CHAPITRE VII
Une des plus grandes questions de la science piiiiosophique résoluQ par une simple réponse du catéchisme.
D'après ce que nous avons vu jusqu'ici, nous avons pu reconnaître qu^Élisa Schumler avait un désir sincère de s'instruire; et, comme elle était douée d'une excellente mémoire, d'un jugement sain, d'une persévérance qui allait presque jusqu'à l'opiniâtreté, elle ne pouvait manquer de réussir. Ajoutons qu'elle savait mettre tout à profit pour son instruction; elle trouvait un enseignement dans tout; rien ne lui échappait; ce qu'elle entendait, ce qu'elle voyait se gravait dans sa mémoire en traits inefiPaçables. Nous avons vu qu'elle ne négligeait pas même l'étude de la religion, quoiqu'elle ne reçût de ce côté ni encouragement, ni lumière , et qu'elle fût obligée, selon son expression, de marcher, pour ainsi dire, au hasard et à tâtons. Mais, comme elle apportait dans la recherche de la vérité
iià tLISA SGHUMLER.
un cœor droit, des intentions pures, un esprit dégagé de préjugés 9 Dieu ne pouvait manquer de la mettre sur la bonne voie, et de lui faire trouver l'objet de ses recherches.
Nous avons vu, dans une de ses lettres, qu'elle suivait au jardin des Plantes un cours de botanique et d'histoire naturelle, spécialement consacré aux dames. Elle prenait à cette étude un intérêt puissant, non par une vaine curiosité comine la plupart des personnes qui fréquentaient ce cours, mais parce qu'elle découvrait à chaque instant dans cette étude de nouvelles preuves de la grandeur et de la puissance infinies de Dieu. Voici quelques passages d'une lettre qu'elle écrivit un jour à M"** Peaussier à ce sujet,
« Le spectacle que je préfère, ce n'est pas TOpéra un jour de solennelle représentation, ni aucun autre théâtre avec tout le prestige imaginable de décors, de musique, de déclamation; non, à toutes ces merveilles de Tart, je préfère le simple spectacle de la nature. Depuis que le printemps a ramené les beaux jours, nous habitons pendant i;ne partie de la semaine une jolie maison de campagne que mon père a louée à Montmorency, ou plutôt à Enghien, non loin du lac. Presque chaque jour nous faisons de grandes promenades dans la belle forêt de Montmorency, ou bien dans les prairies au bord du lac. Le. bois retentit du chant de mille oisesiux; les champs et les prairies se couvrent de fleurs. Que
d'admirables choses dans ce simple spectacle de la nature ! et à quoi bon chercher au loin des émotions, quand à chaque pas tant de merveilles s'offrent aux regards de qui veut les voir?
«Il est vrai que, pour admirer convenablement ces merveilles, il faut savoir lire dans le livre de la nature, autant toutefois qu'il est donné à l'homme de pouvoir en comprendre le langage sublime.
« Depuis deux à trois ans, vous le savez, bonne amie, j'apprends à déchiffrer un peu les caractères de ce livre merveilleux, et depuis ce temps je uq rencontre pas sur mon chemin un arbre, une fleur, le moindre brin d'herbe, un oiseau, un papillon, un insecte, que ces objets ne fixent mon attention. J'aime à me rendre compte de la structure de ces être? divers qui, végétaux ou animaux, naissent, vivent et meurent, et, d'échelons en échelons, ma pensée s'élève jusqu'au créateur de tout ce qui existe au ciel et sur la terre. Mon imagination effrayée s'arrête, ma'raison admire en silence, et paon cœur, rempli de reconnaissance pour l'auteur de tant de înerveiUe^, qui m'a conviée à ce sublime spectacle, se gonfle, soupire, et mes yeux se mouillent' de douces larmes.
« Non, bonne amie, rien ne m*a donné jusqu'ici une idée plus élevée, plus sublime de Dieu, que l'élude de la nature. Cependant je sentais qu'il lui manquait un complément; mais, grâce à Dieu, je crois maintenant l'avoir trouvé. Pour vous faire
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coini»endre ceci, j'ai besoin de remonter plus haut el de vous faire assister en quelque sorte à quelquesunes des leçons de mon professeur ou plutôt de mes professeurs, car j'ai suivi j)lusieurs cours.
