‹ Élisa Schumler: ou la juive convertieChapitre 7 sur 11 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Une promenade an bois de Boulogne. — Entretien sérieux , fort peu amusant pour M"« Fanny.

« Je reconnus bientôt que ce petit livre était un abrégé de la doctrine catholique. J'en lus attentivement les premiers chapitres avant de m'endormir, et je m'arrêtai à celui qui traite de t homme.

«L'homme y est défini, une créature raisonnable composée d'une àme immortelle et dW corps périssable. L'âme est un esprit créé à Timage de Dieu, pour être uni à un corps.

ik Notre àme est créée à Timage de Dieu en ce qu'elle est capable de connaître ^ d'aimer et d'agir librement.

<( Enfin venait la fameuse question : Pourquoi Dieu nous a-t-il créés? Et cette réponse qui m'avait tant surpris dans la bouche de Julienne : < Dieu nous a créés pour le connaître, l'aimer, le servir, et par ce moyra obtenir la vie éternelle. x>

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« Tout cela concordait parfaitement avec mes études, sauf la dernière partie de cette réponse. Oui 9 je comprenais très -bien que Dieu nous avait donné rintelligence et la raison pour admirer ses ouvrages 9 et nous élever par cette contemplation jusqu'à la connaissance dé leur auteur; mais ce n^était pas là le but principal pour lequel nous avions été créés; ce n'était qu'un moyen d'arriver à ce but, qui est la possession de la vie étemelle. C'est ce but final que la science n^enseigïie pas, ni la religion naturelle que me vantait tant M""' d'Auneux comme la seule véritable religion. Aurait -il donc fallu, comme disent les chrétiens, une religion révélée pour. nous faire connaître ce but que toute notre science, hélas 1 si bornée, et notre raison si faible n'auraient pu découvrir, non plus que d'autres mystères que c^tte religion révélée enseigne? Cette idée me répugne moins à présent qu'elle ne l'avait fait jusqu'ici. La chose vaut le peine d'y réfléchir.

a Je m'endormis dans ces pensées. Le lendemain était un dimanche* Je me levai plus tôt qu'à l'ordinaire, et je sonnai JuUenne; mais elle était sortie. Je me rappelai que ce jour-là elle allait r^uUèrement à la messe de six heures du matin, et ne rentrait guère qu'à sept heures. Je me mis à continuer la lecture de son catéchisme; mais comme il ne contenait qu'im abrégé sommaire de la doctrine chrétienne et de ses mystères, je vis bientôt qu'il

ine fallait, pour le comprendre, que quelqu'un me l'expliquât.

a Lorsque Julienne rentra, elle» fut enchantée de me trouver son livre à la main. « ]Eh bien, Mademoiselle , me dit-elle, avez-vous lu ropn livre? comment le trouvez-vous î

« — » Pour pouvoir le juger il faudrait le comprendre^ et h> l'exception de quelques vérités générales que j'entends très -bien, il ne parle que du symbole des apôtres, 4e FOraison dominicale, des sacrements, des commandements de Dieu et dq l'Ëglise, des mystères, etc., toutes, choses qui me sont tout à fait étrangères.

€ — Iilais Mademoiselle a pourtant entendu plusieurs fois parler sur ces sujets dans les sermon^ auxquels nous avons assisté ensemble.

a — Cela est vrai, et môme j'ai pris des notes sur quelques-uns de ces sermons; mais ils ne traitaient que d'im point de dogme isolé, auquel je prêtais peu d'attention, et je ne m'attachais qu'à la partie morale que contenaient ces discours. Quant k la partie dogmatique, je Fécoutais ^ans attention, parce qne je ne la comprenais pas, ne connaissant pas Tensemble et l'enchaînement de cette doctrine. Je trouve bien cet ensemble dans ton catéchisme; mais cela est trop succinct, trop sommaire pour que je puisse le comprendre. Ce livre s'adresse à des personnes nées, élevées et nourries déjà dans la religion catholique; c'est comme la grammaire élémen-

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taire cpi'on met entre les mains des enfants qui déjà parlent leur langue; il est beaucoup plus facile de la leur faire comprendre qu'à des enfants qui parlent une autre langue. Eh bien, il en est de même de ce livre d'instruction élémentaire de votre religion; moi qui y suis étrangère ^ je ne saurais le comprendre si Ton ne m'en donne pas des explications. Voyons, ma bonne Julienne, toi qui connais bien ta religion, pourrais-tu m'en donner?

a — Oh! Mademoiselle, que me demandez-vous là? Je n'en suis pas capable; il faut vous adresser pour cela à quelqu'un de plus savant que moi, à un prêtre, par exemple.

