‹ Élie de Saint Gille: chanson de gesteChapitre 43 sur 55 · I. A Gulairi · texte numérisé non relu

I. A Gulairi

llS LA SAGA 0*ÉUB

chemin. Quand Élk le» vît tî le* raoonnnt, il fut telle* ment ' îoyeux et content^ qu'il 'pouMii son cheral et ycAgnit Tanâtetf % un grand prince d'Aleiandrie, c* îV Im asa^a avec ton épée un c«up si fort sur le coui» que la tête avec le heaume et la coiffe roula au loin dans ta plaine. Mais les vingt chevaliers se bâtèrent et se mêlèrent aussitôt au combat avec leurs lances tranchantes et leurs bonnes épéu.

(XXIII) Les vingt chevaliers se aeat donc joints aux cinq qui étaient là d'abord. Quand Élie vit cela, il remercia Dieu de leur venue ; et ils jouèrent, avec les sept cents païens, un jeu si rude» qu'aucun de tous ceux<i n'en revint sans blessuce et sans mal. La chose se fût bien passée, si les païens n'eussent eu d'autres plus nombreux compagnons, mais voici venir tout la gros de Farmée, à ht tête de laquelle est Macabre ; et il n'y a rien d'étonnant que nos gens n'en soient pasv réjouis. Il airiva à la fin que pas un des vingt chevaliers qui étaient venusau secours n'en échappa en vie. Mais sire Guillaume^ le comte d'Orange, et Bernard, son frère, qui n'étaient jamais fatigués et ne s'arrêtaient jamais dans leur carnage de païens, crièrent et appelèrent Élie : « Boa chevalier % a dirent-ils, « viens ici vers nous, et nous nous défendrons mutuellement ^ : il le paiera cher, celui qui voudra te faire dommage! » Et Élie fit aussitôt ce qu'ils lui disaient; mais comme il entendit un païen qui (temandait le combat, il lança son rapide cheval contre luit car il préférait mourir à être appdé couard. (XXIV Élie était très affligé et chagrin de la mort de ses gens commt.) et souvent les plaignait et disait : c Mal vous en a pris, nobles barons, de m^avoir suivi, puisque les païens vous ont vaincus, tués et fmu prisonniers! » En ce moment

i, C B D très. —• 2. C B O et il poussa son cheval. ^ 3, C B D le prince [d'Alexandrie manque dans C B\ qu'on appela Tanabré. — 4. i4 héros. — 5. C B ajoutent : aussi longtemps que Dieu voudra ; D : aussi longtemps que nous pourrons résisler» •

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sur le front de l'armée s'«Tai>ça un païen déloyal; il était fort et grand, a^ait quatre aane» et demie de haut depuis la ceinture jusqu'en baue ; Dieu maudisse ses jambeS) car eiks étaient fortes et Vdkt pmté ttop l^mg^' temps ! Son épée était d^une longueur estraordhiaire,< et son écu était si grand et si pesant que M paysâil te plus fort n^aurdit pu le soulever de terre^ Pkin d*atdeuf , il appela Élie à haute voix ' : « Par ma Ah'^ chetalier ', yf dit* il, a tu t'es bien défendu aujourd'hui ) tnais le moment esc venu de ta défaite. Je te conseille plut6t de f'enonoer à ta croyance et à ton Di^i : crois en Tervagant ', qni fait dea miracle» pour nous, et i Mahonf^^ui donne k fetfillage ailx arbres, les fleurs et les fruits. » Elie répondit : « Tti es le roi des fous I Par mon seigneur el oréaRfeur, je seraia le pire de tous les infâmes et semblable au' misérable jiâf qui renia saint Martin à cause d'une sidle efù il était assis, si je reniaiset abandonnais le seigneur du monde entier et de touéle créature pour vos idoles. Je sois bien plutôt prêt à prouver par les armea, en la fcx'ce de Dieu, que Mahon et Tervagant et Apollon, vos dieux, ne valent pas un fétm comparés aux saints de Dieu, qui habitent aux cieux ! » Quand le païen entendit la réponse d'Élie, il a^emporta de colère avec une grande arrogance et ardeur, car il ne se croyait pas d'égal au monde em force, en valeur et en chevalerie. Ils ponssèrent tous deux leurs clnvaux en avant; et^ comme les chevaux étaient trèff rapides^ ils se heurtèrent si vivement et si fortement, les coups furent si grands et si puissants, Tattaque si violente que chacun d'eux renversa Tautre de cheval. Quand ils forent tombés tous deux, Élk, plus rapide à Fateaqûe, courut sus au païen et leva son épée & deux mains aussi haut qu'il put, et le coup à travers Téou tomba sftr 1» poitrine du païen et trancha toute la brogne, les entrailles.

t. G B D ajoutent : «tdit; -^ av Pa^ ma foi, chewilief est réniplacé dans CBpar : Que Mahon mtaid^ ^ 3l Msê, TerregAlit.