« Je commencerai par une leçon préliminaire dans laquelle le professeur nous expliquait ce qu'on doit entendre par le mot nature, a On comprend sous le nom de nature un ensemble de causes et de puissances actives, tellement coordonnées par la suprême sagesse de Dieu, qu'il s'ensuit un système harmonique de combinaisons et de rapports, ou d'organisation et de vie, duquel résulte ce concours universel de reproduction et de rénovation nécessaires au maintien de l'équilibre du monde, tel que nous le voyons.
« Et ce système de lois naturelles, dont la marche entretient l'ordre général, n'est point une réunion de forces aveugles, sans dessein ni prévoyance; bien au contraire, on y reconnaît des corrélations d'harmonie et d'intelligence, pour entretenir les fonctions vitales chez les animaux et les plantes, et pour les combinaisons chimiques et minérales. Ce ne sont pas seulement des machines ou de simples marionnettes qui peuplent le monde sans savoir ni pourquoi ni comment; mais cette nature, fille de Dieu môme, émanée de la plus sublime sagesse, est excellemment industrieuse dans ses 'œuvres : elle n'opère rien inutilement et produit toujours pour quelque fin ou but de perfection ; jamais elle ne change
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ses desseins sans raison profonde ; elle atteint ses fins par les voies les plus courtes ou les plus directes: comme elle ne manque point aux choses nécessaires, elle ne surabonde point dans les superflues.
« La nature veille à la reproduction, à la conservation des espèces; elle ne fait point de sauts brusques dans la série de ses œuvres : c'j^t ainsi qu^elle rattache les animaux aux végétaux^ et passe au règne inorganique ou nunéral par une chaîne de dégradation qui réunit tous les êtres. A cette chaîne immense il ne manque pas un anneau, et .c'est en vain qu^on y chercherait une solution de continuité: il y a sur les confins du règne minéral des individus qui végètent, et sur les confins du règne végétal des individus qui vivent. Elle tend à tout ce qui peut perfectionner ses actes ou à s'élever du simple au composé, des êtres bruts à l'organisation, et des êtres insensibles aux sensibles; puis de ceux-ci à Phomme, chef intelligent et supérieur de la création.
« La nature, toujours semblable à elle-même, marche dans une route certaine; elle n'a rien de faux ni de trompeur quand on sait biep l'interroger; de son instinct émane toute sincérité, toute justice ; Part humain aspire sans cesse à l'imiter sans pouvoir l'atteindre entièrement.
« Dans le monde visible il existe une gradation hiérarchique entre toutes les créatures ; elles se lient entre elles par des équihbres mutuels; elles forment
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pne chaîne dont le moindre anneau tient h toDt, de sorte que le moindre dérangement dans une partie de Tunivers entraîne une foule d'altérations succès^ sives; car les effets deviennent causes h leur tour, et les causes secondaires ne sont souvent que des effets primordiaux qui s'engrènent réciproquement comme les rouages d'une horloge.
a A cesujeti df^cçndant des fautes considérations de la science I le professeur nous raconta ce fait remarquable qui se passa en Angleterre, je ne sais trop à quelle époque. Les cultivateurs se plaignaient des ravages causés dans les blés par les moineaux; un gavant statisticien déa>ontra que ces petits maraudeurs ailés dévoraient et gaspillaient chaque année des quantités éiformes decéréalefs. Des plaintes furent adressées au gouvernement, qui nUmagiqa rien de mieux, pour porter remède au mal, que d'ordonner la destruction générale des moineaux dans les lies Britanniques; et, pour encourager le peuple à Texécution de cet arrêt, le gouvernement accorda une prime d'un penny par tête de moineau, U n'ep fallut pas davantage pour exciter à Fenvi le zèle des chasseurs; au bout d'un an l'Angleterre fut délivrée du fl^au des moineaux* Mais, tandis qu'on détruisait ces pauvres volatiles, on laissait croître, sans pouvoir le combattre, un autre fléau bien autrement dangereux. En effet, les moineaux ne vivent pas seulement de grains ; le froment surtout n'entre que pour une faible partie dans leur alimentation;
mais la base de leur nourriture ce soqt précisépaçnt les insectes qui ne vivent que cte Wé; ils en sont plu? friands que du blé lui-même, et ils ne s'y attaquent que quand les jnsectes leur font défaut. Or la disparition des moineaux permit aux insectes granivores dé se multiplier d'une manière prodigieuse; bientôt le dommage qu'ils causaient aux récoltes devint dix fois plus considérable que celui que faisaient les oiseaux 7 et ce dommage menaçait d'augmenter dans des proportions énormes. U fallut donc non -seulement abolir la loi de proscription contre les pauvres pierrots, mais encore aller chercher sur le continent de nombreux individus de cette espèce pour en repeupler l'Angleterre.