« — Je me garderais bien de m'adresser à un prêtre; d'abord je n^oserais pas, parce que ce n'est de ma part qu'une simple affaire de curiosité, et qu'il croirait peut-être que je songe sérieusement à me faire catholique, tandis que je n'en ai pas du tout l'intention.

« — C'est possible; mais cette intention -là vous viendra bientôt, je l'espère.

« — Je ne dis ni oui, ni non; mais pour le moment je ne m'y sens nullement disposée; seulement je désirerais avoir quelques éclaircissements sur certains points, et je pense que tu pourrais me les fournir. Hier, quand tu m'as répondu avec tant d'assurance à cette question : Pourquoi Dieu nous avait créés, j'avoue quêtes paroles m'ont frappée, parce que j'ai reconnu tout de suite qu'elles contenaient

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une grande vérité; j'ai compns qu'efiectivement Phomme pouvait s'élever à la connaissance de Dieu, et par suite qu'il devait aimer un être aussi parfait, le type de toute perfection. Mais ce que je ne comprends pas, c'est conunent nous devons servir Dieu, et comment en le servant nous pouvons obtenir la vie étemelle. Et d'abord, dis -moi, qu'entends-tu par servir Dieu T f a-t-on appris cela î

« — Certainement, Mademoiselle, on me Ta appris; c'est là précisément ce qu'enseigne le catéchisme. Servir Dieu, c'est pratiquer les devoirs qui nous sont imposés par les commandements de Dieu et de l'Église; c'est prier Dieu avec ferveur; c'est participer aux sacrements qu'il a institués pour notre sanctification, et quand on a fait cela pendant toute sa vie, on peut espérer avec confiance que Dieu nous recevra dans son saint paradis , où nous serons éternellement heureux. »

« J'étais vraiment touchée de la manière simple, convaincue, avec laquelle cette fille ignorante me débitait des choses d'une nature si relevée, et qui lui paraissaient toutes naturelles. Il y avait en elle une foi si vive, si sincère, qu'elle en était presque contagieuse, et que je me sentais entraînée, malgré moi, à croire tout ce qu'elle me disait.

« Je m'entretins longtemps encore avec Julienne sur ce sujet, et je fus toujours émerveillée de ses réponses. Entre autres , je lui demandai si elle pouvait m'expliquer le mystère de la Trinité: « Oui,

me dit-elle avec assurance : le mystère de la sainte Trinité est un seul Dieu en trois personnes distinctes, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit. Chacune de ces personnes est Dieu elle-même» et cependant elles ne font qu'un seul et même Dieu.

ce --T- Comprends-tu cela ?

« — Non 9 Mademoiselle Je ne le comprends pas, mais je le crois.

« «— Et tu crois une chose que tu ne comprends pasf

— Certainement, puisque c'est un mystère ; si je le comprenais, ce ne serait plus un mystère. Estce qu'il n'y a pas comme cela une foule de choses qu^on ne comprend pas, et que cependant on est bien obligé de croire? Je ne comprends pas le tonnerre, et bien d'autres, je pense, sont comme moi, et cependant on est bien forcé de croire à l'orage, aux éclairs, à la foudre.

« — Oui, je le conçois; mais enfin, quoique tu ne comprennes pas le tonnerre, que, malgré les explications de la science moderne, beaucoup de personnes plus savantes que toi ne le comprennent pas davantage, — et j'avoue que je suis du nombre de ces personnes, — il n'en est pas moins vrai que ce phénomène frappe nos sens, et par conséquent ne peut nous laisser de doute sur la réalité de son existence; mais il n'en est pas ainsi des mystères de la religion, et entre autres de celui de la Trinité, dont nous parlons. Comment croire, en effet, que trois

ne font qu^un, ou en d'autres termes que le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, ne sont qu'un seul et même Dieu?

« — C'est parce qu'ils n'ont qu'une seule et môme substance, et par conséquent une seule et mémQ divinité.

ff — Oui, c'est là Texplication que je lis dans ton catéchisme ; mais cela ne m'explique rien ^ et je n'en suis pas plus avancée qu'auparavant.

« -— Damel Mademoiselle, si vous voulez qu'on vous explique les mystères, cela n'est pas possible, et vous ne trouverez pas un prêtre assez savant pour le faire.

a — Mais encore une fois, pourquoi alors vou^ autres catholiques croyez-vous à ces mystères?

fic — Pardon, Mademoiselle, mais pour vous répondre, permettez-moi une comparaison. Si une personne en qui j'aurais toute confiance, comme Mademoiselle, par exemple, une personne qui n'aurait aucun motif pour vouloir me tî'omper, m'affirmait une chose qu'elle aurait vue, qu'elle connaîtrait parfaitement, mais que moi je ne comprendrais pas et qui me paraîtrait impossible, absurde même, eh bien I je la croirais sur parole. Il en est de même pour moi des mystères; c'est l'Église catholique, en qui j'ai toute confiance, à qui je dois toute obéissance, qui m'ordonne de croire à ces mystères, que Dieu lui-même lui a révélés, et j'y crois.

