‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 102 sur 145 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

blait encore en France espérer d'Elisabeth, Plus de huit personnes vinrent le sonder tour à tour, désirant savoir « s'il avoit à demander quelque chose, » Tantôt on s'empressait , sous une forme plus habile , de se réjouir avec lui du succès de ses demandes , et ses constantes dénégations surprenaient tout le monde. Il laissait les Anglais réfléchir, sachant qu'il ne perdait à sa discrétion que des refus, ou du moins le reproche habituel fait aux ambassadeurs du roi de ne paraître en Angleterre que pour réclamer l'assistance de la reine. Le colonel Sauvage vint enfin lui-même le féliciter, en ami de la France, du bruit qui courait d'un secours de quatre mille hommes accordé au roi. De Maisse lui répondit qu'il ne demandait à la reine « ni gens ni argent. »

Il fit aussi un très-discret usage des lettres adressées, selon la coutume, par le roi de France aux principaux conseillers de la reine, frappé en cela, comme en tout le reste, de l'apparence d'infériorité que ces démarches donnaient à la

France \ où il ne se passait rien de semblable; il garda pour lui plus d'une de ces lettres et ne se troubla nullement lorsque ceux auxquels elles étaient adressées , surpris de n'en point recevoir , vinrent lui demander s'il n'apportait rien pour eui. Cependant de Maisse reçut de France d'importantes dépêches. Dès le 15 décembre , Yilleroy le pressant toujours d'obtenir de la reine une réponse décisive, lui écrivait que les États offraient au roi, s'il voulait continuer la guerre, de l'aider à reprendre Calais contre le gré d'Elisabeth, On ne pouvait croire en France à cet acte d'indépendance ; on craignait un coup de main de la reine contre Calais, qu'elle se préparait, disait-on, àenlever aux Espagnols, non pas certes pour le restituer aux Français *. Aussi avait-on pris le parti de la

* « Item a servi beaucoup de ne leur aller faire sa cour ni monstrer que nous eussions beaucoup affaire d'eux , et s'en fault ressouvenir quand on voudra négocier avec eux, car jusqu'icy on s'est trop abaissé auprès d'eux. » JoumaJ, 278.

* Parlant des préparatifs d'Elisabeth : « Prenez garde,

Page 1