c< Ainsi, continua le professeur, rien dans la nature n'est inutile ; rien ne saurait l'anéantir, ni suspendre sa marche, que l'ensemble n'en souffre. Ainsi la partie sert au tout, soit dans les plus grands animaux , soit dans les animaux microscopiques. La faiblesse particulière concourt à la force générale, et le mal de l'un devient souvent Je bien de Tautre,
<t Ainsi toutes les natures particulières , comme celles des animaux et des plantes de notre globe, celles des matériaux brute ou minéraux, ne peuvent consister que dans, des systèmes de forces coordonnées d'après l'équilibre plus général de notre système planétaire. Celui-ci, à son tour, doit tenir rang, d'après sa pondération, dans le grand ensemble de
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132 ÉLISA SGBUMLER.
pèces selon les besoins des lieux pour lesquels elle les destine ; ainsi le chameau et le dromadaire sont créée pour traverser les déserts brûlants, et supporter la faim et la soif au milieu de sables arides , tandis que le renne transporte avec rapidité au travers des déserts glacés du Nord le Lapon, qu'il nourrit de son lait, et souvent de sa chair. La nature arma la torpille, lente et lourde, au fond de la vase des mers, d'une batterie électrique contre ses ennemis, comme elle confie des crochets venimeux au serpent, destitué de membres, pour sa défense, et une carapace osseuse protectrice à la faible tortue. Des épines aiguës défendirent les cactus contre la dent des animaux; les œu& purgatifs de plusieurs poissons sont rendus intacts, susceptibles encore d'éclore, comme plusieurs graines de plantes qui traversent, sans avoir été digérées, les intestins des animaux. Ainsi la nature, ministre de la volonté de Dieu, créa par une sage providence tous les moyens de perpétuité des races, et, par cette inépuisable fécondité des germes des espèces les plus faibles ou périssables, elle multiplia les chances de leiir existence, comme le prouvent les plus chétife insectes. Dans le règne végétal, la nature use de toutes sortes de moyens ingénieux pour assurer la propagation des espèces; c'est ainsi qu'elle a doué certains fruits, tels que ceux de la balsamine, du sablier, d'un mouvement élastique qui lance au loin les semences; Tair, les vents, les eaux de la mer^
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des fleuves, servent aussi à transporter les semences à des distances prodigieuses. Il n*est pas rare que la mer jette sur les côtes de la Norwége divers fruits de PAmérique qui ont conservé leur propriété germinative, malgré l'espace de temps considérable qu'a nécessité cette longue traversée. Certaines graines sont aussi transportées d^un lieu dans un autre par des oiseaux, et déposées sur un teixain favorable à la germination. Enfin une foule de circonstances fortuites aident encore à la propagation. C'est ainsi que les habitants de Tlle de Guemesey se trouvèrent dotés d'une des plus belles fleurs du Japon. Un vaisseau venant de ce dernier pays en France apportait plusieurs caisses d'oignons d'une très-belle espèce de liliacées, connue depuis sous le nom d'amaryllis de Guernesey. Ce vaisseau fit naufrage sur les côtes de l'Ile; les caisses se brisèrent contre les rochers, et les oignons furent disséminés sur le sable : ils s'y enracinèrent, s'y naturalisèrent, et devinrent pour les habitants un objet de commerce très-lucratif.
