —2 Ibid., 21. — 3 I Cor., xniy 2, 3. — * Luc, u, 28. — 5 Psal. cxviii, 1, 2 et seq.
284 ÉLKVATIONS SUU LES MYSTÈRES.
il cil aime la vérité, la droiture; il on chante les merveilles, il use ses yeux à la lire nuit et jour, il la goûte, elle est un miel célest« à sa bouche. C'est ce qui rend la pratique amoureuse et persévérante.
Combien plus devons-nous aimer l'Évangile? Mais pour aimer l'Évangile, il faut primitivement aimer Jésus-Christ, le serrer entre ses bras, dire avec l'Épouse : « Je le tiens, et ne le quitterai pas *. » Une pratique sèche ne peut pas durer : une affection vague se dissipe en l'air : il faut, par une forte affection, en venir à une solide pratique.
Ceux qui disent qu'il en faut venir à la pratique, disent vrai sans doute; mais ceux qui pensent qu'on en peut venir à une pratique forte, courageuse et persévérante sans l'attention de l'esprit et l'occupation du cœur, ne connaissent pas la nature de l'esprit humain, et ne savent pas embrasser Jésus-Christ avec Siméon.
IX« ÉLÉVATION
qu'est-ce qde bénir dieu, en tenant jéscs-christ entre ses bras?
« Et il bénit Dieu, et il dit : Vous laisserez maintenant aller en Daix votre serviteur ^. » La bénédiction que nous donnons à Dieu vient originairement de celle qu'il nous donne. Dieu nous bénit, lorsqu'il nous comble de ses biens : nous le bénissons, lorsque nous reconnaissons que tout le bien que nous avons vient de sa bonté; et que ne pouvant lui rien donner, nous confessons avec complaisance ses perfections et nous nous en réjouissons de tout notre cœur.
Cette occupation naturelle de l'homme a été interrompue parle péché, et rétablie par Jésus-Christ ; en sorte que par nous-mêmes ne pouvant bénir Dieu, ni rien faire qui lui soit agréable, nous le bénissons en Jésus-Christ, « en qui » aussi « il nous a » premièrement « bénis de toute bénédiction spirituelle 3, » comme dit saint Paul.
Pour donc bénir Dieu, il faut le tenir entre nos bras, qui est une posture d'offrande et un acte pour présenter à Dieu son Fils bien-aimé.
* Caniic, m, 4. — 2 Luc, 11, 28, 29. — s Ephes., i, 3.
XVIIl* SEMAINE. — X" ÉLÉVATION. 28^
Par ce moyen nous rendons à Dieu tout ce que nous lui devons et lui faisons une obligation égale, non seulement à ses bienfaits, mais encore à ses grandeurs, en lui présentant un autre luimôme. Au reste nous pouvons l'ofi'rir, puisqu'il est à nous, de même sang, de même nature que nous sommes; qui d'ailleurs se donne à nous tous les jours dans la sainte Eucharistie, afin que nous ayons tous les jours de quoi donner à Dieu qui nous donne tout.
L'etl'et dans nos cœurs de celte bénédiction, c'est de nous dégoûter de la vie et de tous les biens sensibles. Celui-là bénit Dieu véritablement, qui, attaché à Jésus-Christ qu'il présente à Dieu et détaché de tout le reste, dit avec Siméon : « Laissez-moi aller en paix : «je ne veux rien, je ne tiens à rien sur la terre; ou bien avec Job : « Le Seigneur a donné : le Seigneur a ôté : tout ce que le Seigneur a voulu est arrivé : le nom du Seigneur soit béni ^ : à lui la gloire et l'empire ^ : » à nous l'humilité et l'obéissance. En quelque état que nous soyons, mettons Jésus entre Dieu et nous : Veux-je vous rendre grâces, voilà votre Fils : vous ai-je offensé, voilà votre Fils, mon grand propitiateur. Voyez les pleurs de ses yeux enfantins : c'est pour moi qu'il les verse. Qui en doute, puisqu'il a bien versé son sang? Recevez donc de mes mains le Sauveur que vous nous avez donné. C'est pour cela qu'il se met encore tous les jours entre nos mains. Mais soyons purs, soyons saints pour offrir à Dieu le Saint des saints : levons à Dieu des mains pures et allons en paix.
X« ÉLÉVATION