‹ Elévations sur les mystèresChapitre 84 sur 229 · ET DE MAL EN MAL · texte numérisé non relu

ET DE MAL EN MAL

Ea sortant de la mer Rouge, le peuple entra dans un désert aiï'reuxi, qui représente tout l'état de cette vie, où il n'y a ni nourriture, ni rafraîchissement, ni route assurée; dans un sable immense, aride et l^rûlant, dont l'ardente sécheresse produit des serpents, qui tuent les malheureux voyageurs par des morsures mortelles. Tout cela se trouve dans cette vie: on y meurt de faim et de soif, parce qu'il n'y a rien ici-bas qui nous sustente et nous rassasie : on s'y perd, on s'y déroute comme dans une plaine vaste et inhabitée, où il n'y a ni vallon ni coteau, et où les pas des hommes n'ont point marqué de sentier. Ainsi dans notre ignorance, nous allons errants en cette vie, sans rien avoir qui guide nos pas : nous y entrons sans expérience, et nous ne sentons notre égarement que lorsqu'entièrement déroutés, nous ne savons plus par où nous redresser: nous tombons dans le pays « des serpents brûlants ^^ » comme les appelle Moïse; c'est-à-dire dans nos brûlantes cupidités, dont le venin est un feu qui se glisse de veine en veine et nous consume.

A ces quatre mau^ du désert. Dieu a opposé quatre remèdes : il oppose la manne '^ à la faim, l'eau découlée de la pierre* à la soif, aux erreurs durant le voyage la colonne de nuée lumineuse pendant la nuit"*; et aux serpents brûlants le serpent d'airain*; toutes choses qui nous figurent Jésus.

Nous nous trouvons comme le prodigue dans une région où nous périssons, faute de nourriture : les viandes de ce pays n'ont rien de solide ^ Dieu nous envoie la manne qui est Jésus- Christ qui nous « donne la manne cachée, que personne ne connaît que celui qui en goûte '. » La manne cachée, c'est la vérité : la m.anne cachée, sont les consolations spirituelles : la manne cachée, c'est le sacré corps de Jésus. Cette divine nourriture paraît « mince et légère ^ » à ceux qui n'ont pas la foi, et à qui

1 Exod., XV, '22. —2 Num., xxi, G. —^ExocL, xvi, 14-lG. — *Nww., x\, 10-12. — 5 ExocL, xni, 21, 22. — « Num., xxi, G, 8, U. — '' Exod-^ XVI, 3, 14, 15. — 8 Apoc, II, 17. — ^ Num., xxi, 5.

\^i ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES.

ricii ne paraît solide que ce qui egt palpable, sensible et corporel; en sorte qu'ils croient ne rien avoir, quand ils ne voier,t devant eux que les biens spirituels et invisibles ; nriais pour ceux qui ont le goût de la vérité, cette nourriture leur paraît la seule solide et substantielle: c'est « le pain du cieP : le pain dont se nourrissent les anges 2 : pain céleste, « qui n'est autre chose que Jésus-Christ qui est le Verbe du Père, sa raison, sa vérité, sa sagesse.

Outre la faim, nous avons la soif: et quoique par rapport à l'esprit, la faim et la soif qui ne sont autre chose que l'amour de la justice, semblent n'être qu'une même disposition, on y peut pourtant faire quelque distinction de la nourriture solide qui nous sustente, et de la liquide qui nous rafraîchit et tempère nos désirs ardents. Quoi qu'il en soit, nous trouvons ce doux rafraîchissement en Jésus-Christ, qui promet à la Samaritaine « une fontaine jaillissante à la vie éternelle ^, » et à tout le peuple « des sources, » ou plutôt « des fleuves d'eaux vives. Si on les boit, on n'a plus de soif* » et tous les désirs sont contents. Ces sources intarissables, c'est la vérité, la félicité, l'amour divin, la vie éternelle qui se commence par la foi et s'achève par la jouissance : ces sources sont en Jésus-Christ ; ces sources sortent de la pierre, du rocher frappé par la baguette de Moïse, c'est-à-dire d'un cœur sec et dur, touché de l'impulsion de la grâce. En un autre sens, ces sources sortent d'un rocher qui est un des noms qu'on donne à Dieu, en lui disant : « Mon Dieu, mon rocher, mon soutien, mon refuge^, » la pierre solide sur laquelle je m'appuie. « Je mettrai dans Sion, dit le prophète ®, une pierre inébranlable ; » et celui qui « s'y appuiera par la foi, e sera point ébranlé. » Cette pierre, c'est Jésus-Christ : en s'appuyant sur lui, on se soutient : en se heurtant contre lui, en s'opposant à sa volonté, à sa doctrine, à sa grâce, à ses inspira^ tions aussi puissantes que douces, on se rompt, on se met en pièces, on tombe d'une grande chute et on se brise. De cette pierre qui est Jésus-Christ, sortent les eaux de la grâce, le célestes consolations, et dans un amour chaste et pur les divins rafraîchissements de la foi et de l'espérance. Moïse ne frappa

* Joan,^ VI, 31, 32 et seq. — 2 PsaL lxxvii, 25. — s Joan.^ iv, 13, 14. — * Ibid,, VII, 38. — 6 Psal. xvii, 3, — ^ Isa., xxviii, 16; Rom., ix, 33.

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