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les deux tnainf et les pieds, de sorte que l'épée ne s*arrêta pas aTAnt de toucher terre '. Le paien fit une telle chute que toute la terre trembla i Tentour, quand fut renversé ce corps maudit. Elle dit alors : « Mahon et Apollon t'ont mal prot^! »

Quand les païens virent tombé et mort leur plus grand champion, toute l'armée poussa un grand cri , tel qu'on eût cru que tous les diables d'enfer étaient rassemblés. Plus de mille païens se précipitèrent alors avec leurs armes et leurs épées tirées. Malpriaat était le plus près: quand il voit son cheval, il le saisit tout de suite par la bride, chevaucha avec lui et le donna à garder à un paien. Ils se jetèrent tous sur Élie de chaque côté, et lui opposèrent leurs écus, et le saisirent de leurs mains et le lièrent si fort que la peau et la chair se détachèrent des os ' avec une grande perte de sang. Et quand sire Guillaume et ses compagnons virent cette triste aventure, ils s'élancèrent li où la mêlée était la plus forte, et frappèrent des deui côtés, si bien qu'en peu de temps ils massacrèrent cent paltens. Mais voilà que plus de trois cents païens les attaquèrent. Lorsque Elie vit qu'ils allaient être pris, il leur cria : « Sire Guillaume, sauve ta vie et abandonne ' ce combat, car je suis étroitement enchaîné, je suis prisonnier, et mon sort ou mon tourment ne sera pas meilleur, si vous êtes tués avec moi. » Et quand Guillaume et ses compagnons entendirent les paroles d'Élie, ils trouvèrent que le conseil était bon : ils se retirèrent donc du combat, mais les païens les pourchassèrent pendant plus de deux étapes, au nombre de sept cents, et ne purent s'emparer d'aucun d'eux. (XXVI Jossé d^ Alexandrie dit aux aut^ païens: « Il nous est fi^) arrivé malheur, car ceux qui se sont échappés sont de grands et puissants princes, de braves chevaliers, tels

I. Après ce mot commence une lacune dans il. — 2. Z) des mains jusqu'aux os. — 3. Z> «t Bons seigneurs, » dit-il, « a)rez soin de votre vie, et abandonnefertious. »

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qu^aacun homme vivant ne peut tenir contre eux ou leur attaque, et avant que ces deux jourssoient passés, ils nous reviendront avec vingt mille chevaliers; et s^ils nous rencontrent, aucun homme de toute notre armée n^en réchappera, car un d^entre eux est plus vaillant au com-> bat que vingt des nôtres. «

(XXVII Toute r^rmée alors se précipita vers les vaisseaux;

commK)^t ils s^embarquèrent, «t jetèrent Élie sous le pont entre les pieds des chevaux, et là renfermèrent, lié comme il était. Voilà les païens sur leurs vaisseaux; ils larguèrent leurs voiles^ et, ayant bon vent, prièrent la mer. Et ils parlaieat beaucoup des comtes qui s^étaient échappés, disant que c'étaient des hommes forts et très braves, mais ils louèrent bien plus et par dessus tous Pexcellent chevalier Élie. Alors le roi Macabre dit d^amener Élie devant lui, et cela fut fait. Et quand Elie fut venu devant lui, il parut au roi très beau, fort et bien. fait de tous ses membres, et à la fois terrible et beau et plaisant à voir, élégant et imposant. Alors le roi dit à Élie : « Jure par Mahon que tu abandonneras ta foi et renieras ton Christ. Alors }e te ferai couronner à Sobrie et je te marierai avec ma fille Rosamonde. > Le roi le fit délier.

(XXIV Laissons maintenant Élie «a milieu de ses ennuis, et fin) parlons des comtes qui s^étaient enfuis de la bataille. Us chevauchent leur chemin auprès du bord et regrettent fort Élie. Ernaud dit : « Il nous (aut hâter notre voyage^ afin de pouvoir arriver avant le jsoir au châ^ teau de Saint*GiUes, car nous avons grand besoin de reconfort et de bon g$tis« » Alors ils prirent le chemin à gauche prè^ d^ A ries \ et traversèrent le fleuve qui porte le nom de Rhône' et arrivèrent avant la chute, de la nuit au ch&teau de Saimt-^Gilles. Quand les habitants de la ville leç: vir^tpass^: par les wes, avec leurs chevaux

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eovVcrtB de sucor, «vec Umn brogaes^ nmipue», leuts éciu fenda» et leofi- knce» biisées^ île forent étonnés^ et ib ne saTaieiit qis0llee gens ce pouvait êere, iri d'où ils pouvaient t«nlr «vec leurs vêtements en lambeaux.