.«t Beaucoup de graines périssent cependant, ou servent à la nourriture des animaux et de Thomme, ou sont employées à divers usages de Pindustrie humaine; ces graines-là ne servent donc point à la reproduction de Pespèce; mais c'est une nécessité à raison de leur abondance, qui est réellement prodigieuse; ainsi Pon en a compté jusqu'à trente -deux mille stir un pied de pavot, et Pon a calculé que
iSft ÉttdA aOtttlMiiBlt.
ffl toutes ces semenoes réussi&isiaiënt, elles couvti^ raient notre globe tdbt entier à la cincluième géné^ ration.
« Les climats divers ne conviennent point indl^ tinctement aux végétaux. Il faut presque à chaque plante un terrain particulier, une atmosphère différente. Les unes ne se plaisent que dans les champM incultes, tandis que d^autres ne peuvent germer que dans des terres cultivées. Plusieurs naissent dans \eà sables;' un certain nombre se plait sur les rochers» Il en est qui ne peuvent vivre qu'au fond des ma^ rais, d'où elles s'étendent à la surface des eaui. Enfin la mer a aussi sa végétation, tégétatiôii luxuriante qui ne le cède en puissance à aucud des terrains les plus favorisés.
« U n'est presque aucune portion de la terre oîi la végétation ne puisse s'établir; mais elle présenté des différences immenses entre les contrées éqùatoriales, les régions tempérées et les régions polaires. C'est entre les tropiques iju'elie se montre dans toute sa puissance et sa majesté; c'est là qu'oâ trouve le baobab, ce colosse du règne végétal, dont le tronc atteint quelquefois jusqu'à trente mètreà de circonférence; c'est là que vit et se multiplié cette admirable famille de palmiers aveô lésqueU nos plus beaux arbres ne sauraient soutenir la coin^ paraison. Dans ces contrées, les graminées deviennent arborescentes, les fougères s'élèvent jusqu'à huit à neuf mètres; c'est la patrie des fruits les pltiâ
imk SCBUMLEB. 195
&sqfn^, des parfums les plus suaves. C'est surtout dans les régions équatoriales , comme aux bords du Gange, où la température, constamment humide et fihaude, est entretenue parles feux du soleil et le débordement des grands fleuves, que la végétation montre une vigueur prodigieuse. Aussi quelle différence entre ces contrées et les déserts sablonneux de l'Afrique, desséchés par les ardeurs brûlantes du soleil, oh Fhomme, en y entrant, semble se dévpuer à la mort I
a Si la végétation des pays tempérés n'a pas cette beauté, cette magnificence des plantes des tropiques^ elle ne leur cède en rien pour la grâce des formes et l'abondance des produits. Le Nord lui-même n'est pas deshérité sous ce rapport; c'est là que les robustes pins et sapins élèvent vers les nues leurs troncs vigoureux. Mais plus près des pôles, on ne les trouve plus; ils sont remplacés par les aliziers, les bouleaux, qui bravent un froid de quarante degrés, froid capable de faire Relater les sapins les plus vigoureux. *
a Plus on s'approche des pôles, plus le nombre des végétaux diminue; au Spitzberg, au Groenland, au Kamtschatka, le nombre des espèces ne dépasse pas trente.
fi( De même qu'elle se montre sur les plus hautes montagnes, la végétation pénètre aux plus grandes profondeurs, dans les entrailles de la terre, dans les cavernes, dans }es min^s les plus profondes; mais
iS6 iUSik SCBUMLKIL
à ces deux extrémités il n'y a que des champignons et des lichens.
c On trouve sur nne haute montagne, en la parcourant de la base à son sommet, à peu près tous les changements de végétation qu'on pourrait obseï^ ver en voyageant de Péquateur au pôle nord. Au pied de la montagne v^ètent les plantes des plaines et des contrées méridionales. Les chênes occupent le premier plan; cinq à six cents pieds au-dessus sont les hêtres; plus haut les i£s, pins et sapins; puis viennent les aliziers, les bouleaux, les rhododendrons; plus haut encore on trouve les daphnés, les globulaii*es, les cistes ligneux. Dans la région des glaces, se montrent les saxifrages, les primevères, puis enfin les Uchens.
a La végétation qui n'existe que faiblement dans un Ueu peut y devenir abondante et vigoureuse; tout se modifie, tout change : les marais se dessèchent, les rochers que nous voyons secs et arides porteront peut-être quelque jour des arbres majestueux...
