‹ Élie de Saint Gille: chanson de gesteChapitre 42 sur 55 · I. A Gibuers.— 2. C S D à lui donner un second coup · texte numérisé non relu

I. A Gibuers.— 2. C S D à lui donner un second coup

lOÔ IJI SAOA d'eue

et tout ce que tu porte* avec toi. •• Ami,» dît Élie, «tu •s parlé comme un enfant. Avant de me prendre mon écu, la brogne, le heaume et l'épée, ta éprouveraB ■i grand déconfon que jamais depuis ta naissance m n>n at supporté aussi grand. • (VIIl) ■ Ami, » dit Élie, « tu m'as demandé quelle est ma famille et quel homme je suis. As-tu vu, > dit-il, ■ ce grand parc prés de la prairie où tous êtes passés ? Je suis le fils d^un prévôt de ce territoire; mon père est riche en terres et en argent, et il m'a acheté aujourd'hui un équipement de chevalier et m'a donné des armes, et je suis venu jusqu'ici pour m'amuser et essayer mon cheval. Je sais maintenant, par une preuve réelle, que mon cheval est tris rapide et que tout homme vivant, désireux de combattre et de se mesurer à d'autres, fût-il le plus noble et le plus brave de tous, trouvera toujours en moi son homme. Je veux savoir de vous, puisque vous êtes armés, oti vous avez fait ces prisonniers que vous traînex derrière vous, â leur si grande honte. Sont-ce des marchands, ou des bourgeois ou des pay&ans ■ ? » ■ Non, » dit ce méchant chien ', • ce sont des vassaux de naissance. L'un d'eux est Guillaume d'Orange : un autre Bertran, le fils de sa sœur, vaillant guerrier et chevalier, Bernard et Emaud 3, » Quand Elie entendit ces paroles, du plus profond de son cœur il soupira de douleur : « Que dis-tu, » dit-il, > diable incarné? Est-ce vrai que c'est là sire Guillaume et Bertran, son neveu, Bernard et Ernaud 4, leur compagnon ? Chien maudit, c'est bien imprudent à toi d'avoir mis la main sur eux, car, je le jure par la sainte foi que je porte à Dieu, tu auras payé cher tout cela quand nous nous séparerons. ■ Aussitôt Élie éperonna son cheval rapide, et, quand ils se rencontrèrent, il

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p^ça de sa lance son écu < et son corps même et le renversa mort de ^ son cheval, et dit : « Voilà la ré* compense de ton service ! >

(IX) Quand Corsant de Tabarie vit Rodoant mort ^ sur le sol, si bien que ni recours ni soins ne lui pouvaient plus servir, il cria à Elle à haute voix : « Vantard et fils de putain, » dit il, « que Mahomet garde mes yeux ! tu as tué cet homme pour ton malheur ! Avant que le soir vienne, tu le paieras chèrement. » Quand Élie entendit ces mots, il fut fort irrité des menaces et des insultes du païen, et poussa vivement son cheval 4, qui partit en courant aussi vite quUl le voulait. Quand il fut arrivé près du païen, il traversa de sa lance la blanche brogne et la poitrine du païen, et le renversa mort de ^ son cheval, et dit : « A bas, vilain chien ! et ne t'arrête qu^en enfer ! »

(X) Élie a tué Rodoant de Caiabre et Corsaut de Tabarie; et tous deux gisent morts. Quand les trois survivants vinrent la chute de leurs compagnons, ils devinrent presque «nragés de douleur et s^élancèrent tous aussitôt sur Élie; ils ne rabattirent pas de son cheval, tant sa défense fut solide, car Dieu le protégeait dans sa miséricorde et sa puissance. Quand il eut brisé sa lance, il frappa avec son épée ^, et celui-là ne put jamais plus raconter une histoire qui reçut son premier coup. D^un second coup il fendit en deux Tarmure du deuxième païen ; quant au troisième, il le saisit de ses mains et le pendit à un ar.« bre, et il se hâta alors d^aller vers les prisonniers qui attendaient son aide^ et ç^aurait été un grand bonheur s^il avait pu les délivrer. Mais alors commencèrent à croître les embarras et la misère, car les cinq païens qui étaient restés en arrière, à leur repas, Taperçurent aus^

i, C B ajoutent : la brogne et lui-même dans la poitrine, de sorte qu'elle sortit par Tépaule. — 2. C B k terre. ■— 3, C B D étendu mort. ^ 4. C B D ajoutent: contre lui. — S. C D de la selle. — 6. C B D ïï A brandi [D brandit] son épée.