(XXV) Ils marchèrent vers le château, et souhaitaient d'y entrer^ quand ils renconrrèrent un homme mécham et fou qui leur dit de sMloigner et ajouta avec une grande sottise: « Méchants hommes, que voulez- vous ici? Vous cherches sûrement de grands désagréments, comme vous montrez votre témérité et votre folie, en ventffff dans no* tre château équipés et armés comme des ennemis! > Guillaume dit : c Tu as eu tort de nous recevoir si follement. Bel ami, » dîMl, c nous sommes de France, et messagers du roi Louis, et il nous a envoyés ici pour faire ses messages au duc Julien qui a la garde de ce château. Cest un déshoimeur pour tout vaillant homme, envoyé en message^ de ne pas porter ses armes ou son armure pour se protéger contre les méchants, car il est pénible de tomber au pouvoir de ceux qu^il ne vous convient pas de servir. » Le gardien de la porte du château re^ prit : « Par ma foi, vous n^entrerez pas céans, ni par flatteries ni par belles paroles, car tu ne viens pas pour partf ua autel ni chanter des messes. Et si m veux aller plus loin, tu feras comme un malotru et un sot, car }c f ai préparé un si grand coup de ce gros et lourd bâton qutt: voki, que tu en tomberas presque mort. » Et au même mstant il aosenaà sire Guillaume quatre coups aussi forts quil pat; mais Guittaume lui opposa son écu, qrai' se ienéit en long depuis la poigtiée jusqu'en ttaf. Quaadr lé dut Guillaume vk la folie de cet homme et Ifascueil peu^ bienveilfom qu'il lui disait, il se rappela qu'il étais uif seigneuv ei qu'ils nPéidic p& eonVenafble de RscevoiPun cmxpd^utï^etf s»ns*(^' retidre. It^ braifdtt^n' épée et frappa ce mauvais homme par en haut au milieu de la tête,, etie&aditdaaa^toute'saîahgueur v*^ ilcomba

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caupé en deux devant Guillaume qui le laniça dans un fossé profond au pied du château. Quand le fils du gardien vit son père tombé et mort, il courut aussitôt, très effrayé, pour aonoiicer à aîrt Julien tout ce qiti s'éuit passé entre son père et les nouvoai» venus.

(XXVI Le fils du portier atrivai dans kt salle et cria k haute comm^)voiz : c Sire Julien, que feis-tu? Mon père t'a servi [dus de quatorze hivers, et jamais pour pirix de son service aa reçu un cheval ou un mulet : aujourd'hui son service est cruellement payé. Je l'ai vu jeter dansnin fossé de^ telle sorte qu'il en a eu l'éehine brisée. Que jamais Dieu ne t'aide» si tu ne punis pas cela! » Quand le doc Julien eatendit ces paiioks, il fut très courroucé, et \ms pas sa barbe blanche : « Il n'est pas d'homme ent ce rcqraume, que, ail nous. a fait ce dommage, je ne fasse pendre aussitôt. » A ce moment tous les comtes à cheml arnvèrent tout armés dans U salle.. Sire Quiilaume «vait 00 autre nom^ celui de ne^ Port;, il parla, ainsi r « Que k Dieu qui gouverne tout, qui a créi le ciel et la terre, et est meilleur et plus puissant que tous, vous bé« nisse et vous aide, sire Julien, vous et votre royaume! Je ^ vous dirai que je suis Guillaume d'Orange au nez tort; celui-ci est fiertraa, mon neveu, qui est pvesque aussi grand que moi; le troisième, est Bernard de Brusban: ^; le quatrième est Ernaud, mon frère '. Il y a masnteoaist un mois passé que les païens nous ont firita prison^ njjsrs. Aujourd'hui de bonne heure nous avons été délivrés, et depuis nous avons chevauché si longtemps, que BOUS soQHnes arrivés ici. J'ai trouvé à la porte dv château un homme 6m et malveillast ; il m'a porté quatre coups surmonécu; au cinquième je me courrou^i,jelui donnai un ïéget coup de mon ^>ée, et je telançai dans un fessé au

I . Z) « Seigneur, » dit-il, « je ne veux pas maintenant vous cacher qui je suis; beaucoup de gens me nomment Guillaume au nez tort. — 2. Mss, Bruskam. ^ 3. Mis, le fils de ma seconde sœur.

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pied du château. Mais nous sommes précs à vous engager pour cela notre honneur, et à vous laisser à vous même le jugement de cette afiaire plutôt que de vous voir à ce sujet fâché contre nous. • Et quand sire Julien l'entendit, il alla à eux et embrassa sire Guillaume et tous les autres et leur dit : «r Par Dieu, à mon avis, vous auriez mieux fait de le pendre! > Alors il dit à ses gens : « Debout, chevaliers ; prenez leur équipement ; ce sont seigneurs et princes : remercions Dieu qu^ils soient venus ici. »

Les comtes sont chez le prince renommé : vingt bacheliers prirent leurs chevaux et leurs armures ; on leur prépara des bains, et ensuite ils s'assirent pour manger '; et quand ils furent rassasiés, sire Guillaume dit au duc Julien : <c Tu as une belle et vaillante suite; sire Louis, Tempereur, s'étonne que vous ne lui ayez pas encore rendu visite, et il s'en est plûnt devant les plus hauts princes et ses vassaux. On lui a aussi dit que tu avais unfils qui a ' l'âge et la force d^endosser l'armure. Dites-moi : est-ce un de ces beaux jeunes gens qui sont ici ? S'il n'est pas ici, envoyez après loi, car nous voulons le voir et l'emmener à Paris avec nous, et il fera belle figure parmi les plus forts et les meilleurs homnies du roi. » Le duc Julien dit en grand chagrin : « Par Dieu, bons seigneurs, vous venez trop tard, car ce matin je l'ai armé chevalier; mais au moment où il a été équipé, il s'est enftii et ma abandonné. Je n'ai pas voulu montrer ma puissanceen face de sa folie; j'ai fait mieux : j'ai envoyé après lui pour l'aider vingt chevaliers, les plus considérés auprès de moi; mais je ne sais pas maintenant où ils se sont dirigés, ni dans quel pays ils ont pris leur résidence. » Quand les comte» emenc&rent ces mots, ils se r^ardèrent les uns les autres. Ernaud le barbu dit : a Dites-vous vraiment, sire, que c'était votre fils qui

