XXI" SEMAINE. — VIII» ÉLÉVATION
figures; propre à nous déclarer pécheurs, et non pas à nous justifier; propre à nous montrer le chemin, mais non pas à nous y conduire ni à nous y faire entrer : « par Jésus-Christ est venue la grâce » qui nous fait agir, « et la vérité, » au lieu des ombres. Enfin le dernier trait de prééminence en Jésus-Christ, c'est qu'il est « le Fils et le Fils unique, et le Fils toujours dans le sein de son Père * : » ce qui fait que la connaissance de Dieu se va augmenter, puisque c'est celui qui est dans son sein qui nous en révélera le secret: « Jamais personne n'a vu Dieu: mais son Fils unique » va nous « découvrir le secret du sein paternel; » en sorte « qu'en le voyant, nous verrons son Père 2. « Faut-il donc s'étonner, si Jean ne se reconnaît pas digne de lui délier ses souliers? Si Jésus-Christ n'était qu'une créature, Jean en aurait-il parlé ainsi ? Qui jamais a ainsi parlé, oud'Élie un si grand prophète, ou de Salomon ou de David de si grands rois, ou de Moïse lui-même? Aussi n'étaient-ils tous « que des serviteurs: mais Jésus-Clirist est le Fils unique 3. » S'il est éternellement dans le sein du Père, il ne peut pas être d'une nature inférieure ou dégénérante: autrement il avilirait, pour ainsi parler, le sein où il demeure. Abaissons-nous donc à ses pieds: c'est le seul moyen de nous élever. Jean s'abaisse jusqu'à se juger indigne de déchausser son souverain : et Jésus pour le relever, viendra bientôt recevoir de lui le baptême: et cette main qui se juge indigne de toucher les pieds de Jésus, « est élevée, » dit saint Chrysostome, « au haut de sa tête, pour verser dessus l'eau baptismale*. »
VHP ÉLÉVATION.
première manière de manifester jésus-christ, avant que de
l'avoir vu.
Dieu avait déterminé à saint Jean-Baptiste deux temps où il devait faire conaître le Sauveur, dont le premier était avant que de l'avoir vu. Quelle merveille, un artisan encore dans la boutique et gagnant sa vie, était le sujet des prédications d'un prophète plus que prophète, et si révéré, qu'on le prenait pour le
1 Joan., I, 18. — 2 Jonn., xiv, 9. — 3 Uebr., III, 5, 6. — * Cbrysost., hom. IX, alias hom. m, in Matlh., n. 5.
(illirisl (a) ! C'était de cot homme dans la boutique, que saint Jean disait: « Il y a un homme au milieu de vous que vous ne connaissez pas, et dont je ne suis pas digne de toucher les pieds*. » 11 est plus grand que Moïse: il donne la giâce quand Moïse ne donne que la loi : il est devant tous les siècles le Fils unique de Dieu et dans le sein de son Père : nous n'avons de grâce que par lui : cependant vous ne le connaissez pas, quoi^ qu'il soit au milieu de vous. Dans quelle attente de si hauts discours devaient-ils tenir le monde, et quelle préparation des voies du Seigneur! On s'accoutumait à entendre nommer le Fils unique de Dieu qui venait en annoncer les secrets : mais quoi I c'était de ce charpentier qu'on parlait ainsi. Qu'est-ce après cela que la gloire humaine? Qu'est-ce devant Dieu que la différence des conditions? Jean ne l'avait jamais vu, et ne le connaît peut-être que par l'impression qu'il en avait ressentie au sein de sa mère. Elle se continuait, et il éprouvait que le Fils de Dieu était au monde par les effets qu'il faisait sur lui. Aussi confessait-il que « nous recevons tous de sa plénitude 2, » et il sentait que c'était de là que lui venait à lui-même cette abondance de grâce. Mais il se prépare de plus grands mystères: Jésus va paraître au monde; et le premier qu'il va visiter, c'est Jean-Bapliste: et si ce saint précurseur l'a si bien fait connaître avant que de l'avoir vu, quelles merveilles nousi)araîtront quand ils seront en présence?
(a) Var : Quelle merveille qu'un artisan encore dans la boutique et gagnant sa vie, fût le sujet... !
1 Joan., I, 26, 27. —^'Jbid., 16.