FÉCONDITÉ DES ARTS
Je suis un pemtre, un sculpteur, un architecte : j'ai mon art, j'ai mon dessein ou mon idée, j'ai le choix et la préférence que je donne à cette idée par un amour particulier. J'ai mon art; j'ai mes règles, mes principes, que je réduis autant que je puis à un premier principe qui est un, et c'est par là que je suis fécond. Avec cette règle primitive et ce principe fécond qui fait mon art, j'enfante au dedans de moi un tableau, une statue, un édifice, qui dans sa simplicité est la forme, l'original, le modèle immatériel de ce que j'exécuterai sur la pierre, sur le marbre, sur le bois, sur une toile où j'arrangerai toutes mes couleurs. J'aime ce dessein, cette idée, ce fils de mon esprit fécond et de mon art inventif. Et tout cela ne fait de moi qu'un seul peintre, un seul sculpteur, un seul architecte : et tout cela se tient ensemble et inséparablement uni dans mon esprit : et tout cela dans le fond, c'est mon esprit même et n'a point d'autre substance : et tout cela est égal et inséparable.
Lequel des trois que l'on ôte, tout s'en va. Le premier qui est l'art, n'est pas plus parfait que le second qui est l'idée, ni le troisième qui est l'amour. L'art produit l'un et l'autre, et on suppose qu'il existe, quand il les produit. On ne peut dire ce qui est plus beau, ou de commencer ou de terminer, ou d'être produit ou de produire. L'art qui est comme le père, n'est pas plus beau que l'idée qui est le fils de l'esprit; et l'amour qui nous fait aimer cette belle production, est aussi beau qu'elle : par leur relation mutuelle chacune a la beauté des trois. Et quand il fau-^ dra produire au dehors cette peinture ou cet édifice, l'art et l'idée et l'amour y concourront également et en unité parfaite ; en sorte que ce bel ouvrage se ressentira également de l'art, de l'idée et de l'amour ou de la secrète complaisance qu'on aura pour elle.
Tout cela, quoique immatériel, est trop imparfait et trop grossier pour Dieu : je n'ose lui en faire l'application : mais de là