CHAPITRE XI
La eom^maa.
Ce n'était pas uti mouvement passager qui avait inspiré à ÉUsa la pfensée qui rempiissait son cœur en sortant du eabinet de son père. Toute la joumée, une partie de la niiit, le lendemain encore cette pensée occupa soii esprit. Elle rappelait à ses ton-* veniw tdut ce qu'elle avait lu , tout ce qu'elle avait * entendu dire pour ou contre cette religion; puis elle finissait toujours par se fine, en forme dé condnsion : Non, il n'y a que cette religion qui soît véritable, qui soit divine, car il tfy a qtfefle qui soit fondée sur une origine céleste; il n'y a qu'elle qui prescrive les préceptes de la morale la plus sublime; il n'y a qu'elle qui puisse inspirer une verte misai héroïque que celle dont je viens d'être témoin dans un de ses ministres. Oui, c'est Iwen pour pratiquer cette reli^on que Dieu nous a créés... Oui, je veux être , je sufe catholique.
Éîle ftaii entîore plongée dans ces réflexions, quand lui arriva la lettré de M"* Ptearnssicr dont
196 tlISA. SGHUBILEIL
nous avons donné un extrait à la fin de l'ayantdernier chapitre. Comme cette lettre répondait bien à toutes les pensées qui l'occupaient depuis quelques jours ! comme elle allait au-devant de toutes les incertitudes, de tous les doutes qui lui restaient! Aussitôt elle appela Julienne, et lui dit : & Ma bonne fille, j'ai une grande nouvelle à Rapprendre; mais, avant que je te la dise, il faut que tu me promettes un secret inviolable, et que tu n'en parles à personne sans que je t'en aie donné la permission.
— Je vous le jure , Mademoiselle , sur. . .
— Tu n'as pas besoin de jurer, ma bonne fille: estrce que tu oublies dé3à,continua-t-elIe en souriant avec bonté, ce commandement : « Dieu en vain tu ne jureras, » et faut-il que ce soit moi qui te le rappelle, moi qui ne suis pas encore de ta religion? Une simple promesse de ta part me suffira, parce que je sais qu'elle t'engagera suffisamment.
— Eh bien! Mademoiselle, je vous en fais la promesse de tout mon cœur.
— C'est bien, ma bonne Julienne. Maintenant voici ce grand secret que je veux te révéler : Je suis GATHOUQCE ! » Elle prononça ces trois mots d'une voix grave, en les accentuant syllabe par syllabe, comme pour mieux les affirmer.
Julienne regarda sa maltresse un instant d'un air de surprise et avec une joie contenue; puis elle s'écria : « Serait- il donc Dieu possible, ma chère maltresse, que vous fussiez catholique I ah ! quel bon-
ÉUSA 8GHUMLER. 107
heurl Le bon Dieu a donc exaucé mes prières 1 Répétez-moi, je vous en conjure, ces bonnes paroles.
— Ma fille , quand je dis que je suis catholique, je ne le suis encore que d'intention ; car, pour l'être de fait, il me manque le baptême, et pour être digne de le recevoir à mon âge, j'aurai nécessairement besoin d'une instruction et d'une préparation spéciales. Je veux dès aujourd'hui, et sans perdre de temps, consulter quelqu'un qui me dirigera dans ces préliminaires indispensables, et je t'ai choisie pour m'accompagner. Va dire à Joseph d'atteler ma voiture, et nous partirons aussitôt qu'elle sera prête. »
Julienne courut avertir Joseph, et remonta annonçant que dans dix minutes il serait prêt à partir. Ge temps fut employé en rapides préparatifs d'une toilette fort simple, et au bout d'une demi -heure Ëlisa et sa femme de chambre entraient dans TégUse dont le vénérable abbé M... était curé. Après une courte prière, Élisa fit demander M. le curé au confessionnal, où elle resta plus d'une heure en conférence avec lui.
En sortant du confessionnal, son visage était radieux, de douces larmes inondaient son visage. Elle s'agenouilla à côté de Julienne, et pour la première fois de sa vie elle adressa au Dieu des chrétiens une fervente prière.