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sit6t. Quand ils Teurent vu, ils se le désignèrent mutuellemeot. Tiacre ' dit à ses compagnons r «Voyez ici, chevaliers, ce jeune homme qui descend la colline, et qui, par bravade et arrogance, ne porte aucun écu; le cheval qu^il monte est très rapide à la course. Si vous me le permettez, je courrai droit sur lui et le jetterai â bas de cheval. » « Par ma foi, » dit Malatré, > c^est grande folie. Que Mahomet me protège ! tu n'auras pas ce cheval. Ce matin, > dit^il, c quand nous avons quitté Tarmée, nous avons fait association et camaraderie : fol est qui les rompra i Nous irons tous ensemble contre lui et le jetterons i bas de cheval. Alors entre nous, nous ferons le partage le plus juste de son cheval et de ses armes, pour que chacun de nous ait un lot égal. » « Par mon chef, • dit Tiacre, « ce serait bien manquer de courage que de chevaucher > tous cinqetd^assommer un seul Franc; ce serait lâcheté, et non bravoure. Honni soit et déshonoré celui qui s'unira à d^autres pour le combattre, au lieu de se présenter seul ! »

(XI) Tiacre s^éloigna alors de ses compagnons, et s^approcha d^Élie. Quand il fut dans la plaine, il dit : « Qui es-tu, chevalier? Crois-tu en Mahomet qui gouverne tout le monde? » « Certes non, » dit Élie, • non plus qu^en quiconque le sert. Je suis le fils de Julien, le duc renommé. Mon père, ce matin, m*a fait chevalier et m^a donné cet équipement, et je pars pour mon plaisir et pour me mesurer aux ennemis, car les païens ont débarqué dans notre pays, et je cherche à les rencontrer, s^ils se laissent approcher, et, avant ce soir, je leur prépare un grand tumulte, a « Par Mahon, » dit Tiacre, « il va t'arriver un terrible malheur! tu me laisseras ce cheval, et, à ta grande honte, tu seras renversé de sa selle, les pieds ^ en Pair et la tête en bas. » Quand Élie enten-

I. Mss. ici et ailleurs Triatre. — 2. C fl D contre Un Franc. — 3. C B D pieds tournés.

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dit ses paroles, il lança son cheval * dans une course impétueuse, et perça de sa lance Técu du paien, la bro« gne et son corps, et il le jeta mort à bas de son cheval > ; et quand il fut tombé, il ^ s^écria d^une voix haute : « Arrogant et mauvais chien, je suis encore sur mon cheval et sur ma selle, et c^est ton clieval que je conduirai par la bride, et je pendrai à mon épaule gauche ton heaume doré et orné de feuillage, car avant ce soir, je le prévois, j'en aurai encore besoin.

PCII) Quand les quatre païens virent la chute et le sort de Tiacre, ils eurent de sa mort un violent chagrin. « Voyez, seigneurs, • dit Malatré, c quel triste etlamen* table dommage nous cause ce jeune homme, à peine âgé de quinze hivers, qui nous a tué ce prince noble et vaillant, et, par sa bravoure et ses armes. Fa vaincu et déshonoré. Qu^il ne soit jamais honoré, celui qui ne regardera pas mon combat avec lui ! > Aussitôt il éperonna son cheval et lui lâcha la bride ; et Élie ^, de son côté, poussa contre lui son cheval de toute sa vitesse, et quand ils.se choquèrent, chacun d^eux frappa reçu de Pautre avec une telle violence que les deux lances ^ se brisèrent et que les deux champions tombèrent à terre. Aussitôt ils se relevèrent d^un bond et brandirent leurs épées, et Malatré se précipita sur Élie et le frappa par en haut, sur son heaume, si fort que toutes les feuilles en tombèrent à terre devant ses pieds, ainsi que toutes les courroies du heaume, et il frappa le cheval au cou, si bien que la tête vola au loin et que le corps tomba. « Vraiment > dit Élie, « tu m^as fait grand dommage. Tu as là une bonne épée; et il est fâcheux qu^elle ne soit pas mieux tenue. Si je Tavais en ma possession, je ne la donnerais pas à mon propre frère pour la plus belle ville

1. C B D contre lui.— 2. C B D ajoutent : à terre.— 3. C B D Élie. ^ 4, C BD chevauche contre lui avec la plus grande [hftte et (manque dans D) ] impétuosité. — b, A écu».

