XVI. — Les deux rédactions concordent
XVII. — S ne dit pas que le combat entre Élie et Malpriant ait lieu près d'un gué dans une île (F, v. 541). — F ne parle pas de la rapidité exceptionnelle du cheval (S, p. 11 3-114), qui justifie le désir qu'ont tour à tour Malpriant et Élie de posséder un pareil destrier.
XVIII. — Le nom de Brandone, cité par F (v. 562), est encore un nouveau nom à ajouter à ceux qui peuvent désigner les païens tués précédemment par Élie.
XIX. — Après le v. 58 1 de F, il faut supposer une lacune, car dans S (p. 114) Guillaume fait allusion à la longue absence d'Élie qui a dû être attiré jusqu'au gros de l'armée. — On remarque aussi dans S (p. 11 5) une lacune comblée par F : « Coupe nos liens, » dit Guillaume à un vilain qui passe, « que nous soyons libres. » — « Excellent seigneur, » dit le vilain, « que puis-je faire? J'ai sept enfants à élever, je suis pauvre et misérable... » S ne dit pas que Guillaume a proposé au vilain de lui donner des chevaux pour prix de sa peine; ce à quoi le vilain répond : « Qu'en ferais-je? Je n'ai pas de quoi les nourrir, je suis pauvre, etc. » — Nouvelle lacune dans S, qui ne parle pas des plaintes du vilain contre son maître (F, v. 602). — A la fin de la laisse, c'est, au con-
INTRODUCTION - XXIX
traire, F qui abrège, et l'énumération des pre'sents faits au vilain par Guillaume est beaucoup plus complète dans S (p. II 5).
XX. — La rédaction est plus courte dans S, qui ne dit rien (p. ii6) de l'armement de Guillaume et des siens (F, V. 632-638).
XXI. — Les allusions litte'raires ne sont pas les mêmes dans F (v. 654-655) et S (p. 117) : au lieu de Gauvain, de Pilate et de Mordrant Vairons, S parle de Gafer le fort, de Margant l'irascible et de Golafre le furieux. — F n'a pas la phrase finale où S compare Guillaume et ses compagnons à des he'ros chrétiens ressuscites pour défendre le royaume; ce trait, du reste, paraît plutôt être ajouté par le rédacteur norvégien.
XXIL — La comparaison du commencement est différente dans F et S; dans l'une, Guillaume est comparé à un lion (p. 117); dans l'autre, à un faucon (v. 659); cette dernière est plus habituelle aux trouvères français. — S ne cite pas les noms des païens tués, énumérés par F (v. 666- 667). — S ne parle pas (voy. plus haut laisse V) du messager tué, qui retarde l'arrivée des chevaliers. — Le païen tué par Élie est dans S (p. 118) Tanabré d'Alexandrie; dans F (v. 688), c'est au contraire Ataignant, frère de Rosemonde, leçon bien préférable à l'autre, puisqu'elle explique pourquoi plus tard Élie craint tant d'être fait prisonnier par Macabre (cf. V. i3oo), père d' Ataignant.
XXIIL — Dans S, les vingt chevaliers envoyés au secours d'Élie par Julien sont tués (p. 118); dans F, au contraire, dix seulement sont tués. Les dix autres sont faits prisonniers ; c'est ce qui explique plus loin dans S (p. i36) la présence de chevaliers français, gémissant dans les prisons de Sobrie. S a d'autant plus tort de faire tuer tous ces vingt chevaliers, qu'au commencement de la laisse suivante, Élie se plaint de ce que les hommes ont été tués ou faits prisonniers (S, p. 118).
