‹ Elévations sur les mystèresChapitre 78 sur 229 · LE SABBAT · texte numérisé non relu

LE SABBAT

Après le péché, il ne devait plus y avoir de sabbat, ni de jour de repos pour l'homme : nuit et jour, hiver et été, dans la semaine et dans la moisson, dans le chaud et dans le froid, il devait être accablé de travail. Cependant Dieu laissa au genre humain l'observance du sabbat établi dès l'origine du monde, en nicnioire de la création de l'univers : et nous le voyons observé à l'occasion de la manne *, comme une chose connue du peuple, avant que la loi fût donnée, où l'observance en est instituée plus expressément. Car dès lors on connaissait la distinction du jour, ou les semaines établies : le sixième jour était marqué : le septième l'était aussi comme le jour du repos : et tout cela paraît comme une pratique connue, et non pas nouvellement établie : ce qui montre qu'elle venait de plus haut et dès l'origine du monde. Dieu donc eut pitié dès lois du genre hu-

* I Cor., VII, 29. — 2 Cor., vu, 30. — 3 Ibid., 31. — * Eccle., xii, la. — s Exod., XVI. 23, 26.

main; et en lui donnant un jour de relâche, il montre en quelque façon que touché de compassion, il modérait la sentence du perpétuel travail qu'il nous avait imposé.

Mais il ne faut pas se persuader que ce soit là tout le mystère du sabbat : Dieu y figurait le repos futur qu'il préparait dans le ciel à ses serviteurs, (^ar, comme Dieu, qui n'a point besoin de repos, avait voulu néanmoins célébrer lui-môme un repos mystérieux au septième jour, il est clair qu'il le faisait de la sorte pour annoncer de même à ses serviteurs qu'un jour, et dans un repos éternel, il ferait cesser tous les ouvrages. C'est la doctrine de saint Paul, qui nous fait voir dans l'ancien peuple el dès l'origine du monde, dans une excellente figure, la promesse d'un bienheureux repos ^ L'Apôtre appelle David en confirmalion de celte vérité, lorsqu'il remarque que ce grand prophète promet aux enfants de Dieu un nouveau repos, où « Dieu jure que les rebelles n'entreront pas ^ : » Si introibunt in requiem meam ; et en même temps un jour d'épreuve où nous apprendrons à obéir à sa voix, selon ce qui est dit dans le même psaume : « Aujourd'hui, si vous écoutez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs ^ : » autrement il n'y aura point de repos pour vous. Voilà donc deux jours mystérieusement marqués par le Seigneur, l'un pour obéir à sa voix, et l'autre pour se reposer éternellement avec lui : et c'est là « le vrai sabbat, » et le vrai repos qui « est laissé au peuple de Dieu *. »

Célébrons donc en foi et en espérance le jour du repos : remontons à l'origine du monde et aux anciens hommes qui le célébraient en mémoire de la création : et encore que dorénavant et dans la nouvelle alliance ce jour soit changé, parce qu'il y faut célébrer avec la résurrection de Notre-Seigneur et dans le renouvellement du genre humain, une création plus excellente que la première ; apprenons que ce repos n'en est que plus saint. Car nous y voyons le vrai repos de Notre-Seigneur ressuscité qui est entré dans sa gloire par les travaux de sa vie et de sa douloureuse passion, et en même temps le nôtre, par la vertu de sa vivifiante résurrection, où nos corps seront conformés au sien glorieux. Passons donc en espérance et en paix les jours du travail : souffrons et travaillons avec Jésus-Christ, pour régner

* Hebr. ,111 et iv. — ^Ibid., iv, 3, 7; Psal., xciv, 11. — ^PsaL.xciy. — * IIeb7\ IV. 9.

Vin° SEMAINE. — Xir ÉLÉVATION. 145

aussi avec lui et nous asseoir dans son trône, où il nous appelle. « Ces jours de travaux » sont « courts; et la gloire » qui nous en revient « sera éternelle ^ » Nous pouvons môme par avance goûter ce repos par le moyen de l'espérance, « laquelle, » dit saint Paul, « sert à notre âme » et à notre foi, « comme d'une aiicre ferme et assurée ^, » Et de môme qu'au milieu des eaux et dans la navigation, l'ancre soutient un vaisseau, et lui fait trouver une espèce de sûreté et de port : ainsi*parmi les agitalions de cette vie, « assurés sur la promesse de Dieu confirmée par son inviolable serment ^, » nous goûtons le vrai repos de nos âmes. Soutenons donc avec foi et avec courage les troubles de cette vie : jouissons en espérance du sacré repos qui nous attend : reposons-nous cependant en la sainte volonté de Dieu et attachés à ce rocher immuable, disons hardiment avec saint Paul : « Qui pourra nous séparer de l'amour de Jésus-Christ?... Je suis assuré » avec sa grâce « que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les futures, ni la violence, ni tout ce qu'il y a ou de plus haut dans les cieux ou de plus profond dans les enfers, ni aucune autre créature quelle qu'elle soit, ne sera capable de nous séparer de l'amour de Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur *. »

N'est-ce pas là ce repos que le môme Apôtre nous a promis, et ne le goûtons-nous pas dès cette vie? Livrons-nous à Dieu en Jésus-Christ; et par une sainte soumission à celui qui seul nous peut tirer de tous nos maux, vivons en paix et en joie par le Saint-Esprit.

1 Cor., IV, n, etc. — 2 Hebr., vi, 19. — 3 Ibid.^ 17. — * Rom.,yni, 35. 38 39.

Page 1