Le surlendemain elle eut encore une conférence au confessionnal avec le curé de Saint-...; puis, à partir de cette époque, elle se rendit trois fois par
IM tU$A SCBUMifIt
semaine à la chapelle du couvent de..., où elle recevait duo catéchiste instruit et zélé une instruction spéciale avec d'autres catéchumènes de son âge. Mais écoutons -la rendre compte elle-même à son amie, M"" Peaussier, de ce qu'elle appelait son noinciat dans la religion catholique.
« Ma bonne amie, voilà près de deux mois que je vous ai écrit, et cependant j'ai bien des choses à vous dire, car il s'est* passé bien des événements depuis cette époque. Et, tout d'abord, il faut que je vous apprenne une grande nouvelle qui vous fera tressaillir de joie: je suis caihoUqutt... Je ne suis pas encore baptisée, il est vrai; mais depuis deux mois j'y travaille. Je viens de passer un examen, et j'ai été jugée -digne de recevoir ce premier sacrement des chrétiens. Seulement la cérémonie a été ajournée à la fête de TAssomption de la sainte Vierge, parce qu'on veut me préparer à faire en même temps ma première communion et à recevoir le sacrement de confirmation. Quoique ce retard me contrarie sous un rapport , il me convient assez sous un autre, parce qu'il vous permettra de venir assister à la cérémonie, où votre présence sera indispensable, car je compte sur vous pour être ma marraine; mon parrain sera M. Louvain: c'est une chose convenue. 11 est bien juste que les deux personnes qui les premières m'ont initiée à la religion chrétienne soient mes répondants suc les fonts baptismaux.
aU94 aCBUBILUL fit
«Tout çela^ ma bonne amie, doit vous paraître merveilleux, et je vous entends d'ici m'adresser une foule de questions dans le genre de celles-ci : Quelle circonstance vous a enfin décidée à prendre ce parti? Votre père est-il instruit de votre détermii^atioii? etc. etc* Je vais essayer de répondre à tous Tos 7??î mais pour cela il faut que je reprenne les choses dès l'origine, c'est-à-dire depuis la date de tta dernière lettre. )i
Id elle raconte à M'"* Peaussier la visite de M. Pabbé M... à M. Schumler, et Taltercation qui s'éleva entre eux. Elle a scdn, sans toutefois dé« guiser la vérité, d'adoucir autant que possible les torts de son père, en insistant sur la manière hono* rable dont il les a réparés. Elle exalte la douceur, la patience inaltérable d» Thomme de Dieu, jointe à cette fermeté inébranlable qui lui fait braver les refus, les menaces, les injures et jusqu'aux voies de fait, pour obtenir la grâce qu'il sollicite en faveur d'une pauvre veuve et de ses enfants. Puis elle arrive au moment où il lui adresse la parole à elle-même, et où il appelle sur elle les bénédictions du Très« Haut. «Jamais, continue-t-elle, dussé-je vivre aussi longtemps que les anciens patriarches, je n'oublierai un tel instant. De ce moment, je me suis sentie trans* formée, et ma résolution de me faire chrétienne a été irrévocablement arrêtée dans mon esprit. Mais comment, par où commencer ? C'était encore là mon embarras, quand votre lettre est venue fort à propos
)M tUSA SGHUIILER.
