‹ Élie de Saint Gille; chanson de geste, pub. avec introduction, glossaire et indexChapitre 13 sur 44 · Romania, t. IX, p · texte numérisé non relu

Romania, t. IX, p

2. Leroux de Lincy, dans son Livre des proverbes français (t. II, p. 355), cite deux exemples de ce proverbe, l'un emprunté à la C'ianson des Saisnes, de Bodel, l'autre au roman de Parise la duchesse; voy. aussi le glossaire de Cachet, p. 777.

INTRODUCTION XX 111

souvent envahi le bassin de la Loire et ont même séjourné, à plusieurs reprises, sur ses bords K N'estil pas naturel de voir dans Sobrie, la ville païenne du poème^ un des établissements normands des rives ou de Tembouchure de la Loire, Noirmoutiers peutêtre 2, et d'admettre que les souvenirs terribles, laissés en Anjou par les invasions normandes, ont servi de base à des traditions locales, qui, en se développant, ont abouti entre autres à la chanson d'Élie ?

Sans vouloir cependant m'avancer trop sur un terrain où les preuves manquent, je résume tout ce chapitre en quelques mots : ÏÉlie de Saint-Gille est un poème remanié au xiii^ siècle sur un original du xn^ siècle. Un trouvère qui avait déjà remanié VAiol a opéré de même sur VÉlie^ et a lié ces deux chansons Tune à l'autre par une transition de son invention.

L'Elîssaga,

La chanson d'Élie de Saint-Gille n'a pas eu la vogue européenne de ïAiol ^ et n'a été imitée que dans

1 . Voy. Depping, Histoire des expéditions maritimes des Normands.., (nouvelle édition, 1844), p. 63 et suiv.

2. Le poème parle plusieurs fois (v. 541. 952) d'une île, près de laquelle se livre un combat.

3. Il faut ajouter aux citations d'Aiol données dans l'introduction

la littérature Scandinave, où elle est devenue le poème norvégien VElissaga ^ M. Eug. Koelbing a bien voulu traduire en allemand, pour la Société des anciens textes, ce poème dans sa forme la plus ancienne; c'est sur cette traduction qu'est faite la version française que je publie plus loin.

Avant de comparer les deux versions française et norvégienne, je reproduis la notice que M. Koelbing a jointe à sa traduction.

Les mss. de la saga sont :

A — Université d'Upsal, ms. Delagardie 4-7, vél. in-fol. xiiie siècle.

D — Stockholm, ms. 7, parchem., in-fol. (i5oo).

C — Copenhague, Arnamagne'en 533, parchem., in-4» (1400).

B — Stockolm, ms. 6, parchem., in-4« {1400).

Fragments :

jTt et F' — Copenhague, Arnamagne'en 567, in-4« (i35o).

H — Copenhague, Arnamagne'en 579, in-40 (i5oo), 6 feuillets.

E — Cepenhague, Arnamagnéen 58o ^, in-4° {i3oo), i feuillet.

Le ms. A est celui qui, par son âge et par son contexte, se rapproche le plus de l'original. Ce n'est certainement pas l'original lui-même, comme le prouvent différentes altérations et omissions. — A la même classe (=x) que ce ms., appartient D dont le texte est très écourté et parfois altéré. — E (un feuillet) appartient aussi à cette classe.

de ce poème (p. xxxiii-xxxiv) les vers 12753-12756 de la Chronique rimée de Philippe Mousket (éd. Reiffenberg), qui font allusion à la parenté d'Élie avec le roi Louis. Voy. Romania, t. VII, p. i56. I. M. Eug. Koelbing doit donner prochainement une édition de cette rédaction norvégienne.

INTRODUCTiON XXV

En regard de cette première classe se place la classe j^, repre'sentée principalement par C et B, qui renvoient à un original commun fortement remanié. — A la même classe appartiennent les fragments F', F^ et H.

La traduction a pris pour base le ms. A, aussi longtemps qu'il dure. On n'a mentionne' qu'un petit nombre de variantes, choisies parmi les plus importantes de celles que présentent 5, C et X) d'accord entre eux contre A ; dans ce cas, ces mss. semblent reproduire l'original. Au milieu à' A manquent deux feuillets. Cette lacune est comblée au moyen du texte de C, avec les variantes de B^ qui est remplacé, là où il fait défaut, par une copie, b.

A finit définitivement à la page i6i. La fin de la saga est donnée d'après C ; on n'a mis que les variantes communes à Bel D, et, dans le cas où B manque, (p. 168-172), les variantes communes k H et D. Page 173, commence une lacune de C jusqu'à la page 176; cette lacune est comblée par B; de même, la dernière page de C étant illisible, la fin est donnée d'après B.

Le fragment F, qui est noté parfois en variante, va de la p. 139 à la p. 145 ; F, de la p. i3i à la p. i 35 ; F2, de la p. 1 73 à la p. 176. H commence au milieu de la page 1 3 1 et va jusqu'à la fin ; mais il n'a qu'une très médiocre valeur.

La comparaison minutieuse du texte français et de la version norvégienne a été faite par M. Koelbing dans ses Beitraege \ur vergleichenden Geschichte der rommitischen Poésie und Prosa des Mitieîalîers... (p. 92-1 36) -, je ne crois pas cependant inutile de faire cette étude à nouveau, et la comparaison, laisse par laisse, de la rédaction française (= F) et de \3isaga norvégienne (=: S) ajoutera de nouveux éléments au travail de M. Koelbing.

