‹ Elévations sur les mystèresChapitre 196 sur 229 · QUEL REMÈDE IL FAUT OPPOSER A CHAQUE TENTATION · texte numérisé non relu

QUEL REMÈDE IL FAUT OPPOSER A CHAQUE TENTATION

On oppose à la tentation des remèdes ou particuliers ou généraux.

Les remèdes généraux sont le jeûne, la prière, la lecture, la retraite, où est renfermé le soin d'éviter les occasions : à quoi on peut ajouter l'occupation et le travail.

Pour bien comprendre les remèdes particuliers, allons à l'éoole du Fils de Dieu et voyons ce qu'il pratique.

A la tentation de la sensualité et en particulier à celle de la faim, il oppose, qu'on ne vit pas seulement de pain ; que Dieu a envoyé la manne à son peuple pour le soutenir dans le désert; qu'il n'y a donc qu'à s'abandonner à sa providence paternelle; qu'il nourrit tous les animaux jusqu'aux corbeaux, et jusqu'aux serpents, et jusqu'à un ver de terre, sans qu'ils sèment ni qu'ils labourent ; qu'il ne faut point désirer le plaisir des sens ; que sa parole, que sa vérité est le véritable soutien et le nourrissant plaisir des âmes : et tout cela est compris dans cette parole de l'Écriture citée à cette occasion par le Sauveur : u L'homme ne vit pas seulement de pain, mais encore de toute parole, » ou de toute chose « qui sort de la bouche de Dieu ^ »

A la seconde tentation, Jésus-Christ oppose ces mots : « Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu^. » Celui qui entreprend des choses trop hautes, que Dieu ni ne lui ordonne, ni ne lui conseille, sous prétexte qu'il fera en sa faveur quelque chose d'extraordinaire qu'il n'a point promis, tente le Seigneur son Dieu : il tente encore le Seigneur son Dieu lorsqu'il veut entendre par un effort de son esprit ses inaccessibles mystères, sans songer que « celui qui entreprend de sonder la majesté sera opprimé par sa gloire '. » Ceux-là donc tentent le Seigneur leur Dieu, et n'écoutent pas ce précepte: « Ne cherchez point des choses plus hautes que vous*; » celui aussi qui entreprend de grands ouvrages dans l'ordre de Dieu, mais le fait sans y employer des forces et une diligence proportionnée, tente Dieu manifeste-

1 Mntth., IV, 4. — 2 IbicL, 7 ; Deuter., vi, IG. — 3 Proy., xxv, 27. — * Eccti., III, 22.

rnoiil, et attend de lui un secours qu'il n'a point promis. lien est de môme de celui qui se jette volontairement dans le péril qu'il peut éviter : car s'il le peut, il le doit, et non par une téméraire confiance hasarder volontairement son salut. Celui qui dit par le sentiment d'un Taux repos : Je m'abandonne à la volonté de Dieu, et je n'ai qu'à le laisser faire, au lieu d'agir avec Dieu et de faire de pieux efforts, flatte la mollesse, et entretient la nonchalance et tente le Seigneur son Dieu, qui veut que nous soyons coopérateurs de sa sagesse et de sa puissance. Dites donc, en faisant ce que vous pouvez de votre côté, comme il l'ordonne : Je me repose sur Dieu, je le laisse faire; et par là on ne songe qu'à se tirer du trouble, de l'agitation, de l'inquiétude : autrement vous tentez Dieu, et vous vous jetez à terre du haut du pinacle, dans l'espérance de trouver entre deux les nnains des anges.

Pourquoi opposera la tentation de l'ambition ces paroles : «Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, e'tle serviras seuH?» Les hommes ambitieux s'adorent eux-mêmes ; ils se croient les seuls dignes de commander aux hommes et de remplir les grandes places : ils ont une merveilleuse complaisance pour les conseils qu'ils ont imaginés pour y parvenir : ils se mettent au-dessus de tous les hommes, dont ils croient faire des instruments de leur vanité : tous ceux-là s'adorent eux-mêmes, et veulent que les autres les adorent. Ceux qui s'imaginent avoir ce que le monde appelle esprit supérieur; qui ravis de la prétendue supériorité de leur génie à manier les hommes et les affaires, croient s'élever au-dessus de tout le genre humain, s'adorent eux-mêmes et se croyant les artisans de leur grandeur, les fabricateurs de leur fortune, les auteurs de leurs beaux talents, de leur habileté, de leur éloquence, ils disent : « Notre langue est de nous : » et nous nous sommes faits nous-mêmes : « qui est au-dessus de nous 2? »

En s'adorant eux-mêmes et en adorant leur propre orgueil, ils adorent en quelque sorte le diable qui l'a inspiré. Car le propre de ce superbe esprit est d'avoir voulu s'égaler à Dieu, et s'adorer lui-même; et il règne sur ceux qu'il attire dans ses sentiments et ses révoltes.

» Matlh.^ IV, 10; Deuter., vi, 13; x, 20. — 2 Psal. xi, 5.

XXIIP SEMAINE. — Ve ÉLÉVATION. 349

Pourquoi Jésus-Christ ne dit-il lieu à la vanterie du démon, qui se glorifie « d'avoir tous les empires en sa puissance, et de les distribuer à qui il lui plaît avec toute la gloire qui y est attachée 1? » Il est vrai qu'en un certain sens, il est le maître de l'univers par le péché qu'il y a introduit et par le règne de l'idolâtrie qui était comme universel. Il est vrai encore qu'en remuant les passions et l'ambition des hommes, il donne des fondements à la plupart des conquêtes et des empires qui en ont été l'ouvrage : il n'est pas vrai toutefois qu'il donne les empires, parce que ces violeiites passions des hommes n'ont que l'effet que Dieu veut, et que c'est lui qui donne la victoire. Mais Jésus-Christ le laisse se repaître de sa fausse gloire; et content d'apprendre aux hommes à adorer Dieu, il leur apprend à la fois que par là ils renverseront le superbe empire du démon, déjà prêt à tomber à terre.

V ELEVATION

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