CHAPITRE IX
pu lui rendre si elle n'avait eu meilleure conscience que la sienne, au point de refuser la souveraineté des Pays-Bas. Mais il allait bien mal lui-même et ne vivait que par force , grâce à ses excellents médecins. Elle le savait mieux que personne, ayant trouvé , parmi des lettres interceptées, une lettre écrite par Tinfante à feu la duchesse de Savoie. L'infante, y dissuadant la duchesse de venir en Espagne voir le rpi, écrivait qu'il était dans un état à peu près désespéré ^ Elisabeth avait , à l'entendre , envoyé fidèlement cette curieuse lettre à sa destination , mandant à la duchesse qu'elle ne voulait pas savoir les affaires des dames. De Philippe mourant , on passa sans effort à médire de son héritier, plus près que jamais de la couronne. Elisabeth avait de lui l'opinion la plus défavorable ; elle le jugeait altier et méchant, très-disposé à se défaire de sa sœur, qui
devait fort se garder d'être empoisonnée. Il lais-
* « En tel estât qu'elle le nourrissoit et lui servoit de nourrice. » /ottrncU, 280.
332 ELISABETH Eï HENRI IV.
«ait à tout propos découvrir son mauvais naturel. Un jour qu'il s'éloignait de la cour, quittant son père très-malade, et' qu'on lui remontrait qu'il ne devait pas abandonner le roi dans cet état, il dit assez haut pour être entendu de plusieurs personnes, que son père commençait à lui peser beaucoup.
Tout en ménageant si peu la réputation du futur roi d'Espagne, elle en vint à se plaindre amèrement qu'on déchirât la sienne. Rome était contre elle un foyer de mensonges. Le cardinal Cosme n'avait-il pas envoyé à Londres un de ses serviteurs, déguisé en marchand et chargé de vérifier si les ours livrés aux chiens dans ces combats d'animaux, trop goûtés de la cour et du public, n'étaient point des catholiques ainsi travestis par la reine? N'avait-on pas raconté qu'elle avait en une seule fois fait périr cent quatre fenunes catholiques? Dieu voyait le fond de sa conscience; jamais elle n'avait poursuivi de catholiques que pour réprimer quelque entreprise faite contre