LA TERRE PROMISE
La terre de Chanaan promise à Abraham ' n'était pas un digne objet de son attente, ni une digue récompense de sa foi. Aussi Dieu le tient-il dans ce pays-là, comme un étranger, sans « qu'il y eût un pied de terre, toujours sous des tentes ^ » et sans aucune demeure fixe *. Ainsi vécurent les autres patriarches ses enfants, « en se confessant étrangers et voyageurs sur la terre, et soupirant sans cesse après leur patrie. Mais si c'eût été une « patrie » mortelle, «ils eussent songé à y retourner » et y établir leur domicile : « mais » on voit « qu'ils avaient toujours dans l'esprit le ciel » où tendait leur pèlerinage : « et Dieu » qui les y avait appelés « se disait leur Dieu, parce qu'il leur avait destiné une cité » permanente ^, non point sur la terre, mais dans le siècle futur. La terre que Dieu leur promit en figure de ce céleste héritage fut promise à Abraham avant la circoncision : par conséquent ce n'est point la terre que les Juifs charnels occupèrent, mais une autre qui était marquée pour tous les peuples du monde.
Marchons donc dans un esprit de pèlerinage dans la terre où nous habitons. Notre cœur se prend aisément à tout ce qu'il voit ; mais dès que nous sentons qu'il commence à s'attacher et comme à s'établir quelque part, passons outre ; « car nous n'avons point en ce lieu de cité permanente, mais nous en cherchons une avenir dont Dieu est le fondateur et l'architecte*. » Il n'y a point ici d'appui, ni de fondement, ni d'établissement pour nous. « Le temps est court, dit saint Paul : il ne nous reste plus autre chose à faire, sinon à ceux qui vivent dans le
^Zachai\, ix, 17. — 2 Gènes., xii, 7.-3 Act,, vu, 5. — * Ilebr.^ I, 9. — B lùid., 13-16. — 6 Ibid., XIII, 13, 14 ; xi, 10.
VIII' SEMAIiNE. — XI1° ÉLÉVATION. 143
mariage, d'y vivre comme n'y vivant pas *, » et de n'être point attachés à une femme, encore qu'elle nous soit chère : c'est par les personnes chéries que doit commencer le détachement : « Que ceux qui pleurent » vivent aussi « comme ne pleurant pas, et ceux qui se réjouissent comme ne se réjouissant pas ' : » car ni la douleur ni la joie n'ont rien de fixe sur la terre : de môme « que ceux qui achètent » ne croient pas avoir acquis la possession d'une chose, sous prétexte qu'ils en auront fait une acquisition légitime : car on ne possède rien : et ce mot de possession n'a rien de solide : enfin « que ceux qui usent de ce monde et de ses biens soient comme n'en usant pas, parce que la figure de ce monde passe ^. » Premièrement le monde, pour ainsi parlçr, n'est rien de réel; c'est une figure creuse; et secondement c'est une figure qui passe, une ombre qui se dissipe. Je ne courrai plus après vous, honneurs fugitifs, biens que je vais perdre, plaisirs où il n'y a que de l'illusion : « Vanité des vanités, et tout est vanité. Craignez Dieu et observez ses commandements : car c'est là tout l'homme *. »
X\V ÉLÉVATION