‹ Élie de Saint Gille: chanson de gesteChapitre 39 sur 55 · I. A Chiatresborg. — 2. C D qui se trouve en Arabie · texte numérisé non relu

I. A Chiatresborg. — 2. C D qui se trouve en Arabie

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et à lire, pour que tu deviennes prêtre ; et tu chanteras et liras ici dans notre monastère avec les autres moines. » a Sire, » dit Elie, « vous me blâmez beaucoup ! Permettez-moi plutôt de partir ! Par Dieu, qui m'a créé par sa grâce, je ne veux prendre avec moi ni votre cheval ni aucun chevalier * : je préfère partir seul et aller à pied. Je croyais être un riche homme et avoir à attendre dans l'avenir beaucoup d'honneur, de puissance et de revenu ; mais maintenant, vous m'avez déshérité complètement, de sorte que je n'ai plus le droit de disposer même d'un denier de tout ce que je croyais posséder. Puisque vous vous êtes ainsi détourné de moi, que Jésus-Christ, en échange, m'accorde sa grâce! » Sur ces mots, il sortit ; et quand il fut arrivé au bas des degrés de la salle, son père courut après lui, le saisit par son manteau, et le retint et lui parla : « Vaurien, » dit-il, « je te jure par mon chef que, quoi qu'il arrive 2, tu ne partiras pas ainsi ! Je veux auparavant te donner un 3 équipement et de bons destriers, les meilleures armes de défense qui se puissent trouver et mes plus fidèles chevaliers pour te suivre ; je veux aussi te donner de l'argent en abondance, de façon que partout tu puisses vivre largement; car il est dit et reconnu pour vrai que l'on estime chacun d'après ce qu'on voit de son extérieur. »

(III) * Sire, » dit Elie, « puisque vous le voulez, donnezmoi au plus vite un cheval et des armes, et faites dresser dans la plaine le pieu chargé des deux écus et de la brogne. Je veux y courir, et je verrai quel coup je puis porter, que cela doive tourner à mon honneur ou à ma honte, et je te le jure par le saint apôtre de notre Sei. gneur, que les pèlerins vont à pied visiter, je ne dormira i pas plus longtemps sous ton toit, car vous m'avez refusé

i. C D gens de suite. -^ 2» quoi qu'il arrive manque C B D. 3. C D uïi bon.

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tout rhéritagc qui devait me revenir, et de riche vous m^avez fait pauvre. Il est misérable, celui qui n^a rien, et misérable aussi, celui qui ne sait rien faire I > Ainsi parla Élie devant tous les puissants princes réunis ; tous furent affligés de ces paroles et soupirèrent de grande douleur. Mais la noble dame % la mèredu bachelier pleura lamentablement, et appelant le duc : « Sire,>> dit-elle, c grâce >, pour Tamour de Dieu ! Nous n^avons pas d^autre fils ni d^autre héritier que celui-ci, qui possède les qualités d'un homme vaillant. Vous ne savez pas quel malheur ou quel danger peut arriver à vousmême, et vous mettre en discorde avec d^autres puis* sants barons qui se disent vos pairs : s^il arrive quelque chose de tel, notre fils pourra faire la guerre à nos ennemis ; ce sera notre protection, notre défense, notre bouclier dans nos malheurs à venir. Il faut considérer ce qui est utile, aussi bien ce qui paraît le moins important que ce qui semble Pétre davantage. » Le duc répondit : « Que dis-tu, folle? Un jeune homme ne doit pas trop longtemps vivre tranquille; car tout homme vaillant ^ doit accroître son activité et sa gloire, aller dans les pays étrangers, faire connaissance avec les gens inconnus, montrer sa bravoure, apprendre les lois et les droits, les vrais dits et les justes sentences ; il faut qu'il s'inspire de bons exemples, et montre à la fois menace et amour : à ses ennemis menace et à ses amis humilité, bon cœur, courtoisie et respect 4; c'est ainsi que les hommes vaillants acquièrent leur renom, de façon qu'un homme vaillant et de bravoure excellente, pour son honneur, son bonheur et sa gloire devient le chef et le protecteur de tous ceux de sa race. Par saint Pierre,

t. C la noble femme du duc. — 2. C B D faites grftce à notre âls. — 3. C B D bon héros. — 4. B Z) obligeance courtoise et \D manque] honneur.

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Tapôtre de Rome, je veux sur le champ le faire chevalier. » Aussitôt le duc appela Salatré, son écuyer, et lui dit : € Apporte-moi mes » meilleures armes et mon meilleur équipement : je veux , sur l'heure , armer mon fils chevalier; et, à l'instant, dans la plaine, près de Darbes, notre <:hâteau-fort, fais dresser le poteau d'attaque, et fais y attacher les écus et la brogne. Je veux, devant ces princes, ces chevaliers et tous les habitants de la ville, hommes et femmes, éprouver la vaillance de mon fils et voir s'il sait exécuter une action héroïque et s'il est vraiment brave.» Quand le duc eut dit cela, plus de cent chevaliers partirent, tous revêtus de bonnes robes de velours; et ils dressèrent le poteau avec les deux écus et une brogne blanche. Élie, dans la salle oti il était, se couvrit d'une quadruple brogne et d'un heaume doré. Le vieux duc vint le trouver et le ceignit d'une bonne épée, et lui donna la colée avec une si grande force qu'il l'en fit chanceler et qu'il tomba presque à terre. Tout l'entourage du duc se mit à rire de ce que le coup était si fort ; Elle le trouva mauvais, il n'en voulut rien dire, mais il paria bas entre ses dents : t Tu es méchant et félon, vieux ! Par la foi que je dois offrir à Dieu ^, s^f tu n'étais pas mon père, tu paierais cher ce coup-là. »

