‹ Élie de Saint Gille; chanson de gesteChapitre 58 sur 72 · LU · texte numérisé non relu

LU

offert a Cad Maintenant au plui tôt, et

prendl DU autre destrier, car le moment du combat approche, li tu w \mi obtenir la jeune tille • »

(LIX) « Seigneurs, » dit Jubien. « je suis en grand souci et chagrin, honte et OUtri I oir perdu mon cheval, i .

tait la plus grande force de ma valeur et de ma chevale: et cela ira mal pour moi. si ' Macabre s'en aperçoit ; aussi faut-il m'armer avant qu'il ne s'en aperçoive. » Alors quatre rois païens le revêtirent de sa bro^ne: le \< M dras de Sorfrevnt lui ceignit l'épée, et le roi Jodoan de Valdunc lui amena un cheval; et quand il fut monté sur le cheval, il quitta aussitôt l'armée pour se diriger vers les prairies au pied de Sobrie. Quand il y fut arrivé, il cria à haute voix 2 : i Méchant Macabre » dit-il. où es-tu avec tes vantardises? Viens au plus vite et combats avec moi ; je t'ai attendu tout le jour; mais si tu as peur de combattre, livre-moi ta fille, la plus belle de toutes les femmes ! »

(LX) Je veux vous conter maintenant de Rosamonde la cour-

toise et d'Elie le bon chevalier, comment elle lui mit son armure. Elle le revêtit d'une brogne éprouvée, que Pharaon, le roi de Biterne, avait possédée '; pms elle lui attacha ferme son heaume d'acier, si bon que personne n'en pourrait chercher de meilleur. Ce heaume fut perdu par Paris, le roi de Troie, qui enleva la reine Hélène de Grèce, le jour où le roi Ménélas 4 le renversa de sa selle et lui trancha la tête à cause de sa belle femme que Paris avait enlevée par ruse ; et Troie tout entière fut détruite et complètement ruinée et désertée. Quand le heaume fut attaché et bien fermé, Galopin vint et lui offrit Tépée de la main droite : « Courtois seigneur, » dit-il. « prends cette épée! jamais roi ne fut qui en eût une plus éprouvée; et

i. C B D si le roi. — 2. C B D ajoutent : et dit.— 3. C aj elle était brillante comme de l'argent, et faite de forts anneaux réunis ensemble. — 4. A Menelans; BD Menelaus; C Menelais.

la saga d'eue i 53

maintenant, sire, ceignez-vous cette épée au côté gauche, et je prie Dieu en même temps qu'il vous donne avec l'épée la force, la bravoure et la victoire.» Puis il alla à Prinsaut du château d'Aragon, et le lui amena avec tout le harnachement et la bride. Quand sire Elie aperçut le cheval, il embrassa Galopin l plus de cent fois, et ainsi joveux 2 il

sauta aussitôt de terre en selle. Prinsaut s'élança aussitôt

en avant sous lui, mais le comte ' le retint, et le rit retourner, et dit à Rosamonde: « Nous allons nous mettre en route à présent, demoiselle ; le moment et le jour sont venus, où je vais vous venger de Jubien et abattre son arrogance, si je puis le rencontrer. » Elie est si bien pourvu de cheval et d'armes que tout va à son gré : bon heaume, bonne brogne, excellente épée et cheval très rapide.

Cependant Jubien est au dehors dans les prairies et l'attend, et crie à haute voix : « Que fais-tu, Macabre, traître rusé et perfide? Viens ici, si tu l'oses ! je te propose un combat singulier, ou envoie moi ta fille, ou Caïfas ton fils, ou Jossé ton champion 4. Qui vienne d'entre eux, il ne pourra jamais retourner, car il laissera ici sa vie et ses membres, sache-le pour sûr. » Quand le roi entendit ses paroles, il devint presque fou de colère et de dépit ; il appela un païen à lui : « Ami, » dit-il, « va vite trouver Rosamonde 5 ; elle a dit qu'elle procurerait un chevalier qui la défendrait contre Jubien et combattrait ici en champ. Mais si elle n'a pas iourni celui qui doit la défendre, alors certainement nous la livrerons à Jubien. » Celui-ci répondit : « Je ferai volontiers ce que vous dites. » Comme ils c parlaient ainsi, Elie au même moment en-

i.B C et le remercia avec grande joie. — 2. D ajoute : il remercia bien Galopin pour sa peine. — 3. C B D Elie. — 4. C ajoute : ou le perfidfl Malpriani ; I) : ou Malpriant, l'amant de ta fille. — b. B Rosamonde, ma hile ; D ma fille. — 6. C B D le roi eut dit cela.

