CHAPITRE IX
guerre, si elle ne tendait à l'exclusion des Espagnols des Pays-Bas , et n'était-ce point pour la France travailler contre soi-même que de se donner un voisin puissant et uni , comme le serait la république agrandie , au lieu de ce petit prince tenu en échec par les États? Il résolut donc de
continuer à demander à la reine une réponse précise et à la demander pacifique ; et sans se charger de lui apprendre une nouvelle heureuse pour ses projets, et qui d'ailleurs ne devait pas sans doute lui être inconnue, il désira lui laisser montrer d'elle-même l'impression qu'elle en aurait reçue.
Le 24 décembre il fut admis pour la troisième fois en présence d'Élisabelh. On jouait devant elle de l'épinette ; elle y paraissait fort attentive et semblait si peu s'attendre à voir l'ambassadeur, qu'il se crut obligé de s'excuser de ce dérangement apporté au milieu de ses plaisirs. Elle aimait fort la musique, dit-elle, et faisait jouer une pavane. Toujours empressé à ne louer Elisabeth
qu'au nom de tous les princes du continent, de Maisse lui déclara qu'elle avait la réputation d'en être bon juge et maîtresse. « Je m'en suis mêlée quelquefois et j'y prends encore grand plaisir, » répondit la reine.
Cependant de Maisse l'examinait avec son attention ordinaire ; elle se portait fort bien et avait un air de satisfaction qui n'échappa pas à l'ambassadeur. Elle avait sa coiffure accoutumée, mais plus chargée encore de pierreries que de coutume; au-dessous d'une robe blanche brodée d'argent \ on en voyait une autre couleur de fleur de pêcher, et sur laquelle des broderies d'argent , se détachant d'un fond sombre, faisaient un effet merveilleux.
On parla du roi d'Espagne, qui préoccupait visiblement la pensée de la reine. Elle glissa sur ses tentatives meurtrières, sur le mal qu'elle aurait
^ « Échancrée fort bas et le sein descouvert. » Journo/, 279.