‹ Elévations sur les mystèresChapitre 154 sur 229 · ADMIRATION DE JOSEPH ET DE MARIE · texte numérisé non relu

ADMIRATION DE JOSEPH ET DE MARIE

« Le père et la mère de l'enfant étaient en admiration de ce qu'on disait de lui 3. » Pourquoi tant être en admiration? Us en savaient plus que tous ceux qui leur en parlaient. Il est vrai que lange ne leur avait pas encore annoncé la vocation des gentils. Marie n'avait ouï parler que « du trône de David et de la maison de Jacob*. » Elle avait senti toutefois par un instinct manifestement prophétique et sans limitation, que « dans tous les temps on la publierait bienheureuse^ : » ce qui semblait comprendre tous les peuples comme tous les âges : et l'adoration des mages était un présage de la conversion des gentils. Quoi qu'il en soit, Siméon est le premier qui paraisse l'avoir annoncée, et c'était un grand sujet d'admiration.

Sans en tant rechercher les causes, le Saint-Esprit nous veut faire entendre une excellente manière d'honorer les mystères. C'est, à la vue des bontés et des merveilles de Dieu, de demeurer devant lui en grande admiration et en grand silence. Dans ce genre d'oraison, il ne s'agit pas de produire l)ea(icoup de pensées, ni de faire de grands efl'orts : on est devant Dieu : on s'étonne des grâces qu'il nous fait : on dit cent et cent fois sans dire mot, avec David : Quid est homo? « Qu'est-ce que l'homme, que vous daigniez vous en souvenir ^7 » Encore ua

* Gènes., xlix, 10. — 2 Joan., i, 9. — ^ Luc, ii, 33. — * Jbid., i, 32.— 6 /oit/., 48. —6 Psal. VIII, 5.

coup : quesl-ce que l'homme, que vous, vous qui ôtes le Seigneur admirable par toute la terre, vouliez y penser? Et on s'abîme dans l'étonnement et dans la reconnaissance, sans songer à vouloir produire, ni au dedans ni au dehors, la moindre parole, tant que dure celle bienheureuse et très simple disposition.

11 y a dans l'admiration une ignorance soumise, qui, contente de ce qu'on lui montre des grandeurs de Dieu, ne demande pas d'en savoir davantage; et perdue dans l'incompréhensibililc des mystères, les regarde avec un saisissement intérieur, également disposée à voir ou à ne voir pas, à voir plus ou moins selon qu'il plaira à Dieu. Cette admiration est un amour. Le premier effet de l'amour, c'est de faire admirer ce qu'on aime, le faire toujours regarder avec complaisance, y rappeler les yeux, ne vouloir point le perdre de vue. Celte manière d'honorer Dieu est marquée dans les saints dès les premiers temps. Elle est répétée plusieurs fois dans saint Clément d'Alexandrie. Mais quoi? Elle est de David» lorsqu'il dit : Quam admirabile! quid homo! quam magna multitudo dulcedinis tuœ, Domine! « Que votre nom est admirable! qu'est-ce que l'homme! que vos douceurs sont grandes et innombrables ^ ! » C'esl le cantique de tous les saints dans V Apocalypse : « Qui ne vous craindra, Seigneur? Qui n'exaltera votre nom ? car vous êtes le seul saint 2. » On se tait alors, parce qu'on ne sait comment exprimer sa tendresse, son respect, sa joie, ni enfin ce qu'on sent de Dieu : et c'est « dans le ciel le silence d'environ une demi-heure ^ : » silence admirable, et qui ne peut durer longtemps dans cette vie turbulente ei tumultueuse.

XIV ÉLÉVATION

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