m*en tirer. Alors je n'ai plus hésité. Une heure après ravoir lue, j'allais, accompagnée de Julienne , à l'église Saint-. . . , et je m'agenouillais dans le confessionnal du vénérable curé de cette paroisse. Je ne pouvais m'adresser à un autre prêtre en qui j'eusse plus de confiance. Les deux occasions que j'avais eues de le rencontrer y la dernière surtout, me semblaient avoir été fournies par la Providence pour m'mdiquer l'homme qui devait me diriger dans la voie du salut. Et cependant vous dire quel trouble m'agitait quand je m'approchai de ce tribunal redoutable I Vous le comprendrez mieux que je ne pourrais Texprimer. Mais à peine m'eut - il adressé la parole, que je sentis l'assurance me revenir. Il ne me reconnut pas d'abord, et me prenant peut-être pour une de ses pénitentes, ou tout au moins pour une catholique, il me demanda depuis quand je m'étais confessée. « Jamais, lui répondis -je, mon Père; je ne suis même pas chrétienne, mais je veux le devenir, je veux me faire catholique, et c'est pour cela que je m'adresse à vous. — Et de quelle religion êtes-vous donc? — D'aucune. — D'aucune! est-ce possible? Expliquez -vous, mon enfant. » Alors je lui rappelai ce qui s'était passé chez mon père il y avait quelques jours... Aux premiers mots, il m'arrêta. « C'est assez, me dit -il, je vous reconnais maintenant, et votre démarche d'aujourd'hui ne m'étonne plus... Je pourrais même dire que je vous attendais. — Comment cela se pourrait-il, mon
ÉUSA SGHUMLER. 201
Père? Il n'y a qu'une heure à peine que je me suis décidée. — C'est possible, mais cette démarche était décidée d^ns les décrets d'en haut. Je n'ai pas la présomption de croire que j'en aie été averti miraculeusement; mais un pressentiment me l'avait en quelque sorte annoncé le jour où je vous ai vue intervenir avec tant de chaleur en faveur d'une famille malheureuse : j'ai cru voir votre front marqué du sceau des élus. Dès ce moment la pauvre veuve que vous avez secourue si à propos a prié pour vous avec ferveur; ses enfants innocents ont également prié; et moi, chaque jour, en offrant le saint sacrifice, j'ai supplié Dieu de répandre sur TOUS ses grâces et ses bénédictions, et de vous appeler au sein de son Église , où votre place est marquée. Nos vœux ont été exaucés; j'avais une ferme espérance qu'ils le seraient, et voilà pourquoi en vous voyant je n'ai pas été surpris. Entrez donc, ma fille, entrez avec confiance dans l'assemblée des fidèles, vos frères et sœurs, qui ressentiront une grande joie de vous recevoir parmi eux. »
« Alors je lui racontai toute Phistoire de ma vie dès mon enfance, puis comment j'avais été amenée par mes études à la connaissance de Dieu, comment ensuite j'avais reconnu la nécessité d'im culte pour l'adorer, et enfin comment, après de longues incertitudes, la religion catholique m'avait paru la seule véritable. « Cependant, ajoutai-je, il me reste encore bien des doutes; mon cœur est tout
ait ÉLffià SGBOIOJUL
disposé à croire, mais parfois ma raison s^ refuse. »
€ J'avais parlé pendant près d'une demi -heure, et pendant tout ce temps -là il m'avait écoutée avec ime attention soutenue. Quand j'eus terminé , il re-* prit mon récit dès le commencement^ le commenta, pour ainsi dire, phrase par phrase, en m^adressant de temps en temps des questions pour éclaircir les passages qui lui avaient paru obi^urs. Ses parole, pleines de suavité, tombaient sur mon cœur et le rafraîchissaient comme la rosée qui tombe sur des fleurs que la sécheresse a flétries. Â mesure qu'il par« lait, je sentais se détacher un à un tous les voiles qui obscurcissaient encore mon intelligence ; tous mes doutes s'évanouissaient peu à peu, et quand je sortis du confessionnal, mon âme était remplie de foi^ d'espérance et d'amour de Dieu.