« — Oui; mais qu'est-ce que c'est que cette Église

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en qui tu as tant de confiance? N'est -elle pas ellemême composée d'hommes sujets à Terreur, et qui par conséquent peuvent se tromper et tromper ainsi, sans le vouloir, ceux qui se fient à leurs paroles?

tt — L'Église, reprit Julienne avec une sorte de solennité, est la société des fidèles, établie par Notre -Seigneur Jésus -Christ lui-même, répandue sur toute la terre, et soumise à l'autorité des pasteurs légitimes, qui sont les évêques, successeurs des apôtres, chargés comme eux d'instruire et de gouverner l'Église de Jésus-Christ, sous la direction de notre saint -père le pape, le vicaire de Jésus- Christ, le successeur de saint Pierre, le chef visible de toute l'Église, et le père commun des pasteurs et des fidèles. Croyez-vous qu'une pareille autorité ne doive pas m'inspirer toute confiance, et qu'elle puisse tromper ou me tromper moi-même, quand elle, m'enseigne les vérités que Notre -Seigneur a lui-même enseignées aux apôtres?

a — Je serais, comme toi, disposée à croire ce que l'Eglise enseigne; mais auparavant il faudrait que je fusse persuadée que son fondateur, Jésus- Christ, est bien le Messie annoncé par les anciens prophètes de ma nation, qu'il est réellement le Fils de Dieu, Dieu lui-même comme son Père. Jusqu'à ce que ceci me soit clairement démontré, tu me permettras, ma chère amie, de douter de l'authenticité des enseignements de ton Église.

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« — Mais, Mademoiselle, Jésus -Christ a prouvé pendant sa vie qu'il est bien réellement le Fils de Dieu, en accomplissant les prophéties, en faisant de nombreux miracles, et en donnant dans sa doctrine et dans sa vie la règle et le modèle de toutes les vertus.

« — C'est encore là ce que je trouve dans ton catéchisme.

« — Dame! Madeinoiselle, je ne sais siu* la religion pas autre chose que ce qui est dans le catéchisme, et je crois que tout ce qui s'y trouve est la vérité. Je n'en cherche pas plus long, et je m'en trouve bien.

« — Et tu as raison, ma bonne Julienne; je voudrais partager ta conviction, mais mon esprit se refuse à croire tant de choses qui se contredisent et qui révoltent ma raison. J'ai besoin de m'éclairer, de réfléchir longtemps encore siw une matière aussi importante. Nous en causerons encore ensemble quelquefois, ma chère Julienne. » Et là -dessus je la congédiai.

c< Voilà où j'en suis, ma bonne amie, de ce que j'appelle mes études religieuses. Ne trouvez -vous pas, comme moi, qu'il y a progrès? Autrefois je ne croyais à rien, pas même en Dieu, ou plutôt je ne soupçonnais pas son existence, n'en ayant jamais entendu parler; mais voilà que, dans le cours de mes études, l'existence de Dieu m'apparaît aussi

1A4 tuai soBUBiLeii.

daire, aussi démontrée que celle du sqleil, et avec elle m'apparaissent ces grands attributs de Dieu, attri})uts infinis de puissance , de force , de ju^ice, dé* bonté; je reconnais qu'il est le créateur de tout ce qui existe, et qu'il ïlonserve tout par sa providence ; je reconnais en même temps que Thomme a ét^ dpiié par son souverain Créateur d'un rayon de son intelligence suprême, ce qui nécessairement doit établir un r^^pport plus direct entre Dieu et Tbomme qu'entre Dieu et les autres créatures inférieures à rhomme* Or ce rappqrt entre Thomme et Dieu est ce qu'on appelle religion, c'est-à-dire le lien qui rattache l'homme à Dieu, le ciel à la terre* De là je comprepds la nécessité d'unp religion qui me montre clairement le but où doit tendre Thumaiiité, et qui fournisse les moyens de Fatteindre. M^^is toutes les religions ont cette prétention; spntelles donc toutes également bonnes, comme on me l'a tant de fois répété, ou bien y en a- t-il une qui soit Ic^ seule véritable qu'on doive suivre? C'est là où j'en suis maintenant arrivée, et je crains biep que mes deutes ne soient pas éclaircis de sitôt. Enfin, pour ine résumer, comme je vous le disais tout à Theure, il y a progrès : autrefois je ne croyais à rien y aujourd'hui je puis formuler ma foi par ces parqles qui commencent le symbole des apôtres, et que je trouve dans le catéqhisme que Julienne m'a laissé : « Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créa- <i teur du ciel et de la terre; »> n^^s je ne yais pas

