‹ Elévations sur les mystèresChapitre 28 sur 229 · TO.ME VII · texte numérisé non relu

TO.ME VII

stance ; et ma substance demeure une pendant que mes pensée?^ vont et viennent, et pendant que ma volonté va se distinguant de mon âme, d'où elle ne cesse de sortir : de môme que ma connaissance va se distinguant de mon être, d'où elle sort pareillement; et pendant que tous les deux, je veux dire ma connaissance et ma volonté, se distinguent en tant de manières et se portent successivement à tant de diver."^ objets, ma substance est toujours la même dans son fond, quoiqu'elle entre tout entière dans toutes ces manières d'être si différentes.

Voilà déjà en moi un prodige inconcevable : mais ce prodige s'étend dans toute la nature. Le mouvement et le repos, choses si distinctes, ne sont dans le fond que la substance qui se meut et qui se repose; qui change à la vérité, mais non dans son fond, quand elle passe du mouvement au repos, et du repos au mouvement. Car ce qui se meut maintenant, c'est la même chose qui se reposera bientôt; et ce qui se repose en ce moment, est la même chose qui bientôt sera mise en mouvement. Et le mouvement droit, et l'oblique, et le circulaire, sont des mouvements divers entre eux, mais qui n'ont qu'une seule et même substance ; et cent circulations successives d'un même corps ne sont au fond que ce même corps agité en cercle. Et tout cela est distinct et un : un en substance, distinct en manières : et ces manières, quoique différentes, n'ont toutes qu'un même sujet, un même fond, une seule et même substance-

Je ne sais qui se peut vanter d'entendre cela parfaitement : ni qui pourra se bien expliquer à soi-même ce que les manières d'être ajoutent à l'être : ni d'où vient leur distinction dans l'unité et identité qu'elles ont avec l'être même : ni comment elles sont des choses, ni comment elles n'en sont pas. Ce sont des choses, puisque si c'était un pur néant, on ne pourrait véritablement ni les assurer ni les nier : ce n'en sont point, puisqu'en elles-mêmes elles ne subsistent pas. Tout cela ne s'entend pas bien ; tout cela est pourtant chose véritable : et tout cela nous est une preuve que même dans les choses naturelles, ^'unité est un principe de multiplicité en elle-même, et que l'unité et la multiplicité ne sont pas autant incompatibles qu'on le pense.

0 Dieu, devant qui je me considère moi-même et me suis à moi-même un grand énigme, j'ai vu en moi ces trois choses :

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être, entendre, vouloir. Vous voulez que je sois toujours, puisque vous m'avez donné une âme immortelle, dont le bonheur ou le malheur sera éternel; et si vous vouliez, j'entendrais et voudrais toujours la même chose : car c'est ainsi que vous voulez que je sois toujours, quand vous me rendrez heureux par votre présence. Si je ne voulais et n'entendais éternellement que la même chose, comme je n'ai qu'un seul être, /,e n'aurais aussi qu'une seule connaissance et une seule volonté, ou si l'on veut, un seul entendre et un seul vouloir. Cependant ma connaissance et mon amour ou ma volonté n'en seraient pas pour cela moins distingués entre eux, ni moins identifiés; c'est-à-dire n'en seraient pas moins un avec le fond de mon être, avec ma substance. Et mon amour ou ma volonté ne pourraient pas ne pas venir de ma connaissance, et mon amour serait toujours une chose que je produirais en moi-même, et je ne produirais pas moins ma connaissance : et toujours il y aurait en moi trois choses, l'être produisant la connaissance, la connaissance produite, et l'amour aussi produit par l'un et par l'autre. Et si j'étais une nature incapable de tout accident survenu à sa substance, et en qui il fallût que tout fût substantiel, ma connaissance et mon amour seraient quelque chose de substantiel et de subsistant : et je serais trois personnes subsistantes dans une seule substance : c'est-à-dire je serais Dieu. Mais comme il n'en est pas ainsi, je suis seulement fait à l'image et à la ressemblance de Dieu, et un crayon imparfait de celte unique substance qui est tout ensemble Père, Fils et Saint-Esprit : substance incompréhensible dans sa trine divinité, qui n'est au fond qu'une même chose souveraine, immense, éternelle, parfaitement une en trois personnes distinctement subsistantes, égales, consubslanlielles; à qui est dû un seul culte, une seule adoration, un seul amour, puisqu'on ne peut ni aimer le Père sans aimer son Fils, ni aimer le Fils sans aimer son Père, ni les aimer tous deux sans aimer leur union éternellement subsistante et leur amour mutuel. Et pour aider la foi qui m'attache à ce mystère incompréhensible, j'en, vois en moi-môme une ressemblance qui, toute imparfaite qu'elle est, ne laisse pas d'avoir quelque chose que je ne puis comprendre, et je me suis à moi-môme un mystère impénétrable. Et pour m'ôter toute peine de perdre en Dieu toute ma compréhension, je commence par la perdre première-

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ment, non seulement dans tous les ouvrages de la nature, mais 'încore dans moi-môme plus que dans tout le reste.

Vlï« ELEVATION.

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