‹ Élie de Saint Gille; chanson de gesteChapitre 61 sur 72 · I. Mss. Eingibourg; et partout ainsi · texte numérisé non relu

I. Mss. Eingibourg; et partout ainsi

LA SAGA D'ÉLIE l6b

prêter autant que possible leur assistance pour délivrer son fils Elie, qui est, comme on l'a dit auparavant, dans une si pénible situation. Tous ces hommes le plaignent alors beaucoup et disent que tous ils lui prêteront volontiers assistance, jeunes et vieux, riches et pauvres, ceux qui sont le plus haut placés comme les plus modestes. Le duc équipe alors toute son armée de bons chevaux et d'armes excellentes. On peut entendre le hennissement des chevaux et le cliquetis des armes. Arrivent cinq mille chevaliers, que le roi Louis1, le fils de l'empereur Charlemagne, lui envoie avec leurs brognes et leurs écus incrustés et leurs destriers magnifiques et pleins d'ardeur. Le duc alors sort de son château avec toute la masse de son armée, en imposant cortège; ils sont là trente mille chevaliers et une foule de gens de pied. Le duc chevauche avec toute son armée, ne s'arrêtant pas qu'il ne soit arrivé au port où ses vaisseaux flottent déjà bien équipés et suffisamment approvisionnés. Galopin doit indiquer lechemin par où leur flotte se dirigera, si imposante à voir avec ses braves hommes de guerre. Le duc s'embarque alors, et sire Guillaume et toute cette immense armée avec les habillements les plus beaux et les bannières les plus magnifiques, préparées avec grand art. Ils voguent sur mer et cinglent avec un vent favorable; et ils arrivèrent avec leurs nombreux vaisseaux à Sobrie, un soir, dans un beau port. Ils s'arrêtèrent là et jetèrent l'ancre et prirent des vivres au rivage. Ici le scribe se repose à son aise.

Revenons maintenant à Élie et à Rosamonde, qui étaient dans la plus haute tour de Sobrie, et y ont tenu pendant douze mois de telle sorte que jamais personne n'eut le moyen pendant tout ce temps d'entrer dans leur demeure, comme il a déjà été dit. Le roi Macabre faisait faire bonne garde sur Elie et sur sa fille, et chaque

i. Mss. Hlodvcr.

Ufti 1 1 I

nuit quarante homme* ietit ititour de

cette grosse tour. Caifas excitait continuellement son père ù prendre la tour d'assaut avec beaucoup d'hommes, à tuer Klie et I torturer et tourmente monde, H tille ; il disait .ju Klie avait tait d'elle sa putain. « Ils n'auront pas de 06tM avant de vous avoir dépouillé du pays par leurs ruses et leurs aititiccs, de vous avoir tué vousmême ainsi que tous les hommes vaillants qui sont avec vous. C'est une grande merveille que vous soutiriez une si grande honte que celle qu'il y a pour toi à ce que ta fille, dans ta maison, près de toi-même, se déshonore avec un vilain étranger etsoit honnie par un homme inconnu' Tu ne peux plus jamais être compté parmi les hommes vaillants, si tu ne te venges pas de cela, i Ce discours de Caïfa accueilli par une grande approbation, et tous sont de son avis et poussent le roi a donner l'assaut à Elie le lendemain. Le roi est très courroucé des paroles excitantes de ses gens, et dit qu'ils iront le lendemain entreprendre l'assaut, et ne se reposeront pas avant de s'être emparés d'Elie et de Rosamonde et d'avoir abattu la tour. Il y a alors grand tumulte dans la salle, mais avant que ce qui a été décidé par le roi et ses gens arrive, il v aura bien des écus rompus et bien des brognes déchirées, bien des heaumes mis hors d'usage, bien des lances brisées, avant qu'Elie soit prisonnier de Macabre ou de ses gens. Tout ce que nous venons de raconter arriva le soir même où sire Julien le duc et le prince Guillaume abordèrent à terre. Ce soir-là on but joyeusement des deux côtés.

De très bonne heure le lendemain, quand le soleil éclaira de ses rayons toutes les campagnes , le duc Julien et sire Guillaume sont debout avec toute leur armée et envoient huit beaux chevaliers de leur armée pour faire visite au roi Macabre et lui dire que le duc Julien et sire Guillaume de France sont arrivés et se préparent à détruire sa terre et son royaume par ie