XXIV à XXVIII. — F ne connaît pas la légende du Juif et de saint Martin (S, p. 1 19), qui doit être originale. — Les deux ré-
dactions concordent, d'une part, jusqu'au v. yyS de F et, de l'autre, jusqu'à la phrase de S (p. 120) : « ils trouvèrent que le « conseil... » A partir de là, il y a bouleversement dans l'ordre des laisses (voy., p. 120-128, les chiffres correspondants des laisses de F et de S). La faute est e'videmment imputable au ms. fr. qui a servi au traducteur norvégien. Le scribe ou plutôt le jongleur, auteur de ce ms., a confondu dans sa mémoire les deux tirades en u XXIV et XXVI, et après le v. yyS a placé les vers SyS et suivants. Cette première erreur a jeté le trouble dans l'ordre des épisodes : le jongleur a tâché d'y remédier en multipliant les transitions. Mais, dans son oubli, il avait sauté les vers 776-794, où est racontée la manière dont Élie apprend son nom à Guillaume, qui se hâte alors de courir à Saint-Gilles demander secours à Julien. Il fallait pourtant expliquer la présence de Guillaume à Saint-Gilles ; le jongleur n'a trouvé rien de mieux que d'imaginer que le roi Louis a envoyé Guillaume en ambassade auprès de Julien pour le prier, lui et son fils, de venir à la cour. C'est alors que, par hasard, Guillaume apprend qui est Élie, et il raconte à Julien les malheurs de son fils (S, p. 124-125). Tout ceci est évidemment contraire à l'original, car depuis le commencement du poème, depuis le moment où Guillaume, venant au secours de Louis (v. 222), est fait prisonnier par les Sarrasins, il n'a pas revu Louis et n'a pu, par conséquent, être chargé par lui d'un message. Il faut donc admettre que tout ce passage est de l'invention d'un jongleur. Mais la fin de l'épisode est, tout au contraire, beaucoup plus rationnelle dans S que dans F. Le remanieur de la rédaction française, préoccupé déjà sans doute de relier le poème d'Éliede Saint- Gille à VAiol^ fait demander secours par Julien à toute la famille de Monglane et surtout au roi Louis, qui devra apparaître à la fin pour marier Avisse, sa sœur, à Élie (v. 863- 869) ; dans S, Julien envoie à la recherche de son fils un marchand nommé Thomas, dont « on ne raconte plus rien « dans cette histoire » (p. 12 5), il est vrai, mais qui, dans le poème primitif, devait sans doute amener le dénoue-
INTRODUCTION XXXI
ment. — Dans Tordre des laisses, le jongleur a entamé une première fois (p. 121) la laisse XXVII, qu'il a reprise ensuite (p. 126); il a aussi, pour plus de logique, interverti la laisse XXVIII et la fin de la laisse XXVII. — L'e'numération des païens envoyés par Macabre à la poursuite d'Élie est incomplète dans F et dans S ; F oublie de mentionner Hector (v. 1007) et S (p. 128) ne parle pas de Malgant (^= Baligant). Voy. plus loin la laisse XXXIII.
XXIX. — Au commencement, F n'a pas tout un passage de S où Macabre fait à Rosemonde l'éloge d'Élie (p. 128- 129), ce qui fait naître l'amour de la jeune fille pour le jeune homme. — Par contre, le combat entre Élie et le roi Codroé (F, V. 1 024-1 041) n'existe pas dans S. C'est une lacune, car, dans le texte primitif, Élie devait sans doute tuer Baligant, dont un remanieur aura fait Codroé, peut-être pour le besoin de l'assonance. Voy. la laisse XXXIII. — Il y a quatre larrons dans F (v. io54), trois dans S (p. 129). — La présentation d'Élie aux larrons (v. 1061-1092) manque dans S; les vers qui montrent Élie privé de son heaume expliquent le sans-gêne avec lequel le traitent les larrons ; ils appartiennent certainement à l'original. — F ne parle pas de la première demande que les larrons font à Élie relativement à son cheval ni des menaces qu'ils p.ofèrent contre lui (S, p. 129).
XXX. — Les deux rédactions se complètent l'une l'autre : dans S, Élie donne en paiement aux larrons un faux denier (p. i3i); ceci manque dans F. — Le chef des larrons veut s'élancer sur Élie (v. ii5i); cet incident n'existe pas dans S. — Élie reproche ses vols au chef des larrons : lacune dans F.
XXXI. — Après le v. 1 174, S ajoute certains détails qui ne se retrouvent pas dans F, entre autres la promesse que Galopin fait à Élie de lui livrer des trésors.
