ÉLÉVATIONS SUR LA CRÉATION DE L'UNIVERS
PREMIÈRE ÉLÉVATION
DIEU n'en est pas PLUS GRAND NI PLUS HEDUEUX, POUR AVOIR CRÉÉ
l'univers.
Recueilli en moi-même, ne voyant en moi que péché, imper- Tection et néant, je vois en même temps au-dessus de moi une nature heureuse et parfaite ; et je lui dis en moi-môme avec le Psalmiste : « Vous êtes mon Dieu; vous n'avez pas besoin de mes biens * : » vous n'avez besoin d'aucuns biens : « que me sert la multitude de vos victimes 2? » Tout est à moi : mais je n'ai pas besoin de tout ce qui est à moi : il me suffit d'être, et je trouve en moi toutes choses : je n'ai pas besoin de vos louanges : les louanges que vous me donnez vous rendent heureux, mais ne me le rendent pas, et je n'en ai pas besoin : mes « œuvres » me « louent^ : » mais encore n'ai-je pas besoin de la louange que me donnent mes œuvres : tout me loue imparfaitement, et nulle louange n'est digne de moi que celle que je me donne moimême en jouissant de moi-même et de ma perfection.
« Je suis celui qui suis *. » C'est assez que je sois : tout le reste m'est inutile. Oui, Seigneur, tout le reste vous est inutile et ne peut faire aucune partie de votre grandeur : vous n'êtes pas plus grand avec tout le monde, avec mille millions de mondes, que vous l'êtes seul. Quand vous avez fait le monde, c'est par bonté et non par besoin. Il vous convient de pouvoir créer tout ce qui vous plaît; car il est de la perfection de votre être et de l'efficace de votre volonté, non seulement que vous soyez, mais que tout ce que vous voulez soit : qu'il soit dès que
1 Psal. XV, 2.-2 Isa., i, 11. — 3 Fsal. xviii, 1. — ♦ Exod., iii, li.