.1. b Dk table. — z, k £>«▼»£.

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montait un cheval gris-pommelé et portait tin vêtement de soie d*or d'un rouge-brun avec une fourrure blanche? Ce matin, comme nous sortions d^une forêt, il a fait preuve de si bonne chevalerie, qu'en peu de temps il a tué neuf chevaliers : un seul s'échappa et ne se risqua pas à l'attendre. Il le poursuivit jusqu'au moment oti, près d'un ^ué, sept cents païens s'opposèrent à lui^ et l'auraient fait prisonnier et vaincu, si les vingt chevaliers que vous lui avez envoyés n'étaient venus à son aide, braves et bons combattants, dont pas un ne saurait être blâmé; mais les mauvais païens les entourèrent en si grand nombre qu'aucun des vingt chevaliers ne sor^ tit vivant. Alors ils serrèrent Élie près d'un fossé, et le firent prisonnier, et le lièrent et remmenèrent avec eux. £t vraiment ses amis peuvent déplorer la perte d'un tel homme! » Et quand Julien entendit ces paroles, il s'affligea beaucoup; et la mère et la sœur du jeune homme pleurèrent le triste sort d'Élie> si durement retenu chez les païens. Alors une grande tristesse se répandit dans la salle, et toute la joie qu'ils avaient auparavant se changea en silence triste et désespéré : on ne songea plus à enten<dre harpes ou vielles ou symphonies ou autres semblables instruments à cordes. Le duc alors appela un homme nommé Thomas; c'était un riche marchand, et toutes les mers lui étaient connues. Julien lui dit : « Tu vas équiper au plus tôt mon vaisseau le plus grand, tu le fourniras de vivres suffisants et tu prendras avec toi vingt sommes d'or» des autourset tout cedont tu peux avoir besoin ; tu irasaussi vite que possible et tu ne t^arréteras pas avant de savoir sûrement en quel pays les païens ont emmené mon fils. Toi, Salât ré, tu voyageras avec lui. Soyez tout-à-tait prêt» aujourd'hui, et demain partez f » Et on ne raconte plus rien d'eux dans cette histoire. Sire Guillaume et ses compagnons se sont levés de bonne heure et demandent la permission de s'en retourner. Sire Julien les traita avec beaucoup d'honneur ; il leur donna les destriers les plus

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. eicellents, à chacun d'eux cent escalins et on écnyer pour porter leurs armes et les servir, et ils se séparèrent amicalement.

(XXVn Les ^ païens naviguent sur mer, et abordent après cinq * suite) îours dans le pays qui se nomme Ungarie. Quand ils eurent fêté Tancre au pied des rochers de Sobrie, le roi Macabre appela les Francs qui étaient prisonniers et aussi Élîe, et ils furent amenés devant le roi. Le roi dit à Jossé, qui avait le commandement d'Alexandrie : c Prends ces gens avec toi, et inflige-leur tel châtiment qu'il te semble bon ; mais ce beau jeune homme, qui est si remarquable et imposant, restera avec moi, et s'il veut adorer MahoB, je lui donnerai en mariage Rosamonde, ma fille. 9 Alors le roi fit placer Mahon sur un pilier qui tout entier était de ' pierres précieuses. Il dit à Élie : « Jure le par ta foi. Franc ; as-tu jamais vu un si beau dieu que celui-ci? 11 fait tout ce que je veux; il me transporte d'ici en Afrique aussitôt que je le veux, et au nord en Ecosse et de là aux ports d'AImarie *. Sache vraiment maintenant : quand tu te seras soumis à lui, je te ferai riche en or et en terres. *€ Sire, d dit Élie, « vous pkisanteZf'ou vous parlez comme un enfant ou comme un fou, quand vous dites avoir pour dieu ce maudit ennemi. Cette chose ne saurait se mouvcnr et n'a ni vie ni corps; et si un homme venait qui lui donnât un coup sous l'oreille, il tomberait, comme s'il n'avait jamais eu de vie. Malheur à sa puissance et à ceux qui le servent I » Malpriant était tout près et entendît ce que disait Élie. Il en devint presque enragé de colère et courut vers Mahon, et lui dit à haute voix : « Dieu tout puissant, ne m'en veuille pas de ces paroles! Ce Franc qui t'a inju-

I. b ajoute au commencement de ce paragraphe : Maintenant faut laisser cela et dire comment; D Maintenant il faut traiter cdmmcnt. — 2. M>huit. — 3. ^ D d'or et de. — 4. Mss, de Dalmarie.