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tOUJ "<-' S"H cbei al en paifail CI . et le fil arrêter court

au milieu du pave'. Quand les païens le virent, ils curent tous grande peut . le roi p [UC ni lui ni aucun autre

ne pouvait espérer vivre, car ii i .lie ne le tuât

ainsi |>'e tous ceux qui étaient dans la salle : et le roi jura devant ceux qui se tenaient i otésque bien fou est celui qui M lie à une lemme. Mais Rosamonde savait mieux ce qu'elle avait lait, car celui-là doit la détendre, et vaincre sûrement ses ennemie (LXXII) Alors la jeune tille dit : « S re, vous et tous

les païens, vous m'avez engagé votre foi que ce Franc, partout où vous pourriez le protéger, serait en pleine paix. Maintenant tenez votre engagement , que vos paroles ne passent pas pour fausses! » Alors ils ouvrirent devant lui la porte de la ville, et il sortit à cheval. Tout le peuple, beaucoup de centaines de païens, courut aux créneaux du château, pour voir leur combat. Le roi et i Jossé et Caïfas et Malpriant et Rosamonde étaient là aux créneaux ; et lorsqu'Elie fut arrivé hors de la ville, il regarda derrière lui, et quand il aperçut Rosamonde, il lui sourit d'un sourire plein d'amour, et il éprouva la vitesse de son cheval, et galopa tout le long des prairies; et le cheval se montra excellent et très rapide, et Caitas qui était auprès du roi dans la plus haute tour, dit: « Par Manon, sire roi, tu viens de montrer ' ici très grande folie, en laissant ce Franc aller à ce combat ! Maintenant il nous est échappé et il va s'enfuir. Mais, le pis à mon sens, c'est ma sœur qu'il a déshonorée : pendant quatre jours elle l'a caché et elle l'a eu dans son lit. Par le puissant Mahon, qui est le maître de tout, si toi, sire roi, et nos autres hom-

i . C B D ajoutent : de la salle.— 2. D aux paroles d'une femme ; C B aux paroles des femmes. — 3. B D vos paroles. — 4. C B et son rils, José; D et son fils Caïphas. — b. C B D une grande folie.

LA SAGA D'ÉLIE l5.S

mes le voulez ', nous la brûlerons vive tout de suite, sans qu'il y ait aucun répit. » Quand Rosamonde eut entendu ses paroles, elle se courrouça fort : « Par ma foi, » dit-elle, « tu es le plus mauvais traître et le plus vil débauché et le plus grand menteur du monde, car tu as dis mensonge de moi 2 ; ce chevalier est un héros bien meilleur que toi et bien plus courageux. Misérable couard, » dit elle, « c'est à toi qu'était proposé ce combat, et tu n'as pas osé le mener à bonne lin ; il sort maintenant pour combattre pour toi ; mais, par Mahon qui nous garde, si le roi et nos païens veulent avoir foi en mon conseil 3, jamais tu ne gouverneras le royaume, à cause de ta lâcheté pitoyable. » Quand Caïfas eut entendu cela, il la frappa de son poing avec toute sa force sur les dents, de sorte que ses lèvres se fendirent et que le sang en jaillit tout autour. Mais c'est bien imprudemment qu'il a porté les mains sur elle, car à cause du coup qu'il lui a assené, il sera frappé de mort encore avant ce soir.

XIII) Élie est arrivé au champ en face de Jubien, et s'arrête. Quand Jubien le vit, il reconnut aussitôt le cheval, s'approcha de lui quelque peu et lui dit amicalement : « Qui es-tu, chevalier? et qui t'a donné ce cheval? Il n'a jamais été mon ami, celui qui l'a mis 4 en ta possession. Ta belle jeunesse est venue ici d'une façon bien imprévoyante, car elle va bientôt mourir. Je pense, » dit-il, « que Mahon est quelque peu fâché contre moi, car il a permis à Macabre de me tromper. Il m'a envoyé un méchant homme qui m'a débité des mensonge^ et des paroles trompeuses; si je l'avais su, je l'aurais fait pendre et brûler ensuite sur un bûcher. Maintenant, pour

i. C B D ajoutent : comme moi. — 2. C B tu mens maintenant un mensonge abominable ; D maintenant tu mens un mensonge odieux et infâme. — 3. C B D veulent comme moi. — 4. C B D te l'a donné.