« A la seconde conférence que j'eus avec lui le surlendemain^ il m'indiqua un lieu convenable oh je pourrais recevoir l'instruction nécessaire pour me préparer au baptême. C'est une chapelle d'un couvent où, parmi les pensionnaires, se trouvent quelques élèves qui, n'étant pas nées catholiques, veulent comme moi embrasser cette religion. Il y en avait dnq^ dont deux de dix à douze ans, et les autres à peu près de mon âge ; je faisais la sixième; mais les plus jeunes ont été séparées de nous au bout de quelques jours, parce qu'elles n'étaient pas en état de suivre les instructions. Nos réunions avaient lieu
tfiiSA SGHUBILKR. 9»
trois f(m par semaine , en présence d'an certain nombre de sœurs de la communauté ; M. l'abbé M... y assistait souvent, et, chaque fois qu'il y venait, il prenait la parole. L'instruction proprement dite était faite par un prêtre attaché à la paroisse de Saint -Sulpice, et qui passe pour un des meilleurs catéchistes de Paris. Il n'a pas dans ses paroles Tonction de M. l'abbé M...; mais ses explications sont si claires, ses raisonnements si justes 5 qu'il n'est pas possible de ne pas les comprendre et de ne pas être convaincue; puis chaque sujet qu'il traite est disposé avec une méthode particulière, et rien n'est plus facile que de retenir ce qu'il dit. Aussi moi qui avais, comme vous savez, l'habitude de noter les leçons de mes professeurs, qui ne sont pas toujours aussi méthodiques que notre catéchiste, je retenais presque mot à mot toutes les instructions de ce dernier, et, au heu d'une analyse qu'il nous demandait, je lui ai souvent apporté son discours en entier comme si je l'eusse sténographié.
« Je vous ai dit que M. l'abbé H... prenait quel* quefois la parole; ses discours sont moins méthodiques que ceux du catéchiste, mais ils touchent davantage le cœur, et souvent font verser des laiv mes. Je ne puis résister au plaisir de vous citer un fragment d'une instruction qu'il nous fit, il y a quelque temps, sur le culte que l'Église rend à la sainte Vierge. C'était moi qui avais en quelque sorte provoqué cette instruction en lui témoignant un
9M tUSà SGHUMLEB.
jour quelque doafe sur la nécessité d'un culte aussi splëndide, qae les protestants traitent d'idolâtrie, mais qui me semblait à moi quelquefois exagéré. « Ces hommages, me répondit-il, vous paraissent exagérés T Une telle pensée m^étonne de la part d'une personne de yotre sexe, car c'est la sainte l^erge qui a rendu à la femme sa dignité. » Et làdessus il entra dans quelques explications, en ajoutant: < Aujourd'hui je n'ai pas le temps de vous en dire plus long sur ce sujet; mais après-demain je me rendrai à votre catéchisme , et je développerai, pour TOUS et pour vos compagnes, ce que je viens de TOUS dire d'une manière trop succincte. Si après cela il vous reste encore des doutes, vous viendrez me les exposer, et avec la grâce de Dieu nous parviendrons à les dissiper. »
« Voici les passages de cette instruction qui m'ont le plus frappée.
«Dans l'œuvre de notre rédemption, nous dit -il en commençant, Dieu voulut que la condition de la femme, comme celle de Thomme, se trouvât relevée, ennoblie, sanctifiée d'une façon spéciale; que la femme y trouvât un modèle pour tous les états et les besoins de sa vie sur la terre, la consécration et la glorification de tous les sentiments légitimes de son cœur. Il le fit par sa mère, par la Vierge Marie. Dieu voulut avoir une mère, et il voulut que sa mère devint la mère de tous ceux qui croiraient en lui. Par Marie, la nature créée s'unit à la nature
ÉUSA SCHUMLER. 205
divine, et la rédemption s'accomplit. Elle est donc bien justement appelée la mère des vivants , la mère du genre humain racheté.. •
<c Parmi les types créés par la religion chrétienne^ il n'en est aucun de plus beau, de plus pur que Marie. Objet de foi et d'adoration, chaste et sainte croyance pour ceux que la main de Dieu a touchés, elle est pour les autres un ineffable élan de poésie, une consolatrice aux tendres paroles. Retournons^ s'il se peut, par la pensée, à l'époque de Marie, et tâchons de concevoir quel fut dans ce vieux monde, mourant de ses crimes d'idolâtrie et de lèse-hïunanité, l'effet produit par cette douce croyance, par cette consolatrice pure comme le sourire d'un enfant, bonne et tendre comme une âme qui a souffert. Marie ne semble tenir d'une nature divine que pour intercéder dans le ciel , et rester femme pour entendre nos douleurs, pour comprendre ces angoisses que l'homme serait tenté de vouloir cacher à Dieu même ; aussi écoutez les doux noms qu'une foi naissante a donnés à la Yiergel Pour les jeunes filles, c'est Y Étoile du matin, la Rose mystique, un Vase d'élection; pour les voyageurs, une Source toujours pure; pour les malheureux, la Gardienne, la Consolatrice des affligés; pour les pécheurs, un Refuge assuré; pour tous les chrétiens, leur plus ferme Espérance.