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de France. • t Par ma foi, > dit Malatré^cc tu me fais rire avec tes folies ! cette épée est la meilleure qui soit et est bien placée > dans la main qui la tient. Tu vas de cette épëe recevoir un tel coup sur la nuque, qu'il finira ta vie.» Élie lui répondit > : c Tu le penses; mais moi aussi, j'ai une épée, qui te fera voir tout à Pheure si elle s*y connaît à trancher. » Et Ëlie, de son épée, frappa le heaume du paien, de telle sorte que tous les feuillages et toutes les courroies tombèrent de part et d^autre, et le bras droit avec lequel le païen devait se défendre, fendu jusqu^à Pépaule, tomba aux pieds d^Élie avec Pépée ; il < saisit alors Pépée 4 : « Loué sois-tu, mon seigneur tout puissant, qui as enlevé cette bonne épée du pouvoir de mon ennemi pour me la donner, et qui as rendu moindre le danger qui me menace!» 11 dit alors au païen : « Païen méchant et incrédule, sans toi ni Dieu, tu peux voir aujourd'hui ^ que la puissance et Tamitié protectrice de mon seigneur Jésus-Christ, notre Dieu à nous chrétiens, est bien plus forte que celle de votre Mahon, païens. Tu aïs reconnu comment coupe mon épée ; mais je vais te servir maintenant avec ta propre épée. • Et il le frappa entre les épaules sur le cou et le coupa en deux dans toute sa longueur, de sorte que chacune des deux moitiés tomba à terre. Puis il ^ sauta sur le cheval du païen. Qui maintenant le défiera, aura fier combat à soutenir. (XIII) Quand Jossien vit mort et étendu à terre Malatré, le fils de sa sœur, il dit : « Celui qui t'a frappé, mon beau neveu, m'a fait grand dommage. » 11 se précipita alors aussi vite que possible sur Élie, et de sa lance frappa Técu si fort, que les éclats de la lance volèrent par-dessus sa tête. « Vraiment, >» dit Élie, « tu es un rude guerrier,

I. A défendue. — 2. C B « Oui [ami, ajouté par B^ » dit Élie. — 3. C B D Élie. — 4. B D ajoutent : et dit. — 5. Z> maintenant tu peux voir quelle est la plus grande de la puissance et de la bonté de notre Dieu tout puissant, ou de yotre indigne siiperstitiOft et paiennerie, à vous que le diable tient déjà. — 6. CB D Élie.

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un hardi chevalier ! tu aurais bien voulu me tuer, si Dieu te Pavait permis. Mais mon Dieu, Jésus*Cbrist, mè protège toujours dans sa miséricorde! » A ces mots, il brandit son épée, marquée de caractères païens, et frappa le païen par en haut sur le heaume de façon que la tèie vola loin du corps et tomba à terre sur Pherbe. Élie siaisit le cheval rapide par la bride < : « Je veux donn^ cetoi-ci, » dit-il, « à Guillaume ou à Bertran, son parent. » Alors le vieux Salatré dit : « Celui-ci est un enchanteur, puisque même de forts chevaliers » n'ont rien pu lui faire. » f Oui, » dit Malpriant, « par la foi que je dois à Mahon, laissons-le aller librement, et éIbignons*nous au plus vite de lui : il veut nous en faire autant à Tun et à Pautre, s'il peut nous tenir. »

(XIV) Le vieux Salatré dit : « Pourquoi prononces-tu ces parodies monstrueuses ? Que Mahon dans sa colère maudisse mon corps, si je pars d'ici avant de connaître ce qu'il est I » Ils trouvèrent Élie à l'ombre d'un arbre qui s'appelle osier 3, auprès des prisonniers, qui souhaitaient fort son aide; s'il avait pu les délivrer, il aurait été affranchi de la mort. Mais les païens s'avancèrent par derrière et lui crièrent : « Méchant chien, tu es bien imprudent de mettre ainsi la main sur ces hommes! ils sont nos prisonniers! » Quand Elie les entendit, il sauta à cheval ; et Salatré s'avança et lui donna un fort coup sur son écu; mais, pardessous le bouclier, Ëlie lui assena un coup oblique en plein corps et le fendit en deux de sorte que ses entrailles sortirent. Malpriant 4 , que Dieu lui prépare la défaite ! prit la fuite; mais Élie le poursuivit le plus vite qu'il put. Malpriant monte un si bon cheval, que lors même qu'il courrait soixante quarts de lieue et traverserait un large golfe à la nage, Elie ne pourrait

i. C B D ajoutent : et dit. -^ 2, C B D hommes. — 3. Ms$, ozer ; le texte fr. a lorier.— 4. D Quant Malpriant vit ce coup terrible, il prit.