<c Les divers climats ne conviennent pas plus indistinctement aux animaux qu'aux végétaux.
L'homme seul, le roi de la création, peut s'acclimater à peu près partout, et parmi les végétaux qui servent le plus ordinairement à sa nourriture , une seule famille, les céréales, peut s'habituer aussi à tous les dimats : œuvre admirable de la Providence , qui , en donnant la terre à l'homme , a voulu
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qu'il pût trouver à chaque pas une preuve de sa paternelle sollicitude!...»
« n faut s'arrêter dans eette énumération des merveilles de la nature; quoiqu'il ne soit donné d'en apercevoir qu'une bien faible partie, des volumes entiers ne suffiraient pas à les raconter ou à les décrire; le plus petit être microscopique, un simple animalcule infusoire prol^iforme, offre plus à observer dans sa vie et sa reproduction que les énormes baleines. La science moderne a fait dans Tétude de la nature d'innombrables découvertes; eh bien, elle n'est arrivée àgrand'peine qu'à soulever un petit coin du voile qui recouvre ses plus importants mystères, et à nous démontrer que ce que nous savons le plus clairement, c'est que nous ne savons rien... Je me trompe: il est une connaissance à laquelle nous conduit nécessairement, forcément, l'étude delà nature; c'est la connaissance de Dieu. Quoique beaucoup de résultats restent pour nous impénétrables dans leurs causes, cependant l'esprit humain ne saurait en conclure qu'il n'y en ait aucune. Nous contemplons dans la structure des animSux et des plantes, dans les combinaisons minérales, dans les mouvements des astres, des opérations tellement ordonnées avec harmonie, avec des fins si bien calculées pour atteindre certains * buts, qu'il est impossible de les attribuer au hasard et à l'absence de toute cause. Or cette cause, cette intelligence suprême qui a créé l'univers suivant
its tusà sçeuiOiBii.
Pordre magnifique qu'on y admire» avec cet|;e hafv monie, cette régularité dan$ le3 proportions qui en constitue la beauté, c'est Dieu. On pourrait donc considérer en quelque sorte toute l'histoire natur^e comme une théologie vivante, tant elle manifeste de faits qui nous reportent nécessairemœt à Tidée d'une suprême sagesse, à l'idée do Dieu.
% Notre intellig|iice, qui admire cet ordre, cette harmonie, qui s'enthousiasme de cette beauté, ne pourrait arriver à concevoir ces idées, si elle, n'était pas elle «-* même un rayon émané de cette source étemelle de lumière et de vérité. Ainsi Tesprit hu<main est un souffle» une image de l'esprit divin qui créa et coordonna toutes choses. C'est parce que Dieu nous a créés à son image que notre raison se montre capable de pénétrer dans Tétude de la nature, et de reconnaître que I9 nature se dirige par des voies logiques et semblables à celles qui gouvernent notre propre entendepient. Ainsi Tamour ou l'harmonie, principe de tpute concorde, de toute symétrie, essence de la nature, émané de son sublime auteur, est le créateur de toute beauté, de toute régularité. De lui résultent également et la vigueur du corps et celle de l'âme, ou la vertu. Au contraire, la discorde ou la haine est la cause de la laideur et de toute difformité; d'elle naquit la monstruosité des corps, comme le vice, l'imperfection des penchants de l'âme, parce que d'elle procèdent tout mal, toute douleur et tqute méph^nceté.