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plus loin ; je m'arrête aux mystères, parce qu'on ne les connaît que par la révélation qui, dit -on, en a été faite aux hommes dans certaines circonstances par Dieu lui-même, et je n'ai encore sur la révélation et sur sa nécessité que des idées confuses et imparfaites. JPen suis donc à cet égard au doute; et le doute est un état pénible dont j'ai hâte de sortir. Au moment où j'écris ces lignes, Fanny vient me chercher pour aller nous promener au bois de Boulogne. Je continuerai ma lettre au retour de la promenade...

<c Je suis cause que Fanny s'est fort ennuyée pendant toute la promenade. Vous, savez, bonne amie, comme je suis quand une idée me préoccupe ; il m'est impossible de parler d'autre chose. Lorsque nous sommes montées en voiture, j'avais la tête toute remplie des pensées qui font le sujet de ma lettre, et que la présence de Fanny avait interrompues. Â peine commencions -nous à rouler sur le boulevard, qu'elle se mit à passer en revue toutes les toilettes des dames que nous rencontrions; c'était un flux intarissable de paroles, auxquelles je ne répondais pas un mot, parce que je ne les entendais pas, absorbée que j'étais dans mes pensées. Enfin, arrivées aux Champs-Elysées, elle veut me faire remarquer une amazone qui galopait à peu de distance de notre voiture et qui suivait la même direction que nous; elle me demande à plusieurs reprises conunent je trouve cette personne,

et, Toyant qne je ne inSpondâ pas, elle s'écrie : « Dé^ eidément, mademoiselle Élisa, vous me boudez; je ne sais poortant pas ce que je vous ai fait. » Et, eu disant ces mots d'un ton assez sérieux et qui cou-^ trastait avec sa vivacité et sa gaieté habituelles, elle tourna la tête d'un autre côté et porta son mottchoir à ses yeux , comme si elle eût voulu essuyer une larme qui était encore bien loin de vouloir couler. A ce mouvement et à ce reproche je revins à moi, et je m'empressai de lui dire : « Moi, vous bouder, ma chère Fanny, et à propos de quoi, s'il vous plaltT

€ — Je n'en sais rien; mais voilà plus d'un quart d'heure que je vous parle, et vous n'avez pas daigné me répondre.

€ — Ah! pardon, ma chère amie; mais votls savez combien je suis parfois distraite, et dans ce moment j'avais l'esprit occupé de pensées qui détournaient complètement mon attention de ce que vous me disiez* Mais à présent nous allons causer.

«c — Et ce n'est pas dommage, reprit- elle avec un visage souriant, et oh il ne restait pas la moindre trace du nuage qui l'avait un instant assombri; quoiqu'on me reproche quelquefois d'être babillarde, je n'aime pas à causer toute seule, et j'aime à avoir au moins quelqu'un qui m'écoute et qui me donne de temps en temps la réplique. Mais, ditesmoi donc, ma chère belle, quelles étaient les pensées qui vous préoccupaient si fort, que vous U'en-^

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tendiez psui un mot de ce que je vous disais; à moins, toutefois, qu'il n'y ait de l'indiscrétion dans ma demande, auquel cas je la retire.

a — Il n'y a pas la moindre indiscrétion dans cette demande; seulement je crains, si j'y satisfais, qu'il n'y ait ennui pour vous; car les pensées qui m'occupaient sont on ne peut plus sérieuses.

« — ^ Oh ! je sais que vous prenez goût à toutes sortes de rêveries philosophiques, comme le ferait un savant de quelque université d'Allemagne ; mais n'importe ; je ne suis pas aussi frivole que vous le croyez peut-être, et, pour vous le prouver, faitesmoi part de vos pensées de tout à Theure, et vous verrez que j'y répondrai mieux que vous ne le faisiez quand je vous parlais de la toilette des promeneuses que nous rencontrions.

« — Eh bien ! dis-je en riant, je vous prends au mot, ma chère Fanny; voici la pensée principale, dominante, qui m'occupe depuis hier soir : Pourquoi Dieii nous a-t-il créés?

« — Bah! quelle idée! Ma foi, je n'en sais rien, à moins que ce ne soit pour nous divertir, aller au bal, au spectacle,, quand nous sommes jeunes; enfin, pour jouir de tous les plaisirs de la vie.

« —- Oui, mais il n'y a que les gens riches qui ]j)uissent se procurer les plaisirs coûteux dont vous parlez ; et les autres, et tant de pauvres qui peuvent

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à peine gagner par leur travail de quoi fournir à leur nourriture et à celle de leur famille, pensezvous que Dieu les ait créés pour s'amuser et jouir de ce que vous appelez les plaisirs de la vie ?