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rié est fou et ne comprend rien. Je t'engage ici ma foi que je te vengerai, si j'arrive vivant au pays, et atis«hdt je le ferai pendre à ce tiaut rocher. » Quand Élie entendit ces paroles, il se courrouça fort et implora instamment Taide et la grâce du Di&x qui gouverne tout '. Élie ^tait libre sur le vaisseau du roi : alors il s'aperçut, ce qui lui causa grand émoi, que Malpriant faisait sortir soucheval de dessous le pont et le faisait conduire à t^rre; il afvait une selle dorée; il était bridé et prêt i être monté. Ce cheval était si bon, comme il a déjà été dit plu s h mrt , que jamais roi n'en avait eu de pareil. ÉUe dit à voix basse : a Aide-moi, seigneur Jésus-Christ, fils de 1& vierge Marie ! Il n y a pas encore six jours passés que ce cheval était en ma possession. Plût à Dieu que je fusse assis sur son dos et armé comme je voudrais M » Alors il bon* dit en Tair avec une force si merveilleuse que personne ne put le tenir^ et il vint jusqu'à terre, et il courut aussitôt vers Thomine qui conduisait le cheval» et lui donna un si violent coup de poing sous Toreille qu'il lui brisa la nuque. Elie sauta sur le cheval aux jeux de toute l'armée et partit &u galop. Quand le rot Macabre vit cela, il se courrouça fort et avec rage cria à Mahon : « Méchant dieu, 3» dit-il, « que fais-tu? es-tu fou ou dors-tu? Je t'ai promis fidélité : malheur à ta puissance et à ceux qui te servent ! Maintenant k Franc s'en va, qui t'a toujours outragé ! » Il appuya son pied sur un côté de la statue de Mahon et le renversa de son pilier et lui cassa le nez et le bras droit en deux. Les païens le saisirent alors : « Mauvais roi, » dirent-ils, « que fais-tu? tu es plein de colère, de folie et de brigandage, en frappant et brisant ton dieu! Va maintenant vers lui, et prosterne-toi devant lui, et prie le de te pardonner : sans cela tu mourras ! »

X. D ajoute : car il était en grande frayeur. ^ 2, D ajoute : car je me ferais hacher en morceaux avant de retomber en leur pouvoir.

« Je jure par mon chef, » dit le roi Macabre, « que celui-là est fou qui le sert et croit en lui ; car son pouvoir est lout à fait miné et ne vaut rien, et ce n*est que tromperie et folie! Il a laissé échapper le Franc qui l'avait insulté et avait tué ses fidèles. Je suis vraiment plein de douleur et de honte de Fa voir fait délier, car il s'est enfui. » PUCVIII) Lorsque le roi eut parlé ainsi, tous reconnurent qu'il disait la vérité, et quittèrent leurs vaisseaux. Le roi appela alors à lui sept cents chevaliers ; et il y avait là Jossé d'Alexandrie et Hector et Gontier ^ : «c Vous allez vous rendre au gué de Dalbier et attendre le Franc, qui s'est échappé et nous a joués.

(XXVI I « Si Mahomet le fait revenir, il aura bien agi dans son infin) térét, et si le bon Mahomet se conduit si bien, je lui donnerai quatre cent mille marcs d'or pur; et je referai sa fête et ses épaules, ses mains et ses doigts et ses mollets, ses chevilles et la plante de ses pieds, plus grands de moitié qu'ils n'ont jamais été; je le ferai refaire tout neuf et de fin travail. »

(XXIX) Maintenant lés païens sont tous sortis de leurs vaisseaux, et le roi est allé chez lui dans son bon château de Sobrie. Toute sa famille vint au-devant de lui, sa femme et son fils et la brillante Rosamonde, sa fille ; et elle dit aussitôt à son père : « Vous m*avez promis, à votre retour die France, de ramener pour moi * de France un pauvre {Mrisonnier^ pour m'apprendre la langue welche. > « Par ma foi, belle fille, » dit Macabre, c j'en avais un comme tu le veux, auprès de moi; jamais, depuis que Mahon a créé le monde, il n'en est venu de tel en ce royaume. Il a vaincu Malpriant, ton fiancé, et a fait tomber cet orgueil et cette fierté qu'il croyait pouvoir avoir pour Tamour de toi, si bien que, quel que soit le nombre des hommes en campagne , si ce Franc est

I. Mss. Hercol et Guiver; c/. p. r32. — 2. Ici se termine la la~ cune d'A,

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dans Tarmée ennemie, Malpriant n'ose même pas entrer en conversation avec lui! » Quand la jeune fille entendit son père louer de la sorte le brave héros, tout son cœur soudainement se prit d'amour pour lui, de sorte qu'elle ne put rien répondre ni demander la permission de sortir, mais elle alla se prosterner devant ses dieux et les pria de tout cœur de garder ce noble héros de honte et de mort.

