LE CANTIQUE DE SIMÉON
Le saint vieillard ne veut plus rien voir, après avoir vu Jésus- Christ^. Il croyait profaner ses yeux sanctifiés par la vue de Jésus-Christ : et il ne désire plus que d'aller bientôt au sein d'Abraham y attendre l'espérance du monde, et annoncer comme prochaine aux enfants de Dieu la consolation d'Israël.
En général on ne doit souhaiter de vivre que jusqu'à tant qu'on ait connu Jésus-Christ. Mourir sans l'avoir connu, c'est
* Job., I, 21. — « Apoc, I, 6. — 3 Luc, n, 2G.
mourir dans son péché : mais aussi quand on l'a connu et goûté par la rémission de ses péchés, qui pourrait aimer la vie et se repaître encore de ses illusions? La vie de l'homme n'est quo tentation et tromperie. Les pompes, les grandeurs, les biens d-: monde, qu'est-ce autre chose « qu'orgueil, concupiscence d » yeux, concupiscence de la chair*, » un vain faste, une vai:e enflure, un amusement dangereux, un piège, un attrait trorjpeur pour les faibles? « Fuyons, fuyons cette Babylone, poir n'être point corrompus par ses délices ^ : » après avoir vu le vru en Jésus, fuyons le faux qui est dans le monde.
Eh bien, je laisserai le monde : je m'en irai contempler Ici œuvres de Dieu dans la retraite : je n'y trouverai pas ce fauF que j'aperçois dans le monde : quelle consolation, puisque 1 vrai y est encore imparfait! Les créatures peuvent être nos intro ducteurs vers Dieu : mais quand nous le pouvons voir luimême, qu'avons-nous besoin des introducteurs? Fermez-vous dorénavant, mes yeux : vous avez vu Jésus-Christ; il n'y a plus rien à voir pour vous.
C'est ainsi que le juste méprise la vie, et ne la supporte qu'a< vec peine. Mais alors, et quand Jésus-Christ devait paraître, on pouvait désirer la consolation de le voir et de lui rendre témoignage. Maintenant, où pour le voir il faut mourir, la mort n'estelle pas douce? Si le saint vieillard a tant désiré de voir Jésus dans l'infirmité de sa chair, combien plus devons-nous désirer de le voir dans sa gloire! Heureux Siméon, combien de « prophètes, « combien « de rois ont désiré de voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu ! » C'est ce que Jésus disait à ses disciples ; et il ajouta : « Et d'ouïr ce que vous écoutez, et ne l'ont pas ouï'. » Siméon n'écoutait pas sa parole, qui faisait dire à ses auditeurs, peut-être encore incrédules : « Jamais homme n'a parlé comme celui-ci *; » et néanmoins il est ravi : combien plus le devonsnous être d'entendre sa sainte parole, et d'en attendre la parfaite révélation dans la vie future ! Siméon ne voit rien encore qu'un enfant où rien ne paraît d'extraordinaire; et Dieu lui ouvre les yeux et l'esprit, pour voir que c'est la « lumière » que Dieu prépare « aux gentils » pour les éclairer, et le flambeau pour les recueillir de leur dispersion : en même temps la gloire
* I Joan., II, 19. — 2 Apoc, xviii, 4.-8 Luc, x, 24. — * Joan.^ vri,
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iVIsraël, » et celui où se réunissent ceux qui sont loin et ceux Ijui sont près : en un mot l'attente commune des deux peuples, tomme Jacob le vit en mourant, lorsqu'il vit sortir de Juda celui K qui était Tespérance de tous les peuples de l'univers *. »
Éclairez-nous, ô Sauveur, « lumière qui éclairez tout hommft venant au monde ^ : » éclairez-nous, nous que votre Évangile a tirés de la gentilité : éclairez les Juifs encore endurcis, et qu'ils viennent confesser avec nous Jésus-Christ Notre-Seigneur. Qui verra cet heureux temps ? Quand viendra-t-il ? Bienheureux les yeux qui verront, après la conversion des gentils, la gloire du peuple d'Israël 1
Xl« ÉLÉVATION.