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Tatteindre ni aux montées ni en plaine; et il fera bien de ne pas le suivre trop loin, car il ne sait pas à quelle masse d^ennemis il serait obligé d^avoîr affaire.

(XV) Faites paix, maintenant, et écoutez ! Belle histoire à entendre vaut mieux que remplir son ventre ! Cependant on doit boire pendant le récit, mais sans excès. Cest un honneur de raconter une histoire, quand les auditeurs sont attentifs; mais c^est travail perdu, quand ils refusent d^écouter.

Elie poursuivit Malpriant si longtemps que dans une vallée il l'atteignit presque, et lui cria : « Méchant païen, retourne sur tes pas! Dieu te maudisse, toi qui si longtemps m'as tenu en haleine ! » Malpriant répondit : « Tu parles comme un fou et comme un méchant '. Vois-tu *, le terrain est si inégal là où nous sommes, qu'on n'y peut faire courir aucun cheval de guerre. Mais plus loin devant nous il y a de belles prairies avec de beaux gazons; là nous pousserons nos chevaux l'un contre l'autre, et nous verrons qui est le plus fort. Le cheval que je monte est agile et très vite : si je tombe de la selle, tu pourras remmener avec toi. » Élie répondit : • Sire Dieu^ fais- moi ce don : je désire tant cet excellent cheval d'Aragon ^ »

qu'il le poursuivit pendant

cinq étapes. Mais le cheval d'Élie était fatigué, et il « s'abattit sous lui sur le sable. Alors il ^ cria au païen avec grande colère : c Malheur à toi, lâche païen I retourne en arrière! Dieu® te maudisse 1 »

(XVI) Malpriant répondit : « Tu es maintenant trop fou,

I. C B Tu es un homme très fou et très méchant. — 2. C B D Ne Yois-tu pas. — 3. Ici le copiste de A a omis quelques mots qui ne peuvent pas être suppléés £ après les autres mss, ^ ^. C B D de sorte qu'il. — 5. C B D Élie. ^ 6.CB D Dieu soit irrité contre toi.

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en tes paroles, et tu ne t'entends pas à te préserver. C'est bien imprudemment que tu as entrepris cette chasse après moi que tu poursuis depuis si longtemps, car voici devant * nous rassemblés sept mille de mes compagnons» et il n'en est pas un d'entre eux qui ne désire te tuer. En vérité, » dit Malpriant, « c'est de la folie et de l'imprudence ! Tu nous as fait aujourd'hui tel dommage qu'il ne se pourra jamais r^arer ; mais le temps vient que tu t'en repenti*^ ras. » Ils parlèrent si longtemps ensemble que toute Parmée s'approcha. Quand les païens les virent, ils accou*^ rurent et vinrent au-devant d'eux. Et maintenant que Dieu prenne en grâce le bon et courtois Élie! Il est bien en danger de mourir ou de perdre quelques-uns de ses membres.

(XVII) Quand Élie vit les païens qui étaient à pied accourir vers lui, et le gros de l'armée qui les suivait à cheval, il demanda de tout son cœur à Dieu de 'le prendre en miséricorde, et il s'aperçut alors que Malpriant prenait position et chevauchait lentement et ne le craignait pas. Le cheval d'Élie, qui était fatigué tout â l'heure, avait regagné des forces, car il avait repris haleine et s'était reposé pendant qu'ils parlaient ensemble. Élie poussa alors son cheval contre Malpriant, et de sa lance le frappa sur son écu qui, du coup, aussitôt se sépara en deux, et il enfonça la lance dans sa brogne et jeta le païen de cheval aussi ^oin que portait le bois de sa lance ; il le renversa dans une ornière de la route, de sorte que le * bois de sa lance s'échappa de sa main ^ et qu'il tomba sur le visage. Élie sauta sur le cheval du païen aux yeux de toute l'armée, et poursuivit son chemin. Dieu le protège! Aucun homme vivant ne peut plus l'atteindre ni se rapprocher de lui, aussi longtemps qu'il voudra fuir, car le cheval * n'a

I. C B Z) de le prendre en aide. — 2. C B Z> sa lance. — 3 . AC ses mains. — 4. C B D était plus rapide que tout autre cheval [Dbête].