Il faut parler d*ÉIie qui chevauchait le long du rivage, et implora la bonté divine et dit : « Seigneur Dieu, roi doux et puissant, conduis-moi en tel lieu et en telle herberge que je puisse m'y restaurer, car depuis ^longtemps je souffre du manque de vivres. Voici cinq jours passés que je n'ai mangé, et ma vigueur et mes forces s'épuisent.» Il descendit alors la colline, et, arrivé dans la plaine, il vit dans un bois, assis à l'ombre d'un grand arbre, trois lar/ons, et ils avaient là beaucoup d'argent qu'ils avaient pris et volé, ainsi qu'un grand coffre rempli d'or fin de maint pays. Ils s'étaient donné là rendez-vous et tenaient conseil, et ils avaient apporté leur repas somptueusement préparé : deux paons et un cygne avec une bonne sauce au poivre,et un grand pot rempli de vin et de bière mêlés et deux grands pains defroment.Quand Elie vit qu'ils se disposaient à manger,et que le repas était prêt et qu'ils s'offraient entre eux le pain, le vin et là viande, il fut pris d'un si pressant désir de manger qu'il ne put, sous aucune condition, se retenir plus longtemps. Il descendit doucement de son cheval, et sans demander ni eau ni serviette, il s'attabla aussitôt auprès d'eux sur l'herbe, et les trois larrons ne pouvaient pas couper aussi vite qu'il mangeait lui seul ; et le chef des larrons lui dit : « Tu es bien osé, avide glouton, de t'asseoir à notre repas et de ne pas nous en demander la permission! Jamais il n'y eut main d'homme qui ait si bien appris à vider les écuelles ; mais tu le paieras cher avant de nous quitter. Ce cheval que tu as amené ici, tu nous le don-

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neras ; et si tu te plains en qnoi que ce soit, tu recevras de nous tels coups de poing, de bâton et de pied que tu ne pourras trouver de médecin pour te guérir. »<c Ami, » dit Élie, « tu as tort de t'exprimer de la sorte : en parlant ainsi, tu ne calcules pas ce qu'ont coûtéces viandes et cette boisson que nous avons consommées. Nous voulons maintenant en savoir le prix : dis -nous la vérité là-dessus, et je te paierai entièrement et sans faute ce que j*ai pris, t t Par mon chef, » dit le larron, « tu en sauras le prixi Cent marcs d'argeat pur ont été payés pour cela ; mais paie-moi dix marcs d'argent pur, et je te tiens quitte. » « Par ma foi. > dit * Élie, « je n'ai jamais vu chose pareille. Si tout est aussi cher dans ce pays, c'est bien mieux dans le pays oti je suis né. Prenez, » dit-il, « ces cinq escalins d'argent pur et sans défaut, et ce vêtement de soie à fourrure blanche, qui m'a coûté cinq marcs d^or quand je l'achetai. » < Par mon chef, » dit' le larron, « tu vas parler autrement. Nous voulons avoir ce cheval que tu as amené ici ^ ; j'ai estimé que sa bride vaut vingt livres d'argent. Tu seras dépouillé et nous quitteras à pied, ayant à la main un bâton, comme un homme des bois. »

(XXX) * Malheur à toi, méchant vagabond, » dit Élie, « Dieu te fasse honte 1 Je pensais, quand je vous voyais préparer votre nourriture, que vous étiez des vassaux ou des chevaliers, des bourgeois ou des marchands, sa-* chant bien accueillir un prudhomme ; maïs maintenant vous ^ dites que vous voulez avoir mon cheval pour votre nourriture et votre boisson, et vous voulez me tra* hir comme Judas trahit Notre Seigneur à table ! mais je jure par Dieu même et par le cher apôtre qu'implorent les pèlerins ^, que si l'un de vous est assez audacieux pour oser m'approcher, je le traiterai de telle façon qu'il *

I. A parla. -^ 2. A parla. -^ 3, C B D ajoutent : tu le perdraâ honteusement. — j^. C B D maintenant je vois que. — 5. C B D et par le saint apôtre Pierre.— 6, C B D quHl na réussira jamais.

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n'en aura jamai» aucune joie ; et * je donné un faux denier pour voua trois ! Il vous faudra plus grande forée avant de me mettre en fuite oiat de m'efirayer.

a Malheur à toi, mauvais homme, » dit Élie ; • Dieu vous confonde 1 Je vois en vérité que vous êtes des larrons et de méchantes gens ^ Où avez-vous pris cet or qui est là ? Si vous ne me dites sur-le-champ à qui il appartient, je vous pendrai ici même! » Et il ^ frappa^ de son pied la nuque du chef des brigands; et le coup fut si lourd, que jamais plus il ne put répondre, car Tos de son cou fut rompu en deux; puis il saisit de ses mains le bras du second larron, et lattîra à' lui, de sorte qu'il lui brisa' le bra.s à Tépaule, et le cœur lui sortit du corps avec les entrailles ^ (XXXI) Le troisième était <^ Galopin; il était petit de taille; il approcha, se jeta ? à genoux, et demanda grâce pour lui et dit : « Excellent seigneur, fais toi honneur à toi» même ; et ne me tue pas. Reçois ici ma foi que jantiais je n ai voulu rien faire de mal contre toi. Si tu veux qpe je reste avec toi, ce sera une grande amitié de ta part : tu nuiras jamais nulle part que je n'y aille volontiers avec toi ; si tu as besoin d'argent, je t'en donnerai tant quUl ne t en manquera jamais : je connais caché dans le bois ^ de Tor en telle quantité qu*il dépasse en valeur quatorze bourgs et vingt-deux châteaux. Je suis resté quatorze hivers 9 le compagnon de ces hommes; et souvent on m'a tendu des embûches dans ce bois, nuit et jour; souvent j'ai été pris et jeté en prison et enchaîné cruellement. Mais je connais tant de ruses et d'artifices, que là où j'ai été le plus soigneusement gardé, je me suis

