LE DIABLE SE RETIRE, MAIS POUR REVENIR
« Et après que toute la tentation fut accomplie, le diable se relira pour un temps *. » Il ne quitte donc jamais prise, quoique repoussé et vaincu : il revint plus d'une fois tenter Jésus-Christ; et apparemment il fit de nouveaux efforts dans le temps de sa passion et à l'heure de sa mort, qui est le « temps » que plusieurs entendent dans cet endroit de saint Luc. Quoi qu'il en soit, nous devons entendre qu'il faut toujours veiller et se tenir prêt.
Il est naturel à l'homme de se relâcher après le travail. Jamais il ne fait si bon recommencer le combat que lorsqu'après une pénible victoire, on cesse d'être sur ses gardes. C'est alors qu'on périt; on se dit à soi-môme : Il faut se donner un peu de repofc : j'ai vaincu par un grand effort: qu'ai -je à craindre? Les flots sont calmés, les vents apaisés, le ciel serein : on s'abandonne au sommeil : l'ennemi revient et reprend toutes les dépouilles qu'il avait perdues.
Mais croyons que le grand effort de la tentation est dans les approches de la mort, parce que premièrement c'est le temps de la décision, et secondement c'est le temps de la faiblesse. 0 Dieu! jamais je ne suis plus faible : tout s'émousse dans la vieillesse, et le courage plus que tout le reste : « Mon Dieu, ne me délaissez pas dans le temps de ma défaillance 2 : » quand la force me manque et que je n'ai point de ressource ni de courage, mes esprits sont offusqués : j'ai dans le cœur « une réponse de mort ^ » et de désespoir : Mon Dieu, aidez-moi. Voici le temps dont saint Luc disait : « Il le quitta jusqu'au temps * : » jusqu'au temps de défaillance et d'horreur, jusqu'au temps où dans le dernier affaiblissement les moments sont les plus précieux.
» Luc, IV, 13. — 2 psal. Lxx, 9-12. — 3 II Cor., i, 9. — * Luc, iv, IJ