LA BONTÉ DE DIEU DANS LE DÉLUGE UNIVERSEL
Nous avons vu que les hommes une fois corrompus par le péché s'enfoncèrent dans leur corruption, jusqu'à forcer Dieu par leurs crimes à se repentir de les avoir faits et à résoudre leur perte entière par le déluge universel. L'expression de l'Écriture est étonnante: « Dieu, pénétré de douleur jusqu'au fond du cœur : Je perdrai, dit-il, l'homme que j'ai créé^; » c'est-à-dire que la malice des hommes était si outrée, qu'elle eût altéré, s'il eût été possible, la félicité et la joie d'une nature immuable. Quoique la justice divine fût irritée jusqu'au point que marque une expression si puissante. Dieu néanmoins suspendait l'effet d'une si juste vengeance, et ne pouvait se résoudre à frapper. Noé fabriquait lentement l'arche que Dieu avait commandée, et ne cessait d'avertir les hommes durant tout ce temps de l'usage auquel elle était destinée. « Ils furent incrédules, » dit saint Pierre ^, et en présumant toujours, sans se convertir, « de la patience de Dieu qu'ils attendaient, ils mangeaient et buvaient jusqu'au jour que Noé entra dans l'arche*, » Dieu différa encore sept jours le déluge tout prêt à fondre sur la terre, et donna encore aux hommes ce dernier délai pour se reconnaître.
Nous avons vu que la prophétie d'Hénoch, bisaïeul de Noe,
* Joan., vin, 44.-2 Gènes., vi, 6, 7. — s i Petr., ni, 20. — * MaiUi.y "^Vf S8 ; Lwc, xvii, 26, 27 ; Gènes., vn, 4, 10.
VIII* SEMAINE. — vr ÉLÉVATION.. \33
avait précédé : Dieu ne pouvait, pour ainsi parler, se résoudre à punir les hommes, et il fit durer les avertissements de ses serviteurs près de mille ans.
A la fin le déluge vint, et l'on vit alors un terrible effet de la colère de Dieu ; mais il voulut en môme temps y faire éclater sa miséricorde et la figure du salut futur du genre humain. Le déluge lava le monde, le renouvela et fut l'image du baptême : « En figure de ce sacrement qui nous devait dé ivrer, huit personnes furent sauvées *. » iNoé fut une figure de Jésus-Christ, en qui toute la race humaine devait être renouvelée : en celte vue, il fut appelé Noé, c'est-à-dire consolation, repos : et lorsqu'il vint au monde, son père Lamech dit prophétiquement : « Celui-ci nous consolera de tous les travaux de nos mains et de toutes les peines que nous donne la terre que Dieu a maudile ^. » Dieu n'envoie point de maux qu'il n'envoie des consolations; et résolu malgré sa colère à la fin de sauver les hommes, sa bonté reluit toujours parmi ses vengeances.