« — Ma foi, je vous répéterai encore que je n'en sais rien; à quoi bon d'ailleurs s'occuper de ces pensées? Il me semble qu'il y a une foule d'autres choses plus intéressantes.

a — Et moi, ma chère Fanny, je trouve cette question la plus importante de toutes; celle qui nous touche de plus près, et qui intéresse notre présent et notre avenir. Non, vous ne pouvez pas penser sérieusement que Dieu nous a créés pour que nous donnions satisfaction à de vains plaisirs, que nous nous livrions à des amusements frivoles. Un but plus grand, plus sublime, plus digne de lui, a été l'objet de notre création : c'est le bonheiw étemel. » Et là- dessus me voilà à lui répéter avec feu une partie de ce que je vous ai écrit, en y ajoutant des réflexions et des commentaires qui se pressaient dans ma pensée. La pauvre Fanny ne trouvait pas à placer un mot; seulement je crois qu'elle tâchait de ne pas écouter, en jetant continuellement ses regards à droite et à gauche sur les promeneurs qui se croisaient dans les allées du bois, car nous étions arrivés au bois que je n'avais pas encore fini ma discussion théologique. Tout à coup Fanny me dit, en me montrant un monsieur qui se promenait à pied à quelques pas de nous : « Voilà

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M. Louvaîn qui nous salue. r> Je détournai aussitôt la tète de ce côté^ je rendis le salut à M. Louvain, et, comme il s'approchait de notre \oiture probablement pour me parler, je fis signe ^u cocher d'arrêter.

<x M. Louvain est un homme d'une cinquantaine d'années ; il est directeur d'une compagnie de chemin de fer dont mon père est im des administrateurs, ce qui les met souvent en relation. M. Louvain est un homme fort aimable, fort instruit, et qui sait parler science sans pédanlisme, et de manière à intéresser ses auditeurs, même quand ils ne sont pas initiés aux premiers éléments des sciences. Une fois je l'ai entendu faire la description d'une locomotive, et tout le monde, jusqu'à Fanny, qui était présente, Técouta avec le plus grand intérêt. n a une femme d'un mérite éminent, que je n'ai vue encore qu'une fois ou deux, mais avec laquelle je serais heureuse de faire une plus ample connaissance. Je l'ai rencontrée plusieurs fois à Saint-Roch, sa paroisse, où elle va régulièrement tous les dimanches avec ses enfants et souvent avec son mari; car toute cette famille est catholique. Je pense qu elle a dû être assez surprise de me voir à l'église.

« En m'abordant, M. Louvain commença par me faire des excuses de la liberté qu'il prenait; mais il avait, me dit -il, à parler à mon père pour une affaire importante, et en m'apercevant il avait eu

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ridée de se renseigner auprès de moi sur Theure à laquelle il le rencontrerait,

€ — Je pense, Monsieur, répondis -je, que vous pouvez rencontrer mon père à la maison quand je rentrerai, car il m'attend pour dîner; ainsi, si vous voulez, sans cérémonie, venir avec nous^ dans une demi-heure vous pourrez lui parler. »

« M. Louvain se confondit en excuses, me dit qu'il avait accompagné sa femme qui se rendait à Saint -Cloud avec ses enfants, et qu'il revenait à pied dans Tespoir de trouver une voiture de place vide pour le ramener à Paris, quand il avait eu le bonheur de me rencontrer; bref, il accepta, et nous reprîmes au petit trot le chemin de Paris.

a Dès qu'il fut installé dans la voiture : « Mademoiselle, me dit -il, en prenant la liberté de vous aborder, je crains de vous avoir dérangée d'une conversation qui paraissait vous intéresser beaucoup, ainsi que Mademoiselle; si je n'avais eu un motif sérieux de parler ce soir à monsieur votre père, soyez persuadée que je ne me serais pas permis cette indiscrétion.

«c — Oh I Monsieur, vous n'avez pas besoin d'excuses, répondis -je. Ce que je disais m'intéressait, il* est vrai; mais je crois que ma compagne s'en amusait fort peu, et que votre présence lui a causé une diversion fort agréable.

a — Oh ! pouvez- vous dire cela, Mademoiselle l s'écria Fanny en rougissant.

a — r Allons, soyez franche : mon verbiage commençait à vous ennuyer passablement?

et — Mais non, Mademoiselle, je vous assure.