(IV) Il est connu de tous^, et chacun a entendu dire que lorsqu'un chevalier prend les armes pour la première fois, les jeunes gens se montrent hardis et se réjouissent de voir comment il se comportera. Ainsi firent tous ceux qui étaient venus là en ce jour. Quand Élie monta à cheval, tout le peuple accourut autour de lui pour le voir, comme si aucun d'eux ne l'avait jamais vu jusquelà. Tous ceux qui le virent priè/ejit Dieu 4^«défendre son

i. C B D mon meilleur équipement. — 2. D ajoute : Je rendrais et coup traître sur la nuque à tout autre qui me l'eût donné, et. — 3. B D toutes gens. ^

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corps de danger et de peine. Mais toutes leurs prières lui aident si peu que le même jour, avant que vêpres soient finies, il lui arrivera si grand déconfort et si grande pesance que, si Dieu n 'a pi tié de lui , il n^en sortira pas vivant. Quand le poteau fut dressé et bien assujetti et que tout le peuple de la ville fut rangé alentour, il y eut plus de cent chevaliers, notables et hommes principaux de la ville de Saint-Gilles, qui, par amour pour Élie, voulurent s^armer et faire caracoler leurs chevaux dans la prairie avec des jeux et des plaisanteries. Mais le duc Julien qui était le plus en avant de la troupe s^écria à haute voix : « Dieu vous garde, bons seigneurs! sonez du chemin et tenezvous tranquilles, tandis que ce jeune homme joute et éprouve sa valeur. Ainsi nous pourrons voir ce qu'il se montrera dans une grande entreprise, car les petites choses préjugent les grandes. » Les seigneurs de la suite de Julien allèrent tout de suite en un lieu et là prirent position comme le duc l'avait dit. Le jeune homme commença à entrer en colère, il mit sa lance en arrêt et poussa de Péperon son cheval, aussi vite quUl pouvait courir sous lui; et, quand il eut cessé d^éperonner le cheval, il releva sa lance et fit flotter son étendard au vent. Il prit alors un peu de repos; puis, poussant le cheval % il s*élança contre le poteau et transperça de la lance les deux écus et la double brogne avec une telle force que le poteau se brisa en deux et tomba tout entier par terre. Quand le duc Julien vit le grand coup qu^avait frappé son fils Élie, il rit et appela Élie à haute voix ^ : « Mon fils, » dit-il, c tu es un brave ! Tu resteras auprès de moi, et tu serviras mes entreprises à Tavenir. »

(V) Sire ^ Julieo était très joyeux, et sa joie était grande de son fils. Quan^:il vit le poteau brisé et gisant à terre, il

u B D ajoutent : avec les éperons.^ 2. B D ajoutent : et dit. — S.CDLc duc.

appela à lui le jeune homme en souriant et lui dit tendre* ment : « Chevalier, ■ dit- il, « tu es un héros vaillant, fort et courageux 1 Je sais maintenant, car je Tai vu réellement, que tu es solide et fort contre tes ennemis. Maintenant tu resteras avec moi, tu posséderas ma terre et mon domaine, car il ne te convient pas de m^abandonner dans mes vieux jours, et de servir des gens étrangers. » • Sire, » dit le jeune homme, « votre langage m^étonne : vous avez juré et fait serment que je ne dormirais pas dans votre demeure, dUci à nombre d^hivers. Par le saint apôtre que vont trouver les pèlerins, si on me donnait tout For de Saint-Martin, je ne resterais pas à ton service, tant je Pai fortement juré t ■ Quand sire Julien entendit ces mots, il s^élança sur lui, et dit : a Mauvais fils de putain, tu es mon vassal ; de rien j^ai fait de toi un homme. Je vais te faire saisir et jeter en prison ; là tu y resteras quatorze hivers, puisque tu préfères à mon service celui de gens inconnus. Tu cherches toi-même tes malheurs; jamais tu ne reviendras dans le pays ou dans le domaine, pour y gagner même un denier avec honneur. Il en sera ainsi, car mon cœur me le dit. Va maintenant où tu voudras ! t

Élie partit irrité et affligé. Quand le vieillard le vit s^en aller, il soupira de tout son cœur et pria le Dieu tout puissant de Paider et de le protéger. Il appela alors A!mer S et Tierri' et le comte Agamer, et leur parla ainsi d'un air pensif : « Hommes, » dit-il, t suivez-le, et, je vous en prie par amour, soyez ses défenseurs, car il est encore jeune et enfant. Mais sMl devient raisonnable, il accomplira de grands exploits, s'il a le courage qu'il faut qu'il ait et qu'il semble devoir posséder. Emmenez avec vous Gillimer^de Corin, Agamer de Lesam et le brave Auberi 4. Si vous marchez tous ensemble, celui-là s'attirera de la honte, qui voudra faire mal à l'un

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