« Puis il termina son discours par une courte paraphrase du Svè tuum, cette sublime invocation
tM lLI8A8CBDia.BR.
adressée à Blarie pour implorer son aslsîirtBiieë au milieu dai dangem q«i nous maiacetii sans ceiH» dans le cours de notre existence.
« Je répétai du fond du cœur et à plusieurs reluises cette prière, et à compter de ce moment j'ai compris toute la grandeur, toute là sublimité du culte de Marie. Bientôt une antoe pensée a surgi dans mon âme et a contribué à me rendre ce culte plus précieux. Fille d'Israël, comment ne serais -je pas fière d'appartenir à la nation qui a domië naissance i Marie, la mère du Sauveur du monde? Si tous les chrétiens l'appellent leur mère, si Jésut)- Christ est leur frère, n'ai* je pas un douUe droit à cette noble parenté par mon origine? Ne sms-je pas Israélite comme Tétaient Marie, son fils, tes apôtres, les disciples de Jésus et tous les pruniers chrétiens? Si mes ancêtres ont eu le maUieiir d'être du nombre des Juifs qui n'ont pas reconnu le divin Messie lorsqu'il parat sur la terre, serai -je moins bien accueillie, moi jusqu'ici pauvre brebis égarée , quand je me présaiterai au bercail du divin Pasteur qui a donné sa vie pour ses brebis? Est-ce que la douce et miséricordieuse Marte > comme moi fiUe de Jérusalem , ne me prendra pas par la maiti peur me présenter à son &Bf
«Vous ne sauriez croire, ma bonne amie, oombien ces pensées ont jeté dans' mon âme de consolation, de courage , de résolution et de fermeté. Maiîitenànt, je h sens, aucun obstade^ ni matériel ni
moral, m saurait m'empédiar dMtre chrétienne; je soi^fnrBÎs le martyre plutôt que àb renier ma fbi nouvelle, et je conçois maintenant l'ardeur des premiers chrétiens à braver les supplices pour afBrmer leur croyance.
« Mais, me direz -vous, votre père a-t-il consaissance de vos projets? Ne craignez -vous pas de sa part quelque difficulté ?
(K Vous comprenez bien que depuis deux mois que je vais régulièrement trois fois par semaine à un catéchisme qui dure quelquefois deux heures, que chaque dimanche j'assiste régulièrement aux offices de ma paroisse, que j'ai cespé de fréquenter les spectacles, nécessairement ce changement de conduite n'a pu être ignoré de mon père. Quand j'eus reçu votre lettre, et que j'eus formé la résolution de suivre sans retard les conseils que vous me donniez, j'ai réfléchi aussi à ce que vous me disiez de mon père. J'ai consulté à cet égard M« l'abbé M.. « en lui lisant ce passage de votre lettre; il m'a répondu : « Si vous aviez la certitude de rencontrer dans votre père une opposition sérieuse à ce que vous vous fissiez catholiq«ie, vous pourriez vous passer de son consentement; car, lorsque Dieu nous appelle, nous devons lui obéir avant tout. Mais si, comme le dit voire amie, et comme vçus devez le savoir vous-même encore mieux qu^elle, vous nV vez pas à redouter de la part de votre. père une 0{^[M>8ition formée, il sera plus convenable de lui
M8 tUSA SGHUMLEB.
demander son consentement. Je crois , moi, qu'il Tons raccordera, parce que j'ai pu juger par moimême de l'ascendant que irons avez sur lui, surtout parce que Dieu, qui yeut votre salut, et peutêtre aussi le sien, disposera favorablement son cœur.»
c Encouragée par ces paroles, j'allai trouver mon père; je ne lui demandai pas la permission de me faire catholique; mais je lui annonçai la ferme résolution oh j'étais de le devenir, en le suppliant de vouloir bien ne pas y mettre ^'obstacle et de m'accorder son consentement.
c Tiensl me dit-il, cette résolution l'a donc pris bien subitement; cela pourrait contrarier mes projets pour ton établissement dans le cas où le mari que je te destinerais ne serait pas catholique, et qu'il exigeât que sa femme fût de sa religion; tu connaissais mes intentions à ce sujet.