iV' SAGA :

v|ui ton lt, je te i. et donne-moi mon

cheval. Tu m m Igncrtl à Damas, ma capitale, et je

te ferai éebaoton >: tUl i le vin et jeté donnerai

pour suite quatre cents païen ic plus tu auras un

empii Par ma foi, i dit Élie, i tu exprimes bm folk

intention ! Je suis un chevalier rasaaldel et je veux

rester a\cc ce roi ; il a une tille qui c. matin DH'l Ce cheval, et ce serait un ' bonheur si je réussissais a te faire tomber, car alors je posséderai son amour si fortement qu'elle n'aura jamais il autre ami. ■ Q uand Jubien l'entendit, il pensa deveni Méchant hls de putain. dit-il, i vagabond de bi ince, es-tu donc si insolent, chrétien ', que tu oses t'avancer et combattre contre moi ? Par Mahon, • dit-il. et par tous les dieux en qui nous croyons, je ne serai jamais joyeux, aussi longtemps que je te verrai vivant!

(LXIV) Aussitôt qu'il sut qu'il était chrétien, il ' poussa son cheval, et porta à Elie de grands coups sur son heaume. Mais sire Elie était un brave chevalier très exercé aux armes : il ne fléchit pas devant lui; au contraire, aussitôt que le cheval eut dépassé son adversaire, il le rit retourner ; et quand ils se rencontrèrent pour la seco: fois, avec un choc très dur, Elie lui transperça son écu brogne et le corps même, et la lance s'enfonça si bien qu'il le lança loin de son cheval ; et quand il laissa échapper sa lance, Élie courut à lui, et Lui tourna la tête vers la terre, tellement que son heaume fut fortement enfoncé dans le sable et que son cou ■ fut presque brisé. Alors Prinsaut d'Aragon, sur lequel Elie était monté, bondit et voulut aussitôt avec les pieds l'écraser à mort. Mais Elie le retint avec les rênes. Gondracle de Clis cria au roi Malinge

i. C B D mon échanson. — z. C B D ajoutent : grand. 3. C B D ajoutent : et dit. — 4. C B D et si impertinent. — 5. C B bien portant et vivant; D bien portant.— 6. C B Et là-dessus sitôt il ; D En même temps il. — 7. B D i"os du cou.

LA SAGA O'ÉLÎE 1^7

et au vieux Onebras et au joyeux Scibras : « Par Mahon, païens, » dit-il, « cet homme est enragé ! jamais jusqu'ici notre maître ne rencontra pareil chevalier. Je ne sais qui il est, mais il s'entend merveilleusement bien à monter à cheval ; il a renversé notre maître de sa lance, et ce Prinsaut d'Aragon qu'il monte veut le tuer. Armonsnous le plus vite possible, et venons en aide à notre maître, car il en a grand besoin ! » Et maintenant Dieu protège sire Élie, car toute l'armée de Jubien le menace de lui trancher la tête.

Jubien fut affligé quant il se vit tombé de cheval et si mai descendu; et il vit alors que Prinsaut voulait l'écraser avec ses pieds et l'aurait mis volontiers à mort. « Ho! bon cheval arabe, » dit Jubien, « tu me fais bien aujourd'hui de grandes menaces, et tu veux me donner la mort ! je t'ai gardé pendant de longs jours, et je t'ai magnifiquement vêtu dans ton écurie; je ne souffrais aucun autre être vivant dans la demeure où tu étais, et maintenant tu veux me rendre une dure récompense, en me voulant tuer et déchirer « mes membres en les foulant aux pieds! Et toi, chevalier, » dit-il, « écoute mes paroles pour l'amour de ta foi : donnemoi mon cheval dont je suis tombé, et si tu me fais tomber une seconde fois, tu feras une action renommée! » « Volontiers, » dit Elie ; « je le ferai pour ma foi et pour ma prouesse! » Alors Jubien tira son épée, courut sus à Élie et le frappa des deux mains sur son heaume, tranchant les feuilles et les courroies, de sorte qu'il roula au loin dans la plaine, « Par ma foi, » dit Elie, a tu as une bonne épée ! mais j'en ai une autre, et nous 2 allons essayer maintenant si elle peut 3 ^endommager en quelque endroit ! » Et il tira son épée et frappa Jubien là où le heaume et la brogne se joignent, de façon que sa

i. C B D me fouler aux pieds. — 2. C B D tu vas maintenant reconnaître si. — 3. C elle peut couper.