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jamais trooTé coofiardl pour la rapidité, et ne ptiit jamais être fatigué.

(XVI 11) Malpriaot - regarda derrière lui et vit Élie oiOQtésor son cheval, lui qu^il haïssait le plus au monde, et il vit aussi qu'il prq>arait sa lance i l'attaque, comme s'il fftt tout prêt i combattre et i jouter, et il cria alors i haute Toix ' : < Paiens, Taillants guerriers, et champions d'âite, si celui-ci s*écbappe, c'estla honte pour nous toosi » Élia, qui entendait leur jargon, poursuivit son chemin. Il était monté sur l'excellent cheval, qui peut courir aossi fort et aller aussi loin qu'il veut. Une fi»rte troupe de païens le poursuivit ; mais ils ne purent l'atteindre que lorsqu'il le jugea bon. Il se retourna alors pour comhsttre ceux qui étaient le plus pris; car ce fut pour lui un plaisir de les £ûre tomber, de les tuer, et de les bafouer, de les bleseer et de leur faire honte.

PCIX) Il nous faut maintenant parler des comtes prisonniers,

Iui étaient étendus et enchaînés dans la prairie derrière )lie, plongés dans la douleur et le chagrin. GuiUaumei le comte d'Orange, dit : c Sire glorieux, Dieu tout puis* sant, qu'as-tu fait du noble héros qui était venu ici pour nous secourir? Je crains dans mon âme qu'il ne poursuive trop longtemps cet arrogant païen. S'Û l'a attiré après lui jusqu'au gros de Fermée peienne , le secoor» nous viendra tard. Dieu puissant, maître de toute créature, doux consolateur de tous ceux qui souffrent, cher sauveur des affligés et des malheureux, prends nous en grftce, en miséricorde et en aide! Si nous étions déliés, nous n'aurions plus de peine : nous irions à ces bons destrigrs de guerre et nous les prendrions ! » Conune il parlait ainsi, un paysan vient ^ vers eux de la forêt : il portait pendue i l'épaule sa cognée avec laquelle il avait travaillé

i, C B ajoutent : se glissa [B parvint à se dégager] hors de la fondrière [sur le côté sec de la route manque dans B] et. — 2. C BD ajoutent : aux paiens. -^ 3, C B D vint.

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tout le fcmr. Mais qàand il vit tes païens ' étendus à terre, il * s'enfuit loin d'euit ; Gaiilauttte l'appela ^ ttti doucement : « Ami, » dit-il, « n'aie crainte; viens ici à npus, et tu entendras de quoi te faire plaisir, et tu auras, si tu cross un Dieu et à ses maints, compassion de notre malheur et de notre infortune. Nous sommes de France, et loin de nos amis. Il y a aujourd'hui un mois que ce peuple maudit et incrédule nous a faits prisonniers, et aucun jour ne s'est passé depuis sans que nous ayons souffert misère et affliction «. Coupe ces liens, que nous soyons libres, 3» c Excellent seigneur, » dit-il, c que puis-je faire ? J*ai sept enfants à élever ; je suis si patt«> vre et misérable, que Taîtié n'a pas assez de raison pour prendre soin du plus jeune. » Quand sire Guillaume en lendit ces parOks, il tut pitié de sa pauvreté : c Va, » dit-il, « prends la bonne étoffe de soie et la pelisse de fourrure blanche qui ont appartenu à Parrogant païen étendu mort à tes pieds, et vends le tout au marché pour trente escalins ; et nourris tes enfants avec, en attendant que tu vendes aussi ces quatre mulets que nous te donnons. » Qttsnd le paysan entendit ses paroles, il fut content et joyeux, et il tira son couteau de la gaine ^ et les délivra tous.

(XX) Quand sire Guillaume, comte d*Orange, se sentit libre, il bondit sur ses pieds et dit : « Dieu ^ tout puissant, roi du ciel, tu sais que je serai blessé de vingt blessures et percé de cent lances plutôt que de me laisser lier et saisir encore par les païens! » Bertran, son neveu, dit : « Malheur aux païens, maintenant que je suis libre ! Si je les approche, je ne veux prendre dVux d'autre rançon que la tête de leur corps '', 9 Et Bernard de Brusban '

t. C B D, ajoutent : morts.— 2. C B ajoutent : eut [S très] peur et. — 3, C B D appelle. -* 4. C B ajoutent : au nom de Dieu, viens ici et. ^ 3. C B D eit coupa leurs liens. — 6, D Béni soit le tout puissant Dieu, roi. -^ 'j, C B D de leurs épaules. -^ S, A Bryslan, id et plus loin.