L — Le commencement est un peu allongé dans S, qui, à

partir du v. ii, supprime toute la fin de la tirade, faisant double emploi avec le commencement de la laisse II.

II. — Dans S, la scène se passe à une fête de saint Denis ; cette énonciation manque dans F. — S est plus croyable que F en donnant à Julien soixante ans d'âge (p. 94) et non cent (v. 36). — Les noms de différents personnages sont changés : Olive de F est devenue, suivant les mss., Osseble ou Ozible (le rapprochement d'autres mots comme Piereplate, Hilaire, Blaye donne lieu de supposer qu'il faut lire Orable, dans une laisse assonant en a. e) ; Garin de Piereplate s'est changé en Guérin de Porfrettiborg. — Après le v. 42, il y a une lacune dans F ; la fille de Julien est trop jeune encore pour se marier, mais, comme le dit S (p. 94-95), Guérin a juré de l'épouser plus tard. — S ne fait pas d'allusion à Anseïs de Cartage (F, v. 67). — A la fin de la laisse, F présente deux lacunes, c'est d'abord le développement des vers 74-80 {Julien explique longuement dans S, p. 96, la manière dont il récompensera ou punira son fils, suivant sa conduite) ; c'est ensuite un long passage (S, p. 97), où Élie veut partir seul et sans armes.

III. — Le commencement est un peu plus long dans S. — Après le v. 100, il y a une lacune dans F, représentant dans S (p. 99) le développement du v. 116. — Nouvelle lacune après le v. 106 : F oublie de mentionner que le coup donné par Julien à Élie fait rire toute l'assemblée des barons. Le trait est tout à fait primitif.

IV. — Les détails de la joute d'Élie sont plus nombreux dans S (p. 100) que dans F, où ils se réduisent à quatre vers (v. 1 33-1 36). — Sa passé les vers 141-142.

V. — Dans S (p. loi), Julien menace Élie de le mettre en prison; ce détail semble ajouté, car la menace ne se réalise pas plus tard. — Sauf Aimer et Thieri (F, v. 167), les noms des chevaliers ne sont pas les mêmes dans les deux rédactions ; S contient plus de noms que F. Il est, du reste, impossible de savoir quels étaient ces noms dans l'original ; car aucun d'eux ne reparaît (à l'exception d' Aimer— Aïmart) dans

INTRODUCTION XXVII

la suite. — S (p. 102) ne parle pas d'Angers, mais, en revanche, cite Montpellier (le ms. A donne Pelliers, qu'il faut peut-être lire Poitiers). — Dans S (p. 104), le messager n'est que blessé ; dans F, il meurt entre les bras d'Élie. Cette dernière leçon est la bonne, car plus loin (v. 681-2), les chevaliers envoye's au secours d'Élie s'attardent à enterrer le corps ; cet incident manque dans S.

VI. — L'e'nume'ration des dix princes païens, qui, en dehors des deux chefs, Macabre et Jossé, doivent successivement combattre Élie, n'est pas la même dans F et S. Dans F, certains noms, comme Aitrope', Gambon et Orable, ne se retrouvent pas dans la suite ; S nomme trois fois Malpriant. Pour la comparaison des deux textes, il faut se reporter à chaque laisse.

VII. — La re'daction F, certainement abrégée, ne mentionne ni le nom de Guibourc (S, p. io5), ni la réplique de Bernard, qui est près d'attirer à Guillaume un second coup

VIII et IX. — Les deux premiers princes païens tués par Élie sont les mêmes dans les deux rédactions : Rodoant de Calabre et Corsant de Tabarie.

X. — Les noms des trois païens qui suivent sont douteux dans F et dans S ; le seul qui soit nommé directement est Gaidonet (F, v. 35o), sans doute le même que Granduse d'Orcle, cité plus haut par S (p. 104). Quant aux deux autres, onalechoixentreMalchabarié (S, p. 104), Aitropé(F, v. 2 55), Gambon ou Orable (F, v. 256). — Au v. Syi, F a tort de citer Jossé d'Alixandre, que S remplace par Malatré (p. io8).

XI. — Le sixième combattant est Triacre (ou Tiacre) dans les deux rédactions.

XII. — Le septième païen est Malatré dans S (p. 109) ; il faut donc corriger dans F (v. 4o5 et 448) Salatré en Malatré.

XIII. — Le huitième païen est Jossien (S donne Jossé qui a été corrigé) ; c'est sans doute aussi le même que le Josué de F (v. 257). — Aux v. 468 et 471, la correction de Salatré en Aitropé est inutile, par suite de la substitution de Malatré

à Salaire dans la laisse XII. — Quant à Priant (F, v. 469), c'est une forme fautive de Malpriant.

XIV. — Le neuvième païen est Salatré. — Après le v. 480, il y a une lacune dans F ; il faut, en effet, expliquer qu'Élie est attaqué par Salatré. — La fin de la laisse est plus explicite dans S (p. 1 1 i-i 12) que dans F qui se contente de dire : «... ja l'encauchera trop. » Ce trop signifie qu'Élie courra plus tard de grands dangers en s'obstinant à poursuivre Malpriant, le dixième combattant.

XV. — L'allocution du jongleur à ses auditeurs est plus longue dans S (p. 112). — F oublie de mentionner, après le V. 5 10, que le cheval d'Élie s'abat de fatigue ; cette mention est utile, puisque plus loin on constate que le cheval s'est reposé (F, v. 539; S, p. 11 3).

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