‹ Elévations sur les mystèresChapitre 43 sur 229 · IV' SEMAINE. — IX' ÉLÉVATION · texte numérisé non relu

IV' SEMAINE. — IX' ÉLÉVATION

lonté ; et encore que je ne connaisse ni la dilatation ni la restriction des poumons, ni même si j'en ai, je les ouvre, je les resserre, j'attire, je repousse l'air avec une égale facilité : pour parler d'un ton plus aigu, ou plus gros, ou plus haut, ou plus bas, je dilate encore ou je resserre une autre partie dans le gosier, qu'on appelle trachée-artère, quoique je ne sache même pas si j'en ai une : il suffit que je veuille parler ou haut ou bas, afin que tout se fasse comme de soi-même : en un moment, je fais articulémeiit et distinctement mille mouvements dont je n'ai nulle connaissance distincte ni même confuse le plus souvent, puisque je ne sais pas si je les fais ou s'il les faut faire. Mais, ô Dieu, vous le savez, et nul autre que vous ne fait ce que vous savez seul : et tout cela est l'effet du secret concert que vous avez mis entre nos volontés et les mouvements de nos corps : et vous avez établi ce concert inviolable, quand vous avez mis l'âme dans le corps pour le régir.

Elle y est donc, non point comme dans un vaisseau qui la contient, ni comme dans une maison où elle loge, ni comme dans un lieu qu'elle occupe : elle y est par son empire, par sa présidence pour ainsi parler, par son action. Ainsi vous êtes en nous, et vous ne pouvez en être loin, puisque c'est « par vous que nous vivons, que nous nous mouvons, et que nous sommes*. )) Et vous êtes de la même sorte dans tout l'univers : audessus, en le dominant; au dedans, en le remuant et faisant concourir en un toutes ses parties ; au-dessous, en le portant, comme dit Moïse, « avec vos bras éternels. Il n'y a point de Dieu comme Dieu, » ajoute cet homme divin : « par son empire magnifique, les vents vont deçà et delà, et les nuées courent dans le ciel - : » il dit aux astres : Marchez; il dit à l'abîme et à la baleine : Rendez ce corps englouti; il dit aux flots : Accoisezvous (a) ; il dit aux vents : Soufflez et mettez-moi en pièces ces gros mâts; et tout suit à sa parole. Tout dépend naturellement d'une volonté : les corps et leurs mouvements dépendent naturellement d'un esprit et d'une intelligence toute-puissante : Dieu peut donner à la volonté, qu'il fait à l'image de la sienne, tel empire qu'il lui plaît; et par là nous donner l'idée de sa volonté, qui meut tout et fait tout.

'. Act., XVII, 28. — 2 Deuter., xxxni, 26, 27. (a) Trauquillisez-vous.

Rendons-lui l'empire qu'il nous donne : et au lieu de « faire servir nos membres à l'iniquité, » puisque c'est Dieu qui nous les soumet, « faisons-les servir, comme dit saint PauP, à la justice. »

X' ÉLÉVATION

AUTRE ADMIRABLE SINGULARITÉ DE LA CRÉATION DE L'HOMME : DJEO LE FORME PAR SES DOIGTS.

i( Que la terre produise des herbes et des plantes : que les eaux produisent les poissons et les oiseaux : que la terre produise les animaux ^. « Tous les animaux sont créés par commandement, sans qu'il soit dit que Dieu y ait mis la main. Mais quand il veut former le corps de l'homme, il prend lui-môme « de la boue ^ » entre ses doigts, et il lui donne sa figure. Dieu n'a point de doigts ni de mains; Dieu n'a pas plus fait le corps de l'homme que celui des autres animaux; mais il nous montre seulement dans celui de l'homme un dessein et une attention particulière. C'est parmi les animaux le seul qui est droit : le seul tourné vers le ciel : le seul où reluit par une si belle et si singulière situation l'inclination naturelle de la nature raisonnable aux choses hautes. C'est de là aussi qu'est venue à l'homme cette singulière beauté sur le visage, dans les yeux, dans tout le corps. D'autres animaux montrent plus de force, d'autres plus de vitesse et plus de légèreté, et ainsi du reste : l'excellence delà beauté appartient à l'homme, et c'est comme un admirable rejaillissement de l'image de Dieu sur sa face.

XV ÉLÉVATION

LA PLUS EXCELLENTE DISTINCTION DE LA CRÉATION DE l'hOMME DANS

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