ptrk ainsi : « Païens, » dit-il, c chiens maudits! Dieu nous donne de nous venger sur vous du mal que tous nous avez fait! » Ernaud le barbu reprit : c II ne me plaît pas de dire autre chose que ceci : prenons pour nous en servir les armes qui sont là, et ces bons chevaux, et partons pour aider ce vaillant guerrier, qui a tué nos ennemis et nous a délivrés de la mort qui nous menaçait. »

(XXI) Maintenant voilà ces vaillants barons francs et libres de leurs maux, et joyeux de grande liesse. C'étaient les plus courtois et les plus braves chevaliers de tous les Français, en leur temps. Ils coururent aussitôt aux armes, et vêtirent leurs armures. Ils montèrent alors sur la colline et grimpèrent au haut d'une vigne et regardèrent autour d'eux, et ils reconnurent Élie, le bon et brave chevalier, qu'une grande masse de païens suivait et pourchassait^ tant qu'il ne savait plus de quel côté pousser son chevaP ; et ils l'auraient vaincu et fait prisonnier, mais sire Guillaume d'Orange vint au plus vite à travers un vallon ; et quand ils arrivèrent au milieu des païens, on put voir leur vaillance, comment ils renversaient les païens de leurs chevaux, et les tuent, et abattaient leur orgueil. Ils en tuèrent tant que leur sang coulait, comme ferait une rivière. On put voir alors sire Bernard, le comte de Brusban, mordre sa barbe et tordre ses moustaches; et les païens n'obtenaient jamais merci, quand ils étaient atteints par

I . La phrase^ depuis qu'une grande, est ainsi remplacée dans CB: comme il fuyait devant Tarmée des païens, mais parfois il revenait [B il se tournait] contre eux [manque dans B], et tuait en grand nombre les païens les plus rapprochés de lui. Élie [B frappe ceux qui sont les premiers, et] arrive à une fondrière, presque impraticable. Là les païens furent si près de le prendre que quelques-uns l'avaient déjà devancé, et il ne pouvait d'aucun côté s'échapper avec son cheval. «- D : et une masse de païens auprès de lui, et ils lepoursuivaient et chassaient devant eux ei en arrivant à une fondrière dangereuse à passer, ils l'avaient presque atteint.

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ses armes. Alors Jossé d'Alexandrie, le païen, dit : « Voilft un singulier peuple. Ici est aujourd'hui venu le roi Artur de Bretagne, le roi renommé et victorieux, et avec lui Gafer le fort et Margant l'irascible, et Golafre ^ le furieux» qui mange cinq ou six iiommes à un repas. Retournons le plus vite possible i notre armée pour être secourus, car à ceux*ci aucun homme vivant ne peut résister. Ce sont des héros du peuple chrétien qui étaient morts depuis longtemps et qui maintenant sont ressuscites pour nous tuer et pour défendre leur royaume contre nous. »

(XXII) G)mme un lion met en déroute un troupeau de moutons^ quand, â l'improvist^e, il sort de sa caverne pour choisir celui qui, de tout le troupeau, lui paraît le plus gros, ainsi s'avançait sire Guillaume, comte d'Orange, contre la troupe des païens maudits, desquels il avait à se venger. Il les tuait et les dispersait, de sorte que tous ceux qui voyaient sa manière de faire étaient affolés. Aucun de ceux qui l'attendirent ne recommença à parler. Ses compagnons en faisaient tout autant. Et les païens s'enfuient vers leur armée ; mais ceux-ci les chassèrent, les tuant de leurs lances et ne s'arrêtèrent pas avant d'avoir mené la poursuite jusqu'au gros de l'armée ; et ce fut grande folie et imprudence de les pourchasser si loin. Jossé d'Alexandrie dit : « Mahon et Apollon, maudites soient la nuque et Tépaule de celui qui désormais jour ou nuit s'inclinera devant vous ou vous obéira, si vous laissez s'échapper ces hommes, qui nous ont fait tant de honte et de dommage, eux si peu nom* breux contre une multitude! » Ils commencèrent alors l'attaque de tous côtés, et ils eussent remporté la victoire sur les comtes ou les eussent blessés, si Dieu ne leur fût venu en aide. Les vingt chevaliers que sire Julien avait envoyés après Éiie arrivèrent de la forêt par un autre

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