‹ Elévations sur les mystèresChapitre 198 sur 229 · CXLVIII · texte numérisé non relu

CXLVIII

poiU-ôtre de ces vertus ou de ces puissances qu'il est écrit : <c Dieu sous qui se courbent ceux qui portent le monde * ; » et quoi qu'il en soit, nous voyons dans toutes ces paroles une espèce de présidence de la nature spirituelle sur la corporelle.

Combien la force des anges prévaut à celle des hommes et des animaux et quelle domination elle est capable d'exercer sur eux sous l'ordre de Dieu, il l'a lui- môme déclaré par le carnage effroyable que fit un seul ange dans toute l'Egypte, dont il lit mourir tous les premiers-nés autant parmi les animaux que parmi les hommes ^, et encore par celui qui se fit si promptcment dans l'armée de Sennachérib qui assiégeait Jérusalem ^.

On pourrait pourtant demander si Dieu conserve le môme pouvoir aux anges déserteurs et condamnés : mais saint Paul a décidé la question, lorsque, pour exciter les fidèles à résister vigoureusement à la tentalion, il les avertit que « nous n'avons pas à lutter avec la chair et le sang, mais avec des princes et des puissances, » qu'il appelle encore à cause de leur origine, « des vertus des cieux *, » après même qu'ils en ont été précipités, pour nous montrer qu'ils conservent encore dans leur supplice la puissance comme le nom qu'ils avaient par leur nature. Et il ne faut pas s'en étonner, puisque Dieu, qui les pouvait justement priver de tous les avantages naturels, a mieux aimé faire voir en les leur conservant que tout le bien de la nature tournait en supplice à ceux qui en abusent contre Dieu. Ainsi l'intelligence leur est demeurée aussi perçante et aussi sublime que jamais ; et la force de leur volonté à mouvoir les corps, par cette même raison leur est restée comme, du débris de leur effroyable naufrage.

Que si l'on dit que la force de la volonté des anges venait de la conformité à la volonté de Dieu qu'ils ont perdue, on ne songe pas que Dieu veut encore les faire servir de ministres à sa juslice; et en cela leur volonté sera conforme à celle de Dieu, parce qu'ils feront encore par une volonté mauvaise la même chose que Dieu fait par une volonté qui est toujours bonne.

Ainsi tous les avantages naturels sont demeurés aux démons pour leur supplice : Dieu leur a tout changé en mal : et leur noblesse naturelle se tournant en faste, leur intelligence en finesse et en artifice, et leur volonté en partialité et en jalousie, ils sont

^ Job., IX, 13. — 2 Exod., n, 4, 5: xii, 12, 23, 29; xiii, 16. — •^ IV Reg., xix, 35. — '^ Ephes., vi, 11. 12.

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