<^ -^ Pn ce cas, puisqu'il ne vous ennuyait pas, je vais le continuer avec M. Louvain, qui, lui au moins, me comprendra, et pourra me répondre. » Et je me mis à répéter à M. Louvain la grande question qui m'occupait depuis plusieurs jours, sur le but de la création de l'homme.

a Vous trouverez peut-être étonnant, bonne amie, que je me sois permis d'entamw» un pareil sujet de conversation avec un monsieur que je venais de rencontrer, et avec qui je n'étais pas très^familière. Mais je vous ferai observer que plus d'une fois j'a-^ vais entretenu M» Louvain de questions de physique ou d'histoire naturelle; que toujours il s'était mis à ma portée, et m'avait rendu parfaitement intelligibles des choses que je ne comprenais pas auparavant. Je savais en outre qu'il était chrétien, cathoUque, instruit dans sa religion; je n'hésitai donc pas à lui parler du sujet qui me préoccupait. H m'écouta avec attention, approuvant quelquefois, rectifiant ailleurs mes idées; puis, quand j'en fus arrivée au doute qui m'agitait relativement à la nécessité d'une révélation, il me répondit ; « Je ne suis pas assez instruit en théologie pour répondre à cette question d'une manière complète; je ne suis qu'un peu philosophe chrétien; mais je crois qu'à l'aide de la vraie philosophie unie à la foi chré*

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tienne, on peut résoudre cette difficulté sinon aussi complètement que la théologie, au moins d'une manière satisfaisante.

« Où est y dit -on 9 la nécessité de la révélation? Pourquoi la raison humaine, sortie des mains du Créateur avec toutes les conditions nécessaires à son développement, ne satisferait - elle pas à tous les besoins intellectuels et moraux de l'homme? Poui*quoi admettre la nécessité d'avoir recours à l'intervention extraordinaire de Dieu lui-même, lorsqu'il est plus naturel de croire que le monde, dépositaire de tous les éléments nécessaires à son existence et à son développement, n'a qu'à marcher dans la voie qui lui est ouverte? Voilà, dans toute leur force, les objections qu'on fait contre la révélation; et cependant, quelle que soit leur force apparente, il est facile de les détruire par de solides arguments qui démontrent la possibilité, la nécessité même d'une révélation.

« Je ne m'appuierai pas, comme on Fa fait souvent, sur la faiblesse de la raison. Cette allégation me parait sans force. La raison est ce que Dieu l'a faite, et les conditions bornées ou étendues qu'elle a reçues sont l'œuvre de la Providence. Mais la raison n'a pour s'élever à la vérité absolue des choses que l'expérience ou l'induction, qui consiste à inférer une chose d'une autre, et à passer du connu à l'inconnu. Elle part d'axiomes ou de principes que Dieu a mis en elle-même en la créant.

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Or, avec ces ressources, elle s'élèvera à quelques vérités importantes, toutes les fois que celles-ci se présenteront conune déductions rigoureuses de principes admis; mais elle ne pourra deviner des faits qui ont, jusqu'à un certain point, un caractère de contingence, c'est-à-dire qui auraient pu arriver ou ne pas arriver. Ainsi elle s'élèvera jusqu'à la notion de Dieu ; mais eUe n'en atteindra la connaissance comme essence trinitaire que par une lumière spéciale, par la révélation. Elle obtiendra également la connaissance de l'antagonisme du bien et du *mal, mais le fait contingent et libre de la révolte des mauvais anges et celui de la chute du premier homme ne sauraient sortir d'une déduction quelle qu'elle soit; ces faits doivent être à la lettre révélés pour être connus. Il en est de même du système de rédemption sur lequel est fondé le christianisme. Incontestablement il ne saurait être conclu des données actuelles de la raison. Il faut, pour parvenir à le connaître, une véritable révélation. J'en dirai autant des autres mystères, qui tous ont été révélés, qui tous sont inaccessibles à notre intelligence, et qui n'en sont pas moins des vérités que nous devons croire, puisque c'est Dieu, la vérité même, qui nous les a révélés.

a Pour se rendre compte de la nécessité de la révélation et de la manière dont elle a eu lieu dès les temps les plus reculés, il faut lire les livres sacrés du peuple dont vous. Mademoiselle, vous ti-

rez votre origine. Vous y verrez comment rhommey créé bon et saint, mais libre dans ses actes, perdit son innocence primitive en désobéissant à Dieu, et en se laissant tenter par le démon. Le châtiment suivit de près sa chute, et s'étendit à toute sa race. Cependant, touché de pitié. Dieu promit à Adam que de sa race il lui naîtrait un Sauveur, par qui l'empire du démon serait détruit, et l'homme délivré du péché et de la mort.

c Les premiers descendants d'Adam, à Texception d'un bien petit nombre qui conservèrent le souvenir de Dieu, s'abandonnèrent à la corruption et à tous* les crimes. Un déluge universel détruisit le genre humain, à Vexception d'une seule famille, celle de Noé, destinée à repeupler la terre. Toutes les na<* tiens se formèrent des trois enfants de Noé : Sem, Cham et Japhet; mais la religion primitive, qui s'était transmise jusque-là par la tradition, tendait avec le temps à s'altérer. L'idolâtrie couvrait la terre, et, de peur que le culte du vrai Dieu ne se perdit au milieu de tant de corruption , Dieu appela le patriarche Abraham, de la race de Sem; il fit alliance avec lui, et lui annonça que de sa race naîtrait le Sauveur du monde, par lequel toutes les nations de la terre, après s'être longtemps égarées, devaient retourner un jour au vrai Dieu, créateur du ciel et de la terre.