« — Je les connaissais, il est vrai; mais, permettez-moi de vous le dire, je crois que vous êtes dans Terreur. Un homme qui professe une religion, qui y est attaché, ne voudrait pas, s'il est doué d'un peu de bon sens, épouser une femme sans religion, une femme qui aurait été élevée en dehors de tout culte.
c — Ma^ puisque tu embrasserais sa religion, qu'aurait-il à dire?
« — Pensez -vous, mon père, qu'une religion se prenne comme un vêtement, selon la mode du temps
ÉLISA SGHUMLER. 209
OU du pays? Pour moi, j'aurais la plus mauvaise opinion d'un mari qui accepterait pour femme une jeune fille élevée dans TindiSérence de toutes les religions; un pareil homme m'inspirerait un profond mépris; car lui-même serait sans principe, sans conviction religieuse; et quelle confiance des époux mariés dans de telles conditions pourraient-ils avoir l'un envers l'autre, puisque la foi conjugale ne reposerait pas sur des serments sanctionnés par la religion?
« — Ma foi, tu es devenue maintenant trop savante pour moi; je n'entends rien à toutes ces affaires. Fais ce que tu voudras; je ne veux pas te contrarier, mais à condition que tu ne me contrarieras pas non plus quand il s'agira de ton établissement. » Et là -dessus il me quitta pour causer avec M. Larcher de primes, de différences, de reports, et il ne me fut pas possible d'en obtenir un mot de plus.
« C'était toujours un consentement, mais avec une restriction qui m*inquiéta d'abord ; aujourd'hui elle ne m'alarme plus guère. D'abord, mon père ne m'a plus reparlé de cette affaire, comme il l'appelle, quoique souvent, pendant les repas, j'aie cherché indirectement à la mettre sur le tapis, quoique j'aie parlé de mes relations avec M. Pabbé M. .., et des instructions que je recevais à la chapelle du couvent de... J'ai remarqué qu'il en avait parlé à M"** d'Auneux, qui, elle, souvent m'interroge d'un
fit CLISA SGHOIQiElL
ton ironique sur mes progrès dans le papisme* l'évite toute discussion avec elle à ce sujet, et dès qu'elle aborde cette question, je la détourne en lui en adressant une autre sur quelque point de littérature comparée anglo -française. Une fois que je Tai amenée sur ce terrain, nous nous chamaillons à qui mieux mieux, et nous n'en sortons plus.
« Comme je ne vais plus au spectacle ni aux concerts, c'est une corvée de moins qu'elle a à faire, et cela, je crois, l'arrange assez bien. Pour tout le reste, elle me laisse parfaitement libre, â la mode anglaise. Mon père est absorbé plus que jamais par les grandes opérations financières, et souvent même ses occupations Fempèchent d^asîster à nos repas, de sorte que je suis quelquefois plusieurs jours sans le voir.
« Vous comprenez maintenant que, me trouvant à peu près libre d'une bonne partie de mon temps, j'ai pu en consacrer la plus grande portion à l'étude de ma religion. Je souligne ce ma avec intention, et avec une sorte de fierté. Préparez -vous donc, ma bonne amie, à venir me tenir sur les fonts de baptême. Vous savez que votre voyage, aller et retour, est payé. Je vous préviens que j'ai choisi pour mon nouveau nom celui de Marie; ainsi je m'appellerai Marie-Elisabeth, portant ainsi le nom de la mère du Messie et celui de sa cousine, la mère du Précurseur. »