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Ûui^Ua est doiic cette mystérieuse source d^ tout ce qui ^9t beau, de cette pure et sfublime harmouie qui inspire notre âme dans les contemplations (de la nature et des beaux -arts? Quel est Parcbétype prigipel de ces divins modèles qui l'enchantent d'admiration? Au delà de ce monde matériel, der^ rière ces voiles corporels, il existe un type étemel d'ordre ineffable, un principe constant d'harmonie, d'unité souveraine et universelle, règle essentielle du beaU) et de laquelle émane dans ce monde toute beauté : ce modèle primordial est un rayon éclatant de la Divinité elle-même, créatrice de tout ce qui est,
a S'il existe un moyen d'élever notre intelligence, n^est-ce pas d'étudier, d'imiter ce divin modèle, de S'élancer à ce foyer resplendissant de toiite vérité et de toute lumière? Car notre esprit aspire à 1^ beauté morale, à la vertu comme à la concorde, à Tenivrante harmonie qui nous transporte vers la perfection et la félidté, comme en se replongeant dans la source ineffable de la vie... »
<i Vous me direz sans doute, ma bonne amie, après avoir lu ces extraits de quelques-unes des leçons de mes professeurs : « Voilà des étudesi bien sérieuses pour une jeune personne de dix -sept ansi. » Eh bien, ces études me plaisent; elles ont pour moi im attrait irrésistible; je sens qu'elles élèvent mon àme en lui faisant connaître sa céleste
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origine ; mais elles ne me satisfaisaient pas encore entièrement. Je me disais souvent, en relisant ces notes, et après avoir lu ce que nos savants ont écrit sor l'histoire naturelle : Oui, je comprends parfaitement qu\me intelligence suprême, infinie, Dieu, en un mot, a créé tout, et conserve tout par une admirable providence; oui, je conçois que parmi tous les êtres de là Ration qui existent sur la terre, l'homme seul a été doué d'un rayon de cette divine lumière; que seul il peut admirer en spectateur intelligent les œuvres du Créateur, et s'élever par leur contemplation jusqu'à la connaissance de ce Créateur lui-même ; je connais le but pour lequel une foule d'êtres ont été créés; et, si cette connaissance m'échappe pour un grand nombre, je sais que leur existence n'est pas inutile, et qu'ils occupent la place que Tauteur de toutes choses leur a assignée dans la chatue des êtres créés. Mais ce que la science ne m'apprend pas, ce que ne m'enseignent ni les leçons de mes professeurs, ni les livres des savants, et pourtant ce que je désirerais le plus savoir, c'est pourquoi l'homme a été créé. L'homme, me dit-on, est le roi de la création, son âme est un reflet, une infbge de Dieu; mais ce roi d'un jour est sujet à la mort, comme les animaux terrestres; son corps ira se décomposer dans la terre, où il sera la pâture des vers; et après?... N'est-ce donc que pour assister un instant au merveilleux spectacle du monde que Dieu a créé Phomme et l'a doué de si
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éminentes facultés, et pour le replonger ensuite dans des ténèbres étemelles? Une pareille pensée révolte, tant elle me parait absurde, tant elle me parait une contradiction évidente avec tout ce que nous voyons dans tous les ouvrages de Dieu. Non, Thomme, à la mort, ne peut pas plus rentrer dans le néant que le soleil quand il se couche le soir à Toccident. Mais enfin que devient l'homme parvenu au terme de sa vie? Reconmience-t-il, comme le soleil, une nouvelle carrière? Où trouverai- je la solution de ce problème mystérieux: dans quel but Dieu a-t-il créé lliomme?
(c Souvent, quand j'étais seule dans ma chambre, je me livrais à ces réflexions, et je passais des heures entières à Ure quelques-uns des ouvrages de nos savants et à méditer sur leur contenu. Un soir Julienne était là, qui attendait patiemment, et en bâillant, le moment où il me plairait «de me déshabiller. Ce soir- là, j'étais plus préoccupée que jamais, et la pauvre fille faisait toutes sortes de contorsions pour s'empêcher de dormir. Je jetai par hasard un coup d'oeil sur elle , et en même temps sur ma pendule qui marquait minuit moins cinq minutes. « Âh! ma bonne fille, lui dis -je, je suis bien contrariée de te faire veiller si tard ; mais je ne m'apercevais pas de l'heure avancée, et tu aurais dû m'en avertir.