I ! LA SAGA hïui

tétC roula tu loin dans la prairie. I l'osa monde

vif cela, die 1 1 m à CflJfmi : I . i . » dit-

elle, i tu peu . voii maintenant ce doal ce Franc est

pable. Plûl a DÎCU, «pu g I IDOOdc tout

pie tu fusSCI amie là dans la plaine auprès de lie

et qu'il sut combien honteusement tu m'as traitée! Il aurait ! bientôt éteint ton a: i -o.;.i :.^c et t'aurait loi-méme Mominieuscmeut rabaisse ; mais je le jure par la foi que 4 nous professons, s'il veut avoir mon amitié, avant que ce jour ne prenne tin, tu paieras cher le violent coup que tu m'as donné ! >• LX\ i Quand Klie eut tué le roi Jubien de Baudas, il prit aussitôt le cheval de celui-ci par les rênes, pensant retourner àSobrie; et comme il chevauchait, il regarda devant lui et aperçut sept païens armés qui montaient de la vallée ; et quand il les vit, il appela Dieu a son aide de tout son cœur, et il tourna contre eux son cheval rapide, e: celui qui G marchait en tête, il donna si lourde paie que jamais dans la suite il n'en demanda plus. Au second assaut, il en renversa deux de cheval, tous deux blessés et hors de combat. Puis il tira son épée et frappa Tanabraz sur son heaumede tellesorteque l'épéeresta enfoncée dansl'épaule, et jamais plus il ne put prononcer une bonne parole. Mais Kareld d'Alfatt s'écria à haute voix : i Par Manon, païens, c'est le rils de Letifer de la roche de Garas ; il a tué Faraon et Mars ! S'il s'empare de nous, nous recevrons tous la mort ■ ! » Et alors s'enfuirent Selebrant et Jonatré, Mais Élie était monté sur le bon cheval, qui était plus vite qu'un épervier, et il les poursuivit jusqu'à leurs tentes. Selebrant fut le premier qu'il rattrapa : Élie le trans-

i. C B crie.— ». B D de lui.— 3. C B II t'aurait bientôt coupé la tête et je le jure. — 4. C que nous avons; D que j'ai. — 5. C B D appelle. — 6. C B D qu'il rencontra le premier. — 7. C B ajoutent : maintenant enfuyons-nous aussi vite que possible.

perça ■ départ en part et blessa le cheval à mon. Aussitôt que le faucon de 3 Jubien, qui était attaché avec une chaîne d'or auprès de sa tente, eut aperçu Prinsaut 3, il voulut voler vers lui, car il reconnaissait le cheval et croyait que Jubien le montait; mais il n'y put réussir, parce que la chaîne le retenait. Quand Klie le vit, il s'approcha de lui et Je prit sur son poing, car il savait la manière courtoise de prendre les faucons « et il dit : « Cet oiseau, je le donnerai à demoiselle Rosamonde, qui ce matin m'a refait chevalier. »

U) Élie revient, qui sait si bien combattre à cheval et se débarrasser de la foule des païens ; il portait le faucon sur son poing gauche et son épée nue dans sa main droite. De toute cette immense armée, personne n'était assez audacieux et puissant pour oser y trouver à dire ou seulement pour prétendre qu'il avait mai fait. Lorsqu'il fut sorti du jardin, et qu'il eut passé la porte de la ville, et qu'il arriva à la porte de la salle, il rencontra la jeune iille et lui dit : « Voici, belle ■'•, un présent qui convient à tes façons courtoises ! » Mais elle était courroucée et colère, et elle ne lui répondit rien. Mais Galopin vint à lui et lui dit ce qui s'était passé : « Par ma foi, sire Élie, » dit-il, « vous pouvez être mécontent: Caifas lui a fait grande honte à cause de vous , il l'a frappée jusqu'au sang. Si tu ne la venges pas, tu n'es pas digne d'être chevalier. »

111) Quand Élie entendit cela, il entra en colère et courroux, et monta dans la salle avec son épée nue ; et quand il vit Caifas, il poussa vers lui, et lui abattit la main droite de-

i. C B le frappa sur la tète et le heaume [et ajouté par B] la tète [et perça en entier ajouté par B\ le corps et la selle et en deux [dans B] le cheval en deux morceaux [B au milieu]; D il le frappa sur le heaume et le perça en bas jusqu'à l'épaule et aussi la selle et le cheval en deux et il tomba complètement mort à terre.— 2. C D du roi Juben. — 3. C D le cheval Pr. — 4. B D oiseaux. — 5. D belle demoiselle ; B demoiselle.

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