‹ Elévations sur les mystèresChapitre 157 sur 229 · PERSONNE · texte numérisé non relu

PERSONNE

Je frémis, je sèche. Seigneur, je suis saisi de frayeur et d'étonnement; mon cœur se pâme, se flétrit, quand je vous vois en butte aux contradictions, non seulement des infidèles, mais encore de ceux qui se disent vos disciples. Et premièrement, quelles contradictions sur votre personne 1 Vous êtes tellement Dieu qu'on ne peut croire que vous soyez homme : vous êtes tellement homme, qu'on ne peut croire que vous soyez Dieu. Les uns ont dit : « Le Verbe est en Dieu * ; » mais ce n'est rien de substantiel ni de subsistant: il est en Dieu comme notre pensée est en nous : en ce sens il est Dieu comme la pensée est notre âme. Car qu'est-ce que la pensée, sinon notre âme en tant qu'elle pense? Non, disent les autres: on voit trop que le Verbe est quelque chose qui subsiste : c'est un fils, c'est une personne : qui ne le voit pas par toutes les actions et toutes les choses qu'on lui attribue? Mais aussi ne doit-on pas croire que cet homme qui est né de Marie, sans être rien autre chose, est cette personne qu'on nomme le Fils de Dieu? Quoi! il n'est pas devant Marie, lui qui dit qu'il est « devant Abraham 2? >» lui qui « était au commencement ^\ » Vous vous trompez, il est évident^ dit Arius, qu'il est devant que le monde fût : c'est dès lors une personne subsistante; mais inférieure à Dieu, faite du néant comme le sont les créatures, quoique plus excellente. Tiré du néant? cela ne se peut : lui « par qui tout a été tiré du néant*. » Comment donc est-il fils? Un fils n'est-il pas produit

» Joan., I, 1. — 2 Ibid., viii, 58. — 3 [bid., i, 1, 2. — * Ibid., 3.

Page 1