XXXII. — F commence par un vers qui prouve que Galopin vient de dire à Élie qu'il n'est pas païen ; S ne fait pas mention de ce fait. — Toute la fin de l'histoire de Galopin :
XXXIl ELIE DE SAINT GILLE
la façon dont il est tombé au pouvoir des larrons, l'hommage qu'il fait à Élie (v. 1 192-1203), épisodes appartenant certainement à l'original, manquent dans S. — Pour le combat soutenu par Élie et Galopin contre Jossé, Gontier et Hector, l'ordre n'est pas le même dans les deux rédactions : dans F, Élie, attaqué d'abord par Hector, est blessé par lui, puis successivement par les deux autres païens. Galopin vient à la rescousse, tue Gontier et Hector, et met en fuite Jossé. Dans S, Élie a d'abord Jossé pour adversaire. Galopin tue alors Gontier. Jossé est mis en fuite par Élie et Hector est tué par Galopin. Cette dernière version doit certainement se rapprocher moins de l'original que la première; car il s'agit surtout dans cette laisse de mettre en lumière la valeur de Galopin qui vient à bout des trois païens.
XXXIII. — Dans S (p. 134), Jossé annonce à Macabre qu'Élie a tué Hector, Gontier et Malgant; ce Malgant est le Baligant de F (v. 1007), envoyé à la suite d'Élie, et que F a changé aussi (v. 1026) en Codroé. — La fin de la laisse, à partir du v. 1267, est très abrégée dans S.
XXXIV. — F n'a pas, après le v. 1295, quelques vers utiles, représentés dans S (p. 134), où Galopin explique pourquoi Macabre lui en veut personnellement. — Ici, non plus que plus haut (v. 688), S ne parle d'Ataignant, fils de Macabre. — Quelques vers manquent dans F, après le vers i3o6, pour annoncer l'arrivée des païens.
XXXV. — Elie, blessé grièVement, conseille h Galopin de l'abandonner (S, p. I 35). Le texte de F est plus naturel : Élie prie Galopin d'aller h la recherche d'un pèlerin qui veuille bien partir pour Saint-Gilles et demander secours à Julien.
XXXVI. — Les vers 1 349-1 359 de F, répétition de la fin de la laisse précédente, manquent dans S. — Dans F, Rosemonde adresse sa prière au Dieu des chrétiens et s'engage à renier Mahon ; dans S, au contraire, elle s'adresse à Mahomet, ce qui est tout naturel, puisque, dans tout le reste du poème et principalement dans la laisse L, elle invoque le nom du
iNTRODUCTiON XXXIII
dieu païen. — Plus loin (p. i36), S ajoute une phrase relative aux prisonniers francs, faits par les Sarrasins (voy. plus haut F, V. 71 7). Ces prisonniers sont sans doute aussi les mêmes que ceux dont parle Rosemonde (F, v. 1648), quand elle apprend à Élie qu'elle a près d'elle des chevaliers de Julien.
XXXVII. — S (p. 137) allonge un peu la description du costume et de la beauté de Rosemonde. — S ne mentionne toujours pas la mort d'Ataignant (F, v. 1427). — F parle de deux herbes (v. 1446) et S de quatre (p. i38).
XXXVIII. — L'énumération des chevaliers dont Élie regrette l'absence est moins complète dans le ms. A que dans F et dans les autres mss. norvégiens.
XXXIX. — Cette laisse n'est représentée dans S que par trois lignes correspondant aux vers 1483 -1485. — Le reste de la tirade de F, oii Rosemonde nomme à Élie tous les prétendants à sa main, doit cependant être original, car elle annonce la venue de Lubien.
XL et XLI. — Les deux laisses n'ont, dans F et S, qu'une légère différence ; dans F, c'est Caïtas ou Jossé que Lubien combattra, si on lui refuse Rosemonde; dans S, c'est le roi Macabre lui-même.
XLII. — Fa omis, à la fin, toutes les menaces proférées par Macabre contre le messager (S, p. 140).