« — Je m'en serais bien gardée, parce que Mademoiselle paraissait tellement occupée de sa. lecture,
qno cela devait Vml^resser beaucoup, et je n^a^p^is pçQ voulu la dérâiiger. Cela devait être bien beau tout de même ce que Mademoiselle lisait dans ce beau livre si bien relié; et j'étais presque tentée de prier Mademoiselle, comme elle a eu déjà la bonté de le faire plusieurs fois, de m'en lire quelque chose à haute voix; cela m'aurait ôté toute envie de dormir.
a -^ Bien au contraire, ma chère Julienne, cela t'aurait endormie tout de suite, parce que tu p'y aurais rien compris.
« — Ah ! c'est donc pas écrit en français?
ft ?— Si, c'est écrit eu français; mais le sujet que traite pg livre est au- dessus de ta portée, et ne t'amuserait guère... Allons, déshabille -moi; il est temp? de se coucher. »
a Tandis qu'elle propédait à ma toilette de nuit, mon psprit était encore tout préoccupé de mes réflexions; et, comme il arrive quelquefois en pareille fiircQustançq, je me mis ^ penser tout haut, et je répétai machinalement plusieurs fois ; << Pom*quoi pieu nous a- t-il créés ?
a — Dieu nous a créés pour le connaître , l'aimer, le servir, pt par ce moyen obtenir la vie éternelle, ^ dit aussitôt Julienne, tout en continuant de me désl^abiller et en parlant avec volubilité.
a — Que dis-tu? » demandai-je comme si je fusse sortie d'un rêve.
« julienne répéta les mêmes paroles toujours
avec la môme volubilité; puis eÛe ajouta: « J'ai cru que Mademoiselle m'adi*essait cette question, voilà pourquoi je me stds permis de faille cette réponse;
« — TnaÉ bien fait, mon enfant j quoique je bë pensais pas à l'adresser la parole*, mais, dis-lnôi^ tu sais, toi, pourquoi Dieu nous a créés T Répété encore ta phrase, mais va plus lentement.», ou plutôt je vais récrire. » Je pris une plume et j'écrivifil sous sa dictée la phrase qu'elle venait de prononcer. Ces paroles me frap|)èrent comme un trait de lumière : c'était la réponse courte j simple et Cependant complète à la question qui me préoccupait si vivement.
« Après quelques instants de réflexion, je demandai à Julienne s'il y avait longtemps qu'elle avait appris cela, a Ohl oui. Mademoiselle, il y à bi6m temps de cela; j'étais pas plus hautje que cette table, et c'est tout dans le commencement que j'allais à récole des sœurs de Beaugency, qu'elles me l'ont appris. »
«Quoil me disais -je, un enfant chrétien de six à sept ans apprend, de simples sœurs de Charité , ce que ne m'ont point appris les premiers professeurs ! Puis j'ajoutai à haute voix : « Mais les sœurs t'apprenaient-elles cela dans un livre ou simplement de vive voix î
« — C'était dans un livre.
«c — EtquellivreT
i3& tUSK SGHUMLER.
« — Le catéchisme.
« — Le catéchisme t je ne comiais pas ce livre-là, et je serais cmieuse de le lire.
« — Oh! Mademoiselle, si vous désirez le lire» il n'y a rien de plus facile. J'ai encore le mien dans ma chambre, et je vous le prêterai quand vous voudrez.
« — Eh bien, mon enfant, va me le chercher tout de suite; je veux le parcourir avant de m'endormir. )i
«Elle courut dans sa chambre, qui était voisine de la mienne, et revint presque aussitôt en m'apportant un petit volume in- 18 de deux cents pages au plus. Quoi ! me dis-je en voyant ce livre, c'est dans ce mince volume qu'on enseigne à des enfants la solution de questions que ne peuvent résoudre les savants dans tant d'in-folio ! « Ma fille» dis-je ensuite à Julienne, je te remercie; je lirai ton hvre avec attention, et nous en causerons ensemble demain. Va te coucherj^ bonsoir. »