LA SAGA d'kIJK I (>7

feu et l'épée et à tout dévaster et à tout ravager. Ces hommes ' s'avancent et entrent dans la salle du roi Macabre. Il était assis à sa table et buvait avec tous ses guerriers. Ils disent leur message avec grande éloquence et manières courtoises. Mais aussitôt que le roi entendit ces nouvelles, il est aussi peiné que courroucé, disant qu'il conviendrait de pendre tous les messagers à l'arbre le plus haut. Ils furent donc heureux de revenir sans avoir perdu la vie et les membres. Le roi prit alors la parole : « Maintenant, il peut arriver que vous, mes champions, vous ayez à combattre contre ces chevaliers nouvellement arrivés ; mais Élie aura paix de nous, pour cette fois, et nous serons contents, s'il ne nous fait pas de mal. On va voir tout de suite si vous êtes aussi braves dans le combat que dans votre excitation en paroles contre Elie; il peut se faire que vous éprouviez si les Francs savent ou non combattre. Mettez-vous maintenant à l'œuvre comme des hommes braves, et chassons ces malfaiteurs avec courage et obstination ; du reste nous y sommes bien contraints dans l'embarras extrême où nous sommes arrivés. Celui-là donc est couard et lâche qui hésite maintenant, et il ne pourra jamais être compté au nombre des hommes vaillants ! » Le roi termina son discours de telle manière que tous ses hommes étaient frappés de frayeur et de terreur; les païens devinrent blancs comme de la filasse, de lâcheté et de couardise. Comme le roi finissait son discours, douze hommes entrèrent : ils s'avancent vers le roi Macabre et le saluent : « Le roi Ruben le gros, d'Alexandrie2, » disent-ils, « est arrivé ici ; il vous envoie saluer. Il est suivi de douze mille chevaliers, et avec son salut vous mande que vous le mariiez à votre fille Rosamonde avec beaucoup de biens. Autrement il a l'intention d'attaquer votre château et de tout dévaster avec la lance et Tépée, et de vous tuer

i. B D ajoutent : partent et. — z. B D ajoutent : la grande

I 68 I.A SAO | h ! :

vnu uitC de ^emparer de votre fîllc et en

même temps de tout votre royaume. Il est grand et et si hori chevalier qu'il n'y a dans tout le monde si bon chevalier qu'il craigne : il a tOTI - rois ' en com-

bat singulier; il a douze tllDCI de Long et huit aunes de large; il est le trere du roi Jubien aux cheveux blancs, que vous avez fait tuer. Le roi Huben le gros a appris cela, et il est venu ici surtout pour venger son frère. Il a aussi appris qu'aucun de vous n'a osé combattre contre lui et que c'est un étranger qui l'a vaincu en combat singulier. Décidez-vous vite, roi, au sujet des propositions qui vous sont annoncées, et ne vous v attardez pas plus longtemps, car nousdirons à notre roi votre réponse : et si vous ne voulez pas vous soumettre à ses désirs, vous souffrirez une prompte mort avec honte temporelle et déshonneur éternel; ainsi que tous vos gens, de sorte que votre honte restera toujours connue, non moins que le renom de la grande victoire que gagna le chevalier Alexandre, et dont on ne pourra trouver la pareille, aussi longtemps que le monde sera habité! j> Quand le roi Macabre entendit ce message, il devint si coi que pendant longtemps il ne répliqua aucune parole; car il pensait qu'il venait de lui tomber sur les bras un si grand embarras qu'il ne pouvait savoir à quoi se résoudre ; il ne lui semblait 2pas commode d'être de tous côtés assailli d'ennuis. Le roi parla alors à ses gens : « Vous pouvez voir, hommes vaillants, dans quels grands embarras sont nos affaires. Voici3 les messagers du roi Ruben * le gros, qui ont dit ici ce que vous avez pu entendre. D'autres messagers sont venus aussi de la part du duc Julien de France, qui nous demandent le combat. Conseillez-moi avec soin et intelligence, et dites-moi le plan que nous devons suivre. » Ils lui disent de se résoudre à donner

\. B D ajoutent : couronnés. — 1. L.icune dans B. — 3. H D ici arrivés. — 4. Mss. Robea. ici et ailleurs.

en mariage sa fille Rosamonde au roi Ruben, à condition qu'il combatte le duc Julien et sire Guillaume, qui sont venus pour conquérir la terre et le royaume et ont résolu de le tuer lui-même et d'emmener sa tille par force. Les messagers s'en retournent alors, et trouvent le roi Ruben assis dans sa tente. Alors ils lui disent comment le roi Macabre a répondu à son message, et en même temps que « vous entreprendriez le combat le matin même. » Le roi Ruben se fait amener son bon cheval, nommé Piron ; il était rapide à la course comme une hirondelle au vol. Aussitôt quatre rois l'armèrent : l'un d'eux se nommait Maskalbert et son frère Galibert ; le troisième Drouin, le quatrième Faliber. Deux des rois ses vassaux qui ont été nommés plus haut lui tinrent ses étriers ; les deux autres le mirent en selle; deux de ses chevaliers mirent ses pieds dans Tétrier ; puis ils lui remirent sa lance avec son fanion ourlé d'or, travaillé avec beaucoup de finesse. Alors le roi Ruben s'avance avec toute son armée vers Sobrie; et aussitôt qu'il est arrivé là, le roi Macabre vient au-devant de lui avec tous ses gens et s'incline devant le roi Ruben, tandis qu'il prend la bride et conduit son cheval dans la ville ; il se remet lui-même en son pouvoir ainsi que sa fille et tout son royaume. Le roi Ruben est réjoui de ces paroles, et dit qu'il accepte tout cela ; et qu'en même temps cela lui semble peu de chose de vaincre le duc Julien et tous les Français. « Je voudrais rencontrer ce chevalier étranger qui a tué mon frère Jubien! Et maintenant, roi, soyez joyeux et gai, et ne craignez pas, car la victoire est certaine, et il n'y a personne dans tout le monde que je craigne en combat singulier ou en bataille, » dit le roi Ruben; et il ordonne à tous ses gens de guerre de s'équiper en toute hâte. Le roi Macabre fait sonner les trompettes et rassembler les troupes; il fait revêtir les armures à ses gens et dispose tous ses champions en rangée importante. Le roi Macabre fait alors sortir toute son

Page 1