AUTRE FIGURE DE NOTRE SALUT DANS ABEL
;< Dieu tourna ses yeux sur Abel et sur ses présents, et ne regarda pas les présents de Gain -. » Dieu commence à écoacer les hommes, et à recevoir leurs présents : il est apaisé sur le
' Geueà., m, 20. — 2 Gènes. ^ iv, 4, 5.
Vlir SEMAINE. — IV^ ÉLÉVATION. 131
genre humain, et les enfants d'Adam ne lui sont plus odieux. Abel le juste est par sa justice une figure de Jésus-Christ, qui seul a offert pour nous une oblation que le ciel agrée, et apaise son Père sur nous.
Mais Abel fut tué par Caïn, il est vrai; et c'est par cet endroitlà qu'il devint principalement la figure de Jésus-Christ, qui plus juste et plus innocent qu'Abel, puisqu'il était la justice mémo, est livré à la jalousie des Juifs, comme Abel h celle de Caïn. Car pourquoi est-ce, disait saint Jean, que Caïn haïssait son frère, et « pourquoi le fit-il mourir? » sinon « parce » qu'il était mauvais, malin et jaloux, et « que ses œuvres étaient mauvaises, comme celles de son frère étaient justes * ? » De môme les Juifs haïrent Jésus et le firent mourir, comme il dit lui-même, parce qu'ils étaient mauvais et qu'il était bon ^. Ce fut « par envie » qu'ils « le livrèrent » à Pilate, ainsi que Pilate le reconnaît lui-même ^ : le diable, cet esprit superbe et jaloux de l'homme, fut l'instigateur des Juifs, comme il l'avait été de Caïn; et leur ayant inspiré sa malignité, ils firent mourir celui qui avait daigné se faire leur frère, comme Caïn fit mourir le sien.
La mort d'Abel est donc pour nous un renouvellement d'espérance, parce qu'il est la figure de Jésus: le sang d'Abel versé sur la terre cria vengeance au ciel contre Caïn : et quoique « le sang de Jésus-Christ jette un cri plus favorable *, » comme dit saint Paul, puisqu'il crie miséricorde, toutefois par l'ingratitude et l'impénitence des Juifs « le sang de Jésus fut sur eux et sur leurs enfants 5, » comme ils l'avaient demandé. Abel le juste est le premier des enfants d'Adam qui subit l'arrêt de mort prononcé contre eux : la mort faite pour les pécheurs commença par un innocent à exercer son empire ; et Dieu le permit ainsi, afin qu'elle eût un plus faible fondement: le diable perdit les coupables, en attaquant Jésus, en qui il ne trouvait rien qui lui appartînt : c'est ce que figure Abel ; et injustement tué, il fit voir, pour ainsi parler, que la mort commençait mal et que son empire devait être anéanti.
Prenons donc garde que « tout le sang innocent ne vienne sur nous, depuis le sang d'Abel le juste jusqu'a"u sang de Zacharie qui fut tué entre le temple et l'autel ^. » Nous prenons un esprit
1 Joan., ni, 12. — ^ Ibid., vnr, 40, 44; xv, 23, 24, 25. — 3 Matth., XXVII, 18. — * Ilebr.f xii, 24. — » Matth., xxvii, 25. — ^ Ibid. , xxiii, 35.
meurtrier quand nous prenons un esprit de haitie ei Je jalousie contre nos frères innocents, et noire part est avec celui qui est « homicide dès le commencement *, » non seulement parce qu'il tua d'un seul coup tout le genre humain ; mais encore parce que, pour assouvir sa haine contre les hommes, il voulut d'abord verser du sang et que la première mort fût violente, et montrer, pour ainsi parler, par ce moyen, que nul n'échapperait à la mort, puisque Abel le juste y succombait. Mais Dieu tourna fa fureur en espérance pour nous, puisqu'il voulut que le juste Abeî, injustement tué par Caïn, fût la figure de Jésus-Christ qui est le juste par excellence, et dont l'injuste supplice devait cire la délivrance de tous les criminels.