. iv € 3 Z) et je.ne vous donne, aucun denier [D pour votre repas]. — 2 et de méchantes gens est remplacé dans CED par : ou bien. — 3. C B ajoutent : courut [B aussitôt] vers le chef. — 4. C B 'lui frappa. — 5. Ici commence le fragment H. — 6, C B D s'apelait. -^ j. C B D tombai — 8. C B dans ce bois près de nous ; D ici dans le bois. — 9. Ici commence le fragment F.

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échappé. Aussi je ne ¥eux plus voler, car c'est un vilain métier que celui de larron, car le larron est vite pendu quand il est pris en volant. »

(XXXU) Elle vit Galopin à genoux devant lui, demandant grâce ' : « Excellent seigneur, ne me tuez pas, car je suis de bonne &mille et d'un riche pays ; je suis le fils du comte Tieri * du Sud. Quand ma mère m^eut mis au monde, trois * fées pendant la nuit me prirent de la chambre où j'étais couché, et Tune d'elles voulait disposer de moi et me prendre avec elle ; mais cela déplut aux deux autres, et elles se dirent mutuellement que je ne croîtrais pas ni ne deviendrais grand, mais que je courrais * si fort que Dieu ne créerait jamais créature vivante qui puisse aller aussi vite. » Comme ils parlaient ainsi, vint en courant un malveillant paien, Jossé d'Alexandrie, avec deux autres païens, ses compagnons et amis, Hector et Gontier K Quand Élie les aperçut, il pensa qu'un grand ^ danger le menaçait, car il était sans armes ?; mais néanmoins il attendit le choc. Jossé arriva là et lui perça répaule ; mais Élie se détournant devant la lance, elle se rompit. Comme un autre païen se préparait à * le frapper», Galopin bondit en avant et brandit à deux mains une grosse massue de bois de pommier '^ et il frappa aussitôt le païen au milieu entre les yeux, si bien que la cervelle avec le sang resta attachée à la massue et qu'il tomba mort à terre. Quand Élie Taperçut ", il fut saisi d'étonnement devoir que ce larron était assez résistant et hardi pour attaquer un païen ** armé. Mais quand Jossé eut brandi

i, C B D ajoutent : il [D le voleur] continua. — 2. Mss, Terri. — 3. B quatre. — 4. C B F ajoutent : que jamais n'existerait destrier qui puisse m'atteindre ; D : qu'aucun cheval ne me rattraperait à pied. — 5. il Hertori et Guntr. — 6. grand manque dans A. — j, C B D ajoutent : contre eux. — 8. C jB F à brandir son épée. ^ <j.La phrase depuis Comme est replacée dans D par : L'autre brandit son épée. — 10. D ajoute : qui était près de lui. — 1 1. C B JD vit cela. — 12. C /) chevalier; B prince.

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son épée, et fait une seconde blessure à Éiie, Élie le saisit par ]e bras et lui enleva violemment son épée ; et quand celui-ci eut perdu son épée, il prit la fuite. Alors arriva Hector le troisième ', et Élie le frappa aussit^ avec l'épée et le lança mort à terre. Là dessus il prit son cheval et dit à Galopin : « Dieu me garde dans sa grâce et me délivre de cette maudite troupe de païens, comme il est vrai que je ne t'abandonnerai jamais quand ' même je devrais m^exposer à la mort I Prends maintenant ce cheval, car tu Tas bien mérité! » Alors Galopin dit : « Seigneur chevalier, noble ami, que ferai-je de ce cheval? je ne puis ni le pousser ' ni le tourner ; si je montais sur son dos, je tomberais tout aussitôt en bas. Prenez plutôt celui qui est le meilleur de ces chevaux; et moi, je prendrai cet écu doré aux attaches vertes qui est là à terre ; et je conduirai par la bride ce destrier arabe, et s'il ne me ^ suit pas aussi vite que je veux, je le tuerai aussitôt avec ma massue pour que nos ennemis ne s^en servent pas. ^ (XXXm) Quand Élie eut entendu ce que disait le larron, qu'il allait si vite à pied qu'il ne voulait pas de cheval, il le laissa faire comme il voulait. Mais ^ ils perdirent la route qu'ils devaient suivre, car il s'éleva une telle obscurité qu'ils ne purent reconnaître aucun chemin, et ils allèrent errant dans le voisinage de Sobrie, la ville importante; et ce fut vraiment pitié qu'ils fussent arrivés là, car avant que le soir ne vienne, il pourra bien leur échoir souci et danger, douleurs et tribulations. Â la porte du château, devant eux, se tenait Jossé qui, le même jour, avait poursuivi Élie et l'avait blessé ; et aussitôt qu'il les viti il s'élança et disparut, et courut aussi vite qu'il put à la