« Dieu confirme son alliance et la promesse du Christ qui doit venir, à Isaac, fils d'Abraham, et à

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Jacob) son petii>fils. Il donne à Jacob le nom d'Israël. Jacob eut douze enfants ^ qui furent les premiers pères des Israélites, et la tige de leurs douze tribus. Jacob s'établit en Egypte avec sa famille ; cette famille se multiplie et devient bientôt un grand peuple, qui conservait la foi de ses patriarches, et servait le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, au milieu des Égyptiens idolâtres. Ceux-ci veulent réduire les Israélites en esclavage ou les exterminer. Dieu suscita Moïse pour sauver son peuple de l'Egypte et le ramener dans la terre qu'il avait promise à ses ancêtres. Dès le commencement de la sortie d'Egypte du peuple israélite, Dieu donna à Moïse, sur le mont Sinaï, les dix conunandements qu'on appelle le Décalogoe, admirable code qui résume en dix articles tous les devoirs de l'homme envers Dieu, et de Thomme envers l'homme; code sacré, qui ne mérite pas seulement, à raison de la source d'oîi il émane, la vénération de la foi, mais qui, considéré d'une manière purement philosophique» excite encore la plus haute admiration. « Quoique cette loi n'ordonne rien qui ne soit prescrit par la loi naturelle et conforme à la droite raison, aucun peuple n'a parfaitement connu cette morale que par la révélation. » Aussi le Décalogue suffirait à prouver que les livres saints dont il fait partie ont été écrits sous la dictée de Dieu lui-même, et que tous les faits mystérieux qu'ils contiennent sont une révélation d'en haut.

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c Le peuple hébreu, qui nous a transmis cette loi, apparaît dans le chaos de l'uniyers païen comme une sublime exception. Seul au milieu du polythéisme et de Pidolàtrie universelle, â conserva un culte fondé sur l'unité de Dieu. Le polythéisme matérialisa la religion, et ses effets, sous ce rapport, se développèrent pleinement dans la Grèce. Quelquefois il se rattacha à un spiritualisme panthéiste , comme on le voit dans quelques monuments indiens. Quoique placé entre ces deux pôles de Terreur, le peuple hébreu fut préservé à la fois et du matérialisme grec et du panthéisme spiritualiste de l'Inde. Cette observation conduit déjà à penser que son code moral doit réfléchir la supériorité de sa croyance reUgieuse. En outre, c'est du sein du peuple hébreu qu'est sorti le christianisme. Le Décalogue, expUqué et développé parle Christ, est devenu le code des codes de T univers chrétien, dont la civilisation tend à conquérir et à s'assimiler le reste du genre humain. Pourquoi les lois morales de Minos, de Zaleucus, de Numa, ne sont-elles plus que de vieilles ruines? Pourquoi celles de Confucius, de Sommonakodon, de Bouddha, sont • elles demeurées immobiles et pétrifiées entre quelques degrés de latitude, tandis que le code de Moïse brille, à l'ombre de la croix, des grands caractères de la permanence et de la généraUté, d'une antique jeunesse qui perpétuellement se renouvelle, et d'une puissance qui étend incessamment son

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empire sur toutes les parties du globe? Il y a dans ces graves questions, aux yeux de tout esprit sérieux qui n'en a pas encore reçu la solution par la foi, une énjgme profonde «et solennelle, dont la seule vue le dispose à un sentiment de vénération élevée,

a Je n'entreprendrai pas d'établir ici une comparaison de détails entre la loi morale de Moïse et celle des autres législateurs antiques; cela me mènerait beaucoup trop loin; je me bornerai à cette remarque générale : c'est qu'en un sens le Décalogue est aux autres codes moraux de Fantiquité ce que le premier chapitre de la Genèse est aux cosmogonies consignées dans les livres des plus célèbres nations du monde antique. Prenez ces cosmogonies : vous verrez que l'histoire de la création du monde s'y présente sous la forme mythologique ou sous la forme physique, ou encore sous toutes deux en même temps. Elles font intervenir l'action des divinités particuUères objets du culte national, ou elles substituent à Faction divine l'opération des causes secondes, conçues suivant les données d'une mauvaise physique : dans le premier cas, elles ajoutent à l'acte du divin Créateur; dans le second, elles le dimmumt, elles en retranchent quelque chose. Dans la Genèse de Moïse, au contraire, l'action créatrice, l'action de la cause première et souveraine apparaît seule, dans toute sa puissance et dans toute sa simplicité : la cosmogonie hébraïque

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se place au-^desBus de tous les mythes^ comme audessus de toutes les spéculations physiques sur les causes secondes. De même, les résumés de la mo-* raie antique , qu'on retrouve chez les autres peuples, retranchent quelques parties des principes fondamentaux de la morale, ou y ajoutent des préceptes particuliers, exclusivement relatifs aux mœurs et aux usages de chaque peuple. Le Décalogue pose seul toutes les bases de la morale, et les pose pour tous les hommes : c'est la morale universelle, dégagée de toute prescription d'une utilité purement locale. Aussi, quand les temps marqués par la Pro* vidence furent arrivés, apparut au monde le Sauveur annoncé au premier homme après sa chute, aux patriarches de la première alliance, et prédit tant de fois par les prophètes; il déclara qu'il ne venait point détruire Tancienne loi> mais l'accomplir et la compléter; en effet, cette loi, qui jusqu'ici n'avait été connue que d'un seul petit peuple , il en fait la base d'une religion universelle comme la morale qu'elle enseigne.

« Ce simple aperçu historique de la religion suffit, quand on y réfléchit avec un esprit droit et exempt de préjugés, pour en reconnaître la céleste origine. On voit la connaissance du vrai Dieu conservée pendant des siècles dans un petit coin de l'Orient, d'où, au temps marqué, elle doit s'élancer comme un jet de lumière qui ira éclairer le monde. Un des plus ^"ands miracles sans contredit, un de ceux

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qui prouTent le plus clairement que le christiâniisine est une religion divine ou révélée de Dieu, c'est la rapidité et la sûreté des progrès qu'il fît dès sâ naissance, malgré les obstacles de tout genre qui lui furent opposés. Une autre considération encore qui se présente à Tesprit est celle-ci : Que serait devenu le monde si le christianisme n'eût pas existé? On peut en juger par ce que sont aujourd'hui les peuples qui ne le connaissent pas. Plus on réfléchira à cette question, plus on sera porté à en tirer cette conclusion : que le christianisme est la seule religion civilisatrice du monde, la seule religion du véritable progrès, la seule religion révélée. »

« Ici M. Louvain s'arrêta. Nous étions près d'arriver* Avant de descendre, il me dit : « Je vous demande pardon, Mademoiselle, de vous avoir entretenue si longtemps de choses si sérieuses et si peu faites pour des jeunes personnes de votre âge; mais je sais que vous aimez à vous occuper de ces graves questions; d'ailleurs vous m'aviez provoqué, vous me connaissiez, vous saviez que j'étais un peu bavard, et qu'une fois en train de parler je ne sais plus m'arrêter.

«-^Monsieur, lui répondis -je, vous n'avez nullement besoin d'excuse; c'est moi, comme vous le dites, qui vous ai provoqué; je vous ai écouté avec beaucoup d'intérêt, et la preuve en est que j'ai retenu à peu près tout ce que vous avez dit.

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c — Bah! est-ce possible? s'écria tout étonné H. Louvain.

« — Tellement possible, que je vais en rentrant ^ comme j'en ai l'habitude toutes les fois que j'entends des choses qui m'intéressent, écrire d'un bout à l'autre tout notre entretien; seulement, conune il y a des parties que peut - être je pourrais avoir tronquées, auriez -vous la bonté, à votre temps perdu, de corriger le brouillon que je vous enverrai?

« — Avec le plus grand plaisir, » me répondit -il.

^ C'est ce que j'ai fait, et quelques jours après il m'a renvoyé mon manuscrit avec les corrections. C'est d'après ce manuscrit que j'ai écrit l'entretien de M. Louvain dans cette lettre. Il y ajouta un commentaire du Décalogue fait par un jeune abbé fort instruit de ses amis. Gomme ce morceau est court et fort remarquable, je vous l'enverrai dans ma première lettre.

c Je ne vous dis rien de la pauvre Fanny. Le long monologue de M. Louvain l'a fait bâiller d'abord; mais nous n'étions pas encore sortis du bois de Boulogne , qu'elle ne s'ennuyait plus ; elle dormait, son sommeil a duré jusqu'à notre arrivée à l'hôtel. Je crois qu'elle ne sera pas tentée de sitôt de me demander à l'emmener promener au bois. »

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