i, CB F ajoutent :leur compagnon ; Z) : le compagnon de Jossé. — 2. C B D s\ comme il est vrai ma vie est en danger.— 3. C B D monter. — 4. B veut me suivre. — 5. C jB Là-dessus ils prirent leur chemin et ils; D Là-dessus ils se résolurent au départ et comme ils avaient marché un peu de temps, ils.

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salle du roi ; et quand il vit le roi, il lui dit : c Par Mabon, sire roi, graiide honte et grand dommage t'orrt été causés en ce jour, car Hector*, ton meilleur ami, a été tué, et Gontier et le roi Malgant, que tu as feit couronner. Quand le roi entendit ces paroles, il fut merveilleusement courroucé et chagrin : et il jura alors, par Mahon et par toutes ses autres idoles, que dans tous les châteaux et villes, aussi loin que s'étend son royaume, il ferait déclarer et juger Élie hors la loi et banni partout où on le saisirait. Le méchant Jossé répliqua : « Sire roi, » dit-il, c tu parles de grande folie. Par mon chef, tu n'as pas besoin de prendre tant de peine pour le chercher, car il est maintenant tout près, et vous pourrez vous rencontrer avec lui dehors devant la ville, si vous désirez le trouver. »

(XXKIV) Élie est arrivé sous les murs de Sobrie, et quand il vit les tours et les châteaux de la ville, il dit à Galopin, qui était devenu son serviteur en toute bonne foi : « Dis-moi, ami, ce pays t'est-il connu ? Sais-tu quel est le seigneur de ce pays? »« Oui, » dit celui-ci, « je le connais très bien. Ce ' sont les tours et les châteaux de Sobrie; dans cette ville est le roi Macabre et ^ son fils et * sa fille ; dans tout le monde on ne trouve aussi belle femme qu'elle. J'étais, il y a peu de temps, dans cette forteresse en compagnie de ces hommes que tu as tués; et nous dérobâmes ici dans ce château beaucoup d'argent. Si le roi me prenait, tout l'or de Pavie ne l'empêcherait pas de me pendre aujourd'hui même. » « Tu m'as trahi, » dit Élie, « car par ta fourberie tu m'as conduit ici au pouvoir d« mes ennemis. » « Non, sire, » dit-il, « par le noble seigneur qui naquit de la très sainte viei^ge Marie ! mais l'obscurité était grande, et le chemin ne m'est pas entièrement connu I » Comme ils parlaient de cela et

I . Mss. Ertun. -^^.CBFD C'est Sobrie. ^Z,CBD ajoutent : Chaïphas. — 4. C BD ajoutent : Rosamonde.

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d'autre chose, de maudits paYens arrivèrent en bondissant, que Dieu leur puisse donner honte, affront et dom*^ mage I et ils tuèrent, sous Élie, le i^on cheval ^ui valait plus de sept cents livres ' d'or. Mais il les écarta de son épée et frappa de tous côtés. Galopin saisit une lance et l'aida autant qu'il put, de sorte qu^en peu de temps f ils tuèrent quinze ' païens et les survivants s'enfuirent. Élie et son compagnon cherchèrent devant eux et conti* nuèrent leur chemin au pied des murs de la ville, et ils ar^ rivèrent dans un jardin qui était sous la ville ; jamais nul homme n'en a vu un si beau et si bon. Mais les païens qui s'étaient échappés se hâtèrent vers le palais du roi et racontèrent au roi leur mésaventure. Quand Rosamonde entendit cela, elle se réjouit dans son cœur et dit : «c O Mahon, mon seigneur sjupréme, permets-moi de vivre assez longtemps pour que je puisse avoir ^ ce vaillant chevalier en ma garde : je mettrai en sa puissance ma vie et mon corps tout ensemble. »

(XXXV) Toute cette nuit, Élie la passa dans le jardin herbu au pied des tours; il était livré au chagrin et aux soucis, courroucé et affligé, et il tomba souvent en défaillance, déplorant ses malheurs, et il dit * : « O sire Julien, mon père, j'ai commis une grande folie, quand je te quittai sans ton congé et la rancune au cœur, car maintenant ma vie ne vaut rien ^ Il est certain aujourd'hui que jamais plus tu ne me verras en bon état et bonne santé. Galopin, » dit-il, « va maintenant ton chemin ; ce jour nous séparera en grande affliction : car je n'ai plus de force ^. »<c Non, sire, » dit le larron, « je ne m'éloignerai pas même pendant ce jour, si vous ne m'accompagnez. Je me ferai

I. B Z) marcs. — a. Z) dix. — 3. C